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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au dessin animé
Le Roi et l'Oiseau
de Paul Grimault
France, 1980, 1 h 27

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du primaire qui verront le dessin animé Le Roi et l'Oiseau avec leurs élèves (entre huit et onze ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en œuvre en classe après la vision du film.

L'espace et le mouvement dans Le Roi et l'Oiseau

Objectifs

  • Déceler les particularités de l'espace dans Le Roi et l'Oiseau
  • Envisager la notion de mouvement, en rapport avec la configuration générale de l'espace

Méthode

  • Activité à réaliser par les élèves répartis en quatre groupes, qui recevront chacun une consigne de travail particulière:
    • Se souvenir du décor, des détails de l'architecture, des formes les plus caractéristiques du Royaume de Takicardie
    • Se souvenir de la façon dont les personnages se déplacent, des moyens qu'ils utilisent et/ou des voies qu'ils empruntent pour se rendre d'un endroit à un autre
    • Dessiner, de façon très schématique, un plan de la ville de Takicardie
    • À partir d'images du dessin animé [pages 21 et 24 du dossier imprimé: ces images ne sont pas reproduites sur cette page web], définir le point de vue sur le décor, identifier la position (virtuelle, puisqu'il s'agit d'un dessin animé) de la «caméra» sur ce décor: semble-t-elle se trouver proche? éloignée? en bas? en haut? à hauteur de ce décor? figurer les estimations par une flèche correctement orientée, et de longueur plus ou moins importante en fonction des distances évaluées
  • Évaluer ces notions d'espace et de mouvement avec l'ensemble de classe:
    • Désigner quatre porte-paroles pour exprimer ce dont on s'est souvenu ou ce que l'on a élaboré au sein des groupes de travail; expliciter et commenter toutes les propositions: les enfants seront libres de développer un point de vue personnel non seulement sur l'objet de l'animation (l'espace et les mouvements des personnages, les positions de caméra dans le film), mais aussi sur l'activité elle-même: a-t-on bien aimé de réfléchir sur ces dimensions-là? est-ce que cette activité nous permet de voir le film avec un regard nouveau ou plus averti? a-t-on acquis un (ou des) outil(s) supplémentaire(s) pour aborder d'autres films?
    • Comparer cette disposition particulière de l'espace avec d'autres films ou dessins animés bien connus (dans quels sens se déplace-t-on? par quels moyens? comment se caractérise l'espace: est-il plus ou moins grand, étendu?...)
    • Evoquer les sentiments provoqués par cet espace sans ouverture autre que celle du ciel, seulement accessible aux personnages ailés comme les oiseaux: sentiment de vertige? de claustrophobie? d'étouffement? d'angoisse?

Commentaire

La ville de Takicardie est construite tout en hauteur. Elle se caractérise par différents étages, bien séparés les uns des autres. Certains de ces niveaux — les plus élevés — ne sont accessibles qu'au Roi Charles Cinq Et Trois Font Huit Et Huit Et Huit Font Seize, qui utilise pour y accéder un ascenseur ultra-moderne. Plus on monte vers les sommets du Royaume, et plus l'espace est désert. L'appartement privé et secret du Roi «couronne» l'ensemble architectural. Il y vit seul et à l'écart, occupé à écouter de la musique classique et entouré de nombreuses peintures, parmi lesquelles le dernier tableau le représentant. C'est à l'intérieur de cet espace clos et magique que les personnages figés des tableaux et les sculptures s'animent la nuit et que le Roi se fera d'ailleurs piéger par son propre portrait!

Au début du film, le mouvement ascendant de l'ascenseur futuriste, accompagné dans son trajet par l'énumération mécanique et anonyme débitée par un haut-parleur, est l'occasion de présenter au spectateur tous les endroits du Royaume qui, au lieu de s'étaler sur un plan horizontal comme dans n'importe quelle ville, «s'empilent» les uns au-dessus des autres. Cette disposition verticale est donc fortement soulignée et mise en évidence dès le début du Roi et l'Oiseau. Les différentes consignes distribuées aux groupes sont censées confronter les élèves à cette caractéristique essentielle du film, que ce soit par sa représentation (évidemment difficile à «planifier» de façon traditionnelle), la description de son architecture, l'analyse du mouvement ou encore, une approche de la façon de filmer les lieux (généralement sans recul, d'un point de vue surplombant ou au contraire en contre-plongée).

Les enfants du premier groupe, qui ont eu pour mission de relever les détails architecturaux et formes générales du Royaume de Takicardie, auront très certainement remarqué les tours qui s'élancent vers le haut, toutes ces flèches et aiguilles qui chapeautent les sommets, les îlots qui surplombent le vide, provocant une sensation de vertige... Peut-être auront-ils souligné aussi le côté «écrasé» de la partie souterraine du Royaume, un espace apparemment sans issue, où l'on se retrouve piégémalgré soi; un espace qui ressemble à une galerie labyrinthique à plusieurs étages, où les lieux de vie et de travail se superposent sous la surface terrestre, où les habitants vivent sans avoir jamais vu la lumière du jour, inexorablement contraints à un travail à la chaîne consistant, pour l'essentiel, à reproduire portraits et statues destinés au culte de la personnalité du Roi.

Si les mouvements du Roi sont le plus souvent ascensionnels, on remarquera que pour les autres personnages, le mouvement général est un mouvement de chute, qui va donc du haut vers le bas: chute ou déséquilibre des objets (ainsi de la petite cage où l'oisillon se trouve piégé), dévalement des corps dans les escaliers monumentaux, chute vertigineuse des personnes jugées gênantes par le Roi, qui les fait disparaître dans un puits sans fond par une trappe actionnée grâce à la manipulation de pièces disposées sur son échiquier... Ainsi, dans ce contexte de mouvement descendant, l'apparition de la Bergère et du Ramoneur en haut de la cheminée qui coiffe le salon secret du Roi ressemble un peu à une victoire sur le monde, victoire rendue possible grâce à l'aide de la petite Porteuse d'eau, une statuette qui s'était soudain animée pour éteindre les flammes de l'âtre et ouvrir le passage à ses compagnons de fortune artistique. On soulignera ici les difficultés qu'ils éprouvent à ce moment-là pour s'arracher au vide et se déplacer «horizontalement » sur les toits pentus des hauts sommets. Et ce point culminant sera d'ailleurs aussi pour les deux jeunes gens le point de départ d'une chute qui les conduira dans les bas-fonds de la ville.

Les enfants du deuxième groupe auront sans doute été relativement peu sensibles à ces considérations abstraites. C'est pourquoi nous avons limité cette approche du mouvement en leur demandant de se souvenir des moyens et des voies qu'utilisent les personnages pour se déplacer (ou être déplacés). Il y a les volées d'escaliers monumentaux, la petite échelle du ramoneur, les parapluies que les policiers emploient en guise de parachutes (lorsqu'ils ne se transforment pas carrément en sorte de chauve-souris!), la fine colonne à laquelle ils s'agrippent pour «glisser» d'un étage à l'autre, les ascenseurs, et tout cela sans oublier le procédé radical de la trappe! À la surface du sol, les déplacements sont également rendus difficiles. Les rues étant remplacées par des canaux débouchant sur la mer, ils apparaissent comme autant d'impasses et nécessitent pour se déplacer de petites embarcations étroites, des sortes de hors-bord en forme de poissons exclusivement réservés au Roi et à ses policiers. Ainsi, même au niveau du sol, des piétons comme la Bergère et le Ramoneur éprouvent toutes les peines du monde à se mouvoir librement. Quant au Roi, il ne se déplace que très rarement à pied. Il utilise les ascenseurs mais aussi un trône téléguidé pour effectuer de courts déplacements «horizontaux», souvent limités à quelques mètres. De manière plus symbolique, et donc moins évidente au premier abord, il y a dans Le Roi et l'Oiseau un certain nombre d'éléments qui traduisent l'immobilité ou la difficulté de se mouvoir au sein de cet univers sans ouverture sur l'extérieur. Ainsi de la présence des nombreuses statues qui ornent le Palais et ses abords. Figées dans l'un ou l'autre mouvement, elles rappellent le «statisme» obligé des Takicardiens. Quant au boulet attaché à la patte de l'Oiseau, prisonnier du Roi et condamné à travailler dans ses ateliers souterrains, il peut aussi être interprété comme un signe de cette difficulté (mais aussi de l'interdiction) de bouger.

Les élèves du troisième groupe, chargés de dessiner un plan sommaire du Royaume de Takicardie, auront remarqué que représenter cet espace sous forme d'un plan traditionnel, autrement dit d'un plan qui ressemble à ceux que nous consultons habituellement pour nous orienter, relève d'une mission impossible puisque les différentes parties de la ville sont architecturées en hauteur. Cette première constatation — d'un point de vue élevé à la verticale, le Royaume de Takicardie est pratiquement «inexistant», réduit à un îlot perdu dans un espace sans repère, étant donné que le spectateur n'est jamais amené à découvrir les alentours marins et désertiques esquissés aux abords immédiats du domaine — aura permis aux enfants d'identifier le caractère vertical de l'espace et les aura conduits à imaginer un autre type de représentation graphique, où la surface terrestre qui sépare le Royaume en deux mondes bien distincts apparaît comme le point de repère principal.

Enfin les élèves du quatrième groupe, invités à examiner quelques plans remarquables du dessin animé (plongées et contre-plongées vertigineuses, absence de profondeur dans les plans horizontaux...) découvriront quant à eux les moyens utilisés par les réalisateurs pour rendre la verticalité de l'espace dans le Roi et l'Oiseau. L'exercice demandé (représenter la position et la direction de la caméra par des flèches orientées et de longueur variable en fonction des distances évaluées) aura permis aux enfants de développer une réflexion élaborée sur ce thème, réflexion nécessaire pour faire émerger concrètement cette caractéristique. Les flèches orientées vers le bas ou vers le haut seront longues, verticales ou légèrement obliques, tandis que les flèches horizontales utilisées pour représenter un point de vue frontal seront quant à elles beaucoup plus courtes.


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