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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
In a Better World
Hævnen (titre danois)
Revenge (titre anglais)

de Susanne Bier
Danemark, 2011, 1h40

Le dossier pédagogique dont on trouvera un extrait ci-dessous s'adresse notamment aux enseignants du secondaire qui verront le film In a Better World avec des jeunes spectateurs entre treize et dix-huit ans environ. Il retiendra également l'attention des animateurs en éducation permanente qui souhaitent mener une réflexion autour de ce film et de ses principaux thèmes avec un large public.
Le dossier comprend plusieurs parties qui correspondent à autant de pistes d'exploitation possibles : en fonction de ses intérêts et de ceux du public auquel il s'adresse, l'enseignant ou l'animateur retiendra sans doute l'une ou l'autre de ces pistes, même s'il est tout à fait possible de parcourir l'ensemble des animations proposées. Celle proposée ci-dessous porte plus particulièrement sur le thème de la violence mise en scène dans In a Better World.

La violence au cinéma et dans la réalité

Après la projection

Rapidement après la projection, une première discussion en grand groupe autour du film permettra sans aucun doute de recueillir les réactions et les impressions à chaud des spectateurs sur le film qu'ils viennent de voir ensemble. La violence de certaines scènes aura peut-être marqué les esprits. C'est pourquoi, avant d'aborder les différents aspects du film, il semble utile de revenir un instant sur la mise en scène de la violence dans les médias, et plus particulièrement au cinéma, ainsi que sur les effets possibles de sa perception par les différents spectateurs.

L'expérience de la violence au cinéma est sans aucun doute bien différente de l'expérience de la violence que l'on peut faire dans la réalité. Cependant, il est souvent admis qu'il est (presque) aussi néfaste d'exposer les enfants, les adolescents voire les adultes, aux représentations de la violence dans les médias que dans la vie quotidienne par peur, notamment, que les spectateurs soient influencés par de tels actes et qu'ils soient tentés de les reproduire. On peut également craindre qu'à l'inverse, des scènes ou des images soient suffisamment marquantes pour «traumatiser» certaines personnes.

Il ne s'agira évidemment pas ici de nier l'existence de tels effets (même s'ils sont difficiles à objectiver), mais essentiellement de susciter une mise à distance (notamment affective) qui constitue une étape préalable indispensable à l'analyse et à la réflexion. Il faut en effet bien se rendre compte que tous les spectateurs ‹ jeunes ou moins jeunes ‹ sont ou seront confrontés un jour ou l'autre à des images violentes qui provoqueront des réactions affectives très fortes, souvent contradictoires, notamment lorsqu'elles apparaissent comme la représentation d'événements authentiques ou véridiques: la télévision, la presse, Internet montrent quotidiennement des attentats, des massacres, des famines, des catastrophes, des faits de guerreŠ qui susciteront chez les spectateurs par exemple la colère, la pitié, la révolte, la détresse, l'angoisse, l'impuissance ou même parfois l'indifférence devant la répétition des mêmes souffrancesŠ

Si de telles réactions affectives sont évidemment compréhensibles, il faut sans doute également apprendre à les maîtriser d'un point de vue psychologique pour ne pas se laisser submerger par elles et réagir de façon irrationnelle. Dans un telle perspective, le cinéma de fiction peut sans doute être un outil efficace pour exercer cette faculté de réflexion sur la violence mais aussi cette maîtrise des fortes réactions affectives que nous pourrions avoir par rapport à elle.

En effet, devant un film, nous faisons une expérience indirecte de la violence et sommes donc en position d'analyser et de mener une réflexion sur ce que nous voyons, pour autant que le film ne favorise pas de manière unilatérale la participation émotionnelle du spectateur. Le cinéma de fiction ‹ du moins dans sa meilleure part comme dans In a Better World ‹ peut ainsi nous inciter à réfléchir à la meilleure manière de réagir face à la violence, non pas en nous emportant de colère ou en cédant au contraire à la panique mais en nous suggérant d'autres pistes d'action que celles spontanément induites par les faits représentés.

Une telle capacité de recul s'avère d'ailleurs indispensable s'il nous arrive d'être confrontés à une violence réelle. La violence peut être volontaire (dans le cas d'une agression par exemple) mais elle peut également être accidentelle et de ce fait imprévisible. Dès lors, si l'on est témoin d'un accident par exemple, il est important de rester «maître de soi», de ne pas prendre peur, de ne pas s'enfuir ni de s'évanouir à la vue du sang, afin, au minimum, d'être en mesure de porter secours aux victimes. Si l'on n'a jamais appris à maîtriser ses émotions et à les mettre à distance dans des situations d'urgence, l'on risque sans doute de paniquer, de faire n'importe quoi et d'adopter un comportement inadéquat. Ainsi, un comportement aussi banal que le voyeurisme est sans doute largement spontané et irréfléchi mais peut aussi avoir des conséquences dommageables pour les personnes en cause: sur autoroute par exemple, on sait que le voyeurisme des automobilistes est une cause fréquente de suraccident; ils veulent voir ce qui se passe, ralentissent et ne regardent plus devant euxŠ.

De façon encore plus dramatique, dans In a Better World, on voit que le personnage d'Anton, médecin humanitaire dans un camp de réfugiés en Afrique, est confronté à des situations traumatisantes: s'il cédait à la panique ou à la colère ­ ce qu'il fera d'ailleurs à un moment du film ­ il ne serait plus en mesure d'effectuer ses interventions et ses consultations avec la même efficacité et risquerait de mettre la vie de ses patients en danger.

Bien entendu, la prise de distance par rapport à la violence ‹ cinématographique ou réelle ‹ ne doit pas se limiter à la maîtrise des émotions et doit également conduire à une véritable réflexion sur la légitimité (ou l'absence de légitimité) de la violence et sur les moyens d'y faire face.

Par ailleurs, on ne saurait prétendre que toute personne ayant vu un film comme In a Better World aura l'attitude adéquate si elle est malheureusement confrontée un jour à une telle situation, ni qu'une autre personne n'ayant jamais mené une telle réflexion se comportera de manière maladroite ou déplacée. Mais l'on voit bien comment dialogue, discussion et partage d'opinions autour de In a Better World (ou d'autres films du même genre) peuvent favoriser une attitude plus distanciée et plus réflexive face à une réalité qui peut parfois être très déstabilisante[1].

La violence dans In a Better World

Dans le film In a Better World, de nombreuses scènes auront certainement interpellé et choqué les spectateurs, jeunes ou moins jeunes. Il semble donc indispensable de revenir avec eux sur certains de ces moments pour analyser la manière dont cette violence est perçue du point de vue du spectateur et pour favoriser ce mécanisme de mise à distance.

L'objectif de l'animation suivante sera principalement de permettre aux participants de s'exprimer sur ce qu'ils ont ressenti, de verbaliser leurs impressions, leurs émotions ainsi que de permettre l'échange et l'écoute entre les différents membres du groupe.

Objectifs

  • Mieux comprendre les mécanismes à l'œuvre pendant la vision d'un film
  • Prendre conscience de ses émotions et ce qui les a suscitées
  • Verbaliser et échanger ce que l'on a ressenti

Méthode

  • Se remémorer les personnages et des scènes du film

Déroulement

Pour introduire cette animation qui se déroule autour de scènes précises du film, l'enseignant ou l'animateur peut d'abord revenir avec l'ensemble des spectateurs sur le film de manière générale:

  • Avez-vous trouvé que In a Better World est un film violent?
  • Pouvez-vous vous rappeler quelques-unes des scènes du film?

Pour aider les élèves à raconter certaines scènes, on peut leur proposer de se remémorer le rôle et le nom de certains personnages, peut-être plus difficiles à retenir ou à prononcer en raison de leur origine scandinave pour la plupart.

  • Anton : médecin humanitaire; le père de Morton et d'Élias
  • Christian : l'ami d'Élias, le fils de Claus
  • Claus : le père de Christian
  • Sofus : le gamin qui harcèle Élias à l'école
  • Élias : le fils aîné d'Anton et de Marianne; le grand frère de Morton et l'ami de Christian
  • Marianne : l'épouse d'Anton, la mère de Morton et Élias
  • Lars : le garagiste
  • Big Man : le chef de guerre
Nous suggérons ensuite de centrer la discussion et la réflexion autour de six «moments» du film,correspondant à une scène ou un ensemble de scènes :
  • L'arrivée au camp de réfugiés de femmes et de petites filles atrocement mutilées, suivie de leur prise en charge par l'équipe de médecins.
  • Le passage à tabac de Sofus par Christian dans les toilettes de l'école.
  • Les gifles que Lars, le garagiste, donne à plusieurs reprises à Anton devant les enfants (à la plaine de jeu et ensuite dans son garage).
  • L'arrivée du camion de Big Man dans le camp et la découverte du personnage
  • Le lynchage de Big Man par les réfugiés du camp.
  • L'explosion du van et ses conséquences sur Élias.

Le tableau suivant décrit brièvement ces scènes pour faciliter leur rappel et propose quelques questions qui, nous l'espérons, permettront aux participants d'appréhender ce qui a contribué à les rendre aussi «fortes», notamment d'un point de vue plus cinématographique.

Ce tableau pourra être complété par chaque participant individuellement. Ensuite, l'enseignant ou l'animateur pourrait le reproduire au tableau et y retranscrire les «réponses» des uns et des autres. Le résultat devrait plus ou moins correspondre à une cartographie du ressenti des membres du groupe à l'égard du film. Dans la mesure où les plus jeunes ont souvent tendance à éprouver un sentiment d'isolement, le fait de constater que leurs propres émotions sont partagées par d'autres est sans doute une première façon de surmonter cette impression.


Des enfants et des femmes grièvement blessés sont emmenés dans le camp pour être soignés. Christian bat Sofus dans les toilettes et le menace d'un couteau. Lars donne une série de gifles à Anton (à la plaine de jeu et au garage). Big Man montre sa jambe blessée à Anton. Les réfugiés du camp lynchent Big Man. Le van du garagiste explose et blesse Élias.
Comment as-tu ressenti la violence de cette scène?





Extrêmement violente





Très violente





Violente





Peu violente





Pas violente





Qu'est-ce qui te choque (éventuellement) le plus dans la scène?





Parmi les données suivantes, quelles sont celles qui, selon toi, ont pu accentuer la violence de la scène et donc ce que tu as ressenti?





Le contenu
de certains plans






La longueur
de certains plans






Le rythme
de la scène






COMMENTAIRES

Les scènes citées dans le tableau ci-dessus constituent sans doute les moments les plus difficiles du film. Elles confrontent le spectateur à une violence plus ou moins grande. Il est donc indispensable que le spectateur soit amené à évaluer ce degré de violence et à mener une réflexion ‹ même sommaire ‹ sur ce qui la rend plus ou moins insupportable.

Dans certains cas, le recours à la violence par l'un des personnages du film est ressenti comme une réaction de défense qui se manifeste pour réparer ce qui a été perçu comme une injustice. Dans d'autres cas, il apparaît comme abusif et injuste. C'est le cas du harcèlement d'Élias, des blessures infligées aux civils en Afrique, du comportement du garagiste à l'égard d'Anton, ou encore du sacrifice d'Élias au moment de l'explosion du van. De ces comportements vécus comme des injustices vont découler des actes de vengeance1 lors desquels les personnages blessés ou outragés prennent, ou estiment prendre, leur revanche.

Des femmes et des petites filles grièvement blessées sont emmenées inconscientes au camp de réfugiés dans lequel travaille le papa d'Élias, Anton. Elles sont les victimes d'un chef de guerre extrêmement cruel, appelé «Big Man».

La violence de ces scènes est extrême. Les blessures infligées aux toutes jeunes filles choquent par leur gravité et par leur démesure. La vision de ces êtres fragiles et sans défense victimes de telles mutilations va sans doute susciter chez le spectateur de vives émotions comme la colère, la révolte mais aussi le dégoût et la difficulté d'appréhender une réalité aussi extrême.

La précipitation du rythme du film et les mouvements saccadés de la caméra plongent le spectateur au cœur de l'action. Rien ne lui est épargné, la violence est montrée de manière directe: les blessures sont cadrées plusieurs fois et mises en évidence lors de l'intervention chirurgicale au niveau de l'abdomen. L'alternance rapide et saccadée de certaines images (ou plans) fait monter la tension, attire l'attention du spectateur sur ce qui se passe et l'alerte sur la gravité de la situation, qui est d'ailleurs partagée par les personnages du film. Un sentiment d'injustice grandit au fur et à mesure que la tension monte et que l'on prend conscience de la gravité des faits.

Par ailleurs, si la réalisatrice choisit de s'attarder assez longtemps sur les blessures, elle ne se contente pas de les évoquer au moyen de flashs fugaces qui auraient pour but simplement d'effrayer le spectateur. En suivant l'action des uns et des autres, elle l'oblige en quelque sorte à prendre place au milieu des médecins et des infirmiers et à faire face, comme eux, à ces plaies insoutenables. À l'instar du corps médical, le spectateur ne peut pas se soustraire à l'image de la violence.

On remarquera que, si ces scènes suscitent sans doute des formes d'effroi, de dégoût ou encore de pitié, elles peuvent également provoquer par réaction des sentiments de haine à l'égard des auteurs de ces violences qui semblent commises par pur sadisme par des êtres foncièrement mauvais.

Christian bat Sofus dans les toilettes et le menace d'un couteau

Cette scène ne montre pas seulement une bagarre entre deux adolescents, elle va beaucoup plus loin. Même si le comportement de Sofus à l'égard d'Élias est répréhensible et mérite une sanction importante, beaucoup de spectateurs sentent bien que la réaction de Christian est excessive et dépasse le règlement de compte ou la mise en garde. Christian va s'acharner sur Sofus et même mettre sa vie en danger.

Pendant toute la scène, Christian domine son adversaire, pourtant plus grand et plus fort que lui. Il porte le premier coup tandis que Sofus lui tourne le dos, trop occupé à intimider Élias pour remarquer Christian. S'ensuit une série de coups assenés violemment avec une pompe à air sur Sofus écroulé au sol et rampant pour tenter d'échapper à l'emprise de Christian. Enfin, Christian, à cheval sur le dos de Sofus, sort un couteau de combat et le lui plaque sur la gorge. Ce dernier geste est sans doute une façon pour Christian d'ancrer ce moment dans l'esprit de Sofus pour lui faire définitivement passer toute envie de l'agresser à nouveau. Pour Sofus, on imagine que ce moment restera gravé dans sa mémoire et sans doute la source de pas mal de cauchemars.

Les contre-plongées sur Christian ‹ c'est-à-dire le fait que la caméra soit pratiquement au ras du sol et soit pointée vers le haut, vers le visage de Christian ‹ accentuent la violence de la scène. Ces différents plans le montrent dans une position dominante à laquelle le spectateur comprend qu'il est impossible de se soustraire. Ces contre-plongées ne sont entrecoupées que par des plans larges plus longs qui montrent le tabassage sans répit qu'est en train de subir Sofus. L'enchaînement de ces différents plans n'offre aucune porte de secours au spectateur, à l'image de l'enchaînement des coups qui ne laissent aucun répit à Sofus. Dans cette scène, la réalisatrice refuse de rassurer le spectateur en le confrontant encore une fois sans détour à une forme brute de la violence.

Par comparaison avec les scènes précédentes (de femmes éventrées en Afrique), on perçoit cependant bien que l'engagement émotionnel du spectateur est différent: la réaction de Christian, même si elle peut nous sembler excessive, n'est pas le fait d'un «monstre» (comme Big Man) mais s'explique, au moins en partie, par le comportement préalable de Sofus. On peut même penser que le geste de Christian est moins un acte de vengeance qu'un avertissement à Sofus qui vise à mettre fin à une situation de harcèlement qui perdurait sans issue possible. Néanmoins, la réflexion permet aussi de comprendre le caractère excessif de cet «avertissement», surtout si l'on considère la suite du film: l'on remarque en effet que cette «victoire» de Christian va le conforter dans ses certitudes spontanées ‹ il faut se défendre, il ne faut pas se laisser écraser, il ne faut avoir peur de rienŠ ‹ et l'entraîner dans une spirale de violence toujours plus dangereuse.

Les gifles reçues par Anton (à la plaine de jeu et au garage)

Anton et les enfants reviennent d'une balade en kayak que ceux-ci ont manifestement beaucoup appréciée. Subitement, Anton aperçoit son fils cadet, Morton, en pleine bagarre au corps à corps avec un autre enfant d'environ trois-quatre ans dans un bac à sableŠ Voilà un lieu habituel pour leur âge qui accueille cependant une activité qui l'est beaucoup moins. La férocité de la bagarre, même si celle-ci est montrée de façon très brève, surprend et donne un côté insolite et démesuré à la scène. Cet excès, sans doute voulu, surprend le spectateur qui assiste à la scène, incrédule comme Anton qui semble «ne pas en croire ses yeux» alors qu'il approche du lieu de la bagarre.

Pendant qu'Anton sépare les enfants et les interroge avec sa douceur habituelle sur les raisons de leur comportement, surgit un gars assez costaud, plus petit et trapu, qui se révèle être le père du deuxième petit garçon. Au lieu de remercier Anton d'avoir interrompu cette bagarre dont les enfants auraient pu ressortir blessés, cet individu va tout bonnement se mettre à l'insulter et à le frapper en lui ordonnant de façon absurde de «ne plus jamais toucher son fils». Anton reçoit ainsi une série de gifles dans un laps de temps très court. Surpris et embarrassé, il ne va pas réagir à l'humiliation qu'il vient de subir devant ses enfants[2].

Ici encore, c'est la confrontation de deux comportements excessifs mais aussi la rapidité de la scène qui laissent le spectateur lui-même un peu secoué; un peu comme si les gifles lui avaient été adressées personnellement. Au tout début de la scène, avant les disputes, on peut apercevoir Lars en arrière-plan, buvant une bière sur un banc. Plus tard, on le verra se déplacer de l'arrière-plan vers le premier plan (où se trouve le bac à sable). Il avance rapidement et sa progression plane comme une menace pendant toute la durée du plan.

La violence totalement injustifiée de cet individu à l'égard d'Anton va révolter les enfants qui essaieront de se renseigner sur son identité afin de ne pas laisser son geste impuni. Mais, contre toute attente, Anton emmène les enfants au garage de Lars dans le but de leur faire comprendre la faiblesse psychologique que cache le recours systématique à la violence. La scène se répète, Lars semble incapable de reconnaître ses torts ou son erreur d'appréciation, et il persiste dans l'emploi de la force et de la violence verbale[3]. Ici encore, la scène se développe jusqu'à atteindre une tension difficilement soutenable. La présence des enfants qui assistent effrayés à une seconde humiliation de l'adulte, bien que lui souhaite leur faire dépasser cette interprétation, renforce un sentiment d'injustice déjà provoqué par l'utilisation abusive de la violence face à un individu qui refuse l'emploi de la force pour régler un différend.

Devant cette scène également, la plupart des spectateurs ressentiront sans doute une certaine ambivalence car, si l'attitude d'Anton peut sembler très raisonnable, traduisant parfaitement ses convictions pacifistes, on peut également ressentir de la frustration face à l'agressivité injustifiée de Lars: un tel comportement risque de susciter un sentiment de colère (plus ou moins violenteŠ) chez certains spectateurs qui auront alors tendance à réagir comme Christian par l'incompréhension à l'égard d'Anton. En outre, si l'on peut partager intellectuellement les convictions de ce dernier, on peut également trouver que son intrusion chez le garagiste ‹ surtout devant les enfants ‹ est maladroite et inutilement démonstrative: était-il vraiment nécessaire qu'il se laisse ainsi agresser, gifler et humilier par ce piètre individu?

«Big Man»
[Les commentaires ne sont pas reproduits sur cette page web mais sont disponibles dans le dossier imprimé.]
L'explosion
[Š]

1. On remarquera que cette fonction de maîtrise subjective des émotions n'est pas propre au cinéma et se retrouve aussi dans différentes formes d'art: ainsi, même un conte traditionnel comme Le Petit Poucet avec ses parents abandonnant leurs enfants et avec son ogre terrifiant peut être compris comme une leçon de vie valorisant la débrouillardise et le sens de l'initiative (on voit bien le contraste entre le Petit Poucet et ses frères qui sont, quant à eux, incapables de dépasser leurs émotions premières).

2. Nous reviendrons plus loin dans le dossier [imprimé] sur l'attitude d'Anton, dans une partie qui s'attachera plus particulièrement aux réactions des personnages.

3. À ce moment dans le film, Lars, le garagiste, adresse des insultes racistes à Anton. Dans une interview, la réalisatrice apporte un éclairage intéressant sur ce passage : «Il n'existe pas de tension entre les Danois et les Suédois. En fait, la raison pour laquelle je voulais un personnage suédois [Anton], c'était pour illustrer la stupidité du racisme, mais n'allez pas croire que les Danois en aient contre les Suédois, et vice versa!»


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