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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Les Palmes de M. Schutz
de Claude Pinoteau
France, 1997, 1h46

Le dossier pédagogique dont on trouvera un extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront le film Les Palmes de M. Schutz avec leurs élèves (entre quatorze et dix-sept ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en oeuvre en classe après la vision du film.

Reconstituer une démarche scientifique

Au-delà de l'évocation des deux grandes figures légendaires qu'incarnent Pierre et Marie Curie, Les Palmes de Monsieur Schutz développe le thème — beaucoup plus large — de la recherche scientifique.

Aussi proposons-nous d'ouvrir ce dossier pédagogique par un travail d'analyse de la démarche scientifique, qui se fondera sur l'étude de leur parcours tel qu'il est décrit dans le film. Le but étant de comprendre les méthodes utilisées dans le cadre de la recherche, on n'accordera par conséquent pas d'importance ici aux questions de vérité historique.

Disons d'emblée que les deux démarches — celle qui a été réellement entreprise par les deux chercheurs, et celle, romancée, qui est montrée dans le film de Claude Pinoteau — ne coïncident guère, mais que ce décalage reste très peu significatif par rapport à l'objectif que l'on s'est fixé, à savoir comprendre et caractériser un type de démarche.

Parallèlement à cet objectif global, l'activité proposée ci-dessous apparaît comme un bon moyen de dresser un panorama d'ensemble du film, puisque celui-ci débute avec la représentation du contexte qui a déclenché le processus de la recherche (l'électromètre de Pierre ne fonctionne pas avec l'uranium) et qu'il se clôture avec la découverte du radium, qui est le point d'aboutissement de ce processus.

En pratique

Concrètement, il s'agira de se remémorer un par un les faits qui marquent une étape importante du travail des chercheurs, faits que l'on tâchera ensuite de relier logiquement de façon à retrouver la cohérence du processus.

Il s'agira alors de désigner par un terme les étapes du raisonnement et de réaliser un graphique mettant en évidence les variations observées dans la progression du travail réalisé (en tenant compte des blocages, des retours en arrière, des remises en question, des hypothèses nouvelles, des controverses, toutes ces étapes qui impriment au parcours un rythme variable, donc un aspect forcément accidenté...).

L'activité se clôturera enfin par un relevé des caractéristiques que le graphique ainsi élaboré permet de mettre au jour. Pratiquement l'activité pourrait se dérouler de la manière suivante.

Commençons par attirer l'attention des élèves sur l'origine la plus courante de toute recherche, à savoir la volonté de résoudre une situation problématique. Dans le cas des Palmes de Monsieur Schutz, ces situations sont au nombre de deux:

  1. l'électromètre de Pierre ne fonctionne pas avec l'uranium;
  2. l'analyse de la pechblende infirme les résultats des expériences menées, et donc le principe de la radioactivité, définie comme une propriété physique et constante de l'uranium.

Ces problèmes donnent lieu à diverses hypothèses qu'il s'agit de vérifier afin d'obtenir une réponse. Schématiquement, on peut représenter les deux situations du film selon un modèle identique que l'on dessinera au tableau.

Ces gabarits serviront de base à une réflexion collective qui devrait aboutir à la formulation des éléments manquants.

Divisons alors la classe en deux groupes et scindons le travail en deux parties.

Le premier groupe s'attachera à la première période du film, correspondant aux étapes menant à la résolution du problème initial (de l'observation des résultats anormaux obtenus avec l'uranium jusqu'à la découverte de la radioactivité).

Le second groupe, quant à lui, envisagera la deuxième période, correspondant à la résolution du second problème (de la controverse émise par les scientifiques de Cambridge jusqu'à la découverte du radium).

Si, pour les élèves les plus jeunes ou les moins avertis en matière de physique et de chimie, l'activité semble trop compliquée à réaliser sur base d'une simple remémoration, il sera toujours possible pour eux de recourir au découpage du film présenté ci-dessous.

Chaque membre du groupe sera désigné à tour de rôle pour effectuer la lecture à haute voix d'une partie du découpage et, après concertation avec ses compagnons, pour colorier au marqueur fluorescent les indications nécessaires à la reconstitution de la démarche entreprise par Pierre et Marie Curie. Ces données concrètes serviront ensuite à définir les étapes de leur processus intellectuel.

Il s'agira enfin de mettre au point un graphique mettant en évidence la progression du travail, en faisant apparaître son caractère accidenté, non linéaire, et inconstant, motivé non seulement par les obstacles rencontrés, mais aussi par les hypothèses nouvelles susceptibles de modifier et le rythme, et la direction de la recherche entamée. Afin de garder une certaine homogénéité dans l'ensemble du travail, mettons tous les élèves d'accord sur l'une ou l'autre convention. Si le schéma est organisé verticalement, on représentera par exemple un obstacle —qu'il s'agisse d'une controverse, d'une impasse ou d'un résultat incompréhensible— par une flèche en pointillé orientée de droite à gauche (signifiant la «régression»). Une hypothèse nouvelle, en ce qu'elle permet généralement de relancer le travail sur de nouvelles pistes et, souvent, accélérer la progression de ce travail, pourra elle être représentée par une flèche en gras orientée de gauche à droite.

Après avoir reproduit au tableau ce parcours, un porte-parole sera désigné au sein de chaque groupe afin d'expliquer au reste de la classe les différentes étapes de la démarche adoptée par les deux scientifiques. En cas de polémique ou d'incompréhension, un débat collectif pourra être engagé entre tous les élèves, de façon à résoudre la difficulté.

L'enseignant jouera ici le rôle d'aiguilleur et, au besoin, apportera la réponse au problème soulevé. Les membres des deux groupes seront ensuite invités à confronter les résultats de leurs travaux avec le graphique que nous avons nous-mêmes établi [ce graphique n'est pas reproduit sur cette page web mais est disponible dans le dossier imprimé]. Cette comparaison les amènera éventuellement à revoir certaines étapes, à compléter le processus, mais pourra aussi les conduire à formuler l'une ou l'autre critique à l'égard de ce graphique.

La dernière étape consistera à remarquer les grandes caractéristiques de la démarche scientifique telles qu'elles émergent du travail, démarche qui, nous l'avons vu, progresse souvent à tâtons, sans objectifs clairs, sur base d'hypothèses plus ou moins hardies nées de résultats apparemment impossibles, contradictoires ou simplement controversés.

À titre d'illustration, nous présentons ci-dessous une liste de grandes caractéristiques qui pourraient être détectées par une observation attentive du graphique:

  1. La recherche scientifique implique une démarche qui progresse par paliers, de façon non linéaire et non constante.
  2. Dans le cadre de la recherche scientifique, un obstacle quel qu'il soit — des résultats incompréhensibles, une impasse, une controverse— est toujours positif dans la mesure où il donne lieu à de nouvelles hypothèses menant à de nouvelles découvertes.
  3. Les acquis de la science constituent une base de travail plus ou moins précaire:
    • Un principe fondamental est toujours susceptible d'être remis en question. Ainsi, dans le film, nous voyons que l'activité «anormale»de l'uranium conduit à remettre en cause un principe considéré jusque là comme immuable, celui de l'inertie de la matière.br /> • Tout phénomène observé peut faire l'objet d'une réinterprétation. Ainsi le phénomène d'hyperphosphorescence, qui impliquait une réaction chimique dans la description de son mécanisme, devient la radioactivité, décrite elle comme une propriété physique et constante de l'uranium.
  4. Le bon sens joue un grand rôle dans le processus. À la nécessité d'une connaissance approfondie d'un sujet, il faut ajouter la nécessité de capacités autres, comme le raisonnement logique et l'imagination. Par exemple, rappelons-nous l'intervention de Georgette qui, alors que Pierre et Marie Curie butaient sur une impasse, lance une hypothèse «inconcevable»qui s'avérera pourtant décisive dans l'explication de la radioactivité anormale de la pechblende.

 

Découpage

Générique:

L'hémicycle de l'Académie des sciences est filmé en plongée. Les personnalités scientifiques qui composent l'assemblée ont revêtu le costume officiel et arborent leurs distinctions honorifiques.

Trois chimistes en tablier blanc présentent les résultats de leurs expériences.

Une rue de Paris, l'hiver; il neige.

Pressés par le froid, des hommes passent sous le porche de l'École de Physique et de Chimie.

Attablé dans un laboratoire, un homme, que l'on identifiera plus tard comme étant Pierre Curie tente de se concentrer sur ses notes. Emmitouflé dans un épais manteau, les mains gantées, il semble avoir très froid. Une silhouette noire se hâte dans la rue, s'attarde un instant devant une pâtisserie et, comme à regret, reprend sa route. Un peu plus tard, on découvrira qu'il s'agissait de Maria Sklodowska.

Retour à la séance académique:

Le professeur Binet reçoit le prix Martin Lamourette de chimie et les palmes académiques pour les travaux de l'un de ses chercheurs: Henri Becquerel, qui vient de découvrir le phénomène de l'hyperphosphorescence: après avoir été exposés au soleil les sels d'uranium deviennent lumineux.

Dans le laboratoire de Pierre Curie et de son ami Gustave Bémont, le froid est effectivement intense. Déplorant le manque de charbon, Bémont transforme une chaise issue du secrétariat de son directeur, Monsieur Schutz, en bois de chauffage.

Une discussion animée s'ouvre entre les deux hommes. Elle a pour objet leur conception de la science. Tandis que Pierre se montre très attaché à l'idée d'une science pure, Bémont met en évidence les avantages immédiats que l'on peut en retirer. Pour illustrer son propos, il prend l'exemple du quartz piézo-électrique, une invention que Pierre a laissé tomber dans le domaine public, alors qu'il aurait pu la faire breveter et en retirer des bénéfices. Bémont est fier d'opposer à cela ses nombreux brevets concernant des inventions exploitées dans le secteur industriel, comme le sera d'ailleurs bientôt son futur acoustiphone.

Monsieur Schutz, le directeur de l'école, fait irruption dans la pièce. Les deux scientifiques lui font remarquer le froid glacial qui règne dans le laboratoire, à quoi Schutz répond que le froid tonifie l'esprit.

Il demande des comptes quant à l'état des recherches de ses collaborateurs. Irrité par la lenteur des travaux et les piètres résultats obtenus, il rationne le charbon à un seau par semaine. L'électromètre de Pierre, dont la finalité est de mesurer les courants de très faible intensité, fonctionne avec tous les métaux, mais non avec l'uranium, anomalie qu'il attribue à un vice de construction.

Quant au spectroscope de Bémont, qui doit permettre de visualiser la raie spectrale des métaux, il est loin d'être au point, étant donné l'énergie et le temps que le savant consacre aux inventions directement exploitables par l'industrie. Avant de quitter les lieux, Schutz annonce la venue d'une jeune étudiante polonaise «bardée de diplômes», déplorant en passant le fait qu'il faille recourir à de la main-d'œuvre étrangère pour combler les lacunes des chercheurs français.

Les deux hommes contestent en vain la venue d'une troisième personne dans un local déjà exigu et inconfortable. Maria Sklodowska entre dans le laboratoire. Elle feint de ne pas parler français, ce qui lui permet de tester la réaction des deux hommes, qui n'épargnent guère leurs réflexions quant à son aspect physique et vestimentaire. Lorsqu'il s'aperçoit que Schutz a confié à Marie ses propres recherches, Gustave Bémont s'emporte et menace de démissionner.

Comprenant le bouleversement que cause sa présence au laboratoire, voulant par ailleurs être acceptée par ses nouveaux collègues, Marie menace de hurler pour alerter Schutz. Dès ce moment, Pierre et Gustave comprennent que Marie parle français. Tous les trois entament un dialogue et se mettent finalement d'accord.

Pendant que Pierre se rend à l'auditoire pour y donner son cours de physique, Marie s'empare des copies qu'il a laissées sur son bureau et entreprend de les corriger. Pierre n'appréciera guère: pour lui, il s'agit d'une question d'honnêteté vis-à-vis de ses étudiants. Devant le scepticisme qu'elle devine chez Pierre quant à ses propres compétences, elle décide de prouver qu'elle est au fait des avancées de la science en lui expliquant le fonctionnement et l'utilité du quartz piézo-électrique que lui-même vient d'élaborer. Pierre ne réagit pas et se plonge dans son travail pendant que Marie, déçue, se met à laver les carreaux. Au bout d'un moment, elle s'évanouit.

Pierre et Marie sont attablés dans un petit café -restaurant. En réalité, si Marie s'est évanouie, c'est qu'elle est affamée. Après avoir nié ce fait, elle avoue à Pierre n'avoir plus mangé depuis un long moment. Pierre lui demande alors de ne plus jamais mentir: contrairement à la Pologne occupée, la France est un pays libre où il ne faut pas avoir peur. Elle lui confie qu'au contraire, elle doit se méfier: elle est constamment surveillée et au moindre écart de parole ou de comportement, elle risque d'être renvoyée en Pologne. La discussion révèle que l'un et l'autre défendent des idées positivistes, suite à quoi Pierre décide de prendre la jeune femme à l'essai.

Bémont survient et accueille la nouvelle en offrant une tournée générale

.

Au laboratoire, Marie et Gustave discutent de la notion de brevet. Elle lui fait part de son intention de faire breveter un procédé hérité de son grand-père, consistant à fabriquer de la vodka qui ne rend pas malade. Pierre entre dans la pièce. Après le départ de Gustave, Marie lui annonce qu'elle a vérifié ses calculs: ils sont justes. L'uranium n'obéit à aucune loi connue.

Le lendemain matin, au laboratoire, Marie prépare une sorte de ragoût polonais. Gustave arrive, chargé d'un buste de Pasteur creux dont la tête se dévisse. Il l'offre à Marie. En échange, elle lui donne la formule de la vodka à faire breveter. Restée seule, elle dévisse la tête du buste et verse à l'intérieur de la poudre noire. Cette poudre est en réalité de la poudre à canon (du nitrate), qu'elle projette de faire parvenir clandestinement aux résistants polonais.

Pierre entre et aborde Marie en polonais. La phrase qu'il a maladroitement composée contient une invitation à passer la soirée au théâtre en sa compagnie.

Arrivée impromptue du recteur de l'Académie des sciences, que Schutz présente à Pierre et à Marie. Schutz se retire à contrecœur, sur l'injonction du recteur.

Pierre explique au recteur le fonctionnement de son électromètre ainsi que le type de recherches qu'il lui permet d'effectuer. Le recteur se montre sceptique quant à l'utilité de tels travaux: à quoi diable sert-il de gaspiller du temps et de l'énergie à mesurer des quantités infinitésimales de courant ? Pierre donne ensuite des explications farfelues pour justifier les préparations de Marie: le ragoût polonais devient un aliment artificiel pour le bétail, le nitrate, une nouvelle source d'énergie et la vodka, une potion médicamenteuse qu'il doit ingurgiter pour éliminer ses colibacilles.

Pris à son propre piège, il est contraint de boire sous les yeux du recteur la dite potion. Quelques instants plus tard, il montre des signes d'ébriété: il rit, affirme qu'il parle polonais et va jusqu'à jouer le rôle d'interprète entre Marie et le recteur.

Grugé, le recteur dit son excellente impression quant au travail effectué, impression qu'il va ensuite transmettre à Schutz.

Une rue parisienne, animée de piétons et de voitures tirées par des chevaux. Pierre traverse distraitement la rue et manque de se faire piétiner. Il se rend chez Marie, qui occupe une mansarde. La jeune femme l'accueille chaleureusement, malgré la pauvreté dans laquelle elle vit: elle manque de sucre, de pétrole… Pierre avoue sa peur des conséquences qu'aurait pu avoir la découverte par le recteur des activités clandestines de Marie. Pour écarter toute éventualité de renvoi en Pologne, Pierre lui propose un mariage blanc. L'attirance qu'ils éprouvent l'un pour l'autre se révèle alors. Ils s'embrassent.

Au laboratoire, les recherches continuent. Marie découvre que les sels d'uranium font grésiller le potentiomètre. Irrité par les échos qu'il a reçus du recteur, Schutz survient et exige des explications. Pierre et Marie avouent avoir menti. Furieux, le directeur leur accorde un délai de trois mois pour obtenir des résultats sérieux. Si tel n'est pas le cas, il envisage le renvoi des deux chercheurs. Désormais, ceux-ci consacreront tout leur temps à interpréter le phénomène de l'hyperphosphorescence découvert par Becquerel.

À la mairie, Pierre et Marie se marient. Le maire fait la lecture d'un extrait qui réglait à l'époque les conditions du mariage. L'on y perçoit l'entière dépendance de l'épouse à l'égard de son mari. Au laboratoire. Marie a établi un programme d'expérimentation qui laisse Pierre perplexe, tant il est laborieux et chargé. Gustave survient et annonce sa démission: ses compromis industriels exigent une entière disponibilité. Désormais, il consacrera tout son temps à la science appliquée. Avant de s'éclipser, il offre aux jeunes mariés un matériel destiné à éviter les crevaisons, tandis que le personnel de l'école offre deux bicyclettes. Marie effectue un premier essai peu concluant.

Au laboratoire, les recherches se poursuivent pour expliquer le dégagement énigmatique d'énergie produit par l'uranium: comme ce dernier ne subit aucune transformation, l'explication ne peut être donnée en termes de réaction chimique.

Le délai accordé par Schutz est écoulé. Le directeur survient et exige les conclusions du travail auxquelles les chercheurs ont abouti. Pierre et Marie les présentent en ces termes: l'uranium produit des rayons X et dégage de l'énergie à l'état naturel. L'hyperphosphorescence est donc une propriété physique de l'uranium et non le résultat d'une réaction chimique due à l'effet des rayons solaires.

Furieux et incrédule, Schutz rejette ces conclusions. Conformément aux lois établies par la science, il reste persuadé qu'il doit y avoir nécessairement une source à cette énergie dégagée par l'uranium. En réaction, les Curie menacent de démissionner et de révéler ces résultats à Zurich. Face à cet ultimatum, Schutz consent à examiner de plus près la découverte. Revenu sur sa position initiale, il emmène précipitamment les chercheurs à la dernière séance académique pour qu'ils y exposent leurs résultats.

Devant une assemblée outrée par l'audace de Schutz, par son irruption inattendue dans l'hémicycle, Pierre et Marie parlent de leur découverte: l'hyperphosphorescence est une propriété physique constante de l'uranium, qu'ils proposent d'appeler «radioactivité».

La séance se clôt dans le brouhaha: les académiciens se montrent à la fois surpris et ravis devant la brillante intervention de Pierre et Marie qui, eux, s'empressent de fuir à bicyclette pour accomplir enfin leur voyage de noces.

Occupés à parcourir la campagne à vélo, ils oublient momentanément le laboratoire pour profiter de la nature, passer des nuits à la belle étoile…

Pendant ce temps, Schutz prépare la séance académique au cours de laquelle il doit recevoir les palmes. Claudel lui a préparé un discours qui ne lui plaît guère.

Face à un hémicycle d'autant plus imposant qu'il est presque vide, Schutz, déçu, écourte le discours pompeux qu'il réservait aux rangs serrés de l'élite scientifique et mondaine.

Pierre et Marie décident d'abréger leurs vacances. Une «panne»les autorise à s'avouer mutuellement leur ardent désir de poursuivre leur travail et de regagner Paris.

Leur arrivée inopinée surprend Schutz, occupé à faire visiter leur propre laboratoire à un nombre imposant de journalistes, tout en reprenant à son compte personnel la découverte de ses assistants. Mitraillés par les photographes, Pierre et Marie expriment une colère que Schutz a du mal à endiguer: il avoue avoir besoin de crédit, donc, d'un peu de notoriété. Il annonce également qu'un article émanant de Cambridge conteste les résultats obtenus concernant la radioactivité. Il existe en effet en Autriche un minerai contenant de l'uranium — la pechblende — beaucoup plus radioactif que l'uranium pur observé par les Curie. Pierre doute à nouveau de son électromètre. Il faut néanmoins réagir dans les plus brefs délais, vérifier en analysant un échantillon de pechblende.

Les travaux reprennent au laboratoire. Marie est enceinte.

Récemment accouchée, Marie s'occupe de sa fille Irène, assistée d'une nourrice, Georgette. Le soir, de retour à la maison, Pierre fait un compte-rendu des travaux qu'il mène au laboratoire: les résultats obtenus avec la pechblende sont effectivement anormaux.

Pressée de participer aux recherches, Marie reprend le chemin du laboratoire. Georgette survient avec le landau. Elle ne se rend pas compte qu'elle perturbe le travail de ses «patrons». Marie s'énerve puis, sur les conseils de Pierre, tente d'expliquer l'objet de ses soucis à la gouvernante qui, pleine de bon sens, émet une hypothèse capitale: logiquement, la substance radioactive introuvable devrait se cacher dans la poussière résiduelle restant après séparation de tous les composants de la pechblende.

Pierre et Marie vérifient sur-le-champ cette hypothèse et constatent que la poussière résiduelle est beaucoup plus radioactive que l'uranium pur. Ils soupçonnent alors l'existence d'un métal inconnu qui se trouverait en quantité infinitésimale dans la pechblende, métal qu'ils baptisent d'emblée «radium».

Concrètement, ils estiment à une ou deux tonnes la quantité de minerai nécessaire pour obtenir un gramme de radium. Ils choisissent de garder le secret absolu sur l'hypothèse d'un nouveau métal. Même Schutz ne sera pas mis au courant. Aussi, ne percevant pas l'utilité d'importer d'Autriche une quantité aussi imposante de pechblende, refuse-t-il catégoriquement de passer commande. Il exige par contre un démenti rapide aux thèses de Cambridge. Le minerai, finalement commandé aux frais du couple, est livré à l'École. Pour l'entreposer et le traiter, les Curie obtiennent de Schutz un hangar froid et humide, qui servait autrefois comme salle de dissection de l'École de médecine.

Dans le hangar, les manipulations auxquelles se livrent les Curie s'apparentent à des travaux forcés. Gustave vient leur rendre visite. Il incarne le parfait exemple de la réussite à laquelle l'ont conduit les applications industrielles de ses inventions. Consterné devant les conditions de travail misérables de ses anciens collègues, il reproche une nouvelle fois à Pierre de ne pas faire breveter ses inventions. Pierre répond que la science doit rester pure. Une dispute éclate entre les deux hommes, au terme de laquelle Gustave s'en va. Après une journée exténuante de travail, Pierre et Marie rentrent chez eux. Des invités les attendent, à la grande consternation des époux qui les avaient oubliés.

Dans la cuisine, Georgette laisse éclater sa colère: l'ardoise est lourde chez les commerçants, et ceux-ci refusent de la servir. Il n'y a rien à manger. Après avoir couché Irène, alors âgée de quelques mois, elle partira, dit-elle, lasse de ces parents indignes et imprévoyants. Marie rattrape la situation en composant un repas singulier et frugal, que les invités auront la politesse d'apprécier. Parmi ces invités, il y a la célèbre danseuse Loïe Fuller qui, une fois le repas terminé, fait une démonstration de ses talents.

Dans la chambre d'Irène, Georgette s'est endormie dans un fauteuil.

De Clausat surgit dans le hangar où se poursuivent les travaux. Invoquant l'honneur de la France, il somme les Curie de révéler la nature de leurs recherches. Un refus catégorique déclenche une violente dispute entre le recteur et les chercheurs. Excédé, le recteur quitte les lieux tandis que Schutz, traumatisé par la conduite de Pierre et de Marie, exige en vain à son tour des explications.

Convoqué devant le conseil de discipline de l'Académie, Schutz hésite à avouer son entière ignorance concernant les travaux menés dans sa propre école. Afin d'être plus à l'aise, il réclame la sortie des personnalités administratives et militaires, sortie que le président du conseil ordonne. Schutz se livre alors à une confidence. Sollicitant l'indulgence de ses pairs, il avoue qu'il ne sait rien. Comment, dit-il, contrôler des génies sur le point de faire une découverte révolutionnaire et capitale pour le pays?

Suite à une telle révélation, la commission de discipline impose le garde du laboratoire par des militaires. Refoulé par les vigiles, Gustave Bémont charge l'un d'entre eux de transmettre un message et un colis à Pierre et Marie.

En ouvrant ce colis, Pierre découvre le «spectroscope Bémont», capable de mesurer la raie spectrale de n'importe quel métal. Sur le petit mot, Gustave avoue combien leur querelle a été positive; depuis lors, il a consacré tout son temps à la mise au point de son spectroscope, dont il offre le prototype à ses anciens collègues.

Marie, bien qu'épuisée à raffiner la pechblende, refuse de prendre du repos. Les travaux touchent à leur but; la dernière étape consiste à séparer le radium du baryum, opération difficile rendue possible grâce à un procédé dont Marie se souvient subitement: l'électrolyse.

Le radium pur est enfin obtenu.

Le soir, Schutz se rend au laboratoire et apprend la découverte; Marie lui annonce que le nouveau métal est de un à trois millions de fois plus radioactif que l'uranium, avec un poids atomique de 226.

Schutz, qui n'en croit pas ses oreilles, bondit de joie à l'idée de devenir académicien et prépare la journée du lendemain, qui sera entièrement consacrée à la révélation et à la diffusion de la nouvelle.

Dans son effervescence, il fait sauter les plombs; la pièce se trouve plongée dans l'obscurité, jusqu'à ce qu'une lueur émane du tube contenant le radium. Pour la première fois, la «lumière du futur»éclaire la nuit. Restés seuls, Pierre et Marie parlent de leur découverte avec émotion, évoquant tout le bien que les hommes pourront en tirer.

Plan en noir et blanc: le roi et la reine de Suède remettent personnellement le prix Nobel de physique à Pierre et Marie, au cours d'une cérémonie traditionnelle à l'Académie de musique de Stockholm.

Un autre plan nous montre, en couleurs cette fois, une scène semblable à l'Académie des sciences de Paris, où l'on voit Schutz exhiber fièrement ses palmes académiques.


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