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Une analyse réalisée par le centre culturel Les Grignoux
et consacrée au film
Zonzon
un film de Laurent Bouhnik
France, 1998, 1 h 42 avec Pascal Greggory, Gaël Morel, Jamel Debbouze


1. L'histoire

Dans l'argot des banlieues, « Zonzon » désigne la prison. Le film de Laurent Bouhnik, loin de toute vision romantique ou au contraire misérabiliste de la prison, invite le spectateur à partager l'existence quotidienne de trois détenus qui n'auraient sans doute jamais eu l'occasion de se rencontrer à l'extérieur mais que le hasard des incarcérations obligera à vivre ensemble, avec d'ailleurs beaucoup de difficultés nées notamment de la promiscuité imposée par la surpopulation des prisons. Grandjean, jeune étudiant aisé, va ainsi devoir côtoyer et amadouer Francky, un braqueur condamné à une lourde peine dont il ne voit pas la fin, avant que ne vienne se joindre à eux Kader, un petit délinquant multirécidiviste à la « tatche » intarissable...

2. Le public auquel le film est destiné

Adapté d'une pièce de théâtre, Zonzon ne doit pas être considéré comme un documentaire mais comme une fiction — sans aucun doute documentée — qui peut rencontrer l'intérêt d'un large public d'adolescents (ou d'adultes) à partir de quatorze ans environ.

3. Rapport avec la problématique santé

Où se situent les limites de la santé ? Qu'est-ce qu'être « en bonne santé » ? L'univers carcéral que dépeint Zonzon pose bien la difficulté de répondre à de telles questions. Lorsque l'environnement est par lui-même producteur de « mauvaise santé » (physique, mentale ou sociale...) et sans pour autant porter un quelconque jugement de valeur sur cet environnement ni contester sa raison d'être, quelle santé promouvoir ? Quelles démarches d'éducation pour la santé envisager ?

Cette rubrique ne prétendra pas répéter ni synthétiser l'ouvrage du CFES paru sur le sujet (Promotion de la santé en milieu pénitentiaire, collection La santé en action). Tout au moins peut-on repérer dans le film lui-même, des éléments de réponses à ces questions. Ce sont en tous cas celles du réalisateur dont on peut se faire l'interprète. En situation d'animation avec un groupe, ce travail de repérage d'éléments de compréhension contenus dans le film, à compléter par sa propre analyse, peut constituer un temps de débat intéressant sur cette question « Quelle promotion de la santé en prison ? ».

L'ambivalence de certains comportements ou situations est particulièrement intéressante à discuter. Par exemple : la nocivité de la cigarette — consommée à des doses souvent massives — ne peut-elle pas être discutée au regard des doses — tout aussi massives — de stress et d'anxiété qu'elle permet en partie d'évacuer ? La promiscuité particulièrement dure à vivre, parce qu'imposée, non choisie et agressante, ne trouve-t-elle pas aussi un versant moins négatif dans la part de lien social et de relation humaine (dont on peut encore une fois longuement discuter la qualité...) qu'elle permet de conserver ? Cette promiscuité et cette violence relationnelle... et leur couple contraire, peuvent d'ailleurs être interrogées aussi bien entre détenus qu'entre détenus et surveillants.

Une opposition tout aussi forte est très bien décrite par le film : le besoin vital de sauvegarder des espaces d'intimité dans un univers qui gomme et malmène les personnalités et les particularités. Cette question touche ce qui est certainement le point central de ces questions de santé et du film lui-même : la prison peut-elle jouer un rôle éducatif sur les personnalités et les comportements en se montrant aussi peu attentive à ce qui les renforce et les structure ? « Comment prétendre réinsérer une personne qui a été détenue si on sape son noyau socio-affectif, base de toute réinsertion élargie ? »(voir l'ar-ticle de Michaël Faure sur « Le droit à l'intimité en détention » dans Le Monde Diplomatique, février 1999).

L'importance de l'imaginaire, de la mentalisation, fait aussi l'objet d'une très belle scène presque à la fin du film. Présentée comme un moyen d'évasion (dans les différents sens du terme), mais aussi de sauvegarde mentale par l'espoir, la perspective, l'ailleurs et l'après. La description d'une femme par « l'intellectuel » de la cellule (excellent Gaël Morel) emmène les trois co-détenus dans un univers mi-poétique mi-érotique qui, en imaginant un avenir et un ailleurs, leur permet de supporter un peu mieux le présent et renfermement.

4. Proposition d'animation

Zonzon, film sur la prison, s'adresse de façon évidente à ceux qui, heureusement pour eux, ne connaissent pas personnellement l'univers carcéral. Construit autour d'un trio de personnages relativement typés — le dur, le gentil et le comique —, le film nous introduit dans un milieu qui nous est, pour la plupart, étranger, grâce notamment la figure de Grandjean, le fils de bonne famille (?), qu'une bêtise exceptionnelle plonge dans ce monde et qui sert donc de naïf, de représentant mental pour beaucoup de spectateurs.

Qu'est-ce que le film de Laurent Bouhnik nous apprend sur le prison? en quoi modifie-t-il éventuellement nos représentations de l'univers carcéral ou nos attitudes à son égard? comment et par quelles voies parvient-il à opérer une telle modification? L'animation que nous proposons vise à répondre à ces questions en s'attachant plus particulièrement aux affects qui sont presque nécessairement liés à nos représentations de la prison. On peut supposer en effet qu'un film de fiction joue en général moins sur la dimension purement cognitive de nos représentations — tout compte fait, il nous apporte peu de choses que nous ne sachions déjà — que sur leur dimension affective et l'équilibre des différentes « forces » qui y règnent. C'est donc à une meilleure prise de conscience du jeu de nos propres émotions que cette animation souhaite inviter les spectateurs.

L'animation comporte deux étapes, avant et après la vision du film, et consiste en un questionnaire portant sur les opinions des spectateurs à l'égard de la prison. Que pensons-nous de la prison? Quels sont les idées et les sentiments que nous associons à la prison? Comment réagissons-nous spontanément à l'évocation de cet univers? Pour répondre à ces questions, on soumettra aux participants une liste de mots dont ils devront indiquer s'ils les jugent plus ou moins importants dans l'image qu'ils se font de la prison. La liste sera accompagnée pour chaque mot d'une échelle d'évaluation (par exemple à cinq degrés) entre un degré zéro — ce mot n'a pas de rapport avec ma représentation de la prison — et un degré maximum — ce mot correspond parfaitement à ma représentation de la prison —.

Voici donc la liste de mots que nous proposons de soumettre aux participants (qui répondront de manière individuelle à ce questionnaire) :

L'image de la prison

Sur les échelles ci-dessous, le degré 1 signifie que le mot proposé correspond parfaitement à mon image de la prison, et le degré 5 qu'il ne correspond pas du tout à mon image de la prison (les degrés intermédiaires permettent de nuancer la réponse)

  1 = tout à fait adéquat
5 = pas du tout adéquat
  1 = tout à fait adéquat
5 = pas du tout adéquat
marginalité solitude
évasion souffrance
désir incompréhension
force honnêteté
vexation injustice
humour blessure
agressivité frustration
tension trahison
peur frime
lâcheté soumission
rire mensonge
violence pauvreté
poésie promiscuité
camaraderie fidélité
sexualité repli sur soi
  un autre mot...

Comme on le voit à la lecture de cette liste, on donnera l'occasion aux participants d'ajouter à cette liste les mots qui leur viennent spontanément à l'esprit à l'évocation de la prison. On remarquera également qu'une certain nombre des termes proposés sont rarement associés à l'univers carcéral : c'est précisément sur des représentations associées à ces termes que le film de Laurent Bouhnik va intervenir.

Le questionnaire sera soumis une première fois aux participants une quinzaine de jours avant la vision du film dans le but (explicite) de définir leur attitudes spontanées à l'égard de la prison. Il leur sera soumis une seconde fois dans les jours qui suivront immédiatement la projection en leur demandant cette fois d'indiquer les mots qui leur paraissent le mieux correspondre à l'image de la prison telle que celle-ci apparaît dans le film de Laurent Bouhnik. (Le délai relativement long d'une quinzaine de jours entre les deux questionnaires est destiné à permettre l'oubli, au moins partiel, des premières réponses données).

Les participants seront finalement invités à comparer leurs réponses au questionnaire avant et après la vision de Zonzon et à essayer de déterminer individuellement ce que ce film aura éventuellement changé dans leur perception de l'univers carcéral. On peut également opérer cette comparaison au niveau de l'ensemble du groupe en rassemblant les différentes réponses au questionnaire et en déterminant comment les représentations « sociales » du groupe ont pu évoluer. (Ce travail de dépouillement et de traitement des données, pour isoler les termes les plus fréquemment cités ou ceux suscitant au contraire des opinions polémiques, peut être effectué par certains des participants sur un ordinateur équipé d'un tableur.)

On peut bien sûr prolonger cette animation de multiples manières pour approfondir cette réflexion sur l'image qu'un film comme Zonzon peut donner de la prison. Il serait par exemple intéressant de s'interroger sur la dimension d'apprentissage que comprend de façon très manifeste ce film. Les personnages et, à travers eux, les spectateurs suivent en effet une trajectoire qui donne d'ailleurs sa dynamique au film mais dont il n'est pas nécessairement facile de définir le sens. Une discussion collective devrait permettre ici d'éclairer chacune de ces trajectoires : celle de Grandjean s'interprétera facilement comme une espèce de « déniaisement », mais la leçon que tire Francky de sa propre expérience est certainement moins évidente et sans doute beaucoup plus profonde. Quant à Kader, on peut s'interroger sur les véritables effets que la prison aura finalement sur sa conduite future. Sur tous ces points, le film donne sans doute moins des réponses définitives qu'il ne vise à bousculer nos certitudes trop facilement assurées.


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