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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Fleur du désert
de Sherry Hormann
Allemagne, 2009, 2h04

Le dossier pédagogique dont on trouvera un extrait ci-dessous s'adresse notamment aux enseignants du secondaire qui verront le film Fleur du désert avec leurs élèves (entre quinze et dix-huit ans ans environ) mais également aux animateurs qui souhaitent aborder ce film avec un large public dans le cadre de l'éducation permanente. Il est composé de plusieurs grandes parties.

La première aborde la construction du film qui se présente comme un «biopic», la biographie en images d'une personne célèbre : on s'interrogera avec le spectateurs sur le sens de cette construction qui implique évidememnt une part de mise en scène et des choix singificatifs.

La seconde partie (dont on trouvera un court extrait ci-dessous)reviendra sur les violences faites aux femmes et aux filles dont témoigne, avec d'autres, l'histoire de Waris Dirie.

Enfin, on s'interrogera sur les rapports Nord-Sud et les relations entre des cultures et des civilisations différentes.

Les violences faites aux femmes et aux filles

Une mise en garde

Si les spectateurs ont vu le film en version originale, ils auront peut-être remarqué que le mot utilisé en anglais pour désigner l'excision est «circumcision», qui évoque bien sûr en français le mot «circoncision». Si le mot anglais «circumcision» est utilisé pour parler de la circoncision des hommes et de l'excision des femmes, le terme français ne s'applique généralement qu'à l'intervention pratiquée sur l'homme.

L'ambiguïté du terme anglais pourrait induire une sorte d'équivalence entre ces pratiques; or c'est une confusion qu'il faut dissiper.

L'excision et l'infibulation ne sont pas équivalentes à la circoncision. Celle-ci consiste en l'ablation totale ou partielle du prépuce. Elle est largement pratiquée dans le monde musulman ainsi que dans la communauté juive. Elle ne présente pas de risques majeurs pour la santé, à condition bien sûr d'être pratiquée selon des règles d'hygiène élémentaires. Les dommages physiologiques ou psychologiques qu'elle peut causer sont réduits et ne nuisent pas à la vie sexuelle.

Dans le cas de l'excision en revanche, c'est un organe qui est ôté, réduisant très fortement la possibilité d'avoir du plaisir dans l'activité sexuelle. D'autre part, les conditions souvent mauvaises dans lesquelles elle est pratiquée augmentent le risque d'infection.

Dans le cas de l'infibulation, en outre, la plaie doit être rouverte pour permettre une relation sexuelle. Il arrive que la femme, une fois enceinte, soit à nouveau «refermée» jusqu'à l'accouchementŠ L'infibulation peut causer des dommages importants à la santé des femmes et parfois même causer leur mort[*].

Il est donc essentiel de lever la confusion possible entre les mutilations exercées sur les femmes et la circoncision pratiquée sur les hommes.


* Les mutilations génitales féminines ‹ excision et/ou infibulation ‹ causent des préjudices irréparables. Elles peuvent entraîner la mort par hémorragie due à des saignements abondants, par choc neurogénique dû à la douleur et au traumatisme et/ou à la suite d'une infection grave et généralisée et d'une septicémie. Elles sont très souvent traumatisantes.Parmi les autres effets négatifs figurent: la non-cicatrisation; la formation d'abcès; des kystes; la formation excessive de tissu cicatriciel; des infections des voies urinaires;des névromes; des douleurs lors des relations sexuelles; un risque accru de contracter le VIH/SIDA, l'hépatite et d'autres maladies transmises par voie sanguine; des infections de l'appareil génital; des infections pelviennes; l'infertilité; l'obstruction chronique des voies urinaires; des calculs rénaux; l'incontinence urinaire; la dystocie d'obstacle; un risque accru de saignements et d'infection lors de l'accouchement. (source: Unicef)

Le film Fleur du désert dénonce la pratique des mutilations génitales féminines, usuelle dans certaines parties du monde [1]; cette dénonciation est devenue le combat de Waris Dirie. Le film décrit une forme particulièrement sévère de mutilation: l'infibulation (le clitoris et les lèvres sont coupés, la plaie est recousue, laissant un orifice tout juste assez grand pour le passage de l'urine et du sang menstruel). Une autre forme de mutilation génitale féminine existe: l'excision, qui consiste en l'ablation du clitoris.

Les justifications traditionnelles de ces pratiques sont d'ordre religieux, sanitaire, médical, superstitieux, mais aucune ne résiste à la critique. En outre, elles cachent les véritables raisons de ces pratiques.

L'excision vise à priver les femmes de plaisir sexuel (avec un partenaire ou seule) et transforme donc une différence naturelle (la différence des sexes) en inégalité sociale et psychologique.

L'infibulation en revanche repose sur une sacralisation [2] ou valorisation de la virginité des femmes dans une société où les femmes sont des objets d'échange dont il faut préserver la valeur. Ici l'inégalité va être créée entre les femmes elles-mêmes, entre les vierges et celles qui ne le sont pas (prostituées, femmes de mauvaise vieŠ) ou qui ne le sont plus (veuves).

Dans ce contexte patriarcal, on comprend que ce soient les femmes elles-mêmes (les mères, les grand-mères) qui souvent pratiquent ces mutilations précisément pour garantir la valeur de leurs filles et leur permettre de trouver un mari.

C'est un système (patriarcal) au sens fort du terme où effectivement «tout se tient», et seule la fuite permet à Waris d'échapper à ces contraintes. Et il y a domination patriarcale parce qu'une femme seule (en dehors du mariage) a très peu de possibilité d'existence sociale.

La valorisation de la virginité féminine n'est d'ailleurs pas propre à ces sociétés et se retrouve dans bien d'autres notamment en Occident jusque dans les années 1970. C'est dans ce contexte d'ailleurs que les féministes ont pu déclarer que le mariage était une institution patriarcale, notamment parce qu'il imposait un devoir de virginité aux jeunes filles sous peine de mauvaise réputation, contrainte inconnue des garçons, et parce que l'ensemble du système reposait sur l'inégalité entre femmes «honorables» et celles dites de mauvaise vie.

Les formes de pudeur participent également à ce système puisqu'elles s'imposent principalement aux femmes obligées de se voiler pour préserver leur valeur en tant que vierge ou femme mariée.

Waris/Marilyn

Cet écart entre la manière dont Waris a été élevée et la liberté dont les femmes jouissent désormais en Occident et dans d'autres pays du monde [3] peut se mesurer en comparant les personnages de Waris et de Marylin.

Invitons les participants à commenter dans ce sens quelques scènes du film comme:

  • la scène de la douche à la pension
  • la scène de la discothèque
  • la scène du retour à la pension après la sortie en discothèque
  • la scène de la consultation à l'hôpital
  • la scène de la séance photo pour le calendrier Pirelli

Quelques commentaires possibles

La scène de la douche à la pension

Waris prend beaucoup de précaution pour ne pas se montrer nue. Par exemple, elle couvre d'une serviette la fenêtre du rideau de douche. Elle se déshabille derrière le rideau et garde ses vêtements à portée de main. Marylin et une autre jeune femme déambulent, elles, simplement drapées dans une serviette. Elles semblent très surprises de la pudeur de Waris. Marylin chipe finalement les vêtements de Waris, obligeant celle-ci à sortir de la douche et à rejoindre la chambre seulement enveloppée dans une serviette. Il est clair que Waris ne veut pas montrer son corps, là où les autres ne ressentent aucune gêne de se montrer nues devant une autre femme, et même simplement couvertes d'une serviette devant le concierge Neil.

La scène de la discothèque

Alors que Marylin danse avec un homme, Waris, enveloppée dans son anorak, se contente de regarder le spectacle. Marylin est moins couverte et elle joue avec son partenaire en dansant. Quand Harold Jackson approche Waris, elle accepte timidement d'enlever son manteau, accepte le verre qu'il lui tend et se met à tousser, ne s'attendant pas, sans doute, à y trouver de l'alcool. Quand Harold l'invite à danser et qu'il l'étreint de manière proche, Waris s'enfuit. En comparaison avec Marylin qui flirte ouvertement et danse sans retenue, Waris se révèle très timide et réservée.

La scène du retour à la pension après la sortie en discothèque

Waris rejoint Marylin dans leur chambre et trouve celle-ci qui fait l'amour avec son partenaire de la discothèque. Waris referme la porte, manifestement très choquée et s'en va attendre dans le couloir. Marylin vient la rejoindre après avoir raccompagné son partenaire en l'embrassant passionnément. Marylin ne manifeste aucune gêne de s'être laissée surprendre en pleine activité sexuelle. Mais Waris, elle, est choquée. C'est à cette occasion que les deux femmes confrontent leur représentation de la femme: «une femme respectable est une femme coupée, une vraie femme ne fait pas ça» selon Waris, à quoi Marylin répond qu'une femme respectable a droit au sexeŠ et elle déclare qu'elle a le droit de dire le mot «sexe».

La scène de la consultation à l'hôpital

À l'hôpital, suite à la vive douleur qu'elle a ressentie, Waris doit montrer son sexe au médecin. Elle souffre, certainement autant de révéler son secret que de montrer son sexe.

La scène de la séance photo pour le calendrier Pirelli

Waris va poser pour le calendrier Pirelli. Elle est un peu «obligée» d'accepter toutes les offres que Lucinda lui propose parce qu'elle doit de l'argent à celle-ciŠ Mais elle a aussi fait le pas de se faire opérer, comme si elle avait choisi de tourner le dos à la tradition et à toutes les contraintes que celle-ci impose. Aussi, s'il lui coûte, un peu, de se montrer nue, c'est néanmoins une sorte de libération pour elle, par rapport à son éducation répressive. Qu'elle imagine que Harold vienne la rejoindre à ce moment, où elle est nue, va dans le même sens, celui de l'acceptation de ses désirs.

 


1. D'après l'Unicef, l'excision est pratiquée couramment dans 28 pays d'Afrique, mais elle est aussi pratiquée en Europe et en Amérique du Nord où ont émigré des personnes provenant de ces pays.

2. Des erreurs d'interprétation ou des approximations de traduction donnent à penser que des soucis d'hygiène justifieraient souvent des pratiques comme l'excision, l'infibulation ou même la circoncision. Ces mutilations seraient faites au nom de la propreté ou de la pureté (les femmes non excisées ou non infibulées étant alors réputées sales ou impures), mais la pureté dont il est question n'a rien de sanitaire et est de nature essentiellement religieuse et sacrée. L'opposition du pur et de l'impur est essentielle dans le domaine religieux et permet de tracer des partages symboliques entre les choses, les individus et les êtres (réels ou irréels), et les opérations de purification (comme les mutilations génitales) n'ont évidemment rien à voir avec des procédures modernes d'hygiène ou de stérilisation qui s'appuient sur des considérations d'une tout autre nature.

3. On évitera toute généralisation abusive, tant à propos des sociétés occidentales, où l'on observe de grandes différences notamment selon les différents milieux, que des sociétés «traditionnelles» qui sont également très diverses, notamment quant au statut des femmes: si la liberté totale dont jouiraient les femmes dans certaines sociétés «primitives» est certainement un mythe ethnographique, (cfr. par exemple Bertrand Pulman, «Malinowski et la liberté sexuelle des Trobriandais» dans L'Homme 2/2003, n°166, p.7-30), il convient aussi de prendre en considération la grande diversité des sociétés humaines, non réductibles à un seul type (comme «traditionnel», «primitif», «patriarcal», etc.).


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