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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Il Postino
de Michael Radford
Italie, 1996, 1h40

Le dossier pédagogique consacré à Il Postino s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront ce film avec leurs élèves (entre quatorze et dix-huit ans ans environ). Ce dossier relativement ancien, contrairement à d'autres plus récents réalisés par Les Grignoux, ne contient pas de pistes d'animation immédiatement utilisables en classe. Il est mis ici gratuitement à la disposition des personnes intéressées au format pdf.

On pourra par ailleurs découvrir directement un premier extrait de ce dossier ci-dessous. Cette analyse du film a été réalisée par Marie-Pierre Zoui, alors étudiante à l'Université de Liège, que Les Grignoux remercient pour sa collaboration.

Regard sur le film

Un village de pêcheurs

C'est avec Mario que commencent les premières images de Il Postino. Il est dans sa chambre, regarde une carte qu'il vient de recevoir d'Amérique, puis se dirige vers une fenêtre par laquelle il observe des pêcheurs revenant d'une nuit de travail. Le générique se déroule tandis que Mario observe cet univers, son univers. S'engage ensuite, dans la cuisine, une discussion entre Mario et son père. Ce dernier est peu bavard. Quant à Mario, il explique son allergie aux barques. Ainsi, il est tout de suite positionné comme différent des autres membres de la communauté de l'île, qui vivent de la pêche. Son père sort alors de son mutisme pour dire à Mario qu'il n'est plus un enfant, qu'il est temps qu'il se prenne en charge. Quitte à aller au bout du monde s'il le veut, il doit trouver un métier, faire quelque chose de sa vie.

Dès la première séquence, Mario, le personnage central est présenté comme un individu observant le monde, vivant dans une société où il est quelque peu en marge. Il sait un peu lire alors que la plupart des villageois sont analphabètes, et surtout il ne supporte pas la pêche, principal moyen de subsistance sur l'île. Le réalisateur souligne l'état flottant et indécis du personnage qui éprouve manifestement une fascination pour l'étranger: en témoignent la carte d'Amérique du début qu'il regarde rêveur et son attitude au cinéma lorsqu'il assiste à l'actualité du jour, à savoir l'arrivée de Pablo Neruda, le célèbre poète chilien en exil. Tandis que les villageois sont ravis de voir les lieux de leur existence en grand, sur une toile de cinéma, Mario semble surtout fasciné par l'accueil qu'a réservé la gente féminine à ce poète de l'amour.

Nous pouvons considérer tout ceci comme un prologue, une description du lieu de l'action et du personnage principal . Ce dernier apparaît à ce moment dans un état d'attente et de disponibilité. L'arrivée du poète chilien, qui nécessite la création d'un emploi de facteur, se révèle être alors une alternative à la vie de pêcheur pour Mario.

Les rencontres

La première partie du film est constituée par un grand récit qui commence à l'arrivée de Pablo Neruda et qui s'achève avec son départ. Ce récit peut lui-même être subdivisé en deux micro-récits.

Premièrement: les relations de Mario avec Neruda

Alors que n'étant pas attiré par la pêche, Mario semblait inutile dans l'île, l'arrivée du poète chilien lui donne une occasion de travailler, de se rendre utile. Les relations entre ces deux hommes «de lettres» se révéleront complexes et parfois ambiguës. Ce récit s'articule autour de trois étapes:

  • Evénement déclencheur: l'arrivée de Pablo Neruda;
  • Actions: initiation à la poésie et à l'amour;
  • Résolution: Neruda est témoin au mariage de Mario.

Le centre du récit, qui raconte une initiation à la poésie et à l'amour est constitué d'une série de rencontres entre les deux hommes. Les premiers contacts seront d'abord très froids: Mario est fasciné par cet homme qui plaît tant aux femmes et qui partage sa vie avec l'une d'elle, ravissante et bien plus jeune que lui. Quant à Neruda, le spectateur n'est pas invité à partager ses pensées, mais il semble être l'homme important en exil qui ne voit Mario que comme un facteur, c'est à dire un homme qui lui permet de rester en contact avec son pays et avec le reste du monde. Un système d'opposition est tout de suite marqué entre les deux hommes, et cela dès les premières rencontres.

Mario est un homme solitaire, sans culture, dans son pays natal et célibataire (par la force des choses) vs Pablo Neruda est un homme du monde, intellectuel, en exil, «couvert de femmes» et heureux en mariage.

Beaucoup de choses opposent ces deux personnages, mais la curiosité, l'attrait réciproque vont rapidement survenir, et la paire bientôt fonctionner sur le mode de l'initiation. C'est en effet à partir de leurs différences que les deux protagonistes du couple vont s'intéresser l'un à l'autre: Mario est fasciné par tout ce que représente d'inaccessible le poète, tandis que Neruda s'attache à l'innocence du facteur. Un véritable dialogue s'institue entre les deux hommes lorsque Mario commence à s'intéresser à la poésie, s'interroge sur le sens d'un mot, sur ce qu'est une métaphore, sur la façon d'exprimer ses émotions, pour finalement déclarer à Pablo Neruda qu'il veut devenir poète. Loin de s'en moquer, Neruda lui conseille de rester facteur mais lui apprend néanmoins, progressivement, à observer les choses, à regarder cette île que Mario ne semblait pas voir.

Certaines séquences présentent les deux personnages comme de véritables amis mais cette amitié est chargée d'ambiguïtés car traversée par un rapport utilitaire: Neruda n'aura de contacts avec les autochtones du pays que par l'intermédiaire de Mario, qui est aussi, par sa fonction de facteur, un lien avec le reste du monde. Mario, quant à lui, verra d'abord en Neruda un moyen de découvrir le vaste monde, une possibilité d'échapper à son destin. De plus, Neruda lui apparaît surtout comme un bon professeur pour la poésie et l'amour. C'est alors la conquête de l'amour de Béatrice qui permettra de lever l'ambiguïté de la relation entre les deux hommes. Mario apprendra à aimer et se mariera: la présence de Neruda comme témoin à ses noces marquera l'apothéose de leur amitié.

Deuxièmement: les relations de Mario avec Béatrice

Sous l'influence de Pablo Neruda, Mario apprend tout doucement à observer la beauté des choses. Cette beauté est en particulier incarnée par le personnage de Béatrice. Ce micro-récit est lui-même marqué par trois étapes importantes:

  • Evénement déclencheur: Mario rencontre Béatrice à l'auberge ;
  • Actions: sous l'influence (indirecte) de Neruda, ils tombent amoureux l'un de l'autre;
  • Résolution: Mario et Béatrice se marient.

Lorsque Mario demande à Neruda de lui écrire un poème pour cette fille qu'il a rencontrée à l'auberge et dont il est tombé éperdument amoureux, Neruda refuse. C'est livré à lui-même que Mario devra conquérir Béatrice. Mais le poète chilien apportera néanmoins un aide précieuse à son facteur en lui dédicaçant intimement un cahier, devant les yeux admiratifs de la jeune fille. C'est à partir de ce moment que Mario pourra dire à Béatrice des métaphores qui la feront succomber d'amour. Ce récit entre Mario et Béatrice est très important et se rattache de multiples manières à l'intrigue entre Mario et Neruda. Comme le facteur le précise à ce dernier, c'est par sa faute qu'il est tombé amoureux et c'est donc à lui de le sauver des menaces de Dona Rosa. De plus, les poèmes dédiés à Béatrice sont en fait des emprunts de poèmes que le poète chilien avait écrits pour sa femme Mathilde. Enfin, lorsque le prêtre refuse d'avoir un communiste pour témoin à un mariage catholique, Béatrice peut reprocher à Mario de vouloir se marier plus pour avoir Neruda comme témoin qu'elle comme femme.

L'histoire d'amour est donc indéniablement indissociable de l'histoire d'amitié. Comme pour celle-ci, le mariage apparaît alors comme l'apothéose du récit liant Mario et Béatrice.

La séparation

Cette «apothéose» ne constitue cependant qu'une fausse fin: à l'issue de la réception, Neruda reçoit la nouvelle de sa réhabilitation dans son pays natal, le Chili. Commence alors la deuxième grande partie du film composée des trois étapes essentielles suivantes:

  • Evénement déclencheur: le départ de Neruda;
  • Actions: les événements de la vie de Mario jusqu'à sa mort;
  • Résolution: le retour de Neruda.

Avec cette deuxième partie, resurgit l'ambiguïté. Après le départ du poète en effet, Mario attend impatiemment un signe de sa part. Il guette et découpe les articles de journaux relatifs à Neruda, espère désespérément qu'il parlera de lui et de son village dans ses interviews, attend son passage par l'île lorsqu'il se trouve en Europe… ou une lettre comme il l'avait promis. Mais Neruda, trop occupé et peut-être inconscient de l'importance qu'il a pris dans la vie de Mario, ne donne pas de ses nouvelles et tarde à revenir. Face aux autres villageois (le postier, Dona Rosa, Béatrice… ), Mario essaye de l'excuser tant bien que mal. Il poursuit son existence, s'engage politiquement et se sent seul face à tous: quand Béatrice lui annonce qu'elle est enceinte, Mario avance l'idée d'aller vivre au Chili, car, sur l'île dit-il, personne ne le comprend. Il reçoit enfin une lettre du Chili, mais elle est du secrétaire de Neruda. Cette nouvelle déception oblige le spectateur à réfléchir sur la véritable nature des relations entre les deux hommes: Neruda était-il vraiment sincère en affirmant sa profonde amitié avec Mario, ou le facteur n'était-il qu'un passe-temps durant son exil forcé ?

Mario décide alors d'enregistrer les beautés de son île: les vagues, le vent, les tristes filets des pêcheurs, le ciel étoilé… et le cœur de Pablito qui bat dans le ventre de Béatrice. Utilisant l'enregistreur laissé par Neruda, Mario tente de renouer le contact avec le poète parti. Mais en même temps, il lui montre — même si l'autre ne l'entend pas — qu'il a d'une certaine manière compris sa leçon et qu'il sait désormais reconnaître la beauté du monde qui l'entoure. Mais quand Pablo Neruda et son épouse finalement reviennent, Pablito est devenu un jeune garçon et Mario est mort, tué dans une manifestation communiste. Le poète chilien est revenu trop tard, mais son retour lève néanmoins l'ambiguïté: il prouve en effet son attachement sincère à Mario. Le spectateur comprend que Neruda a sans doute été fort occupé mais n'a pas oublié cet ami rencontré durant son exil. Les gros plans sur le visage ému du poète chilien traduisent sans doute alors une certaine admiration face à cet homme simple dont le destin a été transformé par sa rencontre avec Neruda, mais qui, hélas, a été victime de son engagement.

Une profonde transformation

Ce découpage du film en grandes parties, fait apparaître les fortes articulations qui les lient. Les ambiguïtés concernant les relations entre les deux hommes sont en parties résolues lors du mariage entre Béatrice et Mario, et définitivement estompées lors du retour de Pablo Neruda sur l'île. Mais au-delà d'une belle histoire d'amitié, le thème central du film tourne autour d'une véritable initiation à la poésie. C'est par le contact avec Neruda que va s'opérer un cheminement personnel, une évolution et une transformation pour Mario.

La poésie et les mots

La première partie du film est traversée par une question essentielle: certes Mario est attiré par la poésie, mais celle-ci est-elle pour lui autre chose qu'un moyen utile pour arriver à ses fins ? Les paroles et les mots ont une importance capitale dans Il Postino. Lorsque Béatrice explique que, sur la plage, Mario ne l'a pas touché mais lui a seulement parlé, Dona Rosa en est doublement furieuse et affirme qu'il n'y a pas de choses pires que les mots. Que cette affirmation soit décrétée par ce type de personnages prend toute son importance: en effet, d'une banalité pour un homme de lettres, elle se transforme en sentence irréfutable dans la bouche de cette veuve illettrée, protectrice et colérique.

Les mots sont essentiels ; ils peuvent permettre d'accéder à la réalité et à l'essence des choses comme ils peuvent êtres menteurs et trompeurs (ces deux pôles de la parole remontent aux débats des sophistes, à l'antiquité). Cette tendance négative de la parole est incarnée par Di Cosimo, l'opportuniste démagogue qui veut se faire élire. Il utilisera les mots afin de séduire (il montre à Mario qu'il connaît la poésie en lui récitant un hymne à Béatrice), tromper (il promet des travaux afin que l'île puisse avoir de l'eau courante, et par ces travaux assurera du travail à l'auberge pour un long laps de temps), voiler d'obscurité la vérité (il ne sait pas quand reprendront les travaux, ça dépend).

D'une certaine façon, c'est un peu la même démarche qui habite Mario au début. Ces premiers rapports avec Neruda paraissent faussés. Mario pense qu'être le facteur du poète et se faire dédicacer un livre par lui, pourra lui servir pour séduire les filles lorsqu'il ira à Naples. Mais surtout, les jolies paroles qui plairont à Béatrice sont des métaphores empruntées à Neruda. Mario utilise la poésie car il en a besoin. Plusieurs fois, on le voit tentant d'écrire des mots, un poème, mais rien ne vient et c'est seulement lors de la deuxième partie, après le départ de Neruda, que Mario sera capable d'exprimer des émotions sincères et vraiment personnelles.

Cette expression se traduira notamment par un véritable engagement politique qui apporte une dimension collective à son existence ; alors que ses remarques à l'encontre de Di Cosimo se faisaient timides durant la première partie, elles sont nettes et franches par la suite. Son action dans la manifestation communiste qui lui coûte la vie, est évidemment significative de l'importance de son cheminement personnel. L'ambiguïté pesant sur les intentions de Mario s'estompe donc dans la dernière partie lorsqu'il renonce à son rapport strictement utilitaire aux mots. Plus généralement, c'est tout son attitude face au monde qui paraît transformée.

La poésie et les émotions

Au début, Mario rejette son île et ce qu'il est lui-même. Il est manifestement attiré par l'étranger et semble désespéré de n'être qu'un simple fils de pêcheur. Ce n'est que peu à peu qu'il se rendra compte du monde qui l'entoure. Et c'est par des émotions ressenties que s'effectuera cette prise de conscience. Lorsque Mario interroge Neruda sur le sens d'une phrase, ce dernier lui dit que seule «l'expérience directe des émotions peut révéler la poésie à une âme prête à la comprendre». La poésie est une exposition aux émotions et non une explication. Le film nous montre ainsi que l'âme de Mario est sur le chemin de la compréhension, même si celle-ci ne surviendra qu'à la fin. Les mots qui sont employés par Neruda expriment des émotions que Mario ressentait en lui-même sans pouvoir les décrire (comme il le fait remarquer au poète à propos de la phrase «je suis fatigué d'être un homme»). Et c'est par ce chemin et par l'intérêt qu'à suscité cette phrase que commencera une nouvelle forme d'expression pour Mario.

Différentes émotions sont ressenties dans Il Postino: le rire, la tristesse et l'émerveillement résultant de la contemplation de la beauté des choses. Ce sentiment est essentiel dans le cheminement de Mario. Il commence par tomber amoureux: cet amour pour Béatrice traduira de manière significative l'évolution de Mario face au monde qui l'entoure. Les belles choses sont d'abord très difficiles à exprimer. Mario commence par les voir, les ressentir, mais ce n'est que progressivement qu'il parviendra à les nommer puis à les exprimer à sa façon. Quand Neruda lui demande de dire dans l'enregistreur une beauté de son pays, c'est seulement le nom de Béatrice Russo que Mario parvient à prononcer. Peu auparavant, lorsqu'il jouait au baby-foot avec elle, ou plutôt lorsqu'elle jouait toute seule, Mario était simplement dans un état d'émerveillement, contemplant avec béatitude la simple présence au monde de Béatrice. Ce n'est qu'ensuite qu'il éprouvera le besoin de dépasser cette attitude contemplative et d'exprimer ce qu'il ressent, accédant ainsi à une certaine forme de poésie.

Pour transposer en termes cinématographiques un goût, un attrait, un cheminement et un aboutissement à la poésie (cet art, ce langage essentiellement fait de mots), le réalisateur utilise différents moyens. Le film insiste notamment sur les comparaisons et les métaphores. Après être manifestement tombé amoureux de Béatrice, Mario est seul dans sa chambre ; la pleine lune brille tandis qu'il essaye désespérément de trouver les mots qui pourront exprimer ce qu'il ressent. Il regarde la petite balle blanche avec laquelle Béatrice a joué, regarde la lune, puis dessine un rond sur une feuille. Le spectateur peut comprendre qu'à cet instant précis, Mario a utilisé une figure poétique.

L'amour qu'il porte à Béatrice est donc pour Mario comme un passage, un accès vers la poésie. Entre la rencontre entre les deux hommes et la véritable transformation qui s'ensuivra, elle est l'étape intermédiaire pour une autre relation au monde. Béatrice est en effet la première belle chose que Mario contemple.

En revanche, si durant toute la première partie du film, le spectateur est amené à éprouver un sentiment d'émerveillement devant la beauté des paysages qui lui sont montrés, cette émotion n'est pas partagée par Mario (au début) et ne se révélera à lui que dans la deuxième partie. En effet, au début du film, le réalisateur nous montre de magnifiques images de l'île que Mario ne semble pas voir. Un grand nombre de séquences commencent par une introduction «paysagiste». Un plan du village précédera une séquence à l'auberge, celui d'un champ de fleurs précédera la cérémonie du mariage, mais surtout, les chemins qu'empruntent Mario afin d'aller délivrer son courrier quotidien sont admirables: l'éclat du soleil, le bleu du ciel et l'émeraude de la mer, le naturel des chemins et la flamboyance des rochers sont étalés sur la pellicule cinématographique comme la beauté des mots dans un poème écrit. Mais tout cela semble échapper à Mario.

Ce n'est qu'à la fin du film qu'il arrivera à exprimer à sa manière les émotions et les sentiments que son pays lui inspire (en enregistrant le bruit des vagues, ...). Dans l'enregistrement qu'il n'aura jamais l'occasion d'envoyer au poète chilien, il lui fait remarquer qu'avec son départ, Mario pensait que Neruda avait emporté avec lui toutes les belles choses de son île. Lorsqu'il enregistre les étoiles, il murmure «Que c'est beau ; je n'avais jamais remarqué à quel point c'est beau». Mario a intériorisé la leçon de Pablo Neruda. Il prend enfin conscience du monde qui l'entoure, et il écrit un poème à sa façon.

La leçon du film

Le jeune spectateur peut se sentir à des années lumières du personnage de Mario, vivant sur une petite île de pêcheurs, dans les années cinquante et qui est engagé comme facteur intérimaire pour le célèbre poète chilien Pablo Neruda. Ce film est notamment l'histoire d'une relation entre deux hommes, avec tous les avatars, les bonheurs et les déceptions qu'une amitié suppose. Mais avant tout, Il Postino met en jeu une véritable réflexion sur la poésie et sur la manière d'être un poète. Sans doute, Neruda est un poète reconnu, qui a publié des recueils célèbres. Mais au lieu d'apprendre du vocabulaire érudit à Mario, il lui fera d'abord prendre conscience de la beauté des choses et Mario deviendra, grâce à lui, sensible au monde qui l'entoure. L'enregistrement des huit beautés de son île fait penser aux merveilles du monde, à la genèse qui renvoie à l'idée de formation, de création et à l'idée de naissance.

Mais sentir des émotions et pouvoir les exprimer sont encore deux choses différentes. On voit en effet à de nombreuses reprises les difficultés qu'éprouve Mario à exprimer avec des mots, sur papier, les choses qu'il ressent. Finalement, c'est l'enregistreur que Neruda a laissé dans sa maison d'exil, qui se révélera être l'instrument, le moyen d'expression adéquat pour Mario. C'est donc en quelque sorte le moyen d'expression qui révèle la beauté du monde, et l'apprentissage poétique se fait aussi par le biais de la découverte d'un médium approprié à chacun. Si, pour Neruda, la poésie se traduit essentiellement par les métaphores, elle passe, pour Mario, par le simple enregistrement sonore des bruits du monde qui l'entoure.


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