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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
L'Enfant sauvage
de François Truffaut
France, 1969, 1 h 30

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du primaire qui verront le film L'Enfant sauvage avec leurs élèves (entre neuf et treize ans environ environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en œuvre en classe après la vision du film.

Il était une fois...

Objectifs

  • Replacer l'histoire de Victor dans un contexte historique élargi
  • Mesurer l'écart temporel qui sépare le début du 19e siècle de notre époque mais aussi de l'époque de la réalisation du film (1969)
  • Donner du sens au film
  • Donner son avis sur le film

Méthode

  • Au cours d'une animation collective, faire des estimations de dates sur une série d'éléments présents implicitement ou explicitement dans le film
  • Au fur et à mesure des réponses, construire ensemble une ligne du temps
  • Utiliser ces informations historiques pour donner du sens au film: pourquoi Truffaut s'est-il intéressé à cette histoire ancienne? Quel intérêt trouve-t-il à ces événements inhabituels? En quoi ce film concerne-t-il encore les spectateurs d'aujourd'hui?

Déroulement

Les enfants ont une conscience du temps et de l'histoire peu développée. Entre le présent et le passé, la différence est sommaire et peu nuancée. Or l'Enfant sauvage, pour être correctement compris, implique la prise en compte d'une distance historique complexe: l'histoire se passe bien sûr au début du 19e siècle, une époque différente de la nôtre, par l'éloignement temporel mais aussi du point de vue de la civilisation, des mœurs, des conceptions culturelles et idéologiques. Ainsi, François Truffaut cinéaste ne s'identifie pas complètement à Itard le personnage qu'il incarne pourtant en tant qu'acteur à l'écran.

On essaiera donc ici d'amener les jeunes spectateurs à construire par étapes une échelle du temps plus complexe en se basant sur les informations fournies par l'Enfant sauvage mais également sur les interrogations que le film peut susciter. Dans une seconde étape, on essaiera alors d'interpréter le sens de cet écart temporel: pourquoi Truffaut cinéaste s'est-il intéressé à cet événement relativement ancien? Et en quoi cet événement nous concerne-t-il encore?

1. Construire une échelle du temps

Nous proposons que l'enseignant joue le rôle d'animateur lors d'une discussion avec l'ensemble de la classe. Il posera aux jeunes participants une série de questions dont les réponses seront notées (de façon sommaire) sur une échelle du temps dessinée au tableau: les enfants ne devront pas apporter toutes les réponses, et l'enseignant donnera lui-même les précisions historiques nécessaires. L'important est que chaque question amène les participants à déterminer une nouvelle date (ou une nouvelle période) sur la flèche du temps. Voici les questions à poser dans l'ordre avec quelques commentaires pour l'enseignant.

1. Quand se déroule l'action du film?

Victor a été localisé pour la première fois dans les bois de Lacaune (région du Tarn), en 1797. Capturé à plusieurs reprises, il réussit toujours à s'enfuir et à se réfugier dans les bois, jusqu'au jour où, en janvier 1800, il est repéré dans l'Aveyron, à nouveau capturé et interné à Rodez. Là il fait l'objet d'une première observation et d'un premier rapport, où figurent sa taille, sa description physique, ses habitudes, ses déficiences... Le gouvernement de l'époque réagit en ordonnant le transfert du «sauvage» à Paris, afin qu'il y fasse l'objet d'une étude plus approfondie. Cette étude est confiée au docteur Pinel, un ami et collègue du docteur Itard qui revendique et obtient la charge de son éducation. En deux rapports (datant de 1801 et 1806), ce médecin-chef de l'Institution des sourds-muets va décrire comment l'enfant, au bout d'un an puis au bout de six ans, a perdu petit à petit ses allures sauvages et acquis un certain nombre d'habitudes culturelles. L'action du film se déroule donc il y a deux cents ans, au début du 19e siècle.

2. Quand François Truffaut a-t-il réalisé L'Enfant sauvage ?

Le film de François Truffaut, L'enfant sauvage, a été réalisé en 1969, soit cinq ans après la réédition des notes rédigées par Jean Itard, Mémoire et rapport sur Victor de l'Aveyron. Comme l'éditeur le souligne, ces textes étaient absolument introuvables en France depuis 1894. Cela signifie donc que les Français redécouvrent alors cette histoire extraordinaire. Le choix de François Truffaut d'en donner une version cinématographique a certainement été motivé en partie par la mise au jour de ces notes anciennes.

3. Est-ce que, à cette époque-là, tous les films étaient réalisés en noir et blanc ? À partir de quand a-t-on réalisé des films en couleur?

À la fin des années soixante, la plupart des films sont réalisés en couleur. Même si cette information peut se révéler abstraite pour les élèves, on les invitera à se souvenir de films qu'ils ont sans doute vus pour la plupart, notamment grâce à une large diffusion télévisée: la série des célèbres gendarmes de Saint-Tropez, Le Corniaud (1964), La grande vadrouille (1966), La folie des grandeurs (1971), trois films réalisés par Gérard Oury...

On cherchera alors à dater l'apparition de la couleur au cinéma, forcément antérieure à la réalisation de ces films. Si les premières techniques font l'objet de tests dès le début des années 30, on retiendra que la mise au point définitive du procédé remonte à 1950 et que son emploi se généralise dès le début des années soixante. Ou pourra ouvrir ici une petite parenthèse au sujet de la télévision, qui connaît une évolution sensiblement identique mais légèrement décalée. Existant à l'état expérimental dans les années 30, elle se popularise surtout après la guerre, avec l'émission de programmes réguliers et la multiplication des récepteurs dans les foyers européens. Quant au procédé de la couleur, mis au point dès 1954, il connaîtra un usage plus répandu à partir de 1967.

Dans ce contexte, où la plupart des cinéastes classiques mettent à profit cette nouvelle technique pour renforcer l'impression de réalité de leurs films, il est clair que l'utilisation du noir et blanc relève d'un choix à contre-courant, tout à fait conscient de Truffaut.

4. Avez-vous remarqué les ouvertures et fermetures à l'iris? Avez-vous déjà vu ce procédé dans d'autres films? De quelle époque dataient ces films?

Les images ci-dessous permettront d'expliquer facilement aux enfants de quel procédé il s'agit: la plupart d'entre eux n'auront vraisemblablement jamais vu l'utilisation de ce procédé qui était courant à l'époque du cinéma muet. Mais certains enfants auront peut-être déjà eu l'occasion de voir l'un ou l'autre film muet.

Quoi qu'il en soit, l'enseignant signalera qu'en 1969, quand François Truffaut réalise L'Enfant sauvage, le procédé était ancien et déjà tombé en désuétude. Mais ce sera l'occasion de demander aux enfants de quand date à leur avis le cinéma parlant.

Précisons donc que le parlant est apparu en 1927, avec une comédie musicale intitulée le Chanteur de jazz d'Alan Crosland avec Al Jolson dans le rôle-titre. Beaucoup de cinéastes ont pensé au début que cette innovation marquerait la fin de l'art cinématographique, car ils voyaient dans ce nouveau procédé une atteinte à leur propre créativité : comme les acteurs allaient pouvoir s'exprimer, un film parlant ne serait guère différent d'une pièce de théâtre; dès lors, le travail du cinéaste ne serait pratiquement plus nécessaire, puisque les dialogues entre les acteurs permettraient de tout comprendre. Certains cinéastes célèbres comme Charlie Chaplin ont ainsi résisté longuement à cette innovation: dans les Temps modernes de 1936 (que certains enfants auront peut-être vu), il y a une bande sonore mais pratiquement tous les personnages s'expriment uniquement par borborygmes, bruits et cris divers.

On remarquera à ce propos que l'Enfant sauvage a lui aussi certaines des caractéristiques du cinéma muet: ainsi, la plupart des spectateurs ne comprennent pas le dialecte parlé par les paysans au début du film; toute la première séquence est pour nous «muette», et nous la regardons comme un film «muet». Et puis surtout, Victor est, comme Charlot, un personnage muet même s'il est plutôt de nature dramatique que comique: nous devrons toujours l'observer de «l'extérieur» et deviner, à travers ses expressions corporelles, ce qu'il pense, ressent ou éprouve.

On remarque ainsi que L'Enfant sauvage recourt à des procédés anciens — l'emploi du noir et blanc, les ouvertures-fermetures à l'iris ou encore des séquences «muettes» —, qui étaient devenus rares en 1969. Ainsi, le film de Truffaut semble plus vieux qu'il n'est en réalité en recourant à des procédés déjà dépassés au moment de sa réalisation. Ces techniques cinématographiques «anciennes» sont pourtant postérieures à l'époque représentée, à savoir les années 1800: autrement dit, le film joue sur une impression de passé qui repose cependant sur une confusion temporelle entre des époques distinctes (ce qu'on appelle un anachronisme). Le cinéaste bien sûr ne cherche pas à établir une chronologie exacte, et son film est une mise en scène, une «re-création» du passé dont il cherche surtout à susciter une impression générale sans grande précision.

Si le cinéma appartient lui-même (pour une part) au passé et a sa propre histoire, surgit alors naturellement la question suivante:

5. De quand date l'invention du cinéma?

Comme on le sait sans doute le cinéma a été inventé par les frères Lumière qui ont déposé leur brevet en 1895. Pour montrer les possibilités de leur invention, Louis Lumière tourne quelques petits films de la vie réelle comme la Sortie des usines Lumière ou L'arrivée d'un train en gare de La Ciotat: la première projection publique a lieu le 29 décembre 1895. L'invention des frères Lumière faisait suite à une série de recherches sur le mouvement et l'image animée menées notamment par Edison.

6. De quand date l'invention de la photographie?

Les inventions ne se succèdent pas par hasard: le cinéma n'a été rendu possible que par l'invention préalable de la photographie. Ainsi, même si les enfants ne connaissent pas le nom de Nicéphore Niepce, l'inventeur de la photographie en 1829, il devront pouvoir situer cette découverte au début du 19e siècle, antérieurement en tout cas à celle du cinéma. On signalera à ce propos que les premières photographies étaient fixées sur des plaques de cuivre (les daguerréotypes du nom de leur inventeur, Louis Jacques Daguerre) ou de verre (procédé dit au collodion) et non sur de la pellicule (qui date de 1884): ces procédés anciens se sont rapidement améliorés et on peut même estimer que leur qualité d'image est souvent supérieure à celle des photographies sur pellicule, notamment dans le détail et les nuances de gris. De ce point de vue, il faut remarquer la grande qualité de la photographie de l'Enfant sauvage (très supérieure à celle des films muets grâce aux progrès de la pellicule cinématographique) qui rappelle celle des meilleurs daguerréotypes et plaques sur verre. C'est particulièrement visible au début du film dans les prises de vues dans la forêt dont on a l'impression de pouvoir distinguer chaque feuille. Dans ce cas aussi, l'on peut estimer que le film de Truffaut produit un effet d'ancienneté par un rappel implicite et intuitif d'images et de procédés anciens.

7. Qu'est-ce qu'il y a de profondément différent entre l'époque représentée et l'époque où le film a été réalisé? De quand datent les grandes inventions de la vie moderne?

Le contraste entre le présent et le passé est notamment sensible au début du film qui se déroule en Aveyron, une région rurale faiblement développée. On peut se souvenir des images du village ou de celles de la diligence dont les passagers sont obligés de descendre pour franchir un pont trop étroit ou trop peu solide.

On découvre ainsi une France rurale très différente de la France moderne. Dans la réalité, le docteur Itard habitait au centre de Paris, et les amis chez qui il se rendait régulièrement en compagnie de Victor habitaient au Jardin des Plantes. Dans l'Enfant sauvage, l'action a donc été déplacée et installée au cœur des campagnes ce qui, au-delà d'une impression d'isolement renforcée propice à l'ambiance du film, permet à Truffaut de recréer le cadre rural qui caractérise le début du 19e siècle: nature vierge ou en tout cas faiblement exploitée, populations clairsemées, chemins de terre bien différents de nos routes goudronnées, petits ponts de pierre, berges des rivières non aménagées, voitures rares et tirées par des chevaux, pas de radio, pas de télévision ni de téléphone... La presse écrite semble bien être le seul moyen de communication entre les îlots humains qui constituent la France paysanne de l'époque. De la capitale, le spectateur ne verra pratiquement rien, si ce n'est le parc intérieur de l'Institut pour sourds-muets. Par contre, il découvrira l'étendue des campagnes, avec ses quelques hameaux ou simples exploitations agricoles isolées. Les personnes rencontrées sont essentiellement des paysans...

Les enfants citeront sans aucun doute certaines inventions de la vie moderne que l'on essaiera de situer sur l'axe temporel, et, même si leur date exacte n'est pas connue, l'on essaiera de préciser leur position relative sur cet axe: ainsi, les jeux vidéos sont apparus après la télévision, l'automobile avant l'avion, l'ordinateur après le cinéma... L'enseignant signalera à ce propos le rôle essentiel des chemins de fer apparus en Grande-Bretagne en 1825 et qui se développèrent pendant toute la seconde moitié du 19e siècle. Le chemin de fer fut un des éléments essentiels de la révolution industrielle qui allait marquer tout le 19e siècle: les trains vont faciliter les échanges, réduire les distances et rapprocher notamment les villes et les campagnes. Sans en être la cause, les chemins de fer vont en particulier favoriser l'exode rural, c'est-à-dire la diminution souvent rapide des populations paysannes qui, au 20e siècle, deviendront dans la plupart des pays européens moins nombreuses que les populations urbaines.

L'invention de la dynamo en 1871 (qui transforme l'énergie mécanique en électricité) et le développement de l'énergie électrique tout au long du 20e siècle constituent une nouvelle étape importante de l'évolution des sociétés industrielles. L'électronique enfin, née en 1904 (avec l'invention du tube diode) mais développée surtout après la seconde guerre mondiale (avec l'invention du transistor en 1948), marque à son tour de façon profonde le mode de vie en Occident et ailleurs.

Voici donc les différentes étapes de la construction de ce schéma temporel  :

[Ce schéma est également présenté à la page suivante sous une forme dynamique qui nécessite cependant l'installation de l'extension Flashplayer.]

2. L'appréhension de la distance historique

La reconstitution chronologique précédente est essentiellement objective (même si l'on aurait pu choisir d'autres dates significatives). Il faut à présent interpréter cette distance historique: pourquoi François Truffaut s'est-il intéressé à cette histoire ancienne et exceptionnelle? autrement dit, qu'est-ce qui relie François Truffaut, cinéaste de la «Nouvelle Vague», et ces événements anciens dont il serait sans doute difficile de trouver des équivalents contemporains?

Comme pour l'animation précédente, l'on essaiera de répondre à ces questions, non pas en se basant sur ce que les adultes peuvent savoir du cinéaste (à travers son œuvre, ses écrits ou la connaissance générale que l'on a de lui), mais à travers le propos même du film, même si celui-ci est largement implicite et doit donc être reconstitué. Ainsi, l'animation portera essentiellement sur la notion de distance, distance historique essentiellement mais qui se mesure de façon très différente selon les personnages, les faits, les événements considérés. On pourrait donc proposer aux jeunes participants de chercher en quoi les différents éléments du film nous paraissent proches ou au contraire lointains, en quoi ils nous ressemblent ou au contraire diffèrent profondément de nous ou de ce que nous vivons dans notre existence quotidienne. La grille à la page suivante [non reproduite sur cette page WEB] devrait faciliter cette réflexion, mais l'on insistera sur le fait que chaque élément cité (dans la colonne de gauche) comprend des différences évidentes avec notre propre expérience mais également des traits de ressemblance.

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