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Une analyse proposée par les Grignoux
et consacrée au film
En guerre

de Stéphane Brizé
France, 2018, 1h42

L'analyse consacrée au film de Stéphane Brizé, En guerre, propose aux spectateurs et spectatrices du film une réflexion sur la fin du film qui est particulièrement dramatique et qui pose des questions psychosociales importantes.

Le film en quelques mots

1100 personnes licenciées. Voilà ce que promet la fermeture de l'usine Perrin Industrie, dans le sud-ouest de la France, fermeture décidée à distance par la direction allemande. Les travailleurs s'opposent naturellement à ce verdict: le groupe est largement bénéficiaire, la région n'offre pas d'autres perspectives d'emploi. Et puis, en échange de sacrifices assez considérables, les travailleurs ont obtenu la garantie que l'usine tienne au moins cinq ans. Mais cette promesse faite il y a deux ans est aujourd'hui abolie. Trahis, les ouvriers bloquent le site et cherchent à négocier. Mais entre la direction française qui se prétend impuissante, le PDG allemand qui ne daigne pas leur répondre et l'État français qui propose une timide médiation, ils ont bien du mal à trouver un interlocuteur valable… En première ligne de cette lutte, Laurent Amédéo, délégué CGT, est prêt à tout pour sauver l'usine.

Stéphane Brizé se place au cœur d'une lutte extrêmement âpre, et au plus près des hommes et des femmes qui la mènent. Il dénonce ainsi la langue de bois pratiquée par les dirigeants d'entreprise, leur mépris pour les personnes qu'ils emploient, mais aussi les dissensions internes du monde ouvrier, là où les puissants, eux, font bloc. Si la notion de violence symbolique a un sens, c'est bien dans cette situation qu'elle s'applique de la façon la plus cruelle.

En guerre pourra notamment être vu dans le cadre d'une initiation aux sciences sociales,économiques ou politiques.

Une fin dramatique

La fin du film de Stéphane Brizé, En guerre, surprend certainement beaucoup de spectateurs. On a vu Laurent Amédéo à une dernière réunion syndicale qui voit les ouvriers profondément divisés et qui conclut à l'échec du mouvement de grève. Puis il rend visite à sa fille à la clinique où il prend dans ses bras son nouveau-né; il rentre chez lui où il découvre sa maison vandalisée et va reprendre ses affaires à l'usine. C'est à travers l'écran d'un smartphone qu'on découvre alors son suicide, une terrible immolation par le feu. Mais c'est un commentaire à la télévision qui explique que ce geste a eu lieu devant le siège allemand de Dimke (et non à l'usine d'Agen comme on aurait pu le croire).

Cette surprise ne nous empêche pas cependant de comprendre pourquoi Laurent Amédéo a mis fin à ses jours de cette façon: tous les événements mis en scène dans le film expliquent son geste et nous n'avons pas besoin d'entendre ses paroles à peine audibles à travers le smartphone pour en deviner le sens. Mais l'événement était-il prévisible ? Car, s'il l'était, comment expliquer notre surprise en tant que spectateurs ?

L'on propose donc ici une réflexion un peu plus approfondie sur cette fin brutale mais aussi et surtout sur tous les événements évoqués dans le film et qui permettent de l'éclairer. Le réalisateur ne montre pas en effet ce geste comme absurde ou insensé, et il cherche évidemment à en souligner les causes qui sont très généralement négligées dans les reportages télévisuels sur ce genre d'événements.

Objectifs

  • Comprendre un geste exceptionnel
  • Analyser la causalité en sciences humaines

Analyse

Chacun peut partir de ses simples réactions de spectateur en se posant des questions comme ::

  • La fin du film est-elel surprenante ?
  • Quelles peuvent-être les raisons du suicide de Laurent Amédéo ?
  • Comment juger ce geste ? Paraît-il juste ? normal ? légitime ? inutile ? absurde ? excessif ?
  • Comment ressentez-vous le mode opératoire — l'immolation par le feu — de ce suicide ?
  • À la place d'Amadéo, pourrait-on etre tenté d'agir comme lui ? ou pas du tout ?
  • Un tel suicide sur le lieu de travail est exceptionnel ou plutôt fréquent ?

On commencera par répondre à la dernière question grâce à une courte recherche sur Internet avec les termes  ; « suicide lieu de travail.

On constatera rapidement que les données sont disparates, et les chiffres rares. Aux États-Unis, entre 1992 et 2008, il y a eu entre 180 et 230 suicides par an sur le lieu de travail (source ; U.S. Bureau of Labor Statistics). En revanche, il n'existe pas ni en France ni en Belgique de recueil similaire de statistiques, même si le chiffre de 500 suicides sur le lieu de travail est cité pour la France ; comparé aux statistiques américaines, ce chiffre paraît cependant énorme[1].

Beaucoup d'analyses soulignent par ailleurs qu'il s'agit d'un phénomène relativement récent datant des années 1990 (même s'il se peut que le phénomène n'ait été auparavant perçu que comme des faits divers isolés) ; le monde du travail s'est transformé avec entre autres une précarisation des salariés, une augmentation de la charge de travail, une flexibilité et un stress accrus ainsi que des pressions exercées par la hiérarchie (prenant souvent la forme d'un harcèlement). Pour beaucoup d'observateurs, on peut parler d'une souffrance nouvelle au travail alors que jusque-là on parlait plutôt d'épanouissement (réel ou souhaitable). Cette situation serait d'ailleurs particulièrement problématique en France, et un sociologue comme Marco Diani n'hésite pas à affirmer à ce propos ; « En France, des managers peuvent être inhumains et incompétents mais sont souvent inattaquables et intouchables. Nous sommes dramatiquement confrontés aux retards de la gestion stratégique, en un mot du style de management à la française. En comparant les cultures managériales, force est de constater que l'on trouve probablement en France l'une des plus dures au monde, et de loin la plus sourde à la souffrance, tant individuelle qu'en groupes. Managers inhumains, manquant souvent de professionnalisme, mais imbus d'eux-mêmes, et aussi parfois, sourds aux signes de détresse et profondément incompétents. Les suicides sont la partie émergente d'une réalité plus dramatique ; en effet, ils pointent la défaillance structurelle du management à la française, à savoir l'absence de véritable dialogue démocratique. »

Dans la même perspective, on soulignera le renvoi récent en correctionnelle (en juin 2018) de trois hauts responsables de France Télécom (devenu Orange) pour harcèlement moral et de quatre autres cadres pour complicité de ces agissements ; l'ordonnance de renvoi parle de « pratiques répétées » au service d'« une politique d'entreprise visant à déstabiliser les salariés » et « à créer un climat professionnel anxiogène ». Les juges d'instruction[2] ont examiné le cas de 19 salariés qui se sont suicidés, de 12 salariés ayant fait une tentative de suicide et de 8 ayant fait une dépression ou un long arrêt de travail, entre 2006 et 2009. L'entreprise en pleine phase de privatisation voulait diminuer le volume de l'emploi (qui s'élevait à 196000 salariés) et supprimer 22000 postes mais ne voulait pas d'un plan social qui aurait été trop coûteux (avec des primes de licenciement) ; le harcèlement répété avait vraisemblablement pour objectif de provoquer le départ volontaire (sans indemnité) des personnes concernées. On parle de 58 suicides en trois ans.

Le geste d'Amédéo, s'il est relativement rare, n'est donc pas exceptionnel dans un contexte social où les pressions (de différente nature) exercées par la direction sur les travailleurs sont très importantes. La forme prise par le suicide d'Amédéo, qui marque certainement beaucoup de spectateurs, est cependant exceptionnelle ; d'après les enquêtes épidémiologiques, l'immolation par le feu représente 1% des suicides dans les pays développés, mais elle certainement porteuse d'une signification forte, celle d'une protestation contre une injustice (réelle ou ressentie). L'immolation par le feu reste sans doute associée pour beaucoup à l'image des moines bouddhistes qui se sont suicidés de cette manière au Sud-Viêt-nam en 1963 pour protester contre le régime dictatorial pro-américain de l'époque. D'autres exemples similaires[3] peuvent certainement être évoqués. Et tout le monde reconnaîtra dans le geste d'Amédéo une protestation similaire. Il reste à déterminer plus précisément contre quoi.

Quelles sont alors les raisons probables du suicide d'Amédéo ? La réponse peut paraître évidente ; c'est l'échec de la grève et le refus de la direction de Dimke de revenir sur la décision de fermeture de l'usine d'Agen. Mais l'on peut poser deux questions supplémentaires à ce propos ;

Comment définir la situation vécue par les salariés d'Agen et par Amédéo en particulier ? De manière générale, qu'y a-t-il de commun entre toutes les situations où des salariés peuvent être amenés à se suicider sur leur lieu de travail ? De façon plus particulière, qu'est-ce qui peut expliquer que ce soit Amédéo qui se suicide et non d'autres travailleurs (qui se résignent plus ou moins à leur sort) ?

Qu'y a-t-il de commun entre les travailleurs d'Agen confrontés à la fermeture probable de leur usine et par exemple les salariés de France Télécom victimes de harcèlement ? Plusieurs points doivent sans doute être relevés ;

• Il y a d'abord un phénomène de domination, qui doit être distingué du pouvoir[4]. Dans une relation de pouvoir, un individu en position d'autorité dicte leur conduite à d'autres personnes ; l'exemple type est celui de l'officier qui donne des ordres à des soldats. La domination en revanche n'implique pas nécessairement le pouvoir ; en l'occurrence, M. Hauser ne donne pas d'instruction à Amédéo, mais la décision qu'il prend — fermer l'usine — s'impose à tous les travailleurs qui n'ont aucun choix sinon d'accepter cette fermeture. La direction est en position de force, en position dominante, car elle limite la liberté de ceux et celles qui sont en position dominée (à savoir les travailleurs). On se souviendra que, lors de la première réunion avec le conseiller de l'Élysée, un responsable français du groupe Dimke affirme que les salariés peuvent chercher du travail ailleurs et déménager s'il le faut, ce qui suscite l'indignation des délégués syndicaux ; cette affirmation est scandaleuse parce qu'il s'agit là d'un faux choix pour la majorité des travailleurs (qui ont généralement une famille, des relations, une habitation qui les oblige à rester à Agen). On se souviendra également qu'en bloquant l'usine, les travailleurs avaient un moyen de pression sur la direction, mais la décision de justice et l'intervention de la police ont inversé le rapport de forces. Si l'on suit toutes les actions des grévistes, on constate qu'ils ont chaque fois (blocage de l'usine, entrée au Medef, envahissement de l'usine de Montceau-les-mines…) essayé d'inverser le rapport de forces pour forcer la direction à négocier et amener finalement le patron de Dimke à les rencontrer. Mais qu'il s'agisse de licenciement, de fermeture d'usine ou de harcèlement, les personnes victimes de ces situations se trouvent dans une position dominée où leur liberté de choix se voit fortement restreinte.

• Le refus de M. Hauser, patron de Dimke, de rencontrer les délégués d'Agen révèle un autre phénomène important ; on peut parler d'une forme de mépris ou plus largement d'une absence de considération ou de reconnaissance. M. Hauser se préoccupe de ses actionnaires, pas du sort de ses ouvriers. La reconnaissance sociale est un concept relativement nouveau[5] et désigne un besoin général dans nos sociétés de respect, d'estime sinon d'amour ; les individus n'agissent pas uniquement par intérêt économique (un salaire, une rémunération) mais parce qu'ils espèrent une forme de reconnaissance symbolique (leur travail est « bien fait », ils ont réalisé quelque chose de remarquable, leur performance suscite l'admiration…). On remarquera immédiatement que cette reconnaissance est distribuée de façon extrêmement inégalitaire dans nos sociétés ; les grands sportifs sont admirés, les personnalités médiatiques sont applaudies, les savants, les hommes politiques (même locaux), les inventeurs, les managers de toutes sortes bénéficient de différentes formes de prestige, alors que les fonctionnaires au guichet, les caissières au magasin, les ouvriers de toutes sortes ne jouissent pratiquement d'aucune considération comme si leur salaire était la seule chose qui leur était due. On peut même dire qu'il y a une lutte constante pour la reconnaissance à cause de cette distribution inégalitaire de la notoriété. Dans cette perspective, le combat mené par Amédéo est aussi une lutte symbolique où il recherche le soutien notamment de l'opinion publique, non pas pour lui seul mais pour tous les travailleurs de l'usine d'Agen ; il veut évidemment prouver que son combat est juste, légitime et honorable et mérite le respect[6]. Or il est confronté à plusieurs dénis ou refus, d'abord celui de la Justice elle-même, puis du patron de Dimke et enfin de certains salariés qui lui reprochent un jusqu'au-boutisme qui leur aurait fait tout perdre. Et sa maison vandalisée sera évidemment pour lui une forme d'humiliation, complètement inverse de la reconnaissance qu'il réclame. Dans son combat comme dans d'autres, l'on voit ainsi encore une fois l'importance des médias qui peuvent légitimer ou au contraire décrédibiliser tout un mouvement à travers des images chocs comme celle de la voiture renversée de M. Hauser.

Le suicide d'Amédéo dans toute sa violence reste exceptionnel et inattendu.Comme dans beaucoup de cas de suicide, les explications se font a posteriori et restent toujours insatisfaisantes. Si l'on analyse les éléments fournis par le film (qui reste bien évidemment une fiction), on peut relever quelques points.

D'abord, le film montre une progression dans le combat mené par Amédéo et les autres délégués ; si la Justice leur donne d'abord tort, ils parviennent néanmoins à surprendre « l'adversaire », d'abord en bloquant l'usine, puis en envahissant le siège du Medef et enfin en occupant le siège de Montceau-les-mines. On remarque à ces différents moments qu'Amédéo est à la pointe du mouvement mais qu'il est attentif à calmer ses « troupes » pour éviter tout débordement qui serait dommageable en termes d'image médiatique ; il est donc très conscient que son combat, que leur combat a une dimension symbolique importante et qu'il leur faut gagner la bataille de l'opinion publique. Or c'est ce combat qu'ils vont tous perdre en renversant devant les caméras la voiture de M. Hauser. Après cet échec qui est à la fois réel (l'usine ferme !) et symbolique, le suicide d'Amédéo apparaît alors comme une revanche symbolique ; face à un tel geste, l'attitude de la direction de Dimke apparaît comme profondément injuste. Symboliquement, le suicide est beaucoup plus grave que la blessure légère de M. Hauser.

Par ailleurs, Amédéo était bien sûr à la tête du mouvement, et comme tel, il se sent responsable de cet échec même s'il s'agissait d'une action collective ; exposé pendant le combat, il est particulièrement exposé au moment de la défaite dont on le rend responsable. Là encore, la maison vandalisée est une mise en cause personnelle (et non plus collective) pour le dirigeant syndical.

Enfin, comme on l'a déjà signalé au chapitre précédent (sur le travail de mise en scène), Amédéo apparaît très seul avec une vie de famille réduite ; sa vie professionnelle semble avoir envahi l'essentiel de son existence, et on devrait ajouter que son rôle syndical est devenue la chose la plus importante pour lui. On se rappellera dans ce contexte une image qui, rétrospectivement, peut prendre une tonalité dramatique ; sa fille lui envoie quelques images de sa grossesse avec un commentaire humoristique, puis une dernière de son père, très certainement une photo de journal ou de magazine où l'on voit Amédéo avec des ouvriers grévistes et qu'elle a légendée « Mon héros ! ». Subjectivement, Amédéo peut donc avoir le sentiment d'avoir perdu son combat syndical mais aussi l'estime de sa fille[7]. Ayant fait de son combat (pour lui mais aussi pour l'ensemble des travailleurs) le sens de sa vie, on peut comprendre que peu de choses le rattachent encore à l'existence ; la mort sociale devient ainsi une mort individuelle.

Références

• Audrey Couillet, Pierre Depraz, Anne Dumont et Jean-Louis Terra, « Entre protestation et désespoir, expliquer l'acte d'auto-immolation par le feu », Perspectives Psy, Volume 54, Numéro 3, juillet–septembre 2015
https://www.huffingtonpost.fr/marco-diani/risque-suicide-travail_b_8909954.html
http://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-economie/20091009.RUE2910/suicides-au-travail-et-management-a-la-francaise.html
https://www.prevent.be/fr/banque_de_connaissance/suicide-sur-le-lieu-de-travail
Observatoire national du suicide

1. Si l'on applique le ratio du nombre annuel de suicides sur le lieu de travail, constaté aux États-Unis, rapporté à la population globale, il devrait y avoir une cinquantaine de suicides du même type par an en France. Un des deux chiffres est donc surestimé ou sous-estimé, sans qu'on puisse déterminer lequel. Les accidents de travail graves font néanmoins en France l'objet d'un signalement à la Direction Générale du Travail: en 2010, cette source dénombrait explicitement 25 suicides sur le lieu de travail. D'autres sources (Conseil économique, social et environnemental en 2014) parlent de 400 suicides liés au travail (ce qui ne signifie évidemment pas que ces suicides ont eu lieu sur le lieu de travail). Signalons par ailleurs qu'en France, il y a eu environ 11400 suicides en 2011. Comparé à la moyenne européenne du taux de suicide, la France est dans la fourchette haute.

2. Pour rappel, les juges d'instruction mènent l'enquête (généralement avec la police) et, sur base des éléments récoltés, décident ou non du renvoi devant une juridiction pénale (en assises ou en correctionnelle). L'affaire de harcèlement à France Télécom a donc été jugée suffisamment grave pour un renvoi en correctionnelle mais n'a pas encore été jugée en tant que telle.

3. La photographie de l'immolation de Thích Qung c, le premier des six moines bouddhistes qui se suicideront de cette manière en 1963, a été largement diffusée par les médias occidentaux et a fortement choqué l'opinion publique. Quelques années plus tard, en 1969, un étudiant tchèque, Jan Palach, s'immole à Prague pour protester contre l'invasion de son pays par l'URSS. En Tunisie, l'auto-immolation d'un vendeur ambulant tunisien, Mohamed Bouazizi, en 2011 entraîne des émeutes dans le pays qui aboutiront à la chute du dictateur Ben Ali. 160 chômeurs auraient fait de même entre décembre 2010 et mars 2013 pour dénoncer leurs terribles conditions d'existence. Au Tibet, région annexée et colonisée par la Chine, au moins 120 moines (hommes et femmes) sont morts de cette façon depuis février 2009 pour protester contre la répression.

4. On trouvera dans le dossier pédagogique consacré à la Loi du marché de Stéphane Brizé une explication plus complète de la distinction à faire entre différences individuelles, inégalités sociales, domination et pouvoir (Anne Vervier, La Loi du marché, un film de Stéphane Brizé, Liège, Les Grignoux, 2015, p. 16-19)

5. Axel Honneth, La Lutte pour la reconnaissance, Paris, Cerf, 2000. D'autres auteurs proposent des approches plus ou moins différentes du phénomène.

6. Le mépris dont fait preuve le dirigeant de Dimke n'est pas individuel, et peut-être estime-t-il subjectivement qu'il n'est pas méprisant. Mais l'ensemble de la stratégie du groupe, son système pyramidal, seront nécessairement perçus lors de toute négociation comme profondément inégalitaires et méprisants par les ouvriers d'Agen. On se souviendra également de l'évacuation par la police du siège du Medef: là aussi, les deux cadres qui viennent à la rencontre des ouvriers sont très polis mais ils s'en tiennent strictement à leur rôle qui de refuser l'accès aux grévistes. Toute l'organisation patronale est extrêmement méprisante: il n'y a pas à discuter avec des ouvriers licenciés… Les deux cadres ne sont que les agents de cette organisation.

7. Bien entendu, les sentiments de sa fille ne sont sans doute pas ceux-là. Mais nos émotions ne sont pas «raisonnables» ni rationnelles, et Amédéo doit vraisemblablement ressentir de façon particulièrement cruelle l'humiliation du combat perdu devant sa fille qui le considérait jusque-là comme un héros. Et bien entendu, l'admiration déclarée de sa fille n'est pas la «cause» de son suicide: ce n'est qu'un facteur aggravant, tout le film ayant bien montré que la cause essentielle de son geste est l'ensemble du combat perdu (aussi bien dans les faits que d'un point de vue symbolique).

Affiche du film

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