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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Le Géant égoïste ~The Selfish Giant
un film de Clio Barnard
Grande-Bretagne, 2013, 1h33
avec Conner Chapman (Arbor), Shaun Thomas (Swifty), Sean Gilder (Kitten)

Le dossier pédagogique consacré au film Le Géant égoïste s'adresse aux enseignants qui verront le film avec leurs élèves, entre 14 et 18 ans environ, mais aussi à toute personne intéressée, notamment dans le cadre de l'éducation permanente. Il suggère de revenir d'abord sur les émotions suscitées par le film, puis sur son sens ainsi que sur un certain nombre d'images remarquables. On terminera par une réflexion plus large sur la pauvreté mise en scène dans le film mais qui se retrouve dans un grand nombre de régions autres que celle de Bradford où la réalisatrice a choisi de tourner son film. Cette réflexion se fera principalement à travers une recherche d'informations sur Internet: on indiquera quelques pistes pour mener une telle recherche et trouver dans la mesure du possible des sources d'information fiables sur une telle problématique. C'est cette dernière animation qui est reproduite en grande partie sur cette page web.

Pauvreté et exclusion

Le Géant égoïste décrit une situation de grande pauvreté, pauvreté qui est par ailleurs souvent évoquée dans les médias de façon plus ou moins détaillée, que nous avons également l'occasion de côtoyer tous les jours dans les rues, et dont certains d'entre nous sont sans doute victimes, même si ce n'est pas nécessairement visible. Mais peut-on dépasser cette vision nécessairement partielle de la pauvreté? Peut-on en avoir une perception plus objective? Est-il également possible d'imaginer des solutions à ce problème social?

Objectifs

L'animation proposée ici poursuit deux grands objectifs complémentaires:

  • Les participants seront d'abord invités à compléter leurs connaissances fragmentaires par une recherche d'informations sociales sur la pauvreté. Il s'agira notamment de dépasser les idées préconçues et les stéréotypes sur ce problème pour accéder à des connaissances plus objectives.
  • Plus largement, on essayera de développer les principes d'une recherche documentaire sur une question sociétale comme la pauvreté: comment trouver des informations fiables? Comment distinguer entre les faits et les interprétations ou les opinions? Jusqu'à quel point faut-il poursuivre une recherche documentaire pour arriver à une connaissance jugée satisfaisante?

Déroulement

photo du filmL'on propose de partir du film de Clio Barnard, Le Géant égoïste, et de l'image qu'il donne de la pauvreté: la situation mise en scène paraît-elle juste, vraie ou exacte aux spectateurs? Est-ce une situation propre à la Grande-Bretagne ou seulement à la région de Bradford où le film a été tourné? Les participants connaissent-ils des situations similaires dans leur région ou leur pays? Ont-ils eu l'occasion d'avoir d'autres informations (par la presse, la télévision, InternetŠ) sur la pauvreté ici et ailleurs, dans leur pays et dans le monde?

Après un premier échange informel, l'on suggérera aux participants de s'informer de manière plus approfondie sur la problématique de la pauvreté. Cela implique d'abord de définir une série de questions puis de rechercher les réponses à ces questions à travers des ressources documentaires comme les bibliothèques ou Internet.

La définition des problématiques à aborder peut être laissée aux participants eux-mêmes s'ils ont déjà l'expérience d'une telle réflexion sur une réalité sociale. Mais, si ce n'est pas le cas, il sera sans doute préférable de suggérer une série de questions; chacune d'entre elles pourra ensuite être traitée par un petit groupe de trois ou quatre personnes.

Voici quelques exemples de questions qui pourraient être abordées:

  • Qu'est-ce que la pauvreté? Comment peut-on définir la pauvreté? Peut-on mesurer la pauvreté?
  • Combien y a-t-il de pauvres? En Belgique, en France, en Europe, dans le monde?
  • Y a-t-il différentes formes de pauvreté?
  • Y a-t-il différentes caractéristiques associées à la pauvreté (outre le manque de revenus ou la faiblesse de ces revenus)?
  • La pauvreté augmente-t-elle dans le monde? en Europe? en Belgique ou en France?
  • Les riches deviennent-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en pauvres? Sommes-nous tous menacés par la pauvreté?
  • Quelles sont les causes de la pauvreté? Quelles sont les différentes interprétations et opinions à ce propos?
  • Quels sont les préjugés courantes ou les idées fausses les plus communes concernant la pauvreté?

Après la répartition des questions, chaque groupe procédera de préférence en trois étapes:

  • Quelle réponse spontanée donnerait-on à cette question? Que pense-t-on savoir sur la question posée? On prendra rapidement note des réponses ainsi apportées dans un premier temps.
  • On procédera ensuite à une recherche documentaire en essayant de trouver des sources fiables (voir l'encadré ci-contre). On fera éventuellement un résumé des informations recueillies (qui seront confrontées aux premières réponses données spontanément).
  • On citera au moins une source (article, livre, site internet) dont l'information paraît juste et pertinente.

Lorsque cette recherche documentaire sera terminée, chaque groupe sera naturellement invité à faire un compte rendu de ses résultats à l'ensemble des participants. Si le travail est relativement important, on peut également imaginer d'en faire une transcription écrite ainsi qu'une mise en ligne par exemple sur le site web d'une école ou d'une association.

Mener une recherche sur Internet

Le réseau Internet a grandement modifié la recherche de ressources documentaires et a notamment facilité l'accès à des informations en très grand nombre. Il est donc possible de trouver sur Internet de multiples réponses aux questions documentaires que l'on peut se poser à propos d'une réalité mal connue. Mais ces informations, on le sait aussi, sont de qualité très diverse, souvent sommaires et de seconde main, marquées également par les prises de position plus ou moins partisanes de leurs auteurs. Comment dès lors trouver les informations pertinentes, comment les évaluer, comment faire le tri entre celles qui sont «sérieuses», fiables, «objectives» et celles qui ne le sont pas ou qui le sont moins? Il faut sans doute faire une distinction entre l'aspect «technique» de la recherche et l'aspect «sémantique» d'évaluation de la vérité plus ou moins grande des informations recueillies D'un point de vue «technique», on peut sans doute faire trois recommandations essentielles:
  1. L'utilisation des moteurs de recherche (dont le plus utilisé actuellement est Google) ne doit pas se limiter aux premiers résultats obtenus, même si les moteurs de recherche ont des critères de recherche souvent pertinents. Il faut généralement modifier les critères de recherche en fonction notamment des premières informations recueillies. Les pages web sont très généralement privilégiées par les utilisateurs mais il existe d'autres types de documents (comme les fichiers de type PDF ou Excel®) parfois plus difficiles à manipuler mais pertinents.
  2. Lorsqu'on arrive sur une page web via un moteur de recherche, l'on ne connaît pas nécessairement le site sur lequel on se trouve, ni qui en sont les auteurs ou les responsables. Il convient donc, si l'on juge les informations intéressantes, de remonter à la racine du site pour mieux comprendre qui délivre ces informations et pourquoi il délivre ces informations: le sens de ces informations peut changer si le responsable du site en question est une organisation non-gouvernementale, une institution étatique ou internationale, un mouvement politique, un groupe religieux ou un individu isoléŠ
  3. Beaucoup de sites renvoient à d'autres sources, souvent disponibles sur Internet (mais pas toujours), citées comme référence. Dans la mesure du possible, il convient de remonter aux sources originales qui peuvent avoir été tronquées ou simplifiées et qui peuvent contenir d'autres informations pertinentes. C'est également la pertinence des sources qu'il convient d'évaluer et non pas celle des sites qui reproduisent l'information.

Par ailleurs, il n'existe certainement pas de critère simple ni décisif pour évaluer la vérité et la pertinence d'une ressource documentaire: l'on est obligé de se fier à des critères généraux de vraisemblance qui sont évidemment faillibles et ne donnent aucune certitude absolue. Parmi ces critères, on peut néanmoins relever ceux-ci:

  • Il faut distinguer entre la simple opinion et l'information. Chacun peut donner son impression sur un blog, un forum ou un courrier des lecteurs à propos de la pauvreté, et affirmer par exemple qu'elle augmente, ou qu'au contraire elle régresse ou qu'elle reste stableŠ Mais ce ne sera qu'une opinion. L'information suppose en revanche une connaissance de la réalité, que ce soit par enquête sur le terrain, recueil de données ou analyse des éléments éventuellement recueillis par d'autres. Elle suppose donc un minimum de preuves, c'est-à-dire de faits objectifs, clairement établis et en nombre suffisant, qui permettent d'étayer l'argumentation.
  • Les faits cités doivent s'appuyer sur des enquêtes aussi approfondies que possible: un journaliste d'actualité qui fait un reportage passe évidemment moins de temps sur le terrain qu'un sociologue ou une équipe de sociologues qui peut enquêter pendant plusieurs mois ou parfois plusieurs années à un seul endroit ou à un grand nombre d'endroits (pour établir des comparaisons notamment).
  • Les chiffres et notamment les statistiques permettent en général de mesurer de façon plus objective les phénomènes, pour autant que l'origine de ces chiffres soit précisée. On peut évoquer un chiffre, mais il restera peu probant sans la référence ni l'explication de la manière dont il a été établi.
  • Une source d'information abondamment lue et commentée est en général plus fiable qu'un informateur isolé qui n'est pas un témoin direct des faits et qui s'appuie donc sur des sources de seconde main. Un journal largement diffusé doit vérifier les informations qu'il diffuse, sous peine d'être l'objet de multiples critiques. Ce qui n'empêche pas, dans certains cas, erreurs, méprises ou contre-vérités.
  • Un fait isolé est moins significatif qu'un ensemble de faits, organisés de manière cohérente. S'il y a un principe de cohérence, l'on peut plus facilement remarquer les faits manquants et compléter le tableau proposé. De tels tableaux peuvent se présenter sous forme de cartes géographiques, de chronologies historiques, de données statistiques, de listes de toutes sortes mais homogènes.
  • Parmi les grands médias d'information, certains sont réputés pour le sérieux de leurs investigations ‹ on peut penser à des journaux comme Le Monde, Le Monde diplomatique en France, Le Soir ou La Libre Belgique en Belgique ‹, même s'ils expriment aussi des partis pris idéologiques.
  • De nombreuses instances officielles, étatiques ou internationales, sont chargées de récolter et de diffuser de l'information: de telles instances, qui disposent souvent de moyens importants, publient en général des informations de qualité, notamment en matière de statistiques, même si elles ne sont pas toujours exemptes de certains partis pris et plus rarement d'erreurs. (Dans le cas de l'analyse de la pauvreté, les chiffres collectés par l'OCDE, l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques, permettent notamment de faire des comparaisons internationales sur plusieurs dizaines d'années.)
  • Parmi ces instances étatiques ou para-étatiques, les universités fournissent des travaux de grande qualité dont le sérieux est en principe garanti par le contrôle des pairs. Ces travaux sont généralement publiés dans des revues scientifiques (au sens large) qui sont soumises à des comités de lecture d'experts. Ces articles et publications sont cependant souvent d'un abord aride et ne sont pas nécessairement exempts de partis pris (comme d'ailleurs toutes les autres sources d'information, aussi fiables soient-elles).
  • Des organisations non gouvernementales comme ATD Quart Monde apportent de l'aide aux populations les plus défavorisées mais mènent également des enquêtes, livrent des analyses et collectent des informations sur les réalités que leurs membres côtoient tous les jours.
  • Les études (livres ou articles) qui contiennent des sources primaires, c'est-à-dire des documents collectés directement par le chercheur en sciences humaines, sont en général plus fiables que celles qui citent essentiellement d'autres études ou celles qui ne citent aucune source.
  • Il faut toujours distinguer entre les faits qui sont établis par la recherche et l'interprétation qui en est donnée et qui comprend nécessairement une part d'hypothèses plus ou moins fondées. Ainsi, différents chercheurs, journalistes ou analystes peuvent s'accorder sur les taux de pauvreté ou leur évolution dans le temps, mais s'opposer sur les causes des disparités observées (entre pays ou régions) ou des changements historiques constatés. (Bien entendu, des interprétations divergentes vont généralement s'appuyer sur une sélection différente des faits mis en avant pour justifier l'argumentation.)
  • Il faut également distinguer entre, d'une part, les faits et leur interprétation éventuelle, et, d'autre part, les jugements de valeur que l'on pose sur ces réalités: si la pauvreté est très généralement considérée comme une réalité malheureuse, certains estiment qu'il s'agit d'un «mal nécessaire» ou d'une réalité «marginale» dans un système socio-économique par ailleurs optimal; d'autres estiment en revanche qu'il s'agit d'une réalité intolérable. (Dans ce cas aussi, les jugements de valeur orientent très souvent la présentation des faits.)

Aucun de ces critères n'est absolument décisif, ni aucune de ces sources totalement fiable: des journaux réputés ont pu colporter de fausses rumeurs, des universitaires sérieux publier des résultats falsifiés, des institutions prestigieuses accréditer des mensonges d'État, des organisations non gouvernementales se taire devant des situations inacceptablesŠ Ces critères permettent néanmoins d'orienter une recherche comme celle proposée ici. Si cette recherche est menée de manière suffisamment approfondie, elle devrait notamment montrer qu'il n'y a pas de réponse simple et univoque aux questions posées, et que celles-ci restent largement débattues.

photo du film

Commentaires

On trouvera ci-dessous quelques commentaires relatifs aux questions posées. Il ne s'agit pas de réponses à proprement parler mais de réflexions générales sur la nature des informations que l'on pourra éventuellement recueillir.

1. Définir la pauvreté

Spontanément, nous définissons généralement la pauvreté comme le manque d'argent: en-dessous d'un certain niveau de revenus, les individus seraient pauvres.

Ce point de vue est d'ailleurs celui d'instances officielles comme la Banque mondiale qui a fixé le seuil d'extrême pauvreté à 1,25 dollar par jour et par personne.

Il est pourtant évident que personne ne pourrait vivre avec aussi peu de ressources dans un pays comme la Belgique ou la France où la nourriture, les vêtements et le logement sont particulièrement coûteux (bien entendu, les «sans abris» sont parmi les plus pauvres dans nos pays). En revanche, on peut imaginer que, dans une société paysanne qui pratique encore largement l'auto-subsistance (c'est-à-dire que les paysans consomment une partie de ce qu'ils cultivent), les revenus peuvent être aussi faibles.

En outre, la pauvreté n'est certainement pas la même selon le type de société où l'on vit: pour prendre un exemple extrême, les tribus amérindiennes d'Amazonie, qui vivent (ou vivaient) essentiellement de la chasse, de la cueillette et de la culture de quelques plantes, sont certainement très «pauvres» à nos yeux, mais, comme elles sont très égalitaires, il est difficile de considérer qu'il y a parmi elles des «pauvres» au sens où nous l'entendons habituellement.

Dès lors, beaucoup d'analystes préfèrent souligner le caractère relatif de la pauvreté qui dépend fortement du niveau de richesse de l'ensemble de la société où elle prend place: c'est ainsi que l'on peut fixer un seuil de pauvreté, non plus de façon absolue, mais en fonction de la richesse globale de la société, et l'on estimera que sont pauvres les ménages qui perçoivent moins de 60% (ou 50%, ou 40%, ou même 30%) du revenu médian de l'ensemble des ménages (si l'on distribue des salaires, des revenus, des chiffres d'affaires... des plus faibles au plus élevés, la médiane est la valeur qui partage cette distribution en deux parties égales: autrement dit, pour la distribution des revenus par ménage, la médiane est le niveau de revenus au-dessous duquel se situent 50% des ménages, les moins aisés, et inversement au-dessus duquel se situent 50% des ménages, les plus aisés).

En 2011, en France, le seuil de pauvreté, respectivement à 50% et à 60% du revenu médian, s'établissait à 814 ou 977 euros pour un individu isolé, et à 1709 euros ou 2052 euros pour un couple avec deux enfants en bas âge. (On remarquera que ce seuil est souvent perçu comme relativement élevé par l'opinion publique qui se focalise sur les cas d'extrême pauvreté.) Bien entendu, plus une société est «riche», plus le seuil de pauvreté s'élève: dans cette perspective relativiste, la pauvreté se définit comme l'incapacité à vivre selon les standards communs qui supposent par exemple aujourd'hui d'avoir un accès aisé à Internet (ce qui était évidemment encore inconnu il y a une vingtaine d'années).

Les revenus ne constituent cependant qu'un critère abstrait: le même niveau de revenus (faibles ou très faibles) peut recouvrir des réalités différentes selon qu'on est jeune ou vieux, malade ou en bonne santé, qu'on dispose ou non d'un logement de plus ou moins bonne qualité, qu'on a l'espoir de trouver du travail ou qu'on ne l'a plus, qu'on a le sentiment d'un déclin ou au contraire l'espoir d'une amélioration possible, qu'on est seul ou qu'on dispose du soutien d'une famille, de proches ou de voisinsŠ Il faut donc également tenir compte de la perception subjective des individus qui peuvent notamment avoir le sentiment d'une exclusion, d'un mépris à leur égard, d'une déchéance, sentiment parfois plus important et douloureux que le manque de revenus.

Dans les sociétés développées, la pauvreté est ainsi le plus souvent associée à l'assistance sociale qui apporte des revenus complémentaires ou même l'essentiel des revenus mais qui est également perçue comme humiliante puisqu'elle signifie que l'individu n'est pas capable de subvenir par lui-même à ses besoins et à ceux de sa famille. D'un point de vue subjectif, le regard de l'autre ou des autres, qui portent un jugement explicitement ou implicitement négatif sur les personnes assistées, est souvent le critère décisif de l'impression de pauvreté. Le sentiment de précarité ‹ dû notamment à l'absence de travail ou à la multiplication des périodes de chômage avec des contrats de courte durée ‹ est également très souvent présent dans la perception de la pauvreté: ne pas pouvoir faire de projets d'avenir, ne pas savoir de quoi sera fait le lendemain, vivre au jour le jour, créent évidemment une insécurité importante, même si les revenus sont suffisants pour subsister.

On constate ainsi que la pauvreté n'est pas une notion universelle, et qu'elle varie selon les lieux et les époques. Elle comporte également une importante part subjective, tout le monde ne percevant pas la pauvreté (ou la richesse d'ailleurs) de la même manière. Enfin, l'on comprend aussi que la définition même de la pauvreté soit source de polémiques: certains ‹ par exemple les hommes au pouvoir ‹ auront tendance à minimiser la pauvreté dans la société, tandis que d'autres ‹ les opposants politiques, différentes ONGŠ ‹ accentueront l'étendue plus ou moins méconnue du phénomène.

Une référence parmi d'autres: en France, Serge Paugam est un sociologue qui a consacré de nombreux travaux à la pauvreté, tout en questionnant le sens même de ce concept; on trouvera facilement certains de ses articles et de ses interviews sur Internet.

photo du film

2. Combien y a-t-il de pauvres? En Belgique, en France, en Europe, dans le monde?

Selon la définition que l'on adopte de la pauvreté, le nombre de personnes pauvres varie considérablement. Les statistiques de l'OCDE (l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques, qui regroupe les principaux pays développés) estimaient en 2011 la pauvreté relative (moins de 50% du revenu médian: voir encadré 1) à 11% dans l'ensemble des pays de l'OCDE, et, plus spécifiquement, à 9,7% en Belgique, à 7,9% en France, à 8,8% en Allemagne, à 13% en Italie, à 16% au Japon, à 6% au Danemark, à 17,4% aux États-UnisŠ

L'analyse de ces chiffres mérite d'être approfondie. Ils impliquent d'abord que la pauvreté ne signifie pas la même chose selon la richesse des différents pays: quelqu'un considéré comme pauvre en Allemagne ne le sera pas nécessairement en Italie (où il se situerait juste au-dessus du seuil de pauvreté). Par ailleurs, il n'y a pas de relation entre le nombre de pauvres et le développement économique du pays où ils vivent: c'est particulièrement net aux États-Unis, la première puissance économique mondiale, où le taux de pauvreté est particulièrement élevé. À l'inverse, des pays très riches (proportionnellement à leur taille) comme le Danemark ou au contraire dont les performances économiques sont souvent jugées médiocres comme la France (souvent accusée d'être à la traîne par rapport à l'Allemagne) se caractérisent par des taux de pauvreté relativement bas.

La pauvreté est donc un indicateur significatif de l'inégalité plus ou moins grande dans une société. Pour mesurer cette inégalité, l'on recourt à un coefficient dit de Gini particulièrement parlant: il est égal à zéro si tous les individus ont les mêmes revenus, et il est égal à un si une seule personne a tous les revenus (bien entendu, ces extrêmes ne se rencontrent dans aucune société). Si l'on reprend les pays cités ci-dessus et qu'on les ordonne selon ce coefficient de façon croissante des pays les plus égalitaires aux pays les plus inégalitaires, on obtient la liste suivante: Danemark: 0,252; Belgique: 0,262; Allemagne: 0,286; France: 0,303; moyenne ocde: 0,316; Italie: 0,319; Japon: 0,336; États-Unis: 0,380Š

On remarque à nouveau la situation contrastée du Danemark et des États-Unis. Mais l'on constate aussi que, sur cette échelle, les positions de la France et de l'Allemagne s'inversent: il y aurait plus de pauvres en Allemagne qui serait cependant globalement plus égalitaire que la France. Cela peut s'expliquer de diverses manières: il se pourrait par exemple qu'en Allemagne, la classe moyenne soit proportionnellement plus importante qu'en France (ce qui favoriserait l'égalité), mais que les exclus au bas de l'échelle soient néanmoins plus nombreux.

Les chiffres sont donc des indicateurs mais ils ne donnent qu'une vision très partielle de la réalité: ils ne disent pas en particulier comment vivent les pauvres, ni qui ils sont, ni où ils se trouvent, ni quel est leur parcours et quel est leur avenir.

Au niveau mondial, les chiffres sont également interpellants puisque, selon la Banque mondiale, le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25$ par jour s'élève en 2010 à 1,2 milliard. Ces personnes extrêmement pauvres (qu'on estime dans la région d'Europe et Asie centrale à 1%) représenteraient 12% de la population chinoise, 33% de la population indienne, 48% de l'Afrique subsaharienne (qui concentre les populations les plus pauvres).

De tels chiffres restent évidemment abstraits, mais des reporters, écrivains, journalistes, photographes, cinéastes (comme Clio Barnard avec Le Géant égoïste) ont essayé hier et aujourd'hui de diverses manières de rendre compte de la réalité vécue par les pauvres. Parmi les exemples récents d'un tel travail documentaire, l'on peut citer le cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh qui «a imaginé le projet One Dollar, une manière de donner un visage aux milliards de personnes qui vivent dans l'extrême pauvreté».

Sources : OCDE et Banque Mondiale
Et, pour mieux comprendre comment l'on vit avec moins d'un dollar par jour: http://onedollar.bophana.org/fr

photo du film

3. Y a-t-il différentes formes de pauvreté?

[L'analyse non reproduite sur cette page web est disponible dans le dossier imprimé.]

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4. Y a-t-il différentes caractéristiques associées à la pauvreté (outre le manque de revenus ou la faiblesse de ces revenus)?

[L'analyse non reproduite sur cette page web est disponible dans le dossier imprimé.]

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5. La pauvreté augmente-t-elle dans le monde? en Europe? en Belgique ou en France?

[L'analyse non reproduite sur cette page web est disponible dans le dossier imprimé.]

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6. Les riches deviennent-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en pauvres? Sommes-nous tous menacés par la pauvreté?

[L'analyse non reproduite sur cette page web est disponible dans le dossier imprimé.]

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7. Quelles sont les causes de la pauvreté? Quelles sont les différentes interprétations et opinions à ce propos?

[L'analyse non reproduite sur cette page web est disponible dans le dossier imprimé.]

photo du film

8. Quels sont les préjugés ou les idées fausses les plus habituels concernant la pauvreté?

ATD Quart Monde, une Organisation Non Gouvernementale qui «lutte pour les droits de l'homme, avec l'objectif de garantir l'accès des plus pauvres à l'exercice de leurs droits et d'avancer vers l'éradication de l'extrême pauvreté», a récemment publié un ouvrage: En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté (Paris, 2013). Plus de 80 idées toutes faites sont ainsi démontées et critiquées comme:

  • «Tout le monde peut devenir sans abri»
  • «Les pauvres font des enfants pour toucher des aides.»
  • «Les pauvres font tout pour profiter au maximum des aides.»
  • «On ne vit pas trop mal avec le RSA.»
  • «Les pauvres ne savent pas gérer un budget.»
  • Etc.

Tous ces lieux communs sont analysés, démontés et critiqués. Beaucoup de ces préjugés concernent en outre des populations spécifiques comme les Roms ou les «étrangers» et sont également critiqués dans cet ouvrage.

Deux ou trois remarques doivent sans doute encore être faites à propos de ces préjugés.

Ces clichés ne constituent pas seulement des idées toutes faites, sommaires ou réductrices mais sont très généralement dévalorisants et dénigrants. Implicitement, ceux qui répètent ces idées sous-entendent le plus souvent que les pauvres méritent leur sort, sont des profiteurs ou ne sont pas tellement à plaindreŠ Or les difficultés économiques et en particulier le chômage important dans la plupart des pays européens (qui est la première cause de la pauvreté, même s'il y a aussi des travailleurs pauvres, notamment intermittents) ne dépendent évidemment pas de la volonté de ces personnes. Mettre l'accent uniquement sur la responsabilité individuelle ‹ les pauvres feraient ceci ou ne feraient pas çaŠ ‹ masque la situation sociale d'ensemble qui relève d'une responsabilité collective (politique, économiqueŠ): il suffit de comparer le nombre d'emplois disponibles et le nombre de demandeurs d'emplois pour comprendre que la bonne volonté ne suffit pas pour trouver du travail

.

Par ailleurs, beaucoup de ces clichés s'appuient sur des cas individuels (sinon parfois des rumeurs) qui sont abusivement généralisés: de même qu'on réduit souvent la pauvreté à la situation des sans-abris rencontrés dans les rues, l'on étend un problème réel ‹ alcoolisme, drogue, fraude, travail au noirŠ ‹ qui ne concerne cependant qu'une minorité de personnes à l'ensemble d'une population. Il faut évidemment se méfier de ce genre de clichés qui ne reposent que sur des exemples, montés en épingle, et seules des études approfondies peuvent donner une image relativement exacte de la pauvreté dans un pays ou dans une région. Même si les chiffres doivent toujours être analysés et parfois critiqués, ils permettent notamment de dresser un portait plus nuancé de la pauvreté dans ses diversités: on peut par exemple être pauvre en ayant un travail et un logement; la pauvreté existe aussi dans les campagnes; en Belgique, le taux de pauvreté est plus élevé chez les seniors (plus de 65 ans: 20,2%) que chez les jeunes (entre 16 et 24 ans: 15,3%); et un niveau d'éducation supérieur est une garantie contre la pauvreté (7,2% de pauvres contre 25,4 chez les personnes ayant un faible niveau d'éducation); etc.

Enfin, il arrive que les clichés soient inversés et présentent les pauvres sous un jour «misérabiliste», essentiellement comme de pitoyables et malheureuses victimes du mauvais sort. Un film comme Le Géant égoïste de Clio Barnard, qui s'est appuyée sur un véritable travail documentaire, permet certainement d'échapper à un tel cliché en livrant un portrait nuancé et souvent contrasté de ses principaux personnages. Ni anges ni démons, Arbor et Swifty sont capables de prendre leur destin en mains, parfois pour le pire avec la mort tragique de Swifty, mais aussi pour le meilleur avec la métamorphose finale d'Arbor.

Les cinq préjugés cités ci-dessus sont notamment critiqués sur le site de France-Info.
Les indicateurs de pauvreté en Belgique: http://statbel.fgov.be/

photo du film


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