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Le journal

Une fiche réalisée par le centre culturel Les Grignoux
et consacrée au film
Super Size Me
un film de Morgan Spurlock
USA, 2004, 1 h 38


1. Le film en bref

L'Amérique du Coca-Cola ® et du McDonald's ® vient de générer son meilleur antidote, Morgan Spurlock. Ce jeune documentariste a décidé de s'en prendre avec un humour irrespectueux à la nourriture proposée dans les fast-foods, l'un des responsables notamment de la surcharge pondérale croissante que l'on constate chez un grand nombre de jeunes occidentaux au point que l'obésité est en train de devenir un problème grave de santé publique.

Pour mener à bien sa démonstration, Morgan Spurlock a décidé de se nourrir pendant trente jours uniquement chez McDonald's ®, matin, midi et soir sans aucune exception mais sous la surveillance de trois médecins ! Ceux-ci en effet l'on prévenu des dangers de l'expérience et vont rapidement constater les dégâts causés par cette nourriture trop riche, trop grasse et trop sucrée : prise de poids rapide, dysfonctionnements importants du foie, taux de cholestérol vertigineux, maux de tête et sexualité en panne !

Comme son compatriote Michael Moore, Morgan Spurlock multiplie les genres et les points de vue, avec des interviews provocantes et la mise en cause de tout un système économique qui nous transforme en consommateurs de plus en plus gloutons et dépendants. Un film d'une incontestable salubrité publique mais qui pose également des questions fondamentales sur l'organisation actuelle de notre société.

2. À quels spectateurs est destiné le film?

Ce film peut être vu (ou doit être vu ?) par un large public d'adolescents chez qui il ne manquera pas de susciter débats et réactions contradictoires. L'animation proposée dans cet article vise ce public à partir de quinze ou seize ans environ.

3. Le projet de Morgan Spurlock

Pourquoi Morgan Spurlock a-t-il choisi de faire un film comme Super Size Me? La réponse semble évidente — dénoncer la mauvaise qualité nutritionnelle de la nourriture des «fast-foods» et des McDonald's® en particulier —, mais, à la réflexion, le film de Morgan Spurlock pose des questions qui vont au-delà de cette problématique première : pourquoi manger pendant trente jours uniquement chez McDonald's, ce qu'aucun consommateur, même le plus boulimique, n'a jamais fait? Pourquoi risquer sa vie (selon l'avis de certains médecins interrogés dans le film) et avoir prolongé l'expérience alors qu'après deux ou trois semaines, la preuve était faite du caractère néfaste d'une telle alimentation? Pourquoi d'ailleurs se mettre en scène et ne pas avoir simplement réalisé un documentaire avec des avis d'experts nutritionnistes? ... Ces questions portent, on le voit, aussi bien sur la forme du film que sur son contenu et interrogent ce qu'on pourrait appeler le «projet créateur» du cinéaste, c'est-à-dire les raisons plus ou moins conscientes qui l'ont poussé à tenter cette expérience.

L'on peut aussi s'interroger sur le choix de Morgan Spurlock à d'utiliser cette forme cinématographique originale mêlant images de toutes provenances, témoignages, interviews et images presque intimes de lui-même. Sans être trop soupçonneux, l'on remarquera qu'il y a certainement une part d'exhibitionnisme (le toucher rectal), de provocation (le vomi), de jeu (toujours prendre le «Super Size» quand il est proposé), de masochisme (continuer l'expérience jusqu'au bout) dans l'entreprise de Morgan Spurlock.

4. Suggestion d'animation

Morgan Spurlock et le cinéma

La question directrice de cette animation pourrait donc être très simplement:
Pourquoi Morgan Spurlock a-t-il choisi de faire ce film?

Trop générale cependant, cette question ne suscitera que des réponses banales et évidentes, et d'autres questions plus précises seront sans aucun doute nécessaires pour permettre d'approfondir la réflexion. Ainsi:
Était-il nécessaire de faire un film pour prouver que la nourriture des fast-foods est mal équilibrée d'un point de vue diététique? Est-ce qu'il n'y a pas assez d'enquêtes scientifiques qui prouvent déjà largement cet état de fait? Êtes-vous davantage impressionné par le film de Morgan Spurlock que par le discours d'un expert en diététique? Et, de manière générale, est-ce que vous faites confiance aux «experts»?

Comment se faire une opinion ?

Super Size Me repose en fait sur une confrontation de discours: discours de McDonald's, discours d'experts divers, discours de témoins de toutes origines, discours des tribunaux qui ont estimé que McDonald's n'était pas responsable de l'obésité des plaignants, jusqu'à ce que la Cour d'appel de New-York estime fondée la plainte d'un groupe d'adolescents, rouvrant la perspective d'un procès entre des consommateurs et la firme américaine [1]...

Cette confrontation peut laisser une impression de grande confusion dont le film rend compte mais qui est aussi à l'origine même du projet de Morgan Spurlock: qui a raison? qui se trompe ou qui essaie de tromper l'autre? comment connaître la vérité? L'«expérience» de Morgan Spurlock apparaît donc comme une réponse à cette confusion: puisque tout le monde dit des choses contradictoires, j'essaie par moi-même... Cette expérience n'a rien de scientifique (voir l'encadré ci-dessous), mais elle permet au cinéaste de se faire une opinion par lui-même, d'acquérir une certitude subjective malgré la confusion apparente des «experts».

De façon plus large, on peut donc interpréter le projet de Morgan Spurlock de la façon suivante: comment se faire une opinion dans une société (démocratique) qui est précisément caractérisée par la diversité parfois contradictoire des opinions? Et il répond à cette question par l'expérimentation individuelle.

Mais cette manière de faire mérite elle-même d'être interrogée par les jeunes spectateurs: faut-il tout expérimenter par soi-même pour se forger une opinion? Faut-il goûter aux drogues «dures» pour constater qu'elles créent une forte dépendance, ou bien, en poussant cette logique à l'extrême, fera-t-on l'amour sans préservatif pendant trente jours et avec trente partenaires différents afin de vérifier le risque réel de contamination par le sida et autres maladies vénériennes? Et que prouve une telle expérimentation?

Par ailleurs, quel crédit faut-il alors accorder aux «experts»? À qui les participants font-ils généralement confiance? Par exemple, à :

  • Un professeur
  • Un journaliste de télévision
  • Un(e) ami(e)
  • Un article de journal
  • Une émission de radio
  • Un scientifique à la télévision
  • Un article signé par un scientifique
  • Un «spécialiste» ou un «expert» interrogé par un journaliste

Dans la même perspective, on pourrait demander aux participants quel crédit ils accordent aux différents intervenants apparaissant dans Super Size Me:

  • Le médecin généraliste de Morgan Spurlock
  • Les médecins spécialistes de Morgan Spurlock
  • Le représentant de l'industrie agro-alimentaire
  • Les diététiciens interrogés par Morgan Spurlock
  • Le fils d'un fabricant de crème glacée (son père et son oncle sont morts jeunes)
  • Le type qui mange plusieurs hamburgers par jour
  • La femme de Morgan Spurlock
  • Morgan Spurlock lui-même

La vérité écartelée

On peut parler à propos de Super Size Me d'une «crise de l'expertise» dans la mesure où les discours des experts ou spécialistes apparaissent divers, contradictoires, incertains, incohérents: la vérité semble n'appartenir à personne, même pas à ceux dont les titres — scientifiques, universitaires, judiciaires, honorifiques... — devraient garantir la légitimité de leur savoir. Est-ce à dire que tous les discours se valent et qu'on ne peut faire confiance à personne? Ce n'est pourtant pas là la conclusion de Morgan Spurlock dont la réflexion est plus complexe et plus nuancée:

  1. Le cinéaste confronte les opinions des différents spécialistes, par exemple des médecins à qui il va confier sa santé: son généraliste est très inquiet, mais il est relativement incertain quant aux conséquences exactes du «régime» suivi par son patient. Autrement dit, Morgan Spurlock écoute son avis mais il en prend la mesure — relativement incertaine — et il décide finalement de ne pas en tenir compte sur un point — il faudrait arrêter tout de suite — et de continuer son pari jusqu'au bout. Celui-ci terminé, Spurlock suivra néanmoins les recommandations générales de ses médecins (manger sainement, faire un «vrai» régime, faire du sport, maigrir, etc.).
  2. Lorsque des contradictions apparaissent entre les experts, par exemple entre les nutritionnistes quant à la fréquentation plus ou moins régulière des fast-foods, le cinéaste effectue un véritable sondage d'opinion auprès de cent d'entre eux: la grande majorité recommande en fait de limiter très fortement la consommation de fast-food (quelques fois par an). Morgan Spurlock peut ainsi rejeter l'opinion des deux ou trois nutritionnistes favorables à McDonald's.
  3. Le cinéaste interroge également l'origine des différents discours en confrontation: ainsi, il n'accorde évidemment pas le même crédit aux propos tenus par le porte-parole de l'industrie agro-alimentaire et aux experts nutritionnistes indépendants qu'il interroge. L'un est au service d'une industrie, son propos est donc «intéressé», tandis que les autres ne sont pas payés par ce lobby et leur avis est sans doute plus neutre.
  4. Morgan Spurlock donne la parole à tout le monde, même à cet Américain qui mange deux hamburgers par jour et qui déclare ne pas s'en porter plus mal — au contraire; mais il ne se contente pas d'accumuler les discours de façon hétéroclite: de façon directe ou indirecte, il argumente en remarquant par exemple que le problème de surpoids dans la population américaine ne provient ni des familles — qui n'ont pas changé — ni de l'école — qui n'a pas non plus changé — mais est notamment lié au développement de l'offre des fast-foods de plus en plus nombreux et multipliant les campagnes publicitaires. Si, d'un côté, son expérience semble tout à fait individuelle (personne ne se nourrit exclusivement au McDo'), ses enquêtes se situent elles à un niveau global, général, social: il souligne l'évolution moyenne du poids des Américains (tous ne sont pas gros même s'il y a de plus en plus d'obèses), il montre la répartition des McDonald's dans l'ensemble du territoire américain, il analyse la stratégie publicitaire constante et répétée de cette entreprise pour séduire le public et notamment les enfants...

Le goût du risque

 

Néanmoins, dans l'organisation générale de Super Size Me, c'est l'expérience individuelle de Morgan Spurlock qui joue le rôle principal. Comment comprendre alors cette expérience et quel crédit lui accorder?

De nouvelles questions devraient permettre de relancer le débat à ce propos:
Était-il nécessaire que Morgan Spurlock risque sa vie pour prouver que la nourriture des McDonald's est déséquilibrée? S'il n'avait pas fait et tenu ce pari, est-ce que le film aurait été aussi intéressant? Pourquoi prolonge-t-il l'expérience au-delà du vingt-et-unième jour alors que la preuve est déjà faite que son taux de cholestérol explose et qu'il a pris une dizaine de kilos? Quand on a fait un pari, doit-on nécessairement aller jusqu'au bout? Est-ce que vous avez déjà vu — au cinéma ou à la télévision — le même genre d'expérience ou de pari plus ou moins absurde?

De façon un peu brutale, l'on peut dire que Morgan Spurlock risque sa santé pour promouvoir la vie saine autour de lui! Ou encore qu'il est prêt à devenir un «martyr» de la santé comme d'autres deviennent des martyrs de causes qu'ils estiment justes ou sacrées... De manière un peu différente, l'on peut rapprocher ce film de toutes sortes de paris plus ou moins absurdes comme ceux que l'on trouve dans le «Livre des records» (Guinness Book) ou encore dans des émissions comme «Jackass» qui connaît un énorme succès sur la chaîne américaine MTV (aujourd'hui largement diffusée en Europe).

La comparaison avec cette émission bien connue des jeunes spectateurs est sans doute fort éclairante: dans les deux cas, il s'agit de paris plus ou moins absurdes (faire du surf dans l'escalier...), où les acteurs se mettent en scène de façon risquée (ils prennent des coups, se font mal, se retrouvent couverts de plaies et de bosses), s'exhibent souvent de façon ridicule, transforment en exploit une expérience qui semble, aux yeux des autres, absurde et irrationnelle (sinon carrément stupide).

Dans cette perspective, l'on voit qu'il faut distinguer dans le projet de Morgan Spurlock les raisons explicites — prouver que la nourriture des fast-foods est mal équilibrée — des raisons implicites et plus confuses: il y a vraisemblablement chez Morgan Spurlock une volonté de provocation — David contre le géant McDonald's —, de dérision, d'exhibition mais également le désir de prendre des risques, de tester ses propres limites, de soumettre son propre corps à une expérience extrême qui pourrait d'ailleurs se révéler dangereuse...

Expérimenter ses limites

Il serait évidemment intéressant de demander d'abord aux jeunes participants s'ils partagent cette analyse et ensuite si eux-mêmes ont déjà éprouvé un tel désir d'expérimenter leurs propres limites ou encore de soumettre leur corps à une épreuve plus ou moins douloureuse: on peut penser à des phénomènes aussi différents que le piercing ou le tatouage, mais aussi les beuveries suscitées souvent par des paris plus ou moins stupides, les sports extrêmes (le saut à l'élastique...), les attractions foraines spectaculaires, certaines formes de boulimies, la pratique intensive d'un sport de compétition (qui entraîne de fréquentes blessures) ou même le simple fait de «chercher la bagarre»...

Chacun de nous pourrait sans doute raconter une expérience de ce genre [2] qui représente un risque plus ou moins grand pour notre santé. Ce film donne donc l'occasion de s'interroger sur les raisons d'un tel comportement qui va à l'encontre de notre supposé bien-être mais auquel nous accordons par ailleurs une grande importance (ce sont des expériences que l'on aime souvent raconter). Pour beaucoup, ce sont de telles expériences qui donnent précisément de la valeur à la vie, qui, sans cela, risquerait d'apparaître comme bien morne et sans relief. Ce film pose aussi la question de l'équilibre entre le plaisir de s'adonner à une pratique à risque et le risque. La question est bien sûr de trouver un équilibre entre le plaisir lié à de telles expériences et le risque qu'elles font éventuellement courir à nous-mêmes ou à d'autres (rouler en état d'ivresse ou à grande vitesse met évidemment en danger la vie des autres usagers de la route).

Après une discussion collective, les participants seraient invités à rédiger individuellement un texte permettant à chacun d'exposer — de façon anonyme — une expérience de ce type. L'enseignant ou l'animateur recueillera ensuite ces textes pour en faire une publication collective (en veillant cependant à ce qu'on ne puisse pas en reconnaître les auteurs). Certains de ces récits pourraient également faire l'objet d'une nouvelle réflexion collective pour essayer d'expliciter les raisons qui nous poussent à adopter de tels comportements: les rédactions individuelle auront en effet peut-être fait apparaître des gestes inattendus, susceptibles de relancer le débat. L'objectif, on le voit, ne sera pas «moraliser» les comportements (ou de les «normaliser») mais de favoriser une prise de conscience de nos motivations plus ou moins inconscientes comme celles qu'on a relevées dans le film de Morgan Spurlock.


[1] La Cour d'appel de New-York a, en janvier 2005, estimé recevable le recours collectif intenté par un groupe d'adolescentes du Bronx à l'encontre de la chaîne de restaurant McDonald's. Les plaignants, qui ont mangé entre trois et cinq fois par semaine chez McDonald's, accusent la multinationale de la restauration rapide de les avoir rendues obèses et de leur avoir fait développer diabète, maladies coronariennes, pression artérielle élevée et cholestérol. Le groupe d'adolescents soutient que les restaurants McDonald's ne les avaient pas suffisamment prévenues de la haute teneur calorique de leurs repas et avaient particulièrement visé les enfants à travers un marketing agressif.

[2] On peut évoquer dans le domaine cinématographique une expérience qui rappelle celle de Morgan Spurlock dans Super Size Me: interprète du rôle du boxeur Jake La Motta dans le film Raging Bull (de Martin Scorsese, 1980), Robert De Niro prit trente kilos en quatre mois pour montrer la déchéance de ce boxeur devenu obèse! La partie sportive de cette interprétation mémorable valut quant à elle à Robert De Niro «quatre yeux au beurre noir, des dents cassées, une côte cassée» (paraît-il)...

Super Size Me, une expérience scientifique ?

Quelle est la valeur scientifique de l'expérience que mène Morgan Spurlock dans Super Size Me? Les jeunes participants, à qui l'on commencera par demander leur avis à ce propos, seront sans doute étonnés d'apprendre que, pour les scientifiques (médecins, diététiciens), cette valeur est à peu près nulle. Quelles sont en effet les conditions d'une véritable expérimentation scientifique?

Une expérience doit porter sur des populations (ou sur des échantillons significatifs de populations), et non pas sur un individu singulier, car un individu peut avoir des réactions particulières, différentes d'un autre individu: l'observation d'un seul cas ne permet pas de tirer des conclusions au-delà de ce cas. Il convient aussi d'expliquer aux adolescents que tous les individus ne réagiront pas comme Morgan Spurlock même en ingérant les mêmes quantités de hamburgers que lui.

Quelle part imputable à la « malbouffe » ?

Si l'on veut observer l'effet d'une condition particulière — par exemple l'ingestion de hamburgers — sur une population, il faut comparer cet effet sur deux sous-populations, l'une qui est soumise à cette condition — elle mange des hamburgers —, l'autre qui ne l'est pas — elle n'en mange pas —. Morgan Spurlock procède quant à lui à une comparaison entre un avant et un après (...avoir mangé des hamburgers), ce qui est moins fiable parce que les réactions de l'individu peuvent se modifier spontanément au cours du temps (même si le court laps de temps rend dans ce cas-ci une telle modification improbable).

En outre, Spurlock modifie au moins deux éléments de son comportement puisqu'il mange au McDonald's et qu'il arrête en même temps toute pratique sportive: dès lors, il n'est pas possible de distinguer l'effet spécifique de chacun de ces éléments — en particulier l'ingestion de hamburgers — sur sa santé.

Par ailleurs, Morgan Spurlock a d'évidents préjugés à l'encontre de McDonald's (sa femme est en outre végétalienne!). Dès lors, il convient également d'expliquer aux adolescents que l'on peut soupçonner un fort effet de suggestion psychologique de type «placebo»: un placebo est une substance neutre que l'on présente à des patients comme un médicament, et l'on constate alors que les patients, sous l'effet de cette suggestion, considèrent généralement que leur état de santé s'est amélioré. Ici, l'on peut penser que les préjugés négatifs de Spurlock ont une forte incidence sur ses réactions, par exemple lorsqu'il se plaint d'un malaise général ou de troubles sexuels. Même des faits objectifs comme l'augmentation de son poids ou celui de son taux de cholestérol peuvent être dus, — en partie en tout cas — à un tel effet.

Une expérience extrême, non transposable

Enfin, une expérience doit être transposable à des situations réelles pour avoir une validité générale: or jamais personne n'a consommé autant de hamburgers que Morgan Spurlock! La comparaison avec la consommation d'alcool est de ce point de vue éclairante: tout le monde sait que la consommation excessive d'alcool a des effets désastreux sur la santé; en revanche la nocivité d'une faible consommation (moins de deux verres par jour pour un homme adulte) n'est pas avérée et pourrait même être bénéfique sur certains points. Pour être valide, l'expérience de Super Size Me devrait donc porter sur différents degrés de consommation afin de déterminer si les effets observés (augmentation du poids, du taux de cholestérol, etc.) sont liés de façon linéaire (c'est-à-dire régulière) à la consommation de hamburgers ou s'il y a des seuils (ou même des inversions de tendance comme celui qu'on observe avec la consommation d’alcool).

Alors, tout serait faux dans Super Size Me? Évidemment non, mais ce n'est pas nécessairement vrai.

D'autres observations faites dans des conditions scientifiques prouvent qu'une nourriture trop grasse et trop calorique comme celle des fast-foods est néfaste pour la santé. Les experts cités par Morgan Spurlock sont sur ce point crédibles: les expérimentations sur l'animal, la comparaison entre des populations aux régimes variés (par exemple comparer les Américains et les Crétois dont le régime alimentaire, devenu fameux, protège partiellement des maladies cardio-vasculaires et du cancer)*, l'observation au sein d'une même population des corrélations entre la consommation de graisses (animales) et la fréquence de certaines maladies, toutes ces études et d'autres constituent un faisceau de preuves convergentes en faveur d'une alimentation moins grasse où la part des légumes et des fruits frais est plus importante.


* À noter toutefois que, si le régime crétois reste une référence, la majorité des Crétois eux-mêmes ne le suivent plus, comme en attestent plusieurs études récentes.