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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au dessin animé
Zarafa
de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie
France, 2012, 1h18

Le dossier pédagogique dont on trouvera un extrait ci-dessous s'adresse notamment aux enseignants du primaire qui verront le film Zarafa avec des spectateurs entre six et dix ans environ. Il retiendra également l'attention des animateurs en éducation permanente qui souhaitent mener une réflexion autour de ce film dans le cadre notamment d'un dialogue intergénérationnel ou interculturel.
Le dossier comprend plusieurs parties qui correspondent à autant de pistes d'exploitation possibles : en fonction de ses intérêts et de ceux du public auquel il s'adresse, l'enseignant ou l'animateur retiendra sans doute l'une ou l'autre de ces pistes, même s'il est tout à fait possible de parcourir l'ensemble des animations proposées. Celle proposée ci-dessous porte plus particulièrement sur les moments forts du film et sur les émotions suscitées.

Après la vision, se rappeler les moments forts

Zarafa est un film qui suscite sans doute beaucoup d'émotions chez la plupart des spectateurs. En effet, on est directement plongé au coeur de l'aventure, avec Maki et Soula qui sont prisonniers d'un marchand d'esclaves et qui voudraient s'échapper. Ensuite, les événements drôles, tristes, impressionnants, se succèdent, qui maintiennent l'attention du spectateur.

Donnons la parole aux enfants pour qu'ils puissent exprimer les sentiments qu'ils ont ressentis pendant la vision du film. Il s'agira de citer une scène et de dire ce que l'on a ressenti à ce moment-là.

Par exemple, les enfants auront certainement ressenti de la peur, quand Maki s'échappe du campement de Moreno, qu'il veut traverser la rivière mais qu'un crocodile l'en empêche, qu'il s'enfuit alors dans la savane mais qu'il est poursuivi par le chien de Moreno…

On exploitera cette situation chargée de sens pour les enfants (exprimer ce que l'on a ressenti) pour exercer les compétences d'écoute et de dialogue.

image film

L'enseignant ou l'animateur prendra note sommairement de toutes les scènes évoquées par les enfants. Chaque scène sera résumée en quelques mots écrits sur une feuille A4 de telle sorte que l'on puisse afficher les feuilles. (Celles-ci pourraient être de couleur, chaque couleur correspondant à une tonalité émotionnelle : par exemple, bleue pour la peur, jaune pour le rire, rouge pour la colère, etc.)

On établira ainsi un inventaire de scènes du film et des émotions qu'il suscite. On pourra ensuite rétablir la chronologie du film en replaçant dans le bon ordre les scènes évoquées par les enfants et en complétant par les scènes intermédiaires, s'il en manque.

En reconstituant ainsi le fil de l'histoire, les enfants s'entraîneront à élaborer des significations, en reliant les différentes étapes du récit.
Rappel de l'histoire Émotions
Des enfants sont enchaînés dans un campement, la nuit. Maki et Soula se parlent en secret : ils ont été enlevés dans leurs villages, qui ont été brûlés. Maki constate que les fers sont trop grands : il arrive à se libérer. Il veut s'enfuir mais Soula a peur de le suivre. Peur [1]
Maki s'enfuit, seul, dans la savane. Il est poursuivi par le gros chien du marchand d'esclaves. Il arrive auprès d'un arbre, ne réussit pas à grimper mais découvre un terrier dans lequel il se cache. Moreno arrive, plonge la main dans le terrier et est mordu par la bête. Il pense que son chien a perdu la piste de Maki et il s'en va. Peur Rire
Le lendemain, Maki se réveille dans les branches de l'arbre, dont des girafes mangent les feuilles. Maki se laisse glisser sur le cou de l'une d'elles. Émerveillement Joie
Moreno revient avec son chien ; les girafes s'enfuient vers la rivière où elles vont boire. Moreno les rejoint. Il veut récu¬pérer Maki mais la grande girafe s'interpose. Moreno tire sur la girafe qui s'effondre. Quand il veut emmener Maki, un homme intervient. C'est un bédouin, Hassan, qui menace Moreno de le tuer. Moreno s'enfuit. Peur Injustice Tristesse Révolte Soulagement
Maki, effondré près de la girafe, lui promet de veiller au girafon. Tristesse
Hassan emmène la jeune girafe et dit à Maki de rentrer chez lui. Mais Maki refuse d'abandonner la jeune girafe. Il suit Hassan de loin. Injustice Satisfaction
Ils traversent des paysages de savane puis Hassan s'avance dans le désert. Maki suit toujours mais souffre de la chaleur et de la soif. Hassan laisse tomber sa gourde à son intention. Peur Soulagement
Maki finit par s'évanouir, mais Hassan le recueille. Ils passent la nuit dans le désert. Maki veut s'enfuir avec la girafe, désormais appelée Zarafa, mais Hassan lui dit qu'ils se perdront dans le désert. Zarafa n'accepte de boire que dans les mains de Maki. Soulagement
Ils continuent leur route jusqu'à l'échoppe de Mahmoud, dans une oasis. Celui-ci vend une vache tibétaine à Hassan. La vache fournira le lait pour nourrir Zarafa. Rire
Le matin, Hassan est parti avec Zarafa et la vache ; ils sont poursuivis par Maki et la deuxième vache, qui est la jumelle de la première. Le groupe se reforme. Surprise Soulagement
La traversée du désert continue. Le groupe passe devant des vestiges égyptiens puis arrive à un fleuve. Il passe ensuite devant des pyramides. Alexandrie est en vue. Émerveillement
À Alexandrie, Malaterre, du haut de sa montgolfière, donne des indications aux soldats, pour combattre les Turcs qui font le siège du port. Rire
Hassan se rend chez le pacha, qui est très heureux de voir la girafe. Il veut offrir Zarafa au roi de France pour que celui-ci lui vienne en aide. Il compte sur Moreno qui a des contacts avec les Turcs pour quitter Alexandrie. Mais Hassan s'y oppose. Hassan propose au pacha d'emmener lui-même la girafe en France. Il ne reste qu'à convaincre Malaterre de partir ensemble en montgolfière. Rire Joie
Malaterre accepte. Mais Hassan refuse que Maki les accompagne. Le lendemain, on charge la nacelle, avec Zarafa et les vaches. Maki est triste, Malaterre essaie de le consoler. Finalement, il cache Maki dans une botte de foin pour l'emmener secrètement. Surprise Rire
Comme la montgolfière ne prend pas assez d'altitude, Hassan décide de jeter les vaches par-dessus bord ! Et aussi le foin ! Surprise
Les vaches, puis Maki, tombent sur le pont d'un bateau de pirates ! C'est une femme, Bouboulina, qui en est la capi-taine. Surprise Peur ?
Comme Maki déclare qu'il escorte un trésor, Bouboulina décide de suivre la montgolfière. Elle se prend d'affection pour Maki. Rire
La montgolfière et le bateau font escale à Marseille. Moreno est là lui aussi qui veut sa vengeance face à Hassan. Il lui tend un piège, mais Bouboulina et ses hommes interviennent et mettent Moreno en fuite. Peur Soulagement Rire
Hassan veut continuer sa route vers Paris. Maki explique à Bouboulina qu'il a fait la promesse de ramener Zarafa chez elle. Hassan fait mine d'accepter de retourner en Afrique. Bouboulina s'en va, satisfaite qu'il ait changé d'avis. Mais en réalité, Hassan dit à Malaterre de mettre le cap sur Paris ! Maki est furieux. Joie Injustice Colère
La montgolfière survole les paysages du sud de la France, mais bientôt elle s'approche de la montagne. La tempête souffle et la montgolfière doit atterrir ! Maki profite du moment pour s'enfuir avec Zarafa, pendant que Hassan et Malaterre essaient de sauver la montgolfière. Émerveillement Peur Surprise
Mais Maki et Zarafa sont repérés par des loups ! Les vaches Mouhn et Souhn viennent à leur rescousse et livrent ba¬taille aux loups. Ceux-ci finissent par s'en aller, mais Sounh est blessée à mort. Hassan dit qu'elle va se réincarner dans un autre animal. C'est alors qu'apparaît un joli papillon jaune… Peur Tristesse Consolation
Le groupe continue le voyage à pied. Leur parcours se trace sur la carte de France… ?
Le groupe arrive à Paris au Jardin des Plantes où il est accueilli par Saint-Hilaire. Surprise
On présente Zarafa au Roi de France. Hassan transmet la demande du pacha d'Égypte. Mais le roi s'en moque. Il va toutefois garder la girafe. Rire Humiliation Tristesse
Maki est retrouvé et emmené par Moreno. Il retrouve Soula dans une cave. Mais celle-ci est vendue comme esclave. Quant à Maki, il est au service de Moreno. Tristesse Colère
Entre temps, c'est la « girafomania » : tout est à la mode de la girafe : chaussures, vêtements, bistrots… Zarafa reçoit énormément de visiteurs au Jardin des Plantes. Rire Surprise
Malaterre fait voir Paris du ciel, grâce à sa montgolfière. Hassan, honteux d'avoir échoué, est resté à Paris et fréquente les cafés. Tristesse
Puis, le roi reçoit un nouveau cadeau : un hippopotame. Maki est présent et Soula aussi ! Au moment où défèque l'hippopotame en éclaboussant la cour et les spectateurs, Maki s'enfuit avec Soula. Ils sont poursuivis par le chien de Moreno, mais ils arrivent à se mettre à l'abri. Rire Surprise Peur Soulagement
Maki voit la montgolfière dans le ciel et il a une idée : rentrer en Afrique avec Malaterre, Hassan, Soula et, bien sûr, Zarafa ! Joie
Il va trouver Malaterre, puis Hassan, qui est ivre. Il retourne au Jardin des Plantes avec Malaterre et Soula pour chercher Zarafa. Mais Malaterre voit bien que Zarafa est désormais trop grande pour monter dans la montgolfière. C'est là que Zarafa parle à Maki avec le cœur. Elle lui dit qu'il doit retourner en Afrique et fonder une famille, puis un village. Joie Tristesse Émerveillement
Mais Moreno les a retrouvés une fois de plus ! Heureusement, Hassan est là, lui aussi. Il emmène Maki pour partir ensemble… Moreno lui tire dans le dos ; Hassan s'effondre. Peur Injustice Tristesse
La montgolfière s'envole, Moreno s'accroche, mais Soula le mord et il tombe dans la cage de l'ours blanc ! Rire
Ils mettent longtemps pour regagner l'Afrique et Malaterre laisse là Maki et Soula qui sont devenus grands. Ils vont fonder une famille, puis un village, tout près du baobab. Hassan n'est pas mort, il a été recueilli et soigné. Guéri, il part rendre visite à Bouboulina, en Grèce. Joie Bonheur
D'autres animaux sont arrivés au zoo de Paris. Et aussi un obélisque d'Égypte. En même temps est arrivée une girafe mâle qui va rejoindre Zarafa et ils vont avoir des petits. Joie Bonheur

Prolongement : un récit enchâssé

Dans le résumé du film que les enfants pourront produire sur base de l'inventaire des scènes fortes, il se peut que certains éléments trouvent difficilement leur place : ceux qui concernent le récit du vieillard. Le film comporte en effet deux récits, l'un étant englobé dans l'autre. On pourrait dire en effet que Zarafa est d'abord l'histoire d'un vieil homme qui raconte une histoire à quelques enfants de son village. Il utilise des petites figurines pour représenter les personnages, il est parfois interrompu par les enfants qui posent des questions et il y répond… À certains moments, on n'entend que sa voix, qui continue à raconter l'histoire, alors que l'on voit des images de Maki, Zarafa, etc. À la fin de l'histoire qu'il raconte, il explique aux enfants qu'ils sont euxmêmes les descendants de la famille fondée par Maki et Soula, les personnages de son histoire. Et il s'en va « rejoindre ses amis » et l'on devine les silhouettes de Zarafa, Hassan, etc., ce qui pourrait laisser entendre qu'il est en réalité luimême Maki, devenu vieux…

On pourra alors demander aux enfants de commenter ce procédé.

  • Vous souvenez-vous des moments où l'on bascule de l'histoire de Zarafa à celle du vieillard ?<
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  • Qu'est-ce que vous avez ressenti à chaque « changement de registre », chaque fois qu'on quittait Maki et Zarafa pour venir ou revenir auprès du vieux sage ?
  • Qu'est-ce que cela apporte au film de « revenir » périodiquement au pied du baobab pour voir et entendre le vieux sage et les enfants ?
  • À votre avis, pourquoi les auteurs du film ont-ils « encadré » l'histoire principale (celle de Zarafa) par cette autre histoire (le vieux sage qui raconte aux enfants) ?
Ces quelques questions sensibiliseront les enfants au procédé du récit enchâssé et à ses effets.

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Commentaires

Voici quelques commentaires qui permettront, on l'espère, à l'enseignant ou à l'animateur, d'organiser les interventions des enfants à propos du récit-cadre.

La première apparition du vieil homme provoque une surprise. En effet, le film s'ouvre alors que des événements décisifs ont déjà eu lieu : les villages de Maki et de Soula ont été incendiés, les enfants ont été enlevés par un marchand d'esclaves. Maki s'enfuit, est poursuivi par le chien, puis par Moreno, et l'on craint pour lui. Va-t-il réussir à échapper à Moreno ? Cette séquence pleine de suspense est donc interrompue par la voix et l'apparition du vieil homme. Un peu comme si le cadre classique des contes, « il était une fois… » était renouvelé ici : le vieil homme dit en effet « c'est ainsi que commence notre histoire ».

Ainsi, les apparitions et les paroles du vieillard indiquent que nous sommes dans la fiction, dans une histoire.

En même temps, son intervention est rassurante : c'est au moment où l'on craint le pire (que Maki se fasse reprendre par Moreno, ou mordre par le chien…) que le vieux conteur apparaît, comme pour nous dire « pas d'inquiétude, ceci n'est qu'une histoire » …

De la même manière, quand Souhn a été vaincue par les loups, ou quand Hassan a été abattu par Moreno, le vieillard fait simplement tomber à l'horizontale les figurines correspondantes, ce qui constitue une manière douce de dire que ces personnages sont morts… (En même temps, quand il fait tomber la figurine représentant Hassan, sans dire un mot, les spectateurs et les enfants qui l'écoutent pensent que Hassan est mort, alors qu'il n'est que blessé, ce qui permettra de provoquer une nouvelle surprise à la fin du film.)

Il y a en effet beaucoup d'émotions pour les spectateurs à ces moments-là, une grande tristesse, et, quand un des enfants qui écoutent le vieil homme exprime ce sentiment, la séquence permet de ne pas laisser les spectateurs tous seuls avec leur tristesse, c'est aussi une manière d'affirmer que l'on a le droit d'être triste.

Quand le vieillard précise que Souhn était une vache tibétaine, donc bouddhiste et qu'elle va se réincarner dans une autre créature, ces paroles et la discussion qui s'ensuit (sur les animaux en lesquels les enfants voudraient se réincarner) permettent de basculer de la tristesse à l'acceptation et même à la joie…

Ainsi, le récit du vieil homme et les réactions des enfants qui l'écoutent permettent de faire retomber la tension quand elle est très forte ; il suscite aussi de la surprise et permettent aux spectateurs de retrouver dans le filmmême les émotions qu'ils ressentent, de telle sorte qu'ils peuvent mieux les appréhender[2]

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1. Les émotions citées ici le sont à titre d'exemple. Si certaines d'entre elles feront sans doute l'unanimité, il se peut que certaines séquences soient interprétées différemment par les spectateurs.

2. Dans le dossier de presse du film, les auteurs confient avoir choisi le procédé du récit-cadre également pour pouvoir prendre des libertés avec la réalité historique. Comme l'histoire de Zarafa est présentée comme un conte, on ne peut guère lui reprocher de ne pas correspondre absolument à la réalité.


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