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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Welcome
de Philippe Lioret
France, 2009, 1 h 50

Le dossier pédagogique dont on trouvera un extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront le film Welcome avec leurs élèves (entre treize et dix-huit ans ans environ), mais également aux animateurs intéressés par les thèmes du film. Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en œuvre après la vision du film.

Migrations et migrants: quelle réalité?

De tout temps, les hommes se sont déplacés pour chercher de meilleures conditions de vie ailleurs. Qui ne connaît pas dans son entourage plus ou moins proche une personne ou une famille qui a quitté son pays d'origine pour s'installer ailleurs, pour occuper un emploi plus intéressant, pour être mieux rémunéré, pour une meilleure qualité de vie ou même pour profiter d'un climat plus agréable?

Les migrations sont parfois sollicitées: un pays en manque de main-d'œuvre ou dont la population vieillit «invitera» des citoyens étrangers à venir s'installer pour apporter sa force de travail ou sa jeunesse… Cela a été le cas en Belgique, comme dans plusieurs pays européens, après la seconde guerre mondiale; c'est aujourd'hui le cas du Québec dont la population vieillit[1].

De très nombreux ressortissants européens ont eux-mêmes émigré dans les siècles passés, pour constituer la majorité de la population de pays comme les États-Unis, l'Australie, le Canada…

Ainsi, les migrations sont un phénomène important, qui a toujours existé et existera probablement toujours.

Pourtant, les migrations vers l'Europe sont aujourd'hui vues comme un problème de société. Deux points de vue s'affrontent: d'une part, «l'Europe ne pourrait pas accueillir toute la misère du monde[2]»; d'autre part, comment refuser d'accueillir dans nos pays «riches» (qui se présentent aussi bien souvent comme les premiers défenseurs des Droits de l'Homme) des personnes qui ne peuvent pas vivre dans la dignité dans leur propre pays?

Le phénomène des migrations est tel qu'il est très difficile de l'étudier de manière objective. Par exemple, les chiffres de l'immigration en Europe sont incertains. D'autre part, il s'agit d'un sujet «sensible» sur lequel toutes les informations disponibles sont potentiellement subjectives. Aussi, plutôt que de soumettre aux spectateurs un résumé du savoir actuel sur le sujet, proposons-leur de confronter quelques-unes de leurs représentations.

Concrètement, invitons les participants à répondre aux questions suivantes (encadré 1) au cours d'une discussion en grand groupe.

Soumettons ensuite au groupe les textes suivants (encadré 2) et invitons-les à y réagir et à confronter les opinions. Sont-ils d'accord avec ces textes? Certains faits ou opinions leur paraissent-ils contestables?


1. Anne Pélouas, «Le Québec veut attirer les migrants», Le Monde, 12 septembre 2009

2. Cette formule qui a connu un très grand succès provient en réalité d'une citation de Michel Rocard en 1990 dont le sens était sensiblement différent: «La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.» Michel Rocard s'est clairement élevé contre cette déformation de ses propos notamment dans un texte publié par le journal Libération le 29 septembre 2009, où il déclarait que «la France et l'Europe peuvent et doivent accueillir toute la part qui leur revient de la misère du monde. […] Que nous ne puissions à nous seuls prendre en charge la totalité de la misère mondiale ne nous dispense nullement de devoir la soulager autant qu'il nous est possible. […] Séparée de son contexte, tronquée, mutilée, ma pensée a été sans cesse invoquée pour soutenir les conceptions les plus éloignées de la mienne. Et, malgré mes démentis publics répétés, j'ai dû entendre à satiété le début négatif de ma phrase, privé de sa contrepartie positive, cité perversement au service d'idéologies xénophobes et de pratiques répressives et parfois cruellement inhumaines que je n'ai pas cessé de réprouver, de dénoncer et de combattre.»

Migrants et migrations [encadré 1]

Connaissez-vous personnellement une personne qui a quitté son pays d'origine pour aller vivre ailleurs?[1]

Qui sont les «migrants» aujourd'hui?

Pourquoi veulent-ils vivre ailleurs que dans leur pays?

Pourquoi cela pose-t-il parfois un problème au pays d'accueil?


1. La migration s'envisage évidemment dans les deux sens: si les spectateurs envisagent des personnes de leur connaissance qui sont parties vivre ailleurs (les émigrés), on pourra également attirer leur attention sur le fait qu'ils connaissent sans doute des personnes venant d'ailleurs (les immigrés)...

*

Welcome? Les migrants sont-ils les bienvenus?

Des noms différents pour les mêmes personnes?[encadré 2]

Migrant, réfugié, clandestin, sans-papiers… Ces mots sont-ils synonymes ou recouvrent-ils des réalités différentes?

Le mot «migrant» est le terme le plus général: il désigne toute personne qui quitte son pays pour aller vivre ailleurs. Il désigne aussi bien une personne comme Bilal le jeune Kurde du film qui veut se rendre en Grande-Bretagne pour fuir la guerre dans son pays et pour retrouver sa fiancée, qu'un écrivain français ou allemand qui émigrerait en Irlande parce que la pression fiscale y est moins forte pour les artistes…

Le mot «réfugié» a une signification légale: il s'agit de toute personne qui quitte son pays parce qu'elle y est persécutée ou en danger, et qui cherche refuge à l'étranger. Ces personnes peuvent par exemple être victimes de persécutions en raison de leur appartenance ethnique, de leur religion, de leur orientation sexuelle, etc. C'est également le cas des personnes qui quittent leur pays parce qu'il est en guerre. Les réfugiés sont protégés par la Convention de Genève signée en 1951.

«Clandestin» est un adjectif qui signifie «qui est fait dans le secret, en cachette»; il y a des passagers clandestins, des travailleurs clandestins, dont la présence ou l'existence doit rester secrète, parce qu'ils ne sont pas en règle.

Les «sans-papiers», comme leur nom l'indique, n'ont pas de papiers: cela ne signifie pas nécessairement qu'ils n'ont pas de documents d'identité, mais plutôt qu'ils n'ont pas les autorisations nécessaires (une carte de séjour) pour rester sur un territoire donné. Beaucoup de sans-papiers vivent dans la clandestinité, car s'ils étaient interceptés par la police, ils risqueraient de recevoir un ordre de quitter le territoire, voire d'être expulsés par la force.

Quant aux demandeurs d'asile, ce sont les personnes qui font la démarche de demander l'asile, le droit de séjourner dans un pays d'accueil, en raison de leur statut de réfugié. (Dans le film, Bilal est un réfugié — son pays est en guerre — mais il ne demande pas l'asile en France, parce qu'il désire en réalité s'installer en Grande-Bretagne.)

Toute la misère du monde?

Lorsque l'on parle de «toute la misère du monde» que les pays riches ne pourraient pas accueillir, l'on donne de la réalité des migrations une représentation tronquée, pour plusieurs raisons.

À l'échelle de la population mondiale, les migrants ne représentent qu'une toute petite minorité. En effet, un très faible pourcentage de la population mondiale (3%) se trouve dans la situation de quitter son pays pour aller vivre ailleurs. Il ne s'agit donc pas d'un phénomène qui menacerait un équilibre (si toutefois cet équilibre existe) dans la répartition des êtres humains sur la Terre.

Ensuite, la plupart des migrants qui désirent s'installer dans les pays «riches» ne sont pas les plus pauvres des pauvres. Au contraire, pour parvenir dans un pays lointain, un «bagage» plus ou moins important est nécessaire: de l'argent (notamment pour payer les passeurs mais aussi simplement pour vivre, pour voyager…), la santé (parce que ces voyages parfois clandestins sont éprouvants et se font dans des conditions très difficiles), l'éducation (parce qu'une personne qui sait lire, écrire, compter, parler plusieurs langues… a bien plus de chances de parvenir au but qu'une personne qui n'aurait pas ces compétences).

Ainsi, loin de constituer des populations entières de miséreux qui se déplaceraient à la surface du globe, les migrants à destination des pays d'Europe sont plutôt des individus, choisis ou désignés dans un groupe parce qu'ils présentent le plus de qualités pour parvenir à leur but. Comme on le voit dans le film, il s'agit essentiellement d'hommes, jeunes et (relativement) éduqués. Il semblerait d'ailleurs que de plus en plus de femmes soient candidates à l'émigration, précisément parce que leur niveau d'études en fait des candidates valables et leur a appris l'autonomie.

Les populations réellement miséreuses, déplacées en raison de guerres ou de famines, ne le sont que vers des pays proches (notamment en Afrique), bien souvent aussi pauvres que celui dont elles viennent.

Liberté, sécurité et justice

La construction européenne consiste en principe en la création d'un espace de liberté, de sécurité et de justice. L'on voit bien en quoi l'Europe peut donc être un «objet de désir» pour toutes les personnes qui ne jouissent pas de liberté, de sécurité et de justice dans leur propre pays. La construction de cet espace de liberté a conduit à estomper les frontières intérieures mais à renforcer les frontières extérieures.

Si les citoyens européens peuvent circuler librement en Europe, les citoyens non-européens sont soumis à des contrôles. Ainsi, selon que cet espace est vu de l'intérieur ou bien de l'extérieur, on en a deux visions très différentes. On ne peut pas en effet définir un espace où la liberté, la sécurité et la justice sont garanties, sans fermer cet espace.

La politique d'immigration relève de plus en plus de compétences européennes, mais les critères d'admission et les procédures ne sont pas encore uniformisées; et les candidats à l'immigration se trouvent donc face à un système très complexe.

Les décisions européennes en matière d'immigration tendent vers le concept d'immigration choisie, c'est-à-dire que l'Europe choisirait les «bons candidats» (grosso modo les plus susceptibles de participer activement à la vie économique du pays) et rejetterait les autres (grosso modo ceux qui profiteraient des avancées sociales).

Une question de point de vue

Si les pays «riches» connaissent régulièrement des crises économiques qui ont de graves répercussions sociales (licenciements, chômage…), le niveau de vie de leurs citoyens reste néanmoins parmi les plus élevés du monde. La richesse du monde est très inégalement répartie. Il est donc légitime pour les citoyens des pays les plus pauvres de désirer un niveau de vie plus élevé.

L'on sait également que cette inégale répartition des richesses est largement entretenue par les pays riches: par exemple, des sociétés installées en Europe ou aux États-Unis exploitent des ressources dans des pays d'Afrique et seulement une infime partie du profit dégagé revient au pays où les ressources ont été extraites[1].

Il arrive également que des entreprises d'armement du monde occidental vendent des armes à des pays en guerre. La vente des armes profite au pays «riche», participe à son économie, crée ou maintient des emplois, mais à plus long terme, des réfugiés du pays en guerre pourraient bien se présenter aux frontières du pays qui a rendu la guerre possible en fournissant des armes.

Aujourd'hui, les réfugiés qui bénéficient du droit d'asile sont les personnes qui ont fui un pays en guerre ou qui sont persécutées dans leur pays. Ce sont les réfugiés politiques. Donc, les persécutions ou les dangers encourus sont, pour le moment, le seul motif valable pour être reconnu comme réfugié et donc pouvoir réclamer l'asile dans un pays qui n'est pas le sien.

Les réfugiés économiques ne sont pas admis, c'est-à-dire que les personnes qui quitteraient leur pays pour échapper à la pauvreté et tout ce qui va avec (pas d'éducation, pas de soins de santé…) ne présenteraient pas de motif valable…Il y a alors un soupçon qui pèse sur les réfugiés: sont-ils réellement en danger dans leur pays ou viennent-ils dans nos pays riches pour bénéficier de toutes les avancées sociales acquises au fil des siècles?

On annonce déjà que les années à venir verront l'apparition d'un nouveau type de réfugiés: les réfugiés environnementaux. Il s'agit des personnes qui seraient obligées de quitter leur lieu de vie parce qu'il est devenu invivable voire parce qu'il a disparu, en raison du changement climatique (élévation du niveau de la mer, désertification, inondations, etc.).

Finalement, les Etats et la société sont tiraillés entre des idéaux humanistes (qui s'incarnent notamment dans la Déclaration des Droits Humains, dans l'Organisation des Nations Unies et de son émanation, le Haut Commissariat aux Réfugiés, par exemple) et une réalité humaine, teintée de xénophobie et d'individualisme… Ce tiraillement n'est pas dépourvu d'une certaine hypocrisie puisqu'il arrive que les personnes en situation irrégulière participent néanmoins à la vie économique du pays, puisqu'il se trouve des employeurs prêts à les faire travailler au noir…

Ce tiraillement est perceptible à la fois dans la réalité de Calais et dans le film. Dans la réalité, beaucoup de réfugiés de Calais sont inexpulsables précisément parce qu'ils sont protégés par le droit des réfugiés. Mais la plupart ne demandent pas l'asile en France car ils veulent aller vivre en Angleterre. Aussi, ils sont livrés à eux-mêmes, sans abri. Le centre d'accueil de la Croix-Rouge à Sangatte a été fermé en 2002; en septembre 2009, la «jungle» de Calais a été démantelée. Tout se passe comme si l'on voulait encourager les migrants à rentrer dans leur pays d'origine de leur plein gré. C'est ce que dit le juge à Bilal, dans le film. En attendant, les migrants sont toujours là, à vivre dans des conditions misérables.


1. Par exemple, le documentaire d'Erwin Wagenhofer, Let's Make Money, montre que de l'or est extrait au Ghana. Cet or est ensuite acheminé en Suisse. 97% de cette richesse reviennent à des sociétés occidentales mais seulement 3% aux Africains.


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