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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Le Mystère de la chambre jaune
de Bruno Podalydès
France/Belgique, 2003, 1h58

Le dossier pédagogique dont on trouvera un extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront le film Le Mystère de la chambre jaune avec leurs élèves (entre douze et dix-huit ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en oeuvre en classe après la vision du film.

Le point de vue du cinéaste

Tous les spectateurs savent qu'un film comme le Mystère de la chambre jaune a été réalisé par toute une équipe de techniciens et d'artistes dirigés par un cinéaste, même si au cours de la projection nous oublions complètement le rôle de cette équipe de réalisation Beaucoup de films (de fiction) se déroulent ainsi sans que nous nous interrogions sur les intentions éventuelles du cinéaste, sur son travail de mise en scène ou sur la manière dont il nous entraîne dans son récit : nous plongeons dans l'histoire racontée et ses multiples péripéties, nous partageons les émotions et les désirs des différents personnages sans nous interroger sur l'auteur du film dont la présence semble complètement effacée

Dans d'autres films cependant et c'est sans doute le cas dans le Mystère de la chambre jaune , le spectateur peut ressentir de façon plus marquée la présence du cinéaste qui se signale par exemple par des partis pris manifestes, par un point de vue singulier, par des interventions plus ou moins explicites ou encore par des choix esthétiques surprenants. Ainsi, beaucoup de spectateurs seront sans doute sensibles à l'ironie de Bruno Podalydès qui traverse pratiquement tout son film: cette ironie constitue d'ailleurs un des charmes de cette adaptation qui semble ne jamais se prendre trop au sérieux. Le Mystère de la chambre jaune est donc l'occasion de faire prendre conscience aux jeunes spectateurs du rôle de l'auteur du film qui ne se contente d'ailleurs pas de manifester sa présence par quelques indices dispersés et dont les choix artistiques et idéologiques orientent de façon décisive la manière dont nous percevons ce film.

Déroulement et commentaires

La réflexion proposée aux jeunes participants aura pour point de départ une distinction essentielle entre le point de vue des personnages et celui de l'auteur du film (et éventuellement celui des spectateurs). Ainsi, certaines scènes ou certains gestes peuvent nous paraître comiques, mais cette dimension ironique, qui est voulue par le réalisateur, échappe évidemment aux protagonistes de l'histoire qui sont quant à eux plongés dans un vrai drame.

On suggérera donc aux participants de passer en revue une série d'éléments du film où l'on peut percevoir une intervention du cinéaste: pour chacun de ces éléments, les spectateurs devront essayer de décrire comment se manifeste la présence de l'auteur du film et ensuite éventuellement d'interpréter cette intervention.

Observer et se souvenir

Dans le Mystère de la chambre jaune comme dans la plupart des films de fiction, le cinéaste reste invisible. On devine néanmoins sa présence à travers une série d'éléments qu'il nous fait voir ou entendre mais qui échappent aux personnages qui sont pris dans l'histoire: ainsi, un geste ou une expression peuvent nous paraître comiques alors que les personnages restent quant à eux tout à fait sérieux.

En vous servant du répertoire ci-dessous, essayez de relever un maximum de ces éléments où l'on peut percevoir l'intervention du cinéaste.

Précisez ensuite la signification éventuelle de ces éléments: vous paraissent-ils comiques, ironiques, étranges, surprenants, ridicules, émouvants?

  • Les machines, les objets mécaniques, les accessoires...
     
  • Les voix off (qui n'appartiennent pas à un personnage à l'écran), les commentaires...
     
  • Les intertitres...
     
  • Les costumes...
     
  • Le jeu des acteurs, leurs gestes, leurs expressions...
     
  • Le langage employé, les expressions, la manière de parler...
     
  • La musique...
     
  • Les gags...
     
  • La musique d'accompagnement...
     

Quelques éléments de réponse

Les machines [1]

Pour rappel, citons:

  • la machine du générique, la machine qui nous est montrée pendant le voyage en Amérique de Rouletabille,
  • le train miniature dans la prairie,
  • la lampe à dynamo du père Jacques,
  • l'auto solaire,
  • les machines dans le laboratoire avec lesquelles jouent notamment les policiers.

Certaines de ces machines apparaissent comme des intruses dans le monde représenté (celui où sont censés vivre les personnages), en particulier le train miniature qui court dans la prairie aux abords du château: on peut donc lui trouver de multiples significations, bizarre, saugrenue, ironique, symbolique même si l'on pense qu'il évoque le voyage de Rouletabille en Amérique (le train part dans un sens puis revient dans l'autre).

D'autres machines appartiennent en revanche au monde représenté comme la voiture solaire que conduit Darzac; mais nous savons aussi qu'une telle auto est une pure invention à l'époque où est censé se dérouler le film, et nous ne pouvons donc pas tout à fait la prendre au sérieux, surtout qu'elle s'arrête au moindre nuage! Pour les personnages, c'est un objet réel; mais, pour nous spectateurs du 21e siècle, il s'agit évidemment d'un produit de l'imagination du cinéaste, d'un objet de fiction dont nous ne pouvons que sourire

Les voix off, les commentaires

On se souvient qu'au début du film, une voix off lit l'article du journaliste pendant que les images illustrent le propos même de cet article. À certains moments, les personnages dialoguent même avec cette voix off comme quand le juge s'exclame: «Bernier? C'est qui ça Bernier?», et que son greffier lui répond: «Le concierge». L'effet, on l'a déjà remarqué, est légèrement ironique.

Dans la seconde partie du film (après le voyage en Amérique), la voix de Rouletabille deviendra omniprésente puisque le reporter expliquera aux autres personnages ainsi qu'aux spectateurs tout ce qu'il a découvert sur le «mystère de la chambre jaune». À de nombreux moments, cette voix deviendra «off», c'est-à-dire qu'elle accompagnera et commentera des images des événements du passé (à savoir les différents attentats contre Mlle Stangerson et les crimes de Ballmeyer). La présence, la force, l'expressivité de cette voix nous empêchent de l'oublier, d'oublier que c'est Rouletabille qui a découvert l'extraordinaire mystère de la chambre jaune: les images que nous voyons bien qu'elles paraissent tout à fait «réelles» sont, comme nous le rappelle constamment la voix off, une reconstitution du journaliste. Chaque spectateur pourra sans doute interpréter à sa manière la présence de cette voix off, soit en admirant la perspicacité de Rouletabille, soit en s'agaçant de sa suffisance, soit encore en y percevant une légère touche d'ironie de la part du cinéaste qui souligne ainsi l'invraisemblance de toute cette histoire. Comme la machine du générique, il s'agit d'une «mécanique» extrêmement précise, fragile, sophistiquée et complètement loufoque!

Les intertitres

Rappelons notamment:

  • «Où l'on commence à ne pas comprendre»
  • «Un homme a passé comme une ombre à travers les volets»
  • «Où Joseph Rouletabille adresse à Robert Darzac...
    ...une phrase qui produit son petit effet»
  • «Où Rouletabille part en expédition sous le lit»
  • «Maintenant il va falloir manger du saignant!»
  • «Où Frédéric Larsan explique comment l'assassin a pu sortir de la chambre jaune»
  • «Le presbytère n'a rien perdu de son charme»
  • «Rouletabille connaît les deux moitiés de l'assassin»
  • «Où Rouletabille part en Amérique»
  • «Où Rouletabille apparaît dans toute sa gloire»
  • «Le mystère de Mathilde Stangerson»

Certains de ces intertitres sont manifestement ironiques (par exemple: «Où Rouletabille part en expédition sous le lit» ou bien «Où Rouletabille apparaît dans toute sa gloire»). D'autres sont en revanche beaucoup plus discrets et apparaissent dans le film sans perturber grandement le déroulement de la fiction (par exemple: «Le mystère de Mathilde Stangerson»). Ici aussi, les spectateurs seront sans doute plus ou moins sensibles à ces interventions du cinéaste (qui sont souvent reprises du roman où elles constituent des titres de chapitres) et à la distance qu'elles induisent par rapport à l'univers de la fiction.

Les costumes

L'attention du spectateur est sans doute attirée à plusieurs reprises par des détails vestimentaires comme les gants que porte Darzac en plein été, les chapeaux melon des deux policiers, les sous-vêtements blancs d'un de ces policiers obligé de plonger dans l'eau, ou le masque de soudeur dont se couvre l'assassin pendant la nuit Certains de ces détails s'expliquent sans doute dans le cadre de l'histoire racontée, mais le spectateur peut aussi y voir la marque du cinéaste (que ne perçoivent évidemment pas les personnages pris dans le feu de l'action): ainsi le costume de Mlle Stangerson à la réception de l'Élysée était sans doute à la mode dans les années vingt [2] mais peut sembler aujourd'hui légèrement ridicule, en particulier le plumet qui lui orne le front!

C'est aussi le cas des chapeaux melon des deux policiers qui nous font certainement penser aux Dupond et Dupont des bandes dessinées de Tintin! Et que penser du pantalon trop court de Rouletabille et de ses souliers blancs que souligne un gros plan au moment où le journaliste paraît pourtant «dans toute sa gloire»! De façon légèrement différente, le masque de soudeur que l'assassin subtilise sans doute au père Jacques est un choix peu vraisemblable [3] mais qui lui donne une apparence frappante et un peu irréelle (entre le robot et la combinaison d'astronaute).

Tous ces choix de costumes ne sont évidemment pas dus au hasard et peuvent nous inciter à mener une réflexion plus approfondie sur d'autres choix moins évidents: ainsi, si l'on compare Darzac et Frédéric Larsan, l'on peut remarquer que l'élégance décontractée du policier contraste avec le costume serré à la coupe raide du fiancé de Mlle Stangerson. Les costumes révèlent la personnalité différente des individus d'une manière appuyée, proche sans doute de la caricature.

Le jeu des acteurs

La dimension caricaturale du film transparaît en particulier dans le jeu des acteurs dont certains gestes ou certaines attitudes sont franchement comiques: ainsi, à plusieurs reprises, Rouletabille amorce quelques pas de danse qui font certainement sourire les spectateurs. La démarche même du journaliste et de ses compères, Sainclair ou Darzac, est souvent caricaturale puisqu'ils se déplacent sur la pointe des pieds comme s'ils marchaient sur des oeufs. Les gestes de Rouletabille quand il saisit par exemple la tête de Sainclair entre ses deux mains ont également quelque chose de grandiloquent ou d'inutilement dramatique qui prête à sourire.

Les attitudes de Mlle Stangerson qui semble sans force ou bien qui serre son sac à main contre sa poitrine lors de la réception à l'Élysée peuvent elles aussi paraître ridiculement précieuses et affectées. Quant au juge d'instruction de Marquet, sa manière de parler, ses gestes de la main qui soulignent continuellement son propos sembleront sans doute surannés à de nombreux spectateurs.

Le plus souvent cependant, cette dimension ironique tient à très peu de chose, à des décalages minimes par rapport aux attitudes que l'on attendrait en pareille situation: ainsi, quand Mlle Stangerson qui vient d'échapper aux mains meurtrières de Ballmeyer se précipite dans la chambre jaune pour y prendre un foulard, elle ralentit ostensiblement l'allure quand elle passe devant les fenêtres pour ne pas se faire remarquer par son père qui est à l'extérieur. Dans ce moment dramatique, le geste est sans doute un tout petit peu trop marqué pour paraître naturel et semble donc légèrement caricatural.

Le langage employé, les expressions, la manière de parler

Tous les spectateurs auront sans doute remarqué l'originalité du langage employé dans le Mystère de la chambre jaune, même s'il n'est pas facile de définir avec précision les caractéristiques de ce langage, surtout pour les plus jeunes spectateurs. De façon sommaire, l'on peut ainsi parler d'expressions «littéraires» J'ai cet usage, dit Rouletabille, de ne jamais serrer la main de quiconque ne se dégante pas , de tournures «poétiques» Tout ce que nous ne voyons pas et qui est immense, de formules précieuses ou pédantes Ce plan est très simple, très sage, très sûr! , qui contrastent avec des ruptures de ton brutales comme la «Salope!» que Bernier lance à l'adresse de sa femme.

Ici aussi, l'on peut sans doute parler d'une distance ironique par rapport aux personnages et à tout un univers qui apparaît comme légèrement suranné et factice.

Les gags

Parmi les nombreux gags qui parsèment le Mystère, on rappellera notammentceux-ci :

  • la voiture solaire s'arrête quand passe un nuage;
  • Rouletabille et Sainclair assistent à une dispute chez les concierges tout en se préparant à manger;
  • Rouletabille veut que Sainclair lui fasse la courte échelle pour monter dans l'arbre: ils se retrouvent tous les deux à terre
  • Rouletabille demande un pistolet au garde-chasse (l'Indien) qui sort toute une panoplie du tiroir de la table;
  • Sainclair caché dans l'horloge s'y retrouve enfermé et ne parvient à s'en extraire qu'avec beaucoup de difficultés

Le gag le plus marquant est sans doute celui de l'horloge qui est véritablement burlesque et qui dédramatise totalement l'ensemble de la séquence. En revanche, les autres gags sont nettement moins accentués et peuvent prêter à sourire sans provoquer cependant une franche hilarité: l'auto conduite par Darzac s'arrête en douceur quand le soleil se voile et nous sourions légèrement devant ce gag presque imperceptible.

La musique

La musique (composée par Philippe Sarde) est très présente dans le Mystère de la chambre jaune: même si l'on n'a que peu de connaissances musicales, on y reconnaît facilement l'usage d'instruments à cordes comme les violons et les contrebasses. Les valeurs attachées à cette musique varient évidemment en fonction du moment du film mais également de la sensibilité des spectateurs. Néanmoins, si l'on tient compte des autres éléments filmiques qu'on a déjà décrits, l'on peut estimer que cette musique contribue elle aussi à cette ambiance faite de légèreté et de distance ironique.

Par ailleurs, les spectateurs remarqueront peut-être certains moments mélancoliques qui sont soulignés par une musique plus grave (notamment quand Rouletabille évoque les événements survenus en Amérique). Cette mélancolie est sans doute partagée par l'un ou l'autre des personnages, mais la musique s'adresse d'abord à nous et vise surtout à nous émouvoir: l'on peut donc considérer que le cinéaste accentue intentionnellement l'aspect mélancolique ou nostalgique auquel contribuent sans doute d'autres éléments du film comme le fait que l'action se situe pour nous à une époque révolue

Pour ne pas conclure

Il ne s'agit pas ici, pour les participants, de faire un relevé exhaustif des éléments où l'on peut remarquer une intervention de l'auteur du film, mais surtout de percevoir la différence entre le point de vue des personnages et celui de l'auteur: cette différence est particulièrement flagrante, comme on l'a vu, avec les phénomènes d'ironie qui nous font ressentir comme plus ou moins comiques et risibles des événements ou des comportements qui sont «en réalité» (c'est-à-dire dans l'univers de la fiction) sérieux et même dramatiques.

Si cette animation est essentiellement descriptive, l'on peut, pour terminer, s'interroger un peu plus avant sur ces interventions de l'auteur dont on a fait un bref relevé: toutes ces interventions ont-elles la même signification, ou bien peut-on y percevoir des intentions différentes? Ainsi, à côté de moments très ironiques, les spectateurs seront peut-être sensibles à d'autres aspects, déjà évoqués, plus mélancoliques qu'expriment notamment certains morceaux musicaux.

Pour terminer, l'on proposera aux jeunes participants une réflexion sur la manière de caractériser le point de vue de l'auteur du film. Parmi les termes suivants, quels sont ceux qui correspondent le mieux à la perception des différents spectateurs? Précisons également, si nécessaire, le sens de ces différentes notions:

  • un regard ironique
  • une attitude distanciée
  • une accentuation comique
  • un point de vue mélancolique
  • un regard détaché
  • la nostalgie de l'enfance
  • une approche caricaturale
  • une vision passéiste
  • une dramatisation forcée
  • autre

Il ne saurait bien sûr pas y avoir d'appréciation unanime à ce propos; en outre, le point de vue de l'auteur n'est pas nécessairement homogène ou constant, et il peut au contraire varier en fonction du moment du film, du personnage envisagé ou encore des événements racontés. L'important, encore une fois, est de prendre conscience du point de vue de l'auteur et, indirectement, du nôtre qui peut ou non coïncider avec celui de l'auteur.


[1] Ces «machines», bien qu'elles aient été conçues spécialement pour le film, sont l'oeuvre d'un sculpteur et plasticien dénommé Fabien.

[2] Si le roman de Gaston Leroux se passe en 1892, le cinéaste a quant à lui choisi une époque plus récente, sans doute les années 20 si l'on se fie aux costumes notamment féminins.

[3] Il s'agit d'un choix du cinéaste alors que, dans le roman, l'assassin est affublé d'une fausse barbe.

 

L'on trouvera à la page suivante une animation originale (qui n'est pas reprise dans le dossier imprimé), consistant en vingt-cinq consignes d'observation à remettre aux spectateurs avant la projection du film.

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