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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré à
La Mer. Comment exploiter un thème en classe
Une approche pédagogique à destination de l'enseignement primaire

Ce dossier s'adresse aux enseignants du primaire qui souhaitent aborder le thème de la mer avec leurs élèves. Il propose une démarche de recherche active aux élèves pour traiter de ce thème.

La mer, qu'est-ce que c'est ?

Pourquoi et comment agir
dans une perspective pédagogique ?

Le premier module d'apprentissage que l'on a proposé [cette animation n'est pas reproduite sur cette page WEB] s'appuyait sur les connaissances spontanées qu'ont les enfants de la vie marine. On souhaite à présent aborder des réalités moins connues concernant par exemple le mouvement des marées, la superficie des océans ou les tempêtes : en termes savants, on parlera des aspects géo-physiques de la mer.

Sur ces aspects, l'on peut trouver rapidement une information importante dans différents ouvrages de vulgarisation. Mais, d'un point de vue pédagogique, que faut-il en retenir ? que faut-il enseigner ? Est-il important de distinguer par exemple la houle, qui est un mouvement vertical de l'eau, des vagues près des côtes dont le mouvement provoqué est horizontal ? Est-ce intéressant d'expliquer à de jeunes élèves le mécanisme des marées en relation avec les positions de la lune par rapport à la terre, ou bien de décrire les différentes formes du littoral ou encore le relief sous-marin ? En outre, faut-il considérer qu'il s'agit là de connaissances indispensables ou seulement d'informations sans doute intéressantes mais relativement secondaires ?

Deux questions apparaissent ainsi dans une perspective pédagogique : que va-t-on apprendre aux enfants ? et pourquoi veut-on qu'ils l'apprennent ?

À la réflexion, on reconnaîtra sans doute facilement que les connaissances en cause ici sont relativement accessoires - beaucoup d'adultes ne font pas la différence entre la houle et les vagues - et de peu d'importance dans la vie quotidienne des enfants. Les informations qu'on voudrait leur donner sur les aspects géophysiques risquent alors de leur paraître fort lointaines et sans grande pertinence : ils pourront notamment difficilement juger ce qui, dans ces informations, est important et ce qui est secondaire. L'apprentissage risque donc d'être à la fois fort artificiel et peu efficace.

Ce problème, on le voit, n'est pas propre à la matière abordée mais se rencontre dans tout apprentissage de matières encyclopédiques. En même temps, il n'est pas possible de renoncer à de tels apprentissages en prétextant que ces matières sont éloignées du quotidien des enfants : nous devons acquérir des connaissances même imparfaites sur le monde où nous vivons, même si les frontières de ce monde sont de plus en plus lointaines, même si beaucoup de ces réalités resteront toujours pour nous inatteignables (du moins directement).

Une démarche active

La démarche que nous proposons d'adopter consiste alors à essayer de placer les élèves dans une situation de recherche active. Ce n'est plus l'instituteur ou l'institutrice qui délivre un savoir bien défini et bien découpé, mais ce sont les élèves qui sont invités à s'informer, à trouver les sources de renseignement pertinentes, à rassembler certaines connaissances qu'ils jugeront utiles ou intéressantes et à les transmettre enfin à leurs condisciples.

L'intérêt des élèves va donc naître de leur implication dans ce travail de recherche où ils décideront eux-mêmes de ce qu'ils cherchent, de ce qu'ils retiennent et de ce qu'ils veulent étudier - au sens premier du terme - dans ce vaste domaine qu'est la mer. C'est eux en définitive qui décideront de ce qu'ils veulent apprendre, de la manière dont ils veulent apprendre et jusqu'où ils veulent aller dans la connaissance.

Le but de ce module d'apprentissage ne réside donc pas dans les informations encyclopédiques elles-mêmes mais dans l'acquisition d'une démarche active de recherche de connaissances : comment trouve-t-on des sources d'information ? comment lit-on un livre, un schéma, un tableau ? que retient-on dans un article encyclopédique, dans une émission télévisuelle, dans un magazine scientifique ? L'objectif général peut alors être décrit ou compris comme une incitation à l'apprentissage.

Partant eux-mêmes à la recherche de l'information, ils découvriront alors que les domaines du savoir ne sont pas étroitement limités, et que, sur un sujet aussi vaste que la mer, l'enquête peut se prolonger indéfiniment.

Bien entendu, ce choix d'une démarche active ne suppose pas qu'on laisse les enfants se débrouiller tout seuls, mais qu'on les aide à résoudre les problèmes qu'ils rencontreront sur le chemin qu'ils auront eux-mêmes tracé.

Pratiquement

L'on considère à présent la mer en elle-même, indépendamment des animaux et des plantes qui y vivent. Pour commencer, demandons-nous avec les élèves ce que nous savons sur la mer et inscrivons-le au tableau. Nos connaissances spontanées sur le sujet risquent d'apparaître fort limitées et triviales : la mer est faite d'eau, la mer est salée, c'est grand...

Quelles questions se poser ?

Proposons-nous alors d'améliorer nos connaissances sur le sujet. Pour ce faire, nous allons nous poser une série de questions auxquelles nous essayerons de répondre dans un deuxième temps. On peut d'ailleurs commencer sur un mode ludique : imaginons par exemple que nous sommes face à un Monsieur Je-Sais-Tout, et essayons de trouver le plus grand nombre de questions sur la mer, des plus simples au plus difficiles, des plus sérieuses aux plus saugrenues, questions auxquelles il devra répondre dans un deuxième temps. Notons les toutes au tableau même si certaines paraissent déplacées ou incongrues : c'est une matière qu'on va ensuite organiser et qui pourra permettre de tracer de nouvelles pistes de recherche. Ne négligeons pas en tout cas cet aspect ludique qui favorisera certainement la participation des élèves, et au départ retenons toutes leurs suggestions qui seront écrites au tableau.


Le mouvement de la houle

La houle se forme sous la poussée du vent. Mais, loin des côtes, le mouvement de l'eau est surtout vertical : les particules d'eau forment un mouvement circulaire qui les ramène à leur point de départ en créant de simples « bosses » à la surface de l'eau : les crêtes et les creux. Cette ondulation, surtout si elle est importante, va cependant se propager sur de très longues distances même là où le vent ne souffle plus (ou souffle beaucoup moins fort).
En chaque point de l'océan cependant, la masse d'eau s'élève et s'abaisse à peu près sur place : l'onde se déplace, mais la masse d'eau reste en place. Une mouette (symbolisée par le point rouge) posée sur l'eau révèle à l'observateur les mouvements de l'eau :
— en 1 la mouette (symbolisée par un petit rond rouge) est au creux de la vague;
— en 2, la crête de la houle avance alors que la mouette recule légèrement;
— en 3, la mouette est revenue à sa position initiale mais elle se trouve cette fois en haut de la vague;
— en 4, la mouette avance;
— en 5, la mouette revient progressivement vers sa position initiale.

Si l'on veut procéder de manière plus «sérieuse» ou si aucune question n'apparaît (ce qui serait quand même étonnant), partons de nos connaissances inscrites au tableau et voyons comment nous pourrions les améliorer. C'est grand, avons-nous dit, d'où question : c'est grand comment ? Première question que l'on peut écrire dans une colonne à la droite de nos connaissances de départ.

L'on pressent déjà ici le rôle d'animateur ou de questionneur que va devoir jouer l'instituteur ou l'institutrice. Cette première question en recèle en effet beaucoup d'autres. On peut en effet «mesurer» la mer de bien des manières différentes : même des petits enfants peuvent comprendre de façon intuitive la différence par exemple entre la surface et la profondeur. Il faut donc amener les enfants à préciser leurs questions, à poser d'autres questions et à leur faire découvrir de nouveaux problèmes.

De l'idée de grandeur, l'on passe facilement à l'idée de comparaison : la mer, c'est plus grand que quoi, plus petit que quoi ? Avec quoi comparer la mer ? Et de nouveau, il faut préciser les comparaisons : il faut comparer à des choses différentes si l'on parle de la profondeur, de la surface ou du volume. Avec des plus petits, il faut trouver des comparaisons très parlantes : combien de temps faut-il pour traverser la mer en bateau, en avion, en allant aussi vite qu'une auto sur l'autoroute ?

Si le jeu avec Monsieur Je-Sais-Tout a donné lieu à beaucoup de questions, il convient alors de les regrouper par domaines de recherche : il y a des questions de taille, de définition (quelle est la différence entre une mer et un océan ?), de toponymie (où sont la mer du Nord, l'océan Pacifique ), des demandes d'éclaircissement de certains phénomènes (qu'est-ce qu'une tempête ? qu'est-ce que la marée ? etc).

Mais si ces questions (ou d'autres) ne sont pas apparues de manière ludique, une interrogation sur les connaissances de départ les fera nécessairement surgir : si la mer est salée, comment peut-on l'expliquer ? d'où vient l'eau de la mer ? reste-t-elle en place ? combien y en a-t-il ? est-elle partout pareille à elle-même ? quelles différences peut-on y observer ? peut-on préciser ces différences de couleur, de température, de transparence ? qu'est-ce qui peut expliquer ces différences ?

Organiser la recherche

Toute question suscite évidemment des débuts de réponse qui entraînent de nouvelles questions Si toutes ces questions apparaissent nécessairement dans le désordre, il faut ensuite les organiser en domaines de recherche.

On peut opérer un premier partage entre les questions que les enfants souhaitent traiter et celles qu'on n'abordera pas parce qu'elles paraissent absurdes ou saugrenues à la majorité des participants ou parce qu'elles sont en dehors du sujet. On peut par exemple exclure tous les problèmes relatifs à la navigation en décidant qu'il vaut mieux l'aborder lorsqu'on parlera des rapports entre les hommes et la mer. Il faut bien entendu dans ce cas tenir compte de l'avis des participants : quels sont les domaines qu'ils veulent aborder ? La matière n'est pas prédéfinie, et ce sont les élèves qui doivent déterminer les sujets à explorer. Mais ils doivent aussi prendre conscience qu'on ne peut pas tout étudier et que certains choix sont nécessaires.

Cette manière de procéder en partant des suggestions des élèves permet, on le voit, une grande modulation en fonction de leur niveau de connaissances : des élèves de première année primaire poseront évidemment d'autres questions que leurs aînés de cinquième ou sixième. La délimitation des domaines de recherche variera fortement en fonction des classes et de leurs intérêts. Et l'encyclopédie qu'ils vont construire comprendra des chapitres propres qu'on ne peut pas définir à l'avance.

Remarquons à ce propos que, si l'on consulte des ouvrages de vulgarisation sur la mer, leurs structurations en chapitres peuvent être également très différentes les unes des autres : il n'y pas une seule voie d'accès au savoir mais plusieurs souvent très variables. Voici d'ailleurs deux exemples (simplifiés) de tables des matières sur les aspects géophysiques de la mer trouvées dans de tels ouvrages.

Qu'est-ce que la mer ?

L'origine de l'eau

Pourquoi la mer est salée ?

Les variations du niveau

Les marées

Les courants et le climat

Les vagues

Le fond des océans

Les îles et la côte

Les mers du monde

(Le livre de la mer, Paris, Editions G.P., 1985)

La mer, milieu actif

Formation des côtes

Les différents types de côtes

La mer détruit

La mer construit

Les dunes

Les mouvements de la mer

La houle

Les courants marins

Les marées

Le relief sous-marin

Les fonds océaniques

Répartition des océans

(M. Durand-Bossuet, R. Gralhon, La mer. Activités autour d'un thème, Paris, L'Ecole, 1973.)

Ces tables de matière pourraient être utilisées en cas de blocage dans la recherche de questions en suggérant de nouvelles pistes d'exploration. L'on déconseille néanmoins de les utiliser telles quelles, mais plutôt d'y recourir, si c'est nécessaire, après un premier échange d'idées pour vérifier si l'on n'a pas négligé un domaine d'enquête intéressant comme le fond de la mer (auquel on ne pense peut-être pas immédiatement) ou la toponymie et la géographie (qu'on risque d'oublier en parlant de «la» mer en général).

Néanmoins, même si l'on recourt à cette aide extérieure, il faut absolument que les élèves définissent eux-mêmes les questions qu'il faudra aborder à l'intérieur de ces grands chapitres. Si on leur suggère de s'intéresser aux mouvements de la mer, c'est à eux d'essayer, sur base de leurs connaissances et de leurs intuitions, de définir les questions auxquelles ils vont bientôt devoir répondre : connaissent-ils déjà certains mouvements de la mer ? vont-ils rechercher les grands courants marins ? s'intéresseront-ils plutôt à des phénomènes comme les tempêtes ou les raz de marée ?


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