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Le journal

Une fiche réalisée par le centre culturel Les Grignoux
et consacrée au film
Les Garçons et Guillaume, à table !
un film de Guillaume Gallienne
France, 2013, 1 h 25


Le film

Depuis sa plus tendre enfance, Guillaume est persuadé qu'il est naturellement une fille? Il est vrai que sa mère a sans doute favorisé ce malentendu en lui manifestant de multiples façons qu'elle le considérait comme une fille. Cette conviction va bien sûr poser au fil des années de plus en plus de problèmes à Guillaume, en particulier dans ses relations aux autres.

Le film de Guillaume Gallienne (tiré d'un spectacle théâtral) s'apparente ainsi à une espèce d'auto-analyse où, avec énormément d'humour, il retrace tout son parcours personnel qui se termine d'ailleurs par un étonnant coming-out?

À quels spectateurs est destiné le film ?

Cette comédie, qui comporte certainement une grande part autobiographique, s'adresse à un large public à partir de quatorze ans environ.

Relations avec la problématique santé

Le cas de Guillaume peut paraître singulier, presque pathologique, mais la dimension comique et légèrement caricaturale du film permet précisément de dédramatiser les questions liées à l'identité et à l'orientation sexuelles du personnage principal. Plus largement, l'exercice d'auto-analyse auquel il se livre permettra sans doute à chacun d'évoquer de façon indirecte des problématiques qui sont vécues très généralement sur un mode implicite et qui restent de fait non-dites.

Quelques pistes d'animation

image du filmUn bon point de départ pour la discussion pourra être la réflexion de Guillaume qui ouvre le film : « Le premier souvenir que j'ai de ma mère c'est quand j'avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant: "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant: "Je t'embrasse ma chérie"; eh bien disons qu'entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus. »

Il s'agira donc dans un premier temps de retracer ces différents malentendus. L'on s'interrogera ensuite sur ce qui les a occasionnés. Enfin, nous verrons si ces malentendus, ces problèmes, ont été aplanis ou non, et par quels moyens.

En outre, il nous semble pertinent d'aborder dans un dernier temps l'aspect autobiographique du film, la manière dont un individu peut se mettre en scène et la portée thérapeutique d'une telle distanciation créatrice, en particulier sous le prisme de la comédie.

Le « problème » de Guillaume : identité et orientation sexuelles

Une première remarque importante concerne la distinction entre identité sexuelle ou de genre et orientation sexuelle.

image du filmOn entend par identité sexuelle le genre que s'assigne un individu ou que la société assigne à un individu. Dans la grande majorité des cas, l'identité sexuelle est soit homme, soit femme . L'identité sexuelle peut être différente du sexe biologique d'une personne, ainsi des personnes transgenres dont l'identité sexuelle est en inadéquation avec leur sexe biologique et qui peuvent alors choisir de s'assumer en accord avec leur genre, choisissant ou non de subir une réassignation des organes sexuels.

L'orientation sexuelle n'a pas de lien direct avec l'identité sexuelle. Il s'agit de l'attirance d'un individu pour des personnes du sexe opposé, du même sexe ou des deux sexes. Hétérosexualité, homosexualité et bisexualité sont donc les trois types d'orientations sexuelles.

Les théories du genre considèrent que l'identité sexuelle est un construit, ou découle à tout le moins d'une bonne part de construction sociale, tandis que l'orientation sexuelle, si elle peut avoir été influencée par des facteurs sociaux ou des événements précis dans la vie d'un individu, découle fondamentalement d'un désir, d'une émotion, d'un sentiment dont l'origine reste largement inconnue.

À partir de ces clarifications, pouvons-nous définir l'identité sexuelle et l'orientation sexuelle de Guillaume ? Et comment pouvons-nous étayer nos réflexions ?

Après discussion, une première constatation que les participants pourront avoir mis à jour est l'aspect « dynamique » ou changeant de l'identité et orientation sexuelles de Guillaume dans son propre chef, tandis que sa famille ne changera sa perspective sur lui qu'avec mauvaise grâce. En effet, Guillaume passera par plusieurs remises en questions successives avant de se définir comme un garçon hétérosexuel , ce que sa mère aura des difficultés à comprendre.

Comment Guillaume se voit lui-même?

Comme une fille

Guillaume embrasse dans un premier temps le genre féminin largement assigné par sa mère : il est une fille (tant qu'il est enfant, la question de son orientation sexuelle ne sera pas du tout abordée).

image du filmIl fera donc tout pour correspondre à cette identité, en particulier en imitant scrupuleusement sa mère et les amies de celle-ci, dans leurs démarches, tons, discours et goûts. Il imitera si bien sa mère qu'il pourra d'ailleurs prétendre être cette dernière de manière crédible en plusieurs circonstances.

Guillaume valorise toute une série de comportements habituellement considérés comme « féminins » (comme l'attention aux vêtements ou à la gestuelle), tandis qu'il aura de l'indifférence, voire du dégoût, pour des comportements ou goûts généralement associés aux hommes (comme l'intérêt pour le sport)

Cela signifie-t-il que Guillaume est transgenre ? Ces premières considérations pourraient le laisser penser. Mais l'on voit rapidement qu'il n'en est rien. D'une part, la croyance est largement induite du dehors, par une mère à l'influence considérable, et l'on peut penser que, si Guillaume s'est appropriée cette croyance, elle ne correspond pas au sentiment profond d'une inadéquation entre sexe et identité telle que la ressente les transgenres. D'autre part, l'imitation (de la mère et des femmes en général) joue un rôle déterminant et sera poussée à un degré extrême, ce qui révèle, plus qu'une hypothétique nécessité identitaire d'être une fille, une prédisposition à « représenter » les autres, c'est à dire à jouer la comédie (ce qui est évident par le fait que Guillaume Gallienne est effectivement comédien).

Comme un garçon homosexuel

Dans une deuxième partie, Guillaume acceptera, avec un choc certes, mais sans sentiment de révolte, une identité de garçon (à nouveau, induite du dehors par sa mère lors de leur discussion sur un garçon dont Guillaume est tombé amoureux). Ce sera alors la question de son orientation sexuelle qui se posera. Tant qu'il se considérait comme une fille, aimer un garçon ne suscitait aucune interrogation particulière, étant dans « l'ordre des choses ». À partir du moment où il s'accepte et se considère comme garçon, ne devient-il pas automatiquement homosexuel, parce qu'il est amoureux d'un autre garçon ?

Il fera alors diverses incursions dans le milieu homosexuel, dont il ne connaît cependant pas les codes. Il apparaîtra vite que là aussi il est en décalage, par rapport aux canons de beauté notamment (la scène de rencontre après échange sur internet et la déception très claire de son partenaire), aux codes comportementaux (il dénote dans la boite de nuit) ou aux goûts supposés de la communauté gay (sa vue horrifiée d'un homme nu particulièrement bien membré). Ses tentatives se soldant par des échecs cuisants, il lui faudra envisager une autre « solution » quant à son problème.

Comme un garçon hétérosexuel

Ce n'est que tardivement, dans un final en forme de conclusion (tous les malentendus étant levés), que Guillaume accepte enfin qui il est, s'avoue ses propres désirs et les assume. Si l'on peut penser qu'un gros travail d'auto-analyse aura préparé le terrain, le film nous montre cette acceptation de soi comme le résultat d'un choc émotionnel puissant : Guillaume est amoureux. Son identité n'est pas remise en question (il reste un garçon « sensible », « délicat »), c'est la nature de ses désirs qui s'éclaire. Il aime une femme et se sent heureux.

Le rappel des étapes du parcours de Guillaume, éclairé par la distinction entre identité et orientation sexuelles, permet ainsi de montrer que le film est une ode à l'acceptation de soi, soulignant l'importance de se détacher des identités assignées de l'extérieur, sans jugement de valeur qui affirmerait qu'une voie est meilleure qu'une autre.

Comment les autres voient Guillaume?

Structure familiale et origine du problème

Si Guillaume effectue une importante remise en question par rapport à lui-même, il semble que son environnement familial soit beaucoup moins disposé à le faire.

image du filmDès le début du film, alors qu'il est encore vraisemblablement un « petit enfant » (même si Guillaume Gallienne adulte joue son personnage à tous les âges de la vie), on constate que sa mère le prend pour une fille et que c'est le regard qu'elle porte sur lui qui détermine son identité sexuelle, celle d'une fille. Mais, si, pendant l'enfance, sa mère peut l'éduquer comme elle éduquerait vraisemblablement une fille, lors de l'adolescence cela ne peut plus convenir, et sa mère opérera alors un glissement qui va de « garçon efféminé » à « homosexuel ».

Son père et ses frères ont quant à eux sans doute toujours fait cette confusion. Ainsi, lors d'une scène marquante entre Guillaume et son père dans la salle de bain, ce dernier - d'habitude une des rares personnes qui, en entendant seulement la voix Guillaume, ne le confond pas avec sa mère, c'est à dire sa propre femme - fera cette fois la confusion. L'interprétation de Guillaume - « Papa a compris que je suis une fille ! » - est erronée, mais le père, déstabilisé, se rendant compte de l'importance de la « féminité » de son fils, en conclut seulement que son fils est homosexuel. Après un nouvel épisode - il le surprend en train de jouer à Sissi Impératrice - il décidera, en pure perte, « d'inverser la tendance » et de « l'endurcir » en l'envoyant en internat.

Ses frères sont quant à eux beaucoup plus directs, et, lors des quelques scènes dans lesquelles ils apparaissent, ils font allusion explicitement au fait que leur frère est une « tapette ».

L'entourage proche fait ainsi la confusion entre identité et orientation, et cette confusion sera transmise à Guillaume lui-même. Le contexte familial apparaît donc comme largement responsable de ses troubles identitaires : s'il n'avait pas été catégorisé de cette façon dès le plus jeune âge, on peut supposer qu'il se serait construit très différemment et n'aurait peut-être pas eu à passer par des phases de grande remise en question.

Contexte social

Si son cercle familial le catégorise toujours comme un garçon efféminé et, de façon erronée, comme homosexuel, on remarque que le contexte social (au sens large) ne le déterminera pas systématiquement comme tel. Ce dernier jouera tour à tour un rôle de renforcement ou d'effacement de son identité ou de son orientation supposées, car il y sera vu en effet de manière tout à fait différente. Ces divergences sont ainsi des preuves que le contexte social dans lequel on grandit joue un rôle essentiel dans la vision que l'on a de soi-même et dans la construction de son identité propre. Ainsi, lors de son séjour en Espagne, on propose à Guillaume d'apprendre une danse locale, mais, sans qu'il s'en rende compte à danser comme une fille, et non comme un garçon, même si rien ne distingue objectivement ces façons différentes d'entrer dans la danse?

A contrario, lorsqu'il sera envoyé en pensionnat en Angleterre, il s'y sentira beaucoup plus l'aise, parce que des traits considérés en France comme « féminins » y sont perçus seulement comme « originaux ». Les autres ne verront donc en lui qu'un garçon raffiné, sans « problème », et, pour la première fois, il se sentira accepté et « normal ».

La narration de soi comme élément de thérapie

Même si Guillaume (le personnage du film) résout son problème identitaire et d'orientation comme le contrecoup d'une émotion forte - l'amour - qui vient bousculer puis contredire ses croyances sur lui-même, on peut penser que Guillaume (l'acteur/réalisateur) poursuit ou approfondit à travers son film un travail de retour sur soi, d'analyse de lui-même à travers la mise en scène distanciée de sa propre expérience. Un tel travail permet sans aucun doute de mettre en lumière les « dysfonctionnements » de son parcours personnel.

Ce travail de distanciation, loin de se cacher sous le masque de la fiction, est affirmé comme tel à plusieurs reprises, ce qui ne signifie pas néanmoins que l'ensemble soit entièrement basé sur des « faits » ni ait même un aspect « documentaire » : au contraire, le grossissement comique des traits des personnages souligne très clairement la part de réinterprétation que comporte le film.

Mais l'aspect le plus significatif de ce retour sur sa propre expérience consiste sans doute dans le choix du réalisateur d'interpréter son propre rôle à tous les âges de sa vie, sans avoir recours à un acteur enfant pour jouer son rôle d'enfant. Dans la même perspective, on ne peut qu'admirer la performance de Guillaume Gallienne qui interprète son propre rôle (d'entant ou d'adolescent) mais également celui de sa mère !

Même s'il serait absurde de demander à chacun une telle performance, l'exercice imaginaire consistant à réinterpréter son parcours personnel comme celui de ces proches ne manque sans doute pour beaucoup d'entre nous d'un certain intérêt ni d'un certain piquant !

image du film