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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Osmosis Jones
de Peter et Bob Farrelly
USA, 2001, 1h38

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du primaire qui verront le film Osmosis Jones avec leurs élèves (entre neuf et douze ans ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en oeuvre en classe après la vision du film.

Humour et bonnes (ou mauvaises...) manières

Le personnage de Frank est évidemment destiné à nous faire rire. Mais ses mauvaises manières peuvent également choquer certains spectateurs et susciter l'interrogation des enseignants: et si les enfants le prenaient comme modèle? Cette crainte est sans doute peu fondée tant il est évident que le personnage est un «antihéros» que nous regardons avec une distance ironique et auquel personne n'a envie de ressembler.

La question se pose cependant de comprendre pourquoi un tel personnage nous fait rire: son manque d'hygiène, ses mauvaises manières, ses gaffes volontaires ou involontaires ne devraient-ils pas plutôt nous inspirer du dégoût ou du mépris? Le film des frères Farrelly est ainsi l'occasion de s'interroger avec les enfants sur les mécanismes de l'humour: pourquoi certaines choses sont-elles comiques et d'autres non? Mais, dans le cas d'Osmosis Jones et de son personnage Frank, cette question en sous-tend une autre: que sont les bonnes manières (et les mauvaises), et pourquoi devons-nous les respecter?

Objectif

  • Mener une première réflexion sur le phénomène de l'humour

Méthode

  • Discussion libre

Déroulement et commentaires

L'objectif de cette animation est de faire prendre conscience aux enfants du fait que le personnage de Frank est un être de fiction qui a été construit par ses créateurs (réalisateurs et scénaristes du film) essentiellement pour faire rire les spectateurs: ses principales caractéristiques son sans-gêne, ses gaffes, son laisser-aller, son manque d'hygiène ont été choisies pour faire de Frank un personnage exceptionnel qui contrevient aux normes habituelles de comportement (en matière essentiellement de politesse, de soins corporels et d'éducation à la santé) dans un but fondamentalement humoristique.

Proposons donc aux enfants de mener une discussion libre sur ce qui les a fait rire dans le film et plus précisément dans le comportement de Frank. Cette discussion pourrait tourner autour des questions suivantes:

Quelles sont le scènes (où apparaît Frank) les plus comiques? On peut rappeler les scènes suivantes: Frank devant la cage du singe; Frank pris d'une crampe puis soigné par sa fille; Frank éternue; les différentes réflexions de Frank (quand il prétend qu'il fait du sport ou quand il énonce «la règle des dix secondes»); les mésaventures de Frank avec l'institutrice; Frank met son pied sur la table du restaurant et prétend qu'il est handicapé par son ongle incarné; Frank boit de la bière avec oncle Bob pour soigner la grippe («on assèche le rhume, on noie la grippe»)
Comment est-ce que Frank se comporte dans ces scènes? comment peut-on qualifier son attitude? est-ce celle d'un individu malpropre, malpoli, sans-gêne, gaffeur, menteur, déraisonnable? Par comparaison, comment peut-on caractériser sa fille Shane?
Beaucoup de personnes se comportent-elles comme Frank? Chez qui, à votre avis, rencontre-t-on le plus souvent des comportement comme ceux de Frank?

Si la discussion est fructueuse, l'enseignant pourra en faire une synthèse, d'abord orale et puis écrite, qui sera ensuite remise aux participants. Sinon, l'on pourra soumettre à leur réflexion le texte suivant qui propose une analyse de la manière dont le personnage de Frank a été construit.

Frank et Shane : qui est l'enfant?

Frank nous fait rire parce qu'il fait tout ce qui est interdit : renifler, se gratter le derrière, se servir sans demander la permission et même péter ! Bien sûr, il ne fait rien de très grave: il se comporte juste comme un gamin mal élevé qui n'obéit pas à ses parents. Ce que toutes les mamans répètent à leurs enfants: «lave-toi les mains, mouche-toi, arrête de te gratter, tiens-toi droit, mange proprement», eh bien, on pourrait dire que Frank ne l'a pas entendu.

Ainsi Frank nous fait rire parce que c'est un adulte qui se comporte comme un enfant et même comme un petit enfant qui n'a pas encore été éduqué. Comme un enfant, il tient également des raisonnements absurdes («la règle des dix secondes»); comme un enfant, il accumule des gaffes et il ne se soucie que de son plaisir sans penser aux conséquences (notamment pour sa santé); comme un enfant, il fait facilement des simagrées (par exemple quand il a une crampe), et il aime se faire dorloter (par sa fille Shane obligée de le soigner).

En revanche, Shane est une jeune fille qui se comporte déjà comme une adulte: elle se conduit poliment, elle est capable de faire des exposés scientifiques, elle est toujours raisonnable, elle ne fait pas de bêtises, elle se soucie de sa santé et de celle de son père, elle sermonne même son papa quand il se conduit de façon malpolie ou malpropre.

Ainsi, l'on pourrait dire que, d'une façon, Frank est l'enfant et Shane la véritable maman. Et c'est sans doute ce renversement — un adulte qui se conduit comme un bébé ou un petit enfant — qui nous fait rire.

Une seconde partie de la discussion pourra porter sur la différence entre réalité et fiction, entre vie quotidienne et spectacle: nous pouvons nous permettre de rire des gestes de Frank parce qu'il s'agit d'un personnage de fiction. Dans la vie quotidienne, un tel comportement susciterait au contraire dégoût et condamnation de notre part: certaines scènes du film se situent d'ailleurs à la limite du mauvais goût, et certains spectateurs sont sans doute partagés entre le rire et la répugnance (par exemple, la séquence de l'abcès percé).

Interrogeons à nouveau les jeunes spectateurs sur leurs propres réactions par rapport au film et en comparaison avec d'autres personnages. On peut prendre comme objet de réflexion la séquence où Frank est malade après avoir mangé une huître avariée:

Dans une scène comme celle où Frank vomit sur l'institutrice, quelle est la réaction des différents personnages: Frank, l'institutrice, Shane, les autres enfants? Comment peut-on expliquer ces différences de réaction?
Quelle serait votre réaction si une telle scène se passait devant vous dans la réalité? Est-ce que votre réaction serait la même si la victime (ou le «coupable») était un ami ou une amie? Et si vous, vous étiez la victime?
Habituellement quand quelqu'un est malade comme Frank et vomit, est-ce que c'est comique? qu'est-ce qu'il faut pour que ce soit comique?

Ici aussi, l'enseignant synthétisera les réflexions qui seront ensuite remises sous forme écrite aux participants. Il pourra également utiliser le petit texte qui suit pour susciter la discussion.

Quand Frank est malade

La scène où Frank malade vomit sur l'institutrice fait sans doute rire tous les spectateurs. On remarquera cependant que les personnages réagissent quant à eux de façon très différente: si l'institutrice riait de bon coeur aux blagues de Frank, elle est à présent furieuse; Frank, lui, même s'il n'est pas tout à fait responsable de ce qui est arrivé, est manifestement mal à l'aise avec l'institutrice et ce n'est que parce qu'il veut faire plaisir à sa fille qu'il retourne à l'école; et, si tous les condisciples de Shane rient de ce qui arrive, la jeune fille est sans aucun doute atterrée devant ce qui vient d'arriver... Ainsi, seuls les spectateurs extérieurs rient d'une telle mésaventure: les participants sont eux partagés entre le dépit et la colère, et les spectateurs qui se sentent proches des participants (comme Shane) sont mal à l'aise ou honteux.

Enfin, il faut signaler que le fait que Frank soit malade n'est pas en soi comique: cela susciterait plutôt notre pitié, mais Frank vomit sur l'institutrice, ce qui constitue (même si c'est involontaire) une transgression des règles élémentaires de politesse et de bonne conduite. Ainsi, les infractions à la politesse, au savoir-vivre, à la bonne éducation, à la décence sont susceptibles de nous faire rire mais seulement au cinéma ! Si nous en sommes les acteurs, notre réaction sera sans doute très différente.

Prolongement

Nous rions des infractions (mineures) au savoir-vivre, quand du moins nous n'en sommes que les spectateurs. Toute l'animation présentée ici vise donc bien à faire mesurer aux enfants la distance qui sépare la réalité de la fiction, le spectacle comique de la vie de tous les jours.

Au-delà du propos du film, c'est donc l'occasion de s'interroger avec les enfants sur les règles du savoir-vivre, de la politesse et de la bonne éducation. Ces règles sont sans doute variables et dépendent (comme les prescriptions de l'hygiène évoquées précédemment) de la culture, de l'appartenance sociale, des habitudes familiales de chacun: elles ne sont cependant pas totalement arbitraires, et il n'existe sans doute pas de société qui ignore totalement l'existence de telles règles qui régissent notamment les relations entre les classes d'âge, entre les sexes, entre les groupes alliés ou apparentés.

La réflexion à ce propos doit donc constater à la fois la relativité de ces règles, leur part d'arbitraire, mais également la nécessité de régler les rapports humains notamment pour organiser des activités collectives. Pour éviter une discussion abstraite à ce propos, l'enseignant pourra inviter les élèves à s'interroger sur les règles qui régissent la vie de l'école, sur leur sens et leur pertinence. Certaines de ces règles leur paraissent-elles injustes ou au contraire nécessaires? sont-elles perçues comme contraignantes ou comme améliorant la vie sociale dans la classe? auraient-ils envie de suggérer d'autres règles ou d'en modifier certaines? Au-delà des règlements explicites, existe-t-il des normes implicites que chacun doit respecter pour une bonne entente entre les individus? quelles sont les règles de la civilité et de la courtoisie qui leur paraissent essentielles entre enfants de leur âge? entre enfants et adultes? etc.

Une telle discussion ne débouchera sans doute pas sur un consensus. Il s'agit néanmoins d'un exercice pratique de démocratie portant sur le sens et la légitimité des normes et des règles de la vie sociale qui nous gouvernent. Et il est sans doute judicieux de susciter une telle réflexion à l'occasion de la vision d'un film comme Osmosis Jones, à un moment où l'existence de ces règles ne pose pas de problème réel: si de tels problèmes devaient survenir, il serait sans doute beaucoup plus difficile d'avoir alors un débat dépassionné à ce sujet.


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