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Un recueil d'analyses réalisées par le centre culturel Les Grignoux et consacrées à
Cinéma et éducation à la santé

CinéSanté : contexte

Depuis plusieurs années, le centre culturel les Grignoux mène des actions dans le domaine de l'éducation à la santé en relation avec le cinéma. C'est dans cette perspective notamment qu'ont été conçues et réalisées une série de fiches consacrées à des films récents pouvant susciter dialogue et réflexion autour de différents thèmes de santé. Chacune de ces fiches propose des pistes pour une animation pouvant être mise en œuvre rapidement après la vision du film choisi avec un groupe de participants.

Ces fiches rédigées notamment en collaboration avec Alain Douiller (responsable jusqu'en juin 2004 de l'Ades du Rhône et depuis lors du Comité Départemental d'Éducation pour la Santé [CODES] du Vaucluse) ont été publiées à intervalles réguliers dans la revue La Santé de l'Homme. Elles sont rassemblées ici dans l'ordre de leur publication. Les liens ci-dessous renvoient à chacune de ces fiches.

  • Ponette de Jacques Doillon [thèmes abordés : le deuil, l'enfance]
  • La Promesse de Jean-Pierre et Luc Dardenne [thèmes abordés : santé et contexte social, faire des choix, entrer dans l'âge adulte]
  • Marion de Manuel Poirier [thèmes abordés : relations familiales, situation sociale et image de soi, choisir sa famille ?]
  • Drugstore Cowboy de Gus Van Sant [thèmes abordés : les addictions, les relations de groupe]
  • J'ai horreur de l'amour de Laurence Ferreira Barbosa [thèmes abordés : le SIDA, les rapports patients-médecin]
  • Buud Yam de Gaston Kaboré [thèmes abordés : des conceptions différentes dans l'art de guérir, visions magiques ou relgieuses de la santé]
  • Gattaca d'Andrew Niccol [thèmes abordés : les maniplations génétiques, être stigmatisé]
  • Good Will Hunting de Gus Van Sant [thèmes abordés : adolescence, violence, choix personnels]
  • Zonzon de Laurent Bouhnik [thèmes abordés : la prison, la vie en groupe, l'apprentissage]
  • La Vie rêvée des anges d'Éric Zonca [thèmes abordés : les jeunes et leur avenir, le suicide, "la misère du monde"]
  • L'image de la famille au cinéma
  • Rosetta de Jean-Pierre et Luc Dardenne [thèmes abordés : santé et contexte social, pauvreté, choix moral]
  • Révélations (The Insider) de Michael Mann [thèmes abordés : le tabac, l'influence des entreprises de production]
  • Viens danser... sur la lune de Kit Hood [thème abordé : les rapports filles-garçons au début de l'adolescence]
  • Les Puissants (The Mighty) de Peter Chelsom [thème abordé : le handicap]
  • Fucking Åmål de Lukas Moodysson [thèmes abordés : adolescence, solitude, exclusion, homosexualité, alcool]
  • Billy Elliot de Stephen Daldry [thèmes abordés : adolescence, différence, résilience, choix d'avenir]
  • Sleepy Hollow de Tim Burton [thème abordé : la violence dans les médias auio-visuels]
  • Traffic de Stephen Soderbergh [thème abordé : le trafic de drogue]
  • Erin Brockovich de Stephen Soderbergh [thèmes abordés : les rôles masculins et féminins, apparence corporelle et image de soi]
  • Girlfight de Karyn Kusama [thèmes abordés : adolescence et prise de risque, masculin/féminin]
  • Le Fils de Jean-Pierre et Luc Dardenne [thèmes abordés : adolescence, différence, résilience, choix d'avenir]
  • Ghost World de Terry Zwigoff [thèmes abordés : malaises adolescents, le rapport au corps propre, les rapports avec les autres]
  • Filles et garçons
  • Osmosis Jones de Peter et Bob Farrelly [thèmes abordés : hygiène et santé]
  • Elephant de Gus Van Sant [thèmes abordés : adolescence, malaise, solitude, violence...]
  • The Magdalene Sisters de Peter Mullan [thèmes abordés : sexualité, valeurs familiales et contrôle social]
  • La Mauvaise Éducation de Pedro Almodovar [thèmes abordés : sexualité, normes morales et sociales]
  • Les Choristes de Christophe Barratier [thèmes abordés : questions d'éducation]
  • Super Size Me de Morgan Spurlock [thèmes abordés : nourriture et nutrition]
  • Million Dollar Baby de Clint Eastwood [thèmes abordés : la prise de risque, les valeurs de vie]
  • Brokeback Mountain d'Ang Lee [thèmes abordés : homosexualité, éducation sexuelle et affective]
  • Les Témoins d'André Téchiné [thème abordé : le sida, hier et aujourd'hui]
  • Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud [thèmes abordés : adolescence, dépression, solitude]
  • Entre les murs de Laurent Cantet [thèmes abordés : éducation et enseignement]
  • Les Bureaux de Dieu de Claire Simon [thèmes abordés : éducation sexuelle et affective, relations filles/garçons]
  • Cinéma et vieillissement à travers quelques films significatifs
  • Looking for Eric de Ken Loach [thèmes abordés : dépression et mal-être]
  • Precious de Lee Daniels [thèmes abordés : matraitance, handicap et résilience]
  • Juno de Jason Reitman [thèmes abordés : grossesse précoce, relations amoureuses, relations filles/garçons]
  • Fleur du désert de Sherry Hormann [thèmes abordés : mutilations génitales, éducation sexuelle, féminisme]
  • Le Gamin au vélo de Jean-Pierre et Luc Dardenne [thèmes abordés : abandon, solitude affective, motivations psychologiques]
  • 17 filles de Delphine et Muriel Coulin [thèmes abordés : grossesses précoces, adolescences]
  • À perdre la raison de Joachim Lafosse [thèmes abordés : vie familiale, normal et pathologique]
  • Les Invisibles de Sébastien Lifshitz [thèmes abordés : les «âges» de la sexualité; homosexualité, bisexualité, sexualités… ; le vieillissement]
  • Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne [thèmes abordés : identité et orientation sexuelles, trouble dans le genre…]
  • Le Géant égoïste (The Selfish Giant) de Clio Barnard [thème abordé : les prises de risque]
  • Les Combattants de Thomas Cailley [thème abordé : le «survivalisme» entre prudence et catastrophisme]
  • Booster de Daniel Lambo [thème abordé : problématiques adolescentes, prise de risques, deuil, harcèlement]
  • Keeper de Guillaume Senez [thème abordé : grossesse adolescente et parentalité, points de vue masculin et féminin]
  • La Fille Inconnue de Jean-Pierre et Luc Dardenne [thème abordé : le portrait d'une médecin généraliste]
  • Moonlight de Barry Jenkins [thème abordé : homosexualité, initiation sexuelle, minorités raciales]
  • 120 battements par minute de Robin Campillo [thèmes abordés : quelle éducation à la santé ? Sens et valeurs]

Note d'intention

Les mots "cinéma" et "éducation à la santé" peuvent sembler contradictoires aux yeux de nombreuses personnes : le cinéma — qu'on le conçoive comme lieu de plaisir, septième art, regard porté sur la réalité ou encore école de la liberté, tel que l'illustre si vivement François Truffaut dans les 400 coups — n'aurait rien à voir avec un projet d'éducation nécessairement à la recherche de "bons" modèles de comportement à imiter ou même à imposer...

L'éducation à la santé ne se réduit cependant pas à ce schéma caricatural. Elle vise sans doute à transformer (de façon plus ou moins importante) des comportements, des valeurs ou des attitudes (avec toute l'imprécision que véhiculent ces termes dans le langage courant) susceptibles de nuire à la qualité de vie des individus ou de la collectivité. Mais tous ceux qui ont un peu d'expérience en ce domaine savent qu'une telle transformation ne peut pas se faire de manière autoritaire. Vivant en démocratie, les publics visés (jeunes ou adultes) sont en effet très conscients de leurs droits et rejettent facilement tout ce qui leur apparaît comme une atteinte à leurs libertés.

En outre, les intervenants sont (ou devraient être) conscients des effets "pervers" d'interventions mal menées : l'interdiction suscite l'attrait, la stigmatisation entraîne (au moins pour certains) la fascination, la "leçon de morale" provoque l'indifférence, l'ironie ou le mépris, etc. Les intervenants sont donc confrontés à une double problématique : comment agir de manière efficace (ou du moins de manière conforme aux intentions affichées) ? et au nom de quoi agir ? [1]

Education et cinéma

Nous pensons que le cinéma peut jouer un rôle éducatif, non pas du tout en ce qu'il proposerait des bons "modèles" de comportement ou des expériences de vie remarquables, mais dans la mesure où, étant objet d'échange, de communication, il permet d'ouvrir un espace de dialogue démocratique : le cinéma nous émeut, nous donne à penser, nous offre un point de vue sur le monde, traduit une expérience humaine qui nous fascine ou nous révolte, et permet donc d'ouvrir un dialogue avec d'autres spectateurs, d'échanger avec eux impressions, sentiments ou réflexions.

En même temps, l'on se rend bien compte que, pour qu'il y ait échange et discussion, il faut que les participants aient les moyens d'échanger, d'exprimer et de mener une réflexion. De ce point de vue, l'animateur doit certainement jouer un rôle important en donnant aux participants les moyens d'un véritable échange (ou en fixant les règles d'un tel échange). Mais les participants ne s'engageront vraiment dans un tel échange que s'ils ont l'impression que leur avis est réellement pris en compte.

C'est donc en ce sens que l'on considérera ici le cinéma comme moyen d'échange dans un dialogue démocratique.

Cette définition peut néanmoins paraître très limitative d'un point de vue éducatif : parler, c'est bien, mais n'est-ce pas un peu court ? Sans doute, mais il ne s'agira pas seulement d'exprimer une opinion personnelle à propos d'un film ou d'une situation mise en scène dans un film (ce qui est bien sûr légitime), mais de parvenir — idéalement — à un véritable travail sur soi et éventuellement sur les autres.

Plusieurs voies paraissent possibles :

  • Nous ne sommes conscients que d'une partie de notre vie psychique : toute discussion impose une explicitation d'éléments (motivations, raisons, impressions, sentiments... ) qui resteraient sans cela implicites, et peut donc favoriser une prise de conscience de ces éléments et leur éventuelle transformation.
  • Toute discussion s'inscrit dans un cadre social, répond à des normes qui sont très contraignantes, qu'il s'agisse de l'école, du travail ou du cercle familial. Le cinéma peut à l'inverse représenter un espace de liberté qui permet d'aborder des questions ou des problématiques qui sont habituellement exclues de la vie sociale. Dans le cadre d'une discussion autour d'un film, les participants pourraient exprimer des opinions véritablement personnelles qui ne trouvent pas d'autres lieux d'expression.
  • Le cinéma de fiction nous transportant dans un espace imaginaire peut servir d'outil de médiation : à travers l'exemple imaginaire du film, nous pouvons (peut-être) aborder de façon médiate des problématiques qui nous touchent directement. Que l'on pense par exemple à des questions comme la vie affective, la stigmatisation, la violence, la marginalité, la solitude, qui pourraient être évoqués grâce à la vision d'un film.
  • Enfin, la discussion, si elle est bien menée, doit permettre aux participants de prendre conscience de ce que dit autrui, donc d'un point de vue véritablement différent du leur. On constate par exemple facilement que nos jugements de valeur spontanés sur un film peuvent évoluer en fonction des réactions d'autres spectateurs mettant en évidence des traits ou des éléments que nous n'avons pas perçus.

Toutes ces démarches sont évidemment risquées : expliciter l'implicite peut conduire à une sorte de psychanalyse sauvage; permettre une expression personnelle soumet l'individu au jugement d'autrui (en particulier à un jugement dépréciatif en dehors de l'espace apparemment pacifié du groupe sous la conduite d'un animateur); user du cinéma comme exemple imaginaire peut n'amener qu'une réflexion superficielle, faite de bons sentiments, qui n'engage pas véritablement les participants ni ne révèle d'enjeux personnels; enfin, l'on sait que nombre de débats ne sont que des dialogues de sourds qui n'empêchent nullement les participants de continuer à camper sur leurs positions de départ... Mais ces risques sont inhérents à toute action éducative : il faut donc prendre la mesure du risque, préparer soigneusement l'intervention et puis évaluer les effets de cette intervention afin d'éventuellement la modifier.

En outre, l'on s'aperçoit facilement qu'utiliser le cinéma dans une telle perspective éducative suppose que cette action s'inscrive dans un contexte plus large : il ne suffit évidemment pas de voir un film puis d'en discuter pendant une heure pour transformer mentalités et comportements... Évoquer des problèmes personnels ou relationnels, décrire et interpréter cette situation, chercher enfin des solutions ou des propositions de modification, tout cela ne se fait pas en un jour et suppose sans doute une action à long terme où devraient s'impliquer de nombreux intervenants.

De la théorie à la pratique...

Les différentes fiches proposées ici espèrent correspondre aux intentions que l'on vient d'expliciter. Il faut cependant en indiquer immédiatement les limites.

Les auteurs de ces fiches se sont essentiellement basés sur leur expérience d'animateurs pour les rédiger, mais ils n'ont pas toujours eu l'occasion de les expérimenter en situation réelle : ces fiches présentent donc le plus souvent des suggestions d'animation qui devront être adaptées en fonction des objectifs de chacun... et des résultats sur le terrain.

On remarquera à ce propos qu'un certain nombre d'animations proposées s'adresse à un jeune public (généralement en contexte scolaire) : il faudra éventuellemment adapter ces animations à d'autres publics.

Par ailleurs, il faut souligner que la rédaction de ces fiches a débuté en 1997. Certaines d'entre elles sont donc datées, soit parce que le contexte a changé (on pense notamment à la problématique du sida), soit parce que la pensée des auteurs a évolué. Nous n'avons cependant pas cherché à actualiser ces textes qui étaient étroitement liés à l'actualité filmique, et nous avons préféré les reproduire tels quels, dans leur ordre de publication, en rappelant leur date de rédaction.

Le lecteur voudra donc bien tenir compte de ces différentes remarques au cours de sa lecture.


[1] cf. par exemple dans le domaine de l'éducation à la santé le numéro de la revue La Santé de l'homme, n°345 consacré à la question : « L'éducation pour la santé est-elle éthique ? »


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