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Une analyse proposée par les Grignoux
et consacrée au film
17 filles
de Delphine et Muriel Coulin
France, 2011, 1h27


L'analyse proposée ici s'adresse à tous les spectateurs qui verront le film 17 filles et qui souhaitent approfondir leur réflexion sur son thème principal. Elle retiendra également l'attention des animateurs en éducation permanente qui souhaiteraient débattre de ce film avec un large public. Elle propose de revenir en particulier sur une série de répliques particulièrement significatives entendues dans 17 filles.

Le film

Inspiré d’un fait divers survenu aux États-Unis en 2008, 17 filles transpose à Lorient, en Bretagne, une histoire assez incroyable. Dans la même école, 17 adolescentes vont être enceintes en même temps… Il ne s’agit pas d’accidents ou d’une coïncidence, mais bien d’un projet délibéré. Mais comment ces jeunes filles en sont-elles venues à élaborer un tel plan et pourquoi ?

C’est à ces questions que les réalisatrices ont tenté de répondre, et elles formulent des hypothèses tout à fait convaincantes, en réussissant par la même occasion un troublant portrait d’adolescentes. Leur vie, insatisfaisante, marquée par l’ennui et le devoir d’obéissance, va-t-elle changer du tout au tout avec l’expérience de la maternité ? Et les parents et les profs, affolés par cette « épidémie » d’un nouveau genre, qu’ont-ils à dire ? Que peuvent-ils faire ?

En adoptant le point de vue des jeunes filles, les réalisatrices du film évitent les leçons de morale, mais elles développent aussi un discours nuancé où l’on peut distinguer leur propre regard sur cette étrange affaire : la réalisation d’un fantasme ne permet pas toujours d’assouvir un désir.

Destination

Par sa thématique (sinon par son seul titre !), 17 filles semble d'abord s'adresser à un large public d'adolescentes, mais il pourra être surtout l'occasion d'une confrontation des points de vue entre des spectateurs de générations différentes : loin de justifier les gestes des unes ou des autres, le film est en effet une invitation au dialogue autour d'une décision qui peut sembler irréfléchie mais qui est néanmoins fortement motivée.

Par ailleurs, si les garçons (et notamment les jeunes pères !) semblent à première vue absents de cet univers féminin, ils ne pourront rester indifférents aux sentiments exprimés par ces jeunes filles et notamment au malaise qu'elles ressentent face un avenir qui leur paraît aussi incertain que sans réelle perspective.

Interpréter les paroles des personnages

La grande question qui s'est posée quand le public a pris connaissance du fait divers qui a eu lieu à Gloucester en 2008, «l'épidémie de grossesses», concernait la motivation des jeunes filles. C'est à cette question que les spectateurs du film sont également confrontés: pourquoi ces jeunes filles prennent-elles cette décision et passent-elles à l'acte?

Par la fiction, les réalisatrices donnent des éléments de réponse, mais pas de manière explicite, comme le feraient des psychologues ou des sociologues.

Pour définir les motivations des personnages et pour comprendre les réactions de leur entourage, il faut interpréter notamment ce que ces personnages disent.

Voici quelques phrases extraites des dialogues du film qui permettent d'éclairer sans doute les motivations complexes et parfois contradictoires des différents personnes. Elles sont ici données dans l'ordre chronologique[1].

Dans un premier temps, essayons de resituer chaque phrase en répondant aux questions suivantes:

  • Qui parle?
  • À qui?
  • Dans quelles circonstances?

Certaines phrases sont sans doute plus «parlantes» que d'autres, mais toutes sont sans doute significatives. L'on commencera cependant par suggérer au lecteur/spectateur de parcourir ces différentes répliques et de prendre note de leurs réactions de plus ou moins grande empathie à l'égard des propos tenus. Êtes-vous d'accord avec le personnage qui parle? Comprenez-vous son point de vue? Vous snetez-vous plutôt en désaccord avec le personnage?

On essaiera ensuite de commenter ces phrases, d'interpréter ce qu'elles traduisent comme sentiments, comme motivations, de la part de la personne qui parle, et aussi éventuellement quel effet elles ont sur les personnes qui les entendent. On remarquera que les répliques d'un film ne «fonctionnent» pas de façon isolée et que nous les comprenons toujours en relation avec le contexte où elles sont dites, qu'il s'agisse des personnages qui les énoncent ou les entendent, des événements présents ou passés avec lesquels elles sont liés, parfois aussi avec les conséquences qu'elles entraînent ultérieurement.

Quelques répliques du film 17 filles

Voici une série de répliques entendues dans 17 filles. D'après vos souvenirs, qui parle? à qui? et dans quelles circonstances?

Par ailleurs, vous sentez-vous plutôt en accord ou, au contraire, en désaccord avec les personnages qui disent des répliques?

Tu préfères qu'elle devienne grosse et puis qu'elle soit coincée entre son gosse et un boulot de merde?
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Je ne me sens pas pareille. Vous ne pouvez pas comprendre ce que je ressens.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
J'ai pas besoin de lui. Il n'a pas besoin de moi.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
C'est comme si j'avais deux vies: une vie au bahut et une avec le bébé.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
J'aurai quelqu'un qui m'aimera toute ma vie, sans condition.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Tu en as jusqu'à 50 ans. 400 fois les règles. À moins d'avoir 10 gamins.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Ici, soit il pleut, soit ça pue. — C'est le paradis.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Quand les petits seront là, on ne s'ennuiera plus.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
J'en ai marre que tout le monde me prenne pour une gamine.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Cinq grossesses! Il faut faire quelque chose!
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
On ne va pas devenir comme nos parents!
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Tu vas nous faire une chômeuse ou un soldat?
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Tu crois que tu vas changer le monde? — Au moins, on va essayer!
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Au bout de trois mois, vous vous boufferez le nez.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Moi, avec ce que j'ai vu et toi avec ce que tu as fait, on a pris 10 ans.
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord
Rappelle-toi. T'étais effondrée au début. Pourquoi tu entraînes les autres?
  • pas du tout d'accord
  • pas vraiment d'accord
  • sans avis
  • plutôt d'accord
  • tout à fait d'accord

Commentaires

Voici des interprétations possibles de ces lignes de dialogue. Les motivations des personnages sont en effet rarement uniques et simples, et elles ont généralement des racines complexes, enfouies et souvent mal aperçues par les individus eux-mêmes. Le cinéma permet ainsi souvent de s'interroger de façon un peu plus approfondie sur la complexité des motivations individuelles, mais il serait illusoire sans doute de prétendre donner une interprétation «vraie» en ce domaine.

Tu préfères qu'elle devienne grosse et puis qu'elle soit coincée entre son gosse et un boulot de merde?

Camille vient de confier à ses amies qu'elle est enceinte. «La tuile», commente l'une d'elles. «Tu vas avorter?» demande une autre. C'est alors que Mathilde fait cette réponse, avant même de laisser la parole à Camille. Ainsi, Mathilde évalue immédiatement la situation: être enceinte, c'est d'abord voir son corps se déformer [2] et ensuite être en charge d'un enfant dont il va falloir s'occuper et à qui il va falloir consacrer beaucoup de temps, à tel point qu'il sera sans doute impossible de poursuivre des études, et donc être réduite à accepter un travail peu qualifié… Ce point de vue sera grosso modo aussi celui des adultes.

Je ne me sens pas pareille. Vous ne pouvez pas comprendre ce que je ressens.

Camille qui vient d'annoncer sa grossesse à ses amies répond à l'une d'elles qui lui demande comment elle se sent. Ainsi, la grossesse de Camille lui donne le sentiment d'être spéciale, exceptionnelle. C'est peut-être une manière pour Camille de donner le change: au lieu de se montrer effondrée, comme quelqu'un qui aurait «fait une bêtise», elle se singularise: elle n'est plus tout à fait comme les autres, elle a quelque chose en plus et elle peut déjà à ce moment susciter peut-être un peu de jalousie…

J'ai pas besoin de lui. Il n'a pas besoin de moi.

Camille répond à une de ses amies qui lui demande qui est le père et comment Camille va se conduire par rapport à lui. À ce moment, Camille n'a pas encore pris de décision, mais il est clair que sa relation avec le garçon n'a que très peu d'importance. Elle n'est pas amoureuse et elle va le tenir à l'écart de la suite des événements. Sa grossesse est un accident, pas un projet de couple, mais elle va devenir un projet personnel.

C'est comme si j'avais deux vies: une vie au bahut et une avec le bébé.

Camille explique sa décision de garder le bébé à ses amies. Elle développe ainsi l'idée (déjà émise précédemment) qu'elle est spéciale, exceptionnelle. Elle va vivre désormais à 200 %. Le bébé va la «booster»… Elle a ainsi transformé «la tuile» en une opportunité de changer de vie. Le dialogue dont est extraite cette phrase marque clairement le retournement de situation.

J'aurai quelqu'un qui m'aimera toute ma vie, sans condition.

Camille avance un argument supplémentaire à sa décision de garder l'enfant: elle aura quelqu'un qui l'aimera toute sa vie, sans condition. Elle semble ainsi combler un manque d'affection. Elle est pourtant fort bien entourée par ses amies, mais c'est un manque familial qu'elle pointe. En effet, elle reproche à sa mère de n'être pas assez présente. Camille fantasme manifestement sur l'amour inconditionnel que son enfant aura pour elle alors qu'elle-même fait des reproches à sa propre mère et envisage la grossesse comme un moyen de s'émanciper et de quitter sa mère… Pourtant, passée la colère de la mère à propos de la grossesse de Camille, l'on assistera à des moments de belle complicité entre elles deux. À Noël, par exemple, l'échange des cadeaux est un moment de tendresse (mots d'affection, caresses…) et la première leçon de conduite constituera aussi un beau moment d'affection entre Camille et sa mère. Camille est donc peut-être un peu injuste avec sa maman.

Tu en as jusqu'à 50 ans. 400 fois les règles. À moins d'avoir 10 gamins.

L'infirmière du lycée sourit face à Florence qui se plaint de ses règles douloureuses. Elle lui explique qu'elle va pourtant devoir s'y faire: c'est la condition des femmes. Elle rappelle aussi qu'un des moyens de ne plus avoir ses règles est d'être enceinte… C'est bien sûr une boutade de la part de l'infirmière, qui ne trouve sans doute pas souhaitable d'avoir «10 gamins». En attendant, tout se passe comme si cette boutade donnait une idée à Florence: après tout, elle aussi est en âge d'être enceinte…

— Ici, soit il pleut, soit ça pue. — C'est le paradis.

Le groupe d'amies s'est rassemblé au tourniquet. Ça sent le port de pêche, c'est signe de beau temps, dit l'une d'elles. Ainsi, quand il ne pleut pas, ça pue. Toutes les situations sont donc désagréables. Le constat est ponctué par une touche d'ironie. Mais cette simple phrase évoque bien le manque de perspectives pour les jeunes filles.

Quand les petits seront là, on ne s'ennuiera plus.

Florence a annoncé sa grossesse, aussi elle est acceptée dans le groupe sous l'influence de Camille. Elle rejoint les amies, qui s'ennuient au tourniquet. Elles ne savent pas quoi faire. La ville est sans intérêt, le cinéma est trop cher… Florence évoque alors le fait que son bébé et celui de Camille vont changer leur vie à elles. Ainsi, les grossesses sont envisagées comme un remède à l'ennui.

J'en ai marre que tout le monde me prenne pour une gamine.

C'est ce que déclare Clémentine à Camille, lors de la soirée sur la plage. Clémentine n'a pas trouvé de partenaire, parce qu'elle a une apparence plus enfantine. Elle semble souffrir que l'on ne reconnaisse pas ses désirs d'adolescente. D'ailleurs, elle ajoute: «et puis, j'ai envie de me taper un mec, merde!» Cette manière de dire est presque trop crue. Clémentine est certainement vierge (puisque tout le monde la prend pour une gamine) et une telle expression ne colle pas avec son âge et son inexpérience. Sans doute Clémentine a-t-elle surtout envie de faire partie du groupe, de tomber enceinte avec les autres…

Cette interprétation est confirmée par une scène ultérieure où Clémentine propose à un garçon de le payer pour qu'il couche avec elle… Les réalisatrices, qui sont aussi les scénaristes du film, ont d'ailleurs écrit le rôle de Clémentine en accentuant son caractère enfantin: lors de la pause dans les dunes où les filles vont fumer un joint, Clémentine s'exclame «oh! une coccinelle» à quoi Flavie répond «Les coccinelles aiment le shit!». Plus tard, quand les amies s'installent à la cantine, Clémentine contemple son plateau-repas et commente: «rose, rose, rose… parfait!», ce qui est particulièrement puéril. Après la baignade, les jeunes filles se réchauffent mutuellement et Clémentine propose des BN… Toutes ces petites touches rattachent Clémentine à l'enfance.

Cinq grossesses! Il faut faire quelque chose!

Cette phrase est dite lors de la réunion du personnel de l'école, quand «l'épidémie de grossesses» est déclarée. Cette intervention est assez comique, dans la mesure où l'on ne peut précisément plus rien faire. Les jeunes filles enceintes sont totalement responsables (on ne peut pas les forcer à avorter); ce sont elles qui décident si elles gardent ou non le bébé. Si la phrase est dite pour «il faut faire quelque chose pour empêcher que cela se reproduise», l'exclamation est aussi vaine. Comme le dit l'infirmière: elles sont intelligentes, déterminées, elles assument. Donc, on ne peut rien faire non plus pour empêcher que «l'épidémie» se répande, même si la projection d'un film sur l'accouchement est certainement une tentative de dissuader les éventuelles candidates à la maternité…

La seule action pertinente face à une telle situation, c'est sans doute d'encadrer les jeunes filles enceintes, pour assurer autant que possible leur santé et celle de leur enfant, la continuation de leur scolarité et leur intégration dans la vie professionnelle… Mais cette phrase exprime surtout le désarroi des adultes face à un phénomène qui leur échappe.

On ne va pas devenir comme nos parents!

Les jeunes filles se sont réunies chez l'une d'elles pour échafauder des plans: elles ont notamment cherché sur l'internet le montant des allocations familiales. Elles vont prendre leurs parents en contre-exemple avec tout ce qu'elles leur reprochent (manque d'amour, contraintes, devoir d'obéissance… ). L'écart d'âge entre elles et leurs bébés joue, croient-elles, dans le même sens: elles seront plus proches de leur propre enfant, parce que plus jeunes (que leurs parents au moment de leur naissance) … Ainsi, elles expriment le rejet d'un modèle (les parents) qui ne leur semble pas efficace ni souhaitable.

Tu vas nous faire une chômeuse ou un soldat?

C'est le frère de Camille qui accueille de cette manière la nouvelle de la grossesse de sa sœur. C'est une boutade (il ponctue d'ailleurs cette phrase par un «je rigole»), pourtant, il exprime ainsi réellement le peu de perspectives d'avenir qu'ont les jeunes à ce moment dans la société. Comme s'il n'y avait pas d'autre issue que le chômage ou l'armée pour vivre.

— Tu crois que tu vas changer le monde? — Au moins, on va essayer!

C'est le père de Clémentine qui s'exprime avec une grande colère quand il apprend que sa fille est enceinte. Et celle-ci répond avec force, au nom du groupe, en quelque sorte. Là où les parents ne voient qu'une grosse bêtise individuelle (le père veut savoir «qui lui a fait ça»,«il n'était même pas foutu de mettre une capote», la mère n'imaginait pas que Clémentine puisse avoir des relations sexuelles, elle qui dort encore avec ses nounours…), Clémentine est convaincue par le projet collectif de s'organiser en communauté, avec des enfants qui grandiront ensemble et qui ne connaîtront pas le même rapport au monde des adultes qu'elle et ses amies connaissent…

Au bout de trois mois, vous vous boufferez le nez.

C'est le frère de Camille qui s'exprime ainsi. Celui-ci, contrairement aux parents, aux enseignants, ne juge pas Camille, mais il lui fait part de son incrédulité par rapport au projet de communauté des jeunes filles enceintes. Le frère et la sœur sont liés par une relation de grande affection. Aussi, Camille écoute son frère même s'il exprime un avis négatif sur son projet. Il n'a sans doute pas tort, comme le laisse présager la scène des prénoms: une mini-altercation a lieu entre Flavie et Julia parce que celle-ci a choisi un prénom très proche de celui choisi par Flavie. Camille met alors son grain de sel, en reprochant à Julia de «copier», ce à quoi Julia répond que Camille est jalouse, etc. Ainsi, le désaccord tourne à la dispute. (Même si celle-ci tourne elle-même en bataille d'oreillers… mais comment aurait-elle évolué si la discussion n'avait pas dévié vers Florence?)

On notera au passage que, de la même manière que Camille est sans doute un peu injuste envers sa mère, elle reproche ici à Julia de «toujours faire comme elle»… C'est pourtant bien Camille qui a poussé ses amies à tomber enceinte comme elle.

Moi, avec ce que j'ai vu et toi, avec ce que tu as fait, on a pris 10 ans.

C'est toujours le frère de Camille qui parle. Il établit un parallèle entre son engagement dans l'armée et la grossesse de Camille. Tous les deux ont fait une chose qui les engage pour une grande partie de leur vie. Tous les deux pensaient «bien faire», mais lui «se retrouve à tirer sur des types qui ne lui ont rien fait» et il pense que l'enfant de Camille ne va pas transformer sa vie dans le sens où elle l'espérait. Lui sait déjà que «quand ça ne va pas bien, on est tout seul». Avec son expérience en Afghanistan, il a mûri beaucoup et Camille, avec l'expérience de la maternité (seule et si jeune), va elle aussi mûrir très rapidement. Ici, la maturité s'assimile à la désillusion.

Rappelle-toi. T'étais effondrée au début. Pourquoi tu entraînes les autres?

L'infirmière du lycée prévient Camille qu'elle risque l'exclusion du lycée. Cette intervention apprend au spectateur un fait qui lui a été caché jusque-là: que Camille était effondrée au début. On peut imaginer qu'elle a fondu en larmes après avoir annoncé à la visite médicale qu'elle était enceinte et que l'infirmière a donc assisté à cette scène2. Mais les réalisatrices n'ont pas montré Camille dans le doute, au contraire, elles l'ont toujours montrée sûre d'elle, parfois même arrogante.

Quand elle annonce la nouvelle à ses amies, elle reste assez neutre: elle n'a pas encore pris de décision, elle n'a pas d'intérêt pour le père; elle semble finalement très mûre. Si l'on se souvient de sa repartie à Julia «Lui ou un autre, du moment que tu le fais, je m'en fous», l'on peut penser qu'elle a poussé ses amies à passer à l'acte pour ne pas être seule à affronter cette épreuve.


1. Dans le cadre d'une animation, l'on peut photocopier la page et la découper en bandelettes pour isoler chaque phrase. Dans ce cas, on pourra aussi inviter les spectateurs à rétablir l'ordre chronologique, de manière à élaborer une base pour un résumé du film.

2. Cet argument contre la grossesse peut faire sourire; pourtant, à l’adolescence, alors que le corps est toujours en train de se transformer, le changement de l’aspect physique revêt sans doute une grande importance. Plus tard, Flavie s’exclamera «Je grandis et je grossis en même temps!»

Un dossier pédagogique complémentaire à l'analyse proposée ici est présenté à la page suivante.
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