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Grignews

Le journal

Une fiche réalisée par le centre culturel Les Grignoux
et consacrée au film
Booster
de Daniel Lambo
Belgique, 2014, 1h20


En quelques mots

Adaptation d'un livre et d'une pièce de théâtre, Wolken en een beetje regen (Des nuages et un peu de pluie), Booster de Daniel Lambomet en scène des adolescents, à Bruxelles, aujourd'hui. Brent est nouveau dans le quartier et il est immédiatement pris en grippe par Jimmy, le leader d'un petit groupe qui fréquente la même école et se retrouve au même «skate parc». Les deux garçons s'affrontent aussi bien vis-à-vis d'une jeune fille, Ilse, que sur leur bicycle respectif : un vélo BMX pour Brent, un cyclomoteur pour Jimmy… Par ailleurs, Brent souffre de la tension entre ses parents, dont l'origine est mystérieuse.

La construction du scénario, qui présente plusieurs énigmes, retiendra l'attention des jeunes spectateurs, mais les thèmes du film sont également susceptibles d'intéresser les adolescents : l'influence du groupe, le harcèlement, le désir de liberté, les difficultés avec les parents, les prises de risques…

À quels spectateurs est destiné le film?

Le film pourra être vu par un large public intéressé par la problématique de l'adolescence. Les principaux thèmes du film sont souvent l'objet de questionnements de la part des adultes comme des plus jeunes et devraient permettre un dialogue intergénérationnel via la médiation du film.

Relations avec la problématique santé

Le film Booster relate une histoire, fictive bien sûr, relativement complexe, d'où émergent des thèmes comme la sécurité routière et les prises de risques, la difficulté du deuil, la tentation de la vengeance, le harcèlement, etc. Sans doute tous les spectateurs n'auront-ils pas été touchés par les mêmes scènes, les mêmes thématiques.

Le dialogue entre spectateurs peut s'opérer de diverses manières en fonction notamment de la manière dont les groupes sont organisés.

Comment aborder le film ?

image du filmUn animateur adulte face à un groupe d'adolescentes et d'adolescents aura certainement avantage à recourir à un moment ou l'autre à un questionnaire écrit anonyme avec des questions simples comme : avez vous apprécié le film ? À quelle thématique avez-vous été le plus sensible (dans ce cas-ci, les accidents de la route, le harcèlement, le deuil, les difficultés de l'adolescence) ? Y a-t-il un personnage dont vous vous sentez particulièrement proche ? Une scène vous a-t-elle plus particulièrement touché(e) ? Avez-vous l'impression d'avoir déjà vécu une situation similaire à celles évoquées dans le film ? Laquelle en particulier ?

Un tel questionnaire peut être relativement détaillé avec des échelles d'évaluation à plusieurs points (« Cela m'a beaucoup touché, un peu touché, peu touché, etc. »). On peut également lister une série précise de scènes, de personnages, d'événements qui méritent des réactions différentes, plus ou moins nuancées.

Ce questionnaire devra évidemment être dépouillé anonymement et permettra de repérer les questionnements les plus importants pour le groupe ou les plus sensibles pour certaines personnes (des instruments statistiques simples comme la moyenne et l'écart-type permettent de mesurer l'importance relative des différents items).

Par la suite, l'animateur pourra revenir avec le groupe en divisant éventuellement celui-ci en fonction des thèmes que les participants préféreront aborder. Quelques questions simples devraient lancer facilement la discussion :

  • Comment le film traite-t-il le thème ? dans quelles scènes ? avec quelle signification ?
  • Le film délivre-t-il un message en relation avec ce thème ? Si oui, lequel ?
  • Invitons ensuite les différents groupes à faire part de leurs réflexions à l'ensemble des spectateurs.

On pourra enfin soumettre aux participants les commentaires sur chacun des grands thèmes du film, proposés ci-dessous.

Comme expliqué dans la note d'intention générale des fiches Cinésanté, l'objectif des discussions sera essentiellement de permettre à chacun d'exprimer des émotions personnelles grâce à la médiation de la fiction cinématographique, d'expliciter des sentiments qui restent généralement tus dans la vie quotidienne, de lever temporairement certaines contraintes sociales qui peuvent induire une normalisation forcée des comportements et des attitudes individuelles, de prendre également conscience du point de vue d'autrui dans des situations problématiques ou conflictuelles (comme les phénomènes de harcèlement ou les conduites à risques). Il s'agit là d'une politique de prévention qui doit être menée avec prudence (on n'incitera pas les participants à exposer des questionnements intimes et l'on restera dans le cadre de la fiction cinématographique) et qui ne peut pas prétendre résoudre des problèmes de comportements ou de relations, déjà installés et sérieux. Le type d'animation proposé ici peut éventuellement permettre de repérer de tels problèmes qui devront cependant être abordés avec des services spécialisés (on n'oubliera pas de donner les coordonnées de tels services, s'ils existent dans la région, sous forme imprimée, à tous les participants).

Avec un groupe mélangé de jeunes et d'adultes, l'objectif sera plutôt de confronter des points de vue différents : l'animateur incitera sans doute les personnes plus âgées à exprimer en quoi ils peuvent se retrouver eux aussi dans les personnages du film (notamment les adolescents ou adolescentes), et à éviter ainsi de se positionner dans le rôle de parents (sinon de donneurs de leçons). Des adultes peuvent d'ailleurs sans doute exposer plus facilement des sentiments plus intimes sans craindre les réactions dénigrantes ou stigmatisantes du groupe. Cela peut être une expérience enrichissante pour les jeunes de constater qu'un adulte est capable d'aborder des problématiques personnelles sans se sentir ridicule ou dévalorisé.

Commentaires

Voici une analyse possible de quelques thèmes du film. Ces interprétations pourront alimenter la discussion avec les participants après qu'ils auront mis en commun leurs observations et commentaires.

Les accidents de la route

Les accidents de la route et la sécurité routière sont certainement un thème principal du film. En effet, Brecht, le frère jumeau de Brent est mort après s'être fait renverser par une voiture alors qu'il était à vélo. C'est en réalité le début caché de toute l'histoire, puisque c'est après cet accident que la famille de Brent vient s'installer à Bruxelles, avec l'intention, cachée elle aussi, de la part de Herman, le père de Brent, de « parler » avec la femme qui a accidentellement tué son fils.

image du filmCet accident explique l'inquiétude, voire la nervosité de Marleen, la mère de Brent, concernant les sorties à vélo de son fils : il doit porter casque et gilet fluorescent et la prévenir s'il est retardé. À l'opposé, Joël, le père de Jimmy encourage son fils dans la pratique de la moto, sur circuit de motocross, mais aussi dans la ville, puisque Joël n'exige pas de son fils qu'il porte un casque et qu'il ne sanctionne pas ses excès de vitesse. En effet, Jimmy a été arrêté cinq fois pour excès de vitesse. Il doit effectuer un travail d'intérêt général, précisément dans un centre de revalidation pour personnes victimes d'accidents de la route. Mais le contact avec ces personnes en revalidation ne semble pas avoir d'effet pédagogique sur lui…

Au cours du film, l'on apprendra également que Laura, l'assistante sociale qui s'occupe de Jimmy dans le cadre de son TIG, a elle-même causé un accident mortel quand elle faisait de la moto, adolescente, avec son copain.

La rivalité entre Brent et Jimmy culmine lors de la course finale, qui présente un grand danger, puisqu'il s'agit d'une course à moto dans la ville. Lors de cette course, c'est Benji, qui veut rejoindre Jimmy et Brent pour les empêcher de poursuivre leur course, qui est victime d'un accident : il sera hospitalisé, sa jambe étant gravement atteinte et il devra ensuite suivre un programme de revalidation et se déplacer en chaise roulante.

Enfin, presque au même moment que la course a lieu, Marleen se rend en voiture vers le domicile de la joggeuse et s'apprête à la renverser intentionnellement, mais fait un écart à la dernière minute, quand la petite fille de la dame se précipite dans la rue pour embrasser sa maman.

D'une manière générale, le film oppose les personnages qui respectent les règles de la sécurité routière, comme Brent ou Ilse, qui refuse de monter sur la moto de Noah au début du film, parce qu'elle n'a pas de casque…et ceux qui ne les respectent pas comme Jimmy, bien sûr, et son père Joël, qui n'accorde pas d'importance aux infractions de son fils… Le geste de Jimmy et ses copains qui vont déféquer dans le casque de Brent représente aussi, symboliquement pourrait-on dire, leur mépris des règles de sécurité routière…

Mais les personnages sont parfois ambigus : Brent, qui est un garçon mesuré et prudent, acceptera la course dangereuse que lui propose Jimmy, alors qu'il n'a jamais conduit de motocyclette ; quant à la mère de Brent, qui est habituellement préoccupée par la sécurité de son fils, elle a l'intention de renverser la joggeuse avec sa voiture ; Benji, enfin, montre un certain goût pour la moto et la vitesse, influencé sans doute par Jimmy et Joël, mais quand aura lieu la course dans la ville, il fera tout pour l'empêcher… Ainsi, la sécurité routière, préoccupation qui fait partie du registre de la raison, est parfois mise à mal dans des situations où les émotions (le défi pour Brent, le désir de vengeance pour Marleen) prennent le pas sur le bon sens…

Le message du film par rapport à la sécurité routière pourrait être qu'il ne faut pas attendre d'être confronté à la violence d'un accident pour faire preuve de prudence : en effet, le film montre des personnages qui ont été confrontés à l'accident : la famille de Brent et Laura sont concernées par les accidents de la route parce qu'elles en ont souffert et en souffrent encore… L'accident de Benji à la fin du film permettra à tous, y compris Jimmy, le plus réfractaire, d'appréhender la nature et l'ampleur du risque et donc de modifier profondément attitudes et comportements.

Le harcèlement

On peut considérer que le harcèlement est un thème du film, dans la mesure où Brent va être rapidement pris en grippe par Jimmy. Brent se rend au « skate parc » pour faire du BMX et Jimmy se comporte comme si le territoire lui appartenait. (Les deux garçons se sont déjà « affrontés » quand Jimmy a coupé la route de Brent en surgissant subitement dans la rue.) Jimmy propose alors une course moto contre vélo, pour asseoir sans doute sa domination. Il laisse même une large avance à Brent, sûr qu'il est de l'emporter. Finalement, Brent est sur le point de gagner, grâce au caractère tout-terrain de sa bicyclette, et Jimmy abandonne plutôt que de reconnaître sa défaite. Ce premier point marqué par Brent, associé à l'attention que Ilse et Jasna ont portée au « nouveau », attise l'hostilité de Jimmy à l'égard de Brent.

Quand, à l'école, Ilse propose à Brent de faire un bout de chemin ensemble, l'intérêt de l'adolescente pour le cycliste est dévoilé et il n'en faut pas plus à Jimmy et ses copains pour faire une mauvais farce à Brent : ils déféquent dans son casque.

image du filmLes mauvais coups se suivent : comme pour l'inviter à faire partie du groupe, Jimmy propose à Brent de faire son tag sur le mur du square. Le signe BB (pour Brent Bauwens) et la bombe de peinture seront réutilisés par Jimmy pour vandaliser les toilettes des filles à l'école. Brent devra tout nettoyer en guise de punition, une punition légère, compte tenu de sa situation familiale difficile, qui excuse en quelque sorte de tels débordements… Ilse propose à Brent de dire la vérité mais Brent refuse. Plus tard, Jimmy provoque Brent une fois de plus à propos des graffiti et, comme Brent refuse de le frapper, c'est Noah qui donne un coup de poing à Jimmy. Celui-ci s'empare alors du cadenas de vélo de Brent et s'en sert pour s'attacher lui-même à un poteau. Quand la professeure arrive, le visage ensanglanté de Jimmy qui est immobilisé par le cadenas de Brent accuse évidemment le jeune homme. Brent est renvoyé. Là encore, il refuse de donner sa version des faits.

Enfin, alors que Brent s'est confié à Ilse à propos de la mort de son frère, Jimmy a appris la même chose de la bouche de la professeure. Jimmy tente alors un coup de bluff : il dit à Brent que Ilse lui a tout dit, laissant entendre que la jeune fille a trahi la confiance de Brent mais aussi qu'elle couche avec Jimmy : « Tu ne lui donnes pas assez, j'ai dû m'occuper d'elle ».

D'une manière générale, on constate que Jimmy n'est pas seul pour faire ses mauvais coups, il a la complicité de ses copains, alors que Brent est d'autant plus seul qu'il est nouveau dans le quartier et qu'il ne souhaite pas parler de la tragédie qui a récemment frappé sa famille. On aura noté aussi la gradation des méfaits de Jimmy qui sont de plus en plus graves. Mais Brent se montre malgré tout assez fort pour résister à Jimmy et à sa bande : on ne le voit jamais craquer, il préfère ne pas se plaindre auprès ni de ses parents, ni de la professeure, mais il se laisse malgré tout « manipuler » quand l'émotion et la colère sont trop fortes, comme quand il accepte la course de motos en ville, alors qu'il n'est jamais monté sur un tel engin.

Le film ne donne pas véritablement de leçon au sujet du harcèlement. Dans la réalité, face aux humiliations, l'on ne peut pas toujours montrer une résistance comme celle de Brent. Néanmoins, le film laisse entendre que Brent pourrait parler, dénoncer le harcèlement, mais il ne le fait pas, sans doute parce qu'il ne veut pas montrer sa faiblesse, d'autant plus grande que sa famille souffre d'un deuil tout récent.

Le deuil

Le film Booster parle également du deuil, d'une manière plutôt originale puisque ce n'est que vers la fin du film que l'on découvrira que Brent a perdu son frère jumeau. On peut alors réinterpréter toute une série de faits, de comportements ou d'attitudes difficiles à expliquer.

Brecht a été renversé par une automobiliste inattentive, qui écrivait un texto en conduisant. Cette mort est naturellement perçue par ses proches comme injuste et arbitraire, un accident fatal, qui fauche un adolescent qui avait encore tout à découvrir et à vivre.

image du filmCe chagrin de la famille se traduit notamment par le désespoir, voire la dépression de Marleen, la mère, qui n'a même plus la force de cuisiner. Elle refuse de jeter des objets ayant appartenu à Brecht et elle n'investit pas la maison dans laquelle la famille vient de s'installer : les cartons restent fermés. On peut penser également qu'elle en veut à Brent, qui était meilleur cycliste que Brecht et qui l'a en quelque sorte laissé en arrière. Ainsi, elle accroche une photo de Brecht au mur, alors que la photo originale représentait les jumeaux.

La tension est très palpable avec Herman, son mari, qui se confine dans le secret et le non-dit : il prétend avoir changé de travail, mais en réalité il a démissionné. Il passe ses journées à observer une mystérieuse femme, qui fait du jogging et dont on comprendra plus tard que c'est la responsable de la mort de Brecht. Pourquoi la suit-il ? Pour lui parler, dit-il finalement…

L'incommunicabilité des parents est aussi un peu celle de Brent qui ne parle à personne de ce qu'il a vécu. Il se confiera seulement à Ilse à la fin, quand il se sent parfaitement en confiance.

La douleur de Marleen, qui est celle du deuil, mais aussi celle de la perte de communication avec son mari, culmine dans sa tentative de meurtre sur la joggeuse : comme si la mort de cette femme pouvait mettre fin à sa souffrance. Mais la petite fille de la dame sort précipitamment de la maison pour courir vers sa maman et Marleen a alors le réflexe d'éviter les deux personnes. Cet instant agit comme un déclencheur pour Marleen qui mesure alors l'erreur qu'elle a failli commettre. C'est seulement après la confrontation avec la mort qu'elle a failli causer et la confrontation avec Herman dont elle a découvert les secrets que le couple pourra surmonter le chagrin et se reconstruire dans la sérénité, en s'installant véritablement dans la maison et en gardant un souvenir heureux de Brecht.

L'adolescence

L'adolescence est un thème très vaste, et l'on pourrait dire que tous les films qui mettent en scène des adolescents traitent de cet âge de la vie, mais pas toujours avec finesse. Booster présente les adolescents d'une manière assez juste, nous semble-t-il.

Certes, les adolescents du film sont décrits d'une manière relativement convenue dans certaines scènes, par exemple au début quand Ilse et Jasna écoutent de la musique sur leur lecteur numérique en partageant les écouteurs, puis se prennent en photo, la postent immédiatement sur un réseau social et reçoivent tout aussi immédiatement un retour positif d'un camarade… Comme si le film voulait s'inscrire d'emblée sous le signe de la « culture jeune » et dans un registre très contemporain. Mais si l'on observe les vélos, motos et autres moyens de déplacements des adolescents du film, on peut lire un évident désir de liberté, que permettent le vélo BMX de Brent, la moto de Jimmy, le scooter de Noah ou le skate. Ces engins ne sont pas seulement des véhicules, symboles, donc, de liberté, mais aussi des instruments de représentation pourrait-on dire. En effet, chacun de ces engins « pose » son propriétaire, qui arbore l'attitude qui convient.

Ensuite, ces véhicules permettent de faire des acrobaties, comme le BMX ou le skate, ou encore font du bruit et peuvent aller vite, comme les scooters ou les motos. Dans tous les cas, il s'agit de s'affirmer, de se présenter aux autres sous un angle qu'on juge favorable. La rivalité des adolescents s'exprime notamment à travers leurs « machines ». Ainsi, dans la première course qui oppose Jimmy et Brent, c'est finalement la maniabilité du BMX qui l'emporte sur la vitesse de la moto (Brent arrive à passer au-dessus d'un obstacle face auquel Jimmy reste immobilisé).

C'est peut-être à l'adolescence que se manifeste le plus fort l'influence du groupe. Ainsi, Jimmy est un leader qui fédère un petit groupe autour de lui, qui ne le remet pas en question et ne s'oppose jamais à lui. En particulier, Benji aime la moto, mais s'il s'entraîne en vue de participer plus tard à des motocross, c'est sous l'influence, semble-t-il, de Jimmy et de son père. Benji, comme le devine aisément Laura, préfère en réalité jouer de la batterie. Par ailleurs, Benji sera le seul du groupe de Jimmy à désapprouver la course finale et à avertir des adultes du danger en cours.