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Le journal

Une fiche réalisée par le centre culturel Les Grignoux
et consacrée au film
Girlfight
un film de Karyn Kusama
USA, 2000, 1 h 50


1. Le film

Diana Guzman a dix-sept ans. Elle vit dans une tour à Brooklyn avec son père et son frère cadet. C’est une adolescente ombrageuse qui n’hésite pas à cogner quand quelqu’un s’oppose à elle. Un jour, elle découvre le gymnase où son frère prend des leçons de boxe. Là, frapper est permis et même encouragé ; on peut laisser s’exprimer la violence mais il faut respecter des règles et son adversaire. Diana décide alors d’apprendre la boxe. Mais l’arrivée de cette jeune fille dans un univers masculin va susciter des réactions très diverses...

2. Le public auquel le film est destiné

Par son sujet et sa mise en scène, le film s’adresse à un large public d’adolescents et d’adolescentes à partir de quatorze ans environ. Son intérêt est de montrer un personnage à la fois proche des jeunes spectateurs — par son âge en particulier — mais également différent, singulier dans ses choix de vie dont l’audace peut étonner ou déplaire.

3. Rapport avec la problématique santé

En pratiquant un sport connoté comme masculin, l’héroïne met en cause la division traditionnelle entre les genres. Plus profondément cependant, elle interroge nos représentations les plus enfouies de notre appartenance générique (homme ou femme) qui sont certainement vécues et intériorisées comme des caractéristiques tout à fait personnelles : peu de femmes sont sans doute prêtes à courir le risque, comme Diana, d’un visage tuméfié, marqué par les coups pris au combat, mais peu d’hommes non plus admettraient que leur compagne ou leur « petite amie » revienne d’un entraînement sportif avec un œil au beurre noir ! Néanmoins, beaucoup prennent des risques aussi importants ou plus importants pour leur santé, comme la consommation tabagique, comme si l’apparence physique (du moins celle des femmes) était quelque chose de bien plus « précieux » que la santé de leurs voies respiratoires. À travers ce personnage atypique, le film permet donc de poser des questions importantes sur nos valeurs les plus intimes, sur nos représentations du corps, sur nos conceptions profondes de l’identité masculine ou féminine, qui conditionnent de façon plus ou moins souterraine notre rapport à la problématique « santé ».

4. Quelques suggestions d'animation

Le film de Karyn Kusama permet de poser de multiples questions sur les rapports entre les hommes et les femmes, mais également sur les relations entre parents et enfants ou encore sur le rôle que peut jouer le sport dans la construction de soi en particulier à l’adolescence. On a retenu ici deux axes principaux d’animation. Le premier souhaiterait amener les participants à prendre conscience de certains traits profonds et généralement inaperçus liés à l’appartenance générique des individus. Le second portera sur les prises de risque (en particulier dans le domaine de la santé) que chacun d’entre nous est prêt ou non à assumer de façon plus ou moins consciente... ou inconsciente.

Fille/garçon, quelle image de soi ?

L’égalité entre hommes et femmes a certainement progressé depuis un demi-siècle dans les faits mais également dans beaucoup d’esprits. En même temps cependant, cette évolution suscite certainement des résistances plus ou moins cachées, tout en pouvant donner l’impression d’être porteuse d’un pensée « unique », « politiquement correcte » à laquelle il convient d’adhérer par principe mais sans qu’on y croie vraiment : face à un film comme Girlfight, de jeunes spectateurs auront tendance à réagir en fonction de cette « désirabilité » sociale (dont l’enseignant ou l’animateur adulte est perçu comme porteur) et déclareront par exemple que, si Diana veut faire de la boxe, c’est son problème, que chacun est libre de faire ce qu’il veut et que la boxe est un sport qui convient aussi bien aux filles qu’aux garçons (ou au contraire qu’il faut être fou pour pratiquer un tel sport...). Derrière cette tolérance affichée, l’on devine cependant souvent des sentiments beaucoup plus mitigés notamment lorsque l’identité personnelle est mise en cause. L’animation proposée vise d’abord à permettre l’expression et (peut-être) la prise de conscience de ces sentiments sans prétendre entraîner une transformation éventuelle de ces représentations (dans le sens d’une égalité hommes/femmes) : si l’adulte doit s’élever en tant que personne de référence contre des propos ouvertement sexistes, il s’agit plutôt ici d’explorer des zones un peu « grises » de la conscience.

La première étape se réfère au propos explicite du film, à savoir l’intrusion de Diana dans un milieu traditionnellement masculin sinon machiste : on pourrait donc demander aux participants s’ils ont remarqué chez les personnages des réactions différentes en fonction du sexe de la personne à qui ils ont affaire. Les jeunes spectateurs répondront sans doute assez facilement à cette question et rappelleront par exemple que le père de Diana n’envisage même pas que sa fille puisse faire de la boxe ou qu’un des entraîneurs s’insurge qu’on puisse faire combattre sur un même ring une fille ou un garçon. Les exemples concerneront certainement cet monde de la boxe qui est à l’évidence un monde « masculin ».

Mais, dans un deuxième temps et toujours en se référant au film, il est possible de pointer que des situations beaucoup moins flagrantes traduisent également des attitudes différentes en fonction du sexe des personnages mis en scène. Pour s’en rendre compte, il suffit d’inverser précisément le sexe de l’une ou l’autre personne en cause pour percevoir cette différence. Plusieurs situations peuvent ici être évoquées, soit dans une discussion libre, soit en remettant par écrit aux participants réunis en petits groupes la liste ci-dessous (qui pourra bien sûr être complétée en fonction des observations de chacun) :

  • Lorsque Diana revient avec un œil poché, son père est immédiatement persuadé qu’elle a été battue par son petit ami. Quelle aurait été, à votre avis, sa réaction si c’était son fils qui était revenu dans le même état ?
  • Au cours de sciences, Marisol propose à son amie Diana d’aller faire les magasins. Est-ce qu’elle aurait fait la même proposition à un ami ? Et pourrait-elle avoir un garçon comme ami ?
  • Un boxeur arrive à la salle où s’entraîne Diana : on devine que c’est une gloire de la boxe, et il est d’ailleurs accompagné d’une jolie fille. Voit-on souvent des championnes sportives au nez cassé accompagnées de jolis minets ?
  • Lors de l’entraînement de gym à l’école, Diana laisse sur place toutes ses condisciples ; « Efficace, ton traitement aux hormones » lui lance alors Veronica. Les garçons sportifs s’attirent-ils le même genre de remarques ?
  • Diana a l’habitude de se faire faire les tresses par sa copine Marisol. Que penseriez-vous de deux garçons qui agiraient de même ? Ou bien un garçon pourrait-il faire les tresses d’une fille s’il n’était pas son petit ami ?
  • Chez l’entraîneur de boxe, Adrian arrive avec sa petite amie qui s’assied sur ses genoux, ce qui provoque la colère de Diana et son départ. Mais pourquoi les garçons ne s’asseyent-ils jamais sur les genoux de leur petit amie ?
  • On comprend peu à peu que la mère de Diana battue par son mari s’est finalement suicidée. Est-ce que vous croyez que le père de Diana, après la raclée que lui a administrée sa fille, pourrait également être tenté de se suicider ?

Les questions posées ne doivent pas simplement déboucher pour les participants sur la constatation d’une différence d’attitudes selon le genre des personnes en cause : on essayera plutôt de comprendre les raisons — bonnes ou mauvaises — qui expliquent ces différences de comportement. Si l’on considère par exemple le suicide de la mère de Diana, ce geste apparaît sans doute à la majorité des spectateurs comme vraisemblable (même s’il est peu fréquent) alors que l’on pressent qu’un homme, dans la même situation (dans ce cas, beaucoup plus rare), ne serait sans doute pas tenté par une telle extrémité. Comment dès lors comprendre, même intuitivement, une telle différence d’attitudes ? Quelles raisons peuvent expliquer les uns et les autres réagissent de façon profondément différente aux mêmes situations ?

La vie est pleine de risques

La deuxième animation part d’un événement précis du film, à savoir l’œil poché que récolte Diana lors d’un combat d’entraînement : qu’en pensent les jeunes spectateurs ? est-ce que eux ou elles seraient prêt(e)s à prendre un tel risque dans la pratique d’un sport ? qu’est-ce qu’ils ou elles redouteraient le plus en pratiquant un tel sport ? un coup au visage, un coup irrégulier en-dessous de la ceinture (comme Diana en encaisse un), un coup à la poitrine, au cœur, à l’estomac ? On essayera ici de susciter des réactions différentes et de relever ces différences en fonction du sexe mais aussi des personnalités de chacun.

On pourra ensuite élargir la discussion en évoquant d’autres sports à risques comme le ski, la compétition automobile, le football, la gymnastique (au moins certaines formes), le rugby, presque tous les sports pratiqués de façon intensive... Ici aussi, on cherchera surtout à faire prendre conscience aux participants des différences de réactions individuelles en ce domaine.

Ensuite, l’on reviendra une dernière fois au film de Karyn Kusama en demandant aux jeunes spectateurs quelles peuvent être les raisons qui peuvent expliquer que Diana pratique un sport aussi violent et qu’elle surmonte, comme le dit Adrian, « la peur d’être blessée ». Si les suggestions sont trop pauvres, on pourra soumettre aux participants un petit questionnaire avec des échelles d’appréciation comme celui ci-dessous.

Est-ce que vous comprenez pourquoi Diana veut faire de la boxe ? Quelles sont, à votre avis, les caractéristiques de la boxe qui séduisent Diana ?

  • elle lui permet de se défendre
  • elle lui permet d’attaquer et de dominer ses « adversaires »
  • c’est un moyen de canaliser sa révolte, sa rage, sa colère
  • c’est un moyen de se faire respecter des garçons
  • c’est une façon de s’affirmer supérieure aux garçons
  • c’est une façon de s’affirmer supérieure aux autres filles
  • c’est une façon de s’affirmer supérieure aux autres, filles ou garçons
  • c’est un moyen d’entrer en « contact » avec les garçons, d’abord de façon violente puis amoureuse
  • c’est une façon de venger sa mère et les femmes en général
  • c’est un moyen d’échapper à l’école et à son savoir intellectuel
  • ...

Enfin, les participants pourront se demander s’ils sont eux-mêmes plus ou moins sensibles à certaines de ces caractéristiques dans leurs propres pratiques sportives ou dans d’autres activités en général. Une synthèse écrite des différentes opinions émises au cours de l’ensemble de l’animation sera de préférence remise ultérieurement aux membres du groupe.