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Grignews

Le journal

Une fiche réalisée par le centre culturel Les Grignoux
et consacrée aux films

Festen
un film de Thomas Vintenberg
Danemark, 1998, 1h45

Happiness
un film de Todd Solondz
USA, 1998, 2 h 14

Un air de famille
un film de Cédric Klapish
France, 1996


Cinéma en famille

1. En quelques mots

Les trois films envisagés ici traitent de l'univers familial, que ce soit sur le ton de la comédie (Un air de famille), à la manière d'une caricature burlesque (Happiness) ou dans un style bousculé, volontairement sommaire en utilisant la légèreté d'une caméra vidéo (Festen). Si l'un met en scène une famille « moyenne » à un moment (relativement) quelconque de sa vie quotidienne (Un air de famille), les deux autres évoquent en revanche des situations dramatiques d'inceste ou de pédophilie. Mais que ce soit de manière mineure ou majeure, tous trois mettent en scène des moments de crise dans une cellule familiale dont le cinéma entend nous dévoiler les non-dits, le ssilences et parfois les mensonges.

Ces trois films sont pris à titre d'exemple (d'autres films pourraient éventuellement être retenus) et ne doivent pas être tous vus pour le bon fonctionnement de l'animation proposée.

2. Le public auquel s'adressent ces films

Par leur sujet, ces trois films s'adressent plutôt à un public d'adultes même si Un air de famille peut être vu par un large public d'adolescents.

3. Petites réflexions pour commencer

Dans la mesure où pratiquement tout individu appartient à une famille, que celle-ci soit « naturelle », adoptive ou recomposée, on peut dire, en exagérant à peine, que tous les films traitent peu ou prou des relations familiales, même si c'est de manière secondaire, détournée, ambiguë ou même « négative » (en choisissant par exemple des héros qui ne connaissent apparemment aucune attache familiale, ce qui semble supposer une contradiction entre l'accomplissement personnel et un univers familial perçu essentiellement comme un lieu de contraintes).Il est possible néanmoins de repérer certaines « configurations » filmiques où la famille apparaît comme un thème central et qui mettent en jeu de manière privilégiée les représentations, les valeurs, peut-être même les propres souvenirs des spectateurs sur ce sujet. Beaucoup de films s'attachent ainsi au passage toujours délicat de l'enfance à l'âge adulte, moment où l'individu s'éloigne (ou est contraint de s'éloigner) de sa famille d'origine, découvre les incertitudes de l'adolescence, les failles, les manquements (ou ce qu'il croit tels) dans l'amour de ses parents...


Happiness de Todd Solondz

Une autre configuration remarquable concerne les « réunions familiales », c'est-à-dire ces moments où les enfants devenus adultes se retrouvent chez des parents vieillissants notamment lors de repas qui sont souvent l'occasion (au cinéma en tout cas) de confrontations plus ou moins dramatiques, de révélations, de revanches, d'éclats de vérité plus ou moins violents. On en prendra ici trois exemples récents (Un air de famille de Cédric Klapish, Festen de Thomas Vinterberg et Happiness de Todd Solondz) qui traduisent, chacun à leur manière, des insatisfactions, parfois profondes, à l'égard de l'univers familial. Le cinéma en effet n'est jamais un pur enregistrement du réel et, obéissant à la logique de la fiction dramatique, privilégie ces moments plus ou moins exceptionnels où l'image paisible, convenue de la famille cède devant des pulsions, des représentations habituellement refoulées : de tels crises peuvent évidemment surgir dans la réalité, mais il est clair que le cinéma (même lorsqu'il se prétend « réaliste ») tend toujours au spectateur un miroir où les passions sont exacerbées, aime explorer les régions de la vie où « ça fait mal », se nourrit de ces contradictions cachées entre vérité intérieure et vérité extérieure...

Dans la même perspective, on remarquera que cette configuration cinématographique privilégie souvent les familles de trois enfants. Cette caractéristique pourrait paraître accidentelle, mais, à la réflexion, il apparaît assez facilement que ce chiffre correspond à une espèce d'équilibre dans la fiction particulièrement apte à susciter l'intérêt dramatique. Lorsqu'un enfant unique est confronté à ses parents, sa « personnalité » semble seule conditionner ses relations familiales (comme lorsque Woody Allen se dépeint comme la « victime » faible et plus ou moins ridicule d'une mère juive abusive). Deux enfants permettent en revanche de différencier ces relations et d'en faire apparaître la diversité et la complexité; mais entre ces deux enfants se dessinent alors trop facilement des relations de contraste qui font de la fratrie (où s'opposent généralement le « bon » et le « mauvais » frère) le centre du film (on peut penser à des films comme À l'est d'Eden d'Elia Kazan, Et au milieu coule une rivière de Robert Redford, The Indian Runner de Sean Penn... ). C'est ainsi qu'il faut généralement mettre en scène trois enfants pour que les spectateurs puissent parler d'un film « sur la famille » : dans cette configuration (qui connaît certainement des exceptions), les relations familiales peuvent prendre de multiples formes plus ou moins contrastées, engendrer chez les personnages une diversité de réactions, confronter des destins qui n'apparaissent pas seulement comme les négatifs l'un de l'autre : l'accent semble moins porter sur la personnalité même des individus que sur les relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres.

On ne considérera donc pas ici le cinéma comme un « reflet » de « la » réalité, comme traduisant par exemple certaines transformations sociologiques de la famille moderne (même s'il les répercute certainement à sa manière), mais plutôt comme une représentation exacerbée, hyperbolique, souvent caricaturale d'une réalité dont chaque spectateur peut sans doute reconnaître une part — mais seulement une part — de vérité. Si la figure paternelle mise en scène dans Festen est celle d'un père abusif et incestueux, la plupart des « enfants » devenus adultes ont sans doute fait l'expérience un jour ou l'autre d'un abus (mais cette fois au sens mineur) d'autorité de la part d'un parent et donc participer imaginairement au geste de vengeance du fils dénonçant lors d'un repas de famille la perversité de son père. Et le malaise que l'on peut éprouver devant ce père brutalement humilié et exclu de l'orbe familial (même si cette humiliation peut également sembler justie ou justifiée) est aussi celui que l'on ressent nécessairement quand l'enfant devient adulte et s'autonomise par rapport à l'autorité paternelle, le père perdant alors son aura et (re)devenant alors, aux yeux de son fils, un homme comme les autres.

4. Une proposition d'animation

Ainsi, à travers le miroir déformant de la fiction cinématographique, il est néanmoins possible d'interroger ses propres représentations de la famille, les valeurs et les émotions qui y sont indissolublement liées. Pour mener une telle analyse — il ne s'agit ici que d'expliciter les pensées nécessairement confuses éprouvées au cours de la projection —, l'animateur pourrait s'appuyer sur un graphe représentant les relations entre personnages. Spontanément sans doute, les participants définiront ces relations selon les positions symboliques occupées dans la structure familiales : père, mère, enfant(s) (ces derniers étant généralement, dans la configuration cinématographique évoquée, trois) avec éventuellement certaines nuances (par exemple lorsqu'il s'agit de familles recomposées).

Un tel graphe a pour avantage de résumer de façon très simplifiée les principales relations entre les personnages, qui sont souvent présentées de façon, pour des raisons scénaristiques, de manière plus ou moins désordonnée par le film. En outre, il peut immédiatement faire apparaître certaines places « vides », par exemple le père mort dans Un air de famille ou la fille suicidée dans Festen.

Ce graphe reste cependant extrêmement abstrait et il reste alors à caractériser ces relations, c'est-à-dire à leur donner chair, à déterminer leur tonalité dans les différents films en cause et pour chacun des personnages mis en scène. Chacune des positions — père, mère enfant — peut en effet se vivre de façon très différente avec une diversité de réactions, d'émotions et d'histoires qui font l'individualité de chacun.

À partir du graphe, il suffit en effet de demander aux participants (éventuellement répartis en petits groupes) de caractériser le plus précisément possible les relations que chaque personnage entretient avec son père, avec sa mère, ses frères, ses sœurs, ses enfants, etc.

Dans Un air de famille, Henry contraste ainsi nettement avec Philippe : il tient un petit commerce alors que son frère est un cadre dynamique; l'un a repris le café de son père tandis que l'autre a choisi une toute autre carrière; pourtant le premier, dans ses relations avec sa femme, répète à plusieurs reprises qu'il ne veut absolument pas ressembler à son père (qui était faible, dominé par son épouse) alors que le second apparaît comme l'incarnation de l'homme idéal aux yeux de sa mère... La sœur Betty vient alors complexifier ce portrait de famille, car elle n'a pas fait de véritable « carrière » : elle semble en délicatesse avec le travail, apparaît comme une ratée de ce point de vue (au moins aux yeux de sa mère) mais a pourtant demandé à son frère Philippe de lui trouver un job dans sa boîte... Si l'on considère le rapport aux enfants ou à la génération, on constate que le cadre, qui a réussi en « s'éloignant » de sa famille, a classiquement deux enfants alors que son frère, qui a pourtant repris le commerce familial, n'en a pas; enfin, Betty n'en a pas non plus, ce que sa mère lui reproche sèchement en rappelant qu'à son âge, elle avait déjà les trois siens... D'autres détails — par exemple ce que chaque personnage cache ou veut cacher à sa famille, ce que chacun des enfants retient du père mort, ce qu'ils boivent, ce qu'ils offrent à Yolande, la femme de Philippe, dont c'est l'anniversaire... — complexifieront encore ces différents portraits.

Dans Happiness, on trouve trois sœurs qui nouent entre elles et avec leurs parents des relations fortement différenciées : l'un est un écrivain à succès, riche, adulée, multipliant les amants, l'autre, une mère de famille apparemment comblée par ses enfants et son mari psychanalyste, menant une vie rangée dont le malaise profond va être incarnée par un époux se révélant être pédophile; enfin, la dernière est vraiment la « dernière », celle au physique « ingrat » qui ne trouve pas de mari et qui essaie d'échapper à cette solitude de mille façons plus ou moins absurdes. Dans ce contexte, les repas de famille apparaissent comme de formidables moments d'hypocrisie où l'égalité apparente entre les trois sœurs (ce sont les « enfants également aimés » des mêmes parents) se craquèle devant les disparités évidentes de leurs existences respectives.

Festen enfin met en scène deux frères et une sœur dont le destin sera fortement contrasté puisque deux d'entre eux seront abusés sexuellement par leur père, ce qui conduira (on peut du moins le supposer) la fille au suicide et le garçon à une révélation dramatique de ces faits passés lors d'un repas runissant des dizaines d'invités. Si le deux frères présentent des différences de caractère intéressantes à remarquer (le cadet effacé et humilié devenant soudain le chef de famille), c'est surtout les relations entre le frère victime d'abus sexuels et sa sœur morte qui sollicitent fortement les émotions et l'imaginaire du spectateur : qu'en est-il de cette sœur dont l'absence laisse la place à toutes les interrogations? Pourquoi s'est-elle suicidée et pas son frère? Quelles rapports avaient-ils l'un avec l'autre pour que le frère en vienne ainsi à vouloir sans doute venger publiquement sa sœur morte? Pourquoi s'est-il éloigné (il est parti à l'étranger) et l'a-t-il laissée seule?

On ne détaillera pas plus les réflexions autour de ces différents films, car il est facile pour chaque spectateur d'approfondir l'analyse en se basant sur ses propres souvenirs (de préférence d'une vision récente).