Medias
Journal des Grignoux Chargez notre appli mobile Nos newsletters (archives, inscriptions) Nos galeries photos
Medias
Journal des Grignoux en PDF + archives Chargez notre appli mobile S’inscrire à nos newsletters Nos galeries photos
Fermer la page Acheter ce dossier

Extrait du dossier pédagogique
réalisé par Les Grignoux et consacré à
Jojo Rabbit
un film de Taika Waititi
États-Unis, 2019, 1h48

Ce dossier pédagogique consacré au film Jojo Rabbit de Taiki Waititi se destine aux enseignants d'élèves (dès 11 ans) qui verront le film avec leur classe, et il propose d'explorer quelques pistes: une critique du film, les intentions du réalisateur et la dimension parodique d'un sujet dramatique, l'endoctrinement de la jeunesse, la force de la propagande et les costumes au cinéma, en général, et dans un film comme Jojo Rabbit en particulier.

Image du film
 

Le costume au cinéma

L'on a déjà traité dans ce dossier de la dimension d'humour et de parodie du film Jojo Rabbit. L'on suggère à présent d'aborder avec les jeunes spectateurs un aspect du film qui contribue certainement au caractère satirique et caricatural du film, mais qui peut passer facilement inaperçu. Il s'agit de l'utilisation des costumes qui, loin de se limiter à un effet de reconstitution historique, contribuent au sens du film notamment, dans sa dimension parodique.

  • Quels rôles ont les costumes dans un film, en général, et dans Jojo Rabbit en particulier?
  • Quel est l'intérêt des costumes dans ce genre de film?
  • Les costumes sont-ils réalistes ou comportent-ils ne dimension satirique, burlesque ou autre?

  •  

    Invitons les élèves à échanger leurs réflexions. Les idées sont notées au tableau. Une fois que l'échange est terminé, l'enseignant·e peut induire des réflexions pour faire émerger certaines réponses qui ne viendraient pas naturellement. Cette activité donne des indications pour apprécier la recherche des costumes dans les films que l'on verra à l'avenir.



    Commentaires

    Au cinéma, le travail sur le costume est réalisé par des costumiers qui proposent, à la lecture du scénario, des maquettes, des échantillons de matériaux, de couleurs au réalisateur. Les costumes font partie intégrante de la construction visuelle du film.

    Voici quelques pistes de réponse sur le rôle des costumes dans des oeuvres cinématographiques:

    • En fonction de l'époque, du milieu social, de l'histoire, le costumier recherche des costumes correspondant à chacun des personnages. Il donne, de cette manière, des informations primordiales sur les personnages. Homme ou femme, riche ou pauvre, soldat ou civil, etc.
    • Dans des films historiques, le costume est documenté afin de correspondre à une époque précise.
    • Le costume a un rôle fondamental au cinéma puisqu'il donne une indication formelle permettant de comprendre plus facilement l'histoire. Il permet également la reconstitution et participe à la construction visuelle d'un contexte ou d'une situation.
    • Il aide les acteurs à élaborer leur personnage.
    • Le vêtement exprime des idées, met en valeur le caractère d'un personnage.
    • Il donne des indications sur les relations, notamment hiérarchiques, entre les personnages.
    • Le costume revêt une dimension symbolique. Il peut refléter la personnalité des personnages ou trahir un goût personnel. Le choix des couleurs ou le choix des costumes peut être déterminé en fonction des moments et des émotions attribuées aux personnages.
    • Certains accessoires ou vêtements mis en évidence constituent un fil rouge.
    • Certains accessoires ou vêtements sont mis en évidence et représentent une personne en particulier (autrement dit, la vision de ces vêtements et accessoires, seuls, renvoie directement à une personne, sans équivoque).
    • Un uniforme peut indiquer l'appartenance des personnages à un groupe, ce qui aide le spectateur à situer les protagonistes.
    • Le vêtement peut traduire les ambiguïtés des personnages.
    • Le vêtement permet d'incarner un autre personnage, pour différentes raisons (se déguiser, tromper sur son identité, susciter un sentiment spécifique, etc).
    • Le costume peut créer un effet comique ou, au contraire, susciter des émotions comme la peur, le respect, etc.

     

    Le costume dans Jojo Rabbit

    Au terme de cette réflexion collective, proposons aux élèves de citer des exemples issus de Jojo Rabbit qui illustrent les propositions sur le rôle des costumes dans un film. Pour faciliter et enrichir la réflexion, proposons-leur les illustrations D1 à D8. Invitons-les à s'interroger sur les intentions du réalisateur et du costumier dans les choix qui sont effectués. Il n'est pas indispensable de trouver des exemples pour tout.



    d01.jpg
    D1. Jojo Rabbit de Taika Waititi
    d02.jpg
    D2. Jojo Rabbit de Taika Waititi
    d03.jpg
    D3. Jojo Rabbit de Taika Waititi
    d04.jpg
    D4. Jojo Rabbit de Taika Waititi
    d05.jpg
    D5. Jojo Rabbit de Taika Waititi
    d06.jpg
    D6. Jojo Rabbit de Taika Waititi
    d07.jpg
    D7. Jojo Rabbit de Taika Waititi
    d08.jpg
    D8. Jojo Rabbit de Taika Waititi
      d09.jpg
    D9. Jojo Rabbit de Taika Waititi
    d10.jpg
    D11. Jojo Rabbit de Taika Waititi
     
    d10schott_s_1899_walkure_title.jpg
    D10

     

    Commentaires

    • Les costumes et décors font inévitablement référence à la période historique dans laquelle prend place l'histoire: l'Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le travail sur les décors, les affiches et les tracts participe également à la définition de l'époque. Cependant, Jojo Rabbit est un film particulier. N'étant pas une reconstitution fidèle et historique précise, il peut se permettre des imprécisions, voire certains anachronismes, qui participent à la dimension parodique du film et sont parfois signifiants.
       
    • L'uniforme indique l'appartenance à un groupe (illu. D5-D8). C'est évident dans ce film où apparaissent plusieurs groupes: les Jeunesses Hitlériennes, la Gestapo, les soldats, etc. L'uniformisation du vêtement et l'appartenance à un groupe sont deux éléments essentiels dans l'intérêt des Jeunesses Hitlériennes. En effet, beaucoup de jeunes soulignent la fierté de porter l'uniforme. Il efface les différences sociales (pauvres et riches le portent) pour créer un seul grand peuple. Les jeunes sont heureux d'appartenir à un groupe. D'ailleurs, lorsque Jojo souligne qu'il est un nazi, Elsa lui rétorque: «Tu es un garçon de 10 ans qui aime les croix gammées, s'habiller dans un drôle d'uniforme, et qui veut faire partie d'un groupe».
       
    • Certains habits créent un effet comique et participent à la dimension décalée et à la dynamique parodique du film (illu. D4). Ainsi, lors d'une conversation entre Hitler et Jojo – au moment où Rosie rentre pour brûler des tracts dans la cheminée – le dictateur porte une coiffe de plumes typique des Indiens d'Amérique. À première vue, cet attribut crée un décalage entre le personnage historique et l'ami imaginaire. Il pourrait en effet s'agir simplement d'un déguisement dont l'affuble Jojo dans son imagination – et donc rappeler qu'il s'agit d'une pure invention d'un enfant. Une autre lecture peut être donnée. En effet, des millions d'Allemands, jeunes et moins jeunes, vouaient une admiration au chef apache Winnetou, héros aventureux et orgueilleux de Karl May. Karl May, méconnu aux États-Unis, devient un des auteurs les plus populaires de tous les temps dans les pays de langue allemande. Cette histoire est la préférée de Hitler, même à la fin de sa vie. L'héroïsme présenté dans le roman fascine le jeune Hitler: l'Indien devient son idole. Il est la quintessence du héros national, un parangon de vertu, adorant la nature. Pacifiste au fond de lui, il devient, en temps de guerre, le meilleur guerrier: alerte, fort et fier. Cet enthousiasme pour les Indiens a contribué à l'évolution de l'identité nationale allemande.
       
    • Autre exemple: les «bergers allemands» présentés au capitaine Klenzendorf à la place des chiens de race «berger allemand» (illu. D8). Ils sont vêtus du vêtement traditionnel bavarois, la Lederhose, une culotte courte traditionnelle, originaire de Bavière. Ce costume permet de situer géographiquement l'action en Bavière allemande. Il démontre également les recherches historiques qu'ont menées les costumiers, puisqu'il s'agit de la version des années 1930-1950 du costume, avec un «pont» (pièce de cuir placée sur la ceinture) maintenu par des boutons. Lors de la scène de combat finale, ces bergers portent des armes et se battent à corps perdu, au milieu d'autres civils – notamment des femmes et des enfants – contre les forces ennemies.
       
    • Lors de cette scène finale, Jojo écarquille les yeux en voyant le Captain K et Finkel parés de plumes, de capes et de bottes (illu. D1 et D9). Le projet de cette tenue avait été présenté à Jojo par le Captain K lors d'une visite au quartier général. La tenue avait été savamment étudiée pour le combat final: des «plumes pour l'aérodynamisme, des couleurs vives pour éblouir l'ennemi, des bottes purement décoratives et une mitrailleuse Gatling avec une musique agaçante pour l'ennemi». Jojo noyé sous le fracas des bombes, découvre des cadavres jonchant le sol et une ville en ruine où combattent enfants, femmes et civils désordonnés et désemparés. Au milieu de cette débâcle, le temps s'arrête – plusieurs scènes sont d'ailleurs filmées au ralenti. Dans un élan grand-guignolesque, le Captain K suivi de Finkel se lancent à l'assaut. Le ralenti et la musique soulignent la beauté lyrique du moment, en rupture avec la tragédie qui se joue et les scènes abominables des combats. Une telle vision décalée permet ici de prendre la mesure de l'absurdité de la guerre et s'inscrit pleinement dans la représentation parodique adoptée par le réalisateur de Jojo Rabbit, Taika Waititi. Elle permet aussi un temps d'arrêt plus léger dans cette vision abominable de la guerre (à laquelle nous n'avons pas été accoutumé dans le film). Cependant, d'autres interprétations peuvent être proposées, aussi hypothétiques soient-elles. Ainsi, il apparaît avec les attributs spécifiques du super-héros: avec une cape, une arme et un chapeau. Le surnom Captain K que Finkel lui attribue lors de la scène de présentation aux Jeunesses Hitlériennes fait aussi allusion aux super-héros américains – comme Captain America. Si l'on part de cette lecture, plusieurs réflexions peuvent être faites :
      • Il pourrait s'agir d'une critique indirecte des mythes et de l'adoration des super-héros, ainsi que d'une remise en question des qualités attribuées aux héros guerriers – la force, la puissance, le triomphe – par la présence de parures ridicules aux couleurs chatoyantes. Ce n'est que dans la scène suivante que Klenzendorf deviendra réellement un héros: il sacrifie sa vie pour sauver celle de Jojo – le faisant passer pour un Juif aux yeux des soldats américains. Le véritable héroïsme est l'humanité et le courage dont il fait preuve à ce moment-là, et non l'héroïsme d'opérette représenté par son costume.
      • Cette vision du héros pourrait faire un lien avec l'actualité. Le nazisme est une époque révolue. Réaliser une satire anti-haine aujourd'hui permet d'ouvrir les yeux aux jeunes et de leur faire comprendre les mécanismes mis en place pour les endoctriner. Le «héros» doit être questionné.
      • Enfin, le costume et le comportement «héroïque» de Klenzendorf font certainement allusion au célèbre opéra de Richard Wagner La Walkyrie, deuxième des quatre drames de L'anneau de Nibelung, particulièrement apprécié du nazisme et de Hitler en particulier (D9 et D10). Klenzendorf parodie le personnage de la Walkyrie, telle qu'elle a été représentée à l'opéra.
         
    • Parmi les effets décalés des costumes, nous pouvons également parler de la palette de couleurs vives. Dans la plupart des films se déroulant à l'époque de la Seconde Guerre mondiale, les acteurs sont vêtus en marron ou en gris, eu égard à la tristesse et aux horreurs de cette époque. Le chef décorateur s'est détaché de cette tradition et a créé un look différent des autres films sur cette époque. «Puisque le public voit le monde à travers les yeux de Jojo, la palette créative pouvait non seulement utiliser la couleur, mais des couleurs plus intenses, et nous pouvions rendre les environnements plus joyeusement abstraits».
       
    • Dans une œuvre de fiction, le costume permet à un personnage de se travestir, d'incarner un autre personnage (illu. D2). Lors de la visite de la Gestapo, Elsa endosse les vêtements d'Inge, la soeur morte de Jojo. Cette substitution d'identité est nécessaire à sa survie et à celle de la famille qui l'a accueillie. À la fin du film, Fräulein Rahm retire la veste allemande des épaules d'un mort pour la mettre à Jojo pour le protéger et l'invite à tuer «tout ce qu'on voit». C'est à cause de cette veste que Jojo est arrêté par les Américains. Capitaine Klenzendorf le sauvera d'une mort certaine.
       
    • Autre détail qui a une importance capitale dans le film: les chaussures (illu. D3 et D11). Les gros plans sur les chaussures de la mère d'une part évoquent son besoin viscéral de liberté et son envie de danser – tout comme Elsa qui veut danser dès la Libération – d'autre part, constituent la révélation de la mort de Rosie à Jojo. La mise en scène est cruelle et souligne le contraste déchirant entre vie/espoir et mort/désespoir. Le laçage de chaussures est également un indicateur de prise de responsabilité. Pendant tout le film, Rosie noue les lacets de Jojo. Ce geste anodin est moqué par les grands des Jeunesses Hitlériennes. Il signale l'appartenance de Jojo au monde de l'enfance. Au moment où Elsa va sortir de la maison, Jojo lui lace ses chaussures. Ce détail indique qu'il prend soin d'Elsa et démontre que Jojo a quitté le monde des enfants – par les scènes cruelles qu'il vient de voir, par la perte déchirante de sa mère et par la décision de se détacher des messages nazis.
       

    •  

      Prolongement: les uniformes de Hitler

      [Ce prolongement est disponible dans le dossier imprimé.]


       

      Image du film


       

Tous les dossiers - Choisir un autre dossier