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Extrait du dossier pédagogique réalisé par les Grignoux
et consacré au film:
Romeo + Juliet
de Baz Luhrmann
USA, 1996, 2h00

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront le film Romeo + Juliet avec leurs élèves (à partir de quatorze ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en œuvre en classe après la vision du film.

Roméo et Juliette, entre théâtre et cinéma

Objectif

  • Faire prendre conscience aux jeunes spectateurs de l'importance du travail d'adaptation auquel le réalisateur Baz Luhrmann a soumis la pièce de Shakespeare.
  • Leur faire également apercevoir les différentes dimensions du travail cinématographique.

Méthode

Les élèves sont répartis en plusieurs groupes chargés de comparer une scène de la pièce de Shakespeare avec son adaptation cinématographique.

Chaque groupe lit la scène qui lui a été dévolue avant la vision du film. Lors de la projection, chaque participant s'attachera particulièrement à la scène en question. Une grille d'observation doit permettre d'orienter l'attention des spectateurs vers différents aspects de ce travail d'adaptation.

On complétera en classe le plus rapidement possible la grille d'observation et l'on échangera ensuite les observations des différents groupes.

Déroulement

Une première partie de l'animation doit se dérouler idéalement avant la projection du film (le jour précédent par exemple). La classe est répartie en quatre groupes qui se voient remettre chacun une scène de la pièce de Shakespeare avec des indications et des commentaires nécessaires à sa compréhension [ces textes ne sont pas reproduits ici mais sont disponibles dans le dossier imprimé]. Les élèves sont invités à lire silencieusement ce texte: le professeur répondra ensuite à toutes les questions de compréhension que pourraient susciter ces textes.

Les quatre extraits proposés ici ont été choisis au début de la pièce afin que le film (même si les élèves en connaissent sans doute la fin) garde l'essentiel des effets de surprise déjà présents dans le drame de Shakespeare. On peut y ajouter, si les élèves sont très nombreux, la fameuse scène d'amour au balcon (acte II, scène 2) où les trouvailles du réalisateur abondent.

Les élèves seront alors invités à s'attacher, lors de la projection du film, à la manière dont la scène qu'ils viennent de lire est adaptée par le réalisateur Baz Luhrmann. Comme les quatre groupes ont reçu un extrait différent, il devront être particulièrement attentifs à quatre moments différents du film (ce qui devrait permettre des échanges ultérieurs au sein de la classe).

Pour orienter cette observation, il faut recommander aux élèves de repérer essentiellement les éléments de tous ordres qui ajoutent un supplément de sens évident au texte de Shakespeare ou qui modifient le sens de ce texte: tous les costumes ont dû être choisis par le réalisateur (ou son costumier), mais seuls certains de ces costumes sont réellement significatifs. On peut aussi leur suggérer d'observer en particulier les éléments suivants:

  • le lieu et les changements de lieux où se déroule la scène;
  • les costumes et maquillages des personnages;
  • les gestes, les mouvements, les déplacements des personnages;
  • la musique et les changements de musique (éventuellement le silence) qui accompagnent le déroulement de la scène;
  • les modifications ou les suppressions éventuelles dans le texte de Shakespeare;
  • les émotions, les sentiments, les idées suggérés par la mise en scène du film et qui ne sont pas présents dans le texte Shakespearien.

Il n'est évidemment pas possible lors d'une projection unique du film d'arriver à une observation complète et détaillée de ces différents éléments (ce qui supposerait un travail avec des ralentis, des arrêts, des retours en arrière sur magnétoscope ou banc de montage). Les nombreuses suppressions et modifications de texte, par exemple, auxquelles a procédé Baz Luhrmann ne peuvent être toutes repérées à la simple audition, même si l'on a bien lu le texte auparavant: néanmoins, il est facile de remarquer si certaines tirades relativement longues ont été supprimées. On peut aussi se contenter, lors du retour en classe, de souligner dans le texte écrit les phrases dont on se souvient qu'elles ont été effectivement prononcées dans le film: cela suffit à comprendre que le cinéaste a mis certaines parties du texte en évidence et en a négligé d'autres.

Ainsi, en répartissant le travail entre différents groupes et en demandant peut-être aux élèves à l'intérieur de chaque groupe d'observer chacun un élément différent (décors, costumes, gestes), on devrait recueillir une somme d'observations sans doute sommaires mais suffisamment pertinentes pour être échangées avec les autres spectateurs lors du retour en classe.

À ce moment, les élèves de chaque groupe rapporteront les résultats de leurs observations: toutes les remarques mises en commun permettront de remplir de manière aussi complète que possible la grille d'observation proposée ci-dessous. Ensuite, les différents groupes échangeront le fruit de leur travail qui sera éventuellement photocopié et remis à tous les élèves.

Commentaire

Dans ce travail d'observation, deux points méritent un commentaire supplémentaire.

Les effets musicaux jouent un rôle essentiel dans l'atmosphère du film même s'il sont rarement remarqués par les spectateurs, ce qui rend le travail d'observation pour des jeunes élèves relativement difficile. On peut donc conseiller aux élèves chargés de décrire la musique de se contenter d'utiliser des qualificatifs sommaires (musique rock, douce, rapide, mélancolique, violente ) et surtout d'essayer de noter les moments de la scène où la musique change ou s'arrête.

Une autre manière de procéder consiste à acheter la musique du film (sur disque compact) et à demander à un élève aimant particulièrement la musique d'écouter attentivement ce disque avant la projection du film, au point d'être capable de reconnaître immédiatement les différents morceaux: cet élève sera alors chargé lors de la vision de noter à quel moment les différents morceaux sont utilisés (au moins pendant les quatre scènes qui auront été données plus précisément à observer). Le disque ne comprend cependant pas toutes les musiques notamment un extrait de Mozart (symphonie 25) et de Wagner (Tristan et Yseult), signalés au générique final.

Dans le travail d'observation, on attirera également l'attention des élèves sur un trait important, à savoir les émotions, les sentiments, les idées suggérés par le film mais absents du texte de Shakespeare: ainsi, dans la scène finale où Roméo et Juliette s'unissent dans la mort, le réalisateur a fait s'éveiller sa jeune héroïne quelques instants avant que ne meure son amant, la jeune fille paraissant encore paralysée à l'instant où celui-ci porte le poison à ses lèvres. L'effet (absent du texte de Shakespeare) est évident: il aurait suffi d'une seconde pour que l'irréparable soit évité. En même temps, le procédé explique sans doute beaucoup mieux que Juliette comprenne immédiatement ce qui vient de se passer puisqu'elle l'a vu de ses propres yeux (dans la pièce de Shakespeare, elle doit déduire que son amant s'est suicidé d'après seulement la présence du poison auprès de son cadavre).

Acte I, scène 1: analyse

  • lieux et changements de lieux, décors
    Les Montague circulent d'abord en auto; puis ils s'arrêtent à une pompe à essence; bagarre; la pompe à essence prend feu.
  • costumes, maquillages
    Les Montague en chemises colorées, cheveux blonds, décolorés ou rasés; sur le crâne rasé de l'un d'eux, un tatouage Montague (visible lorsqu'il est dans la voiture); Tybalt en costume noir avec des bottes de cow-boy.
  • gestes, mouvements, déplacements des personnages
    En s'arrêtant à la station d'essence, les Montague n'ont pas vu que la voiture de Capulet s'y trouvait déjà: le choc de la rencontre est plus brutal et plus fort que chez Shakespeare.
    Par ailleurs, les gestes de Tybalt sont théâtraux par exemple quand il enlève son veston en tombant à genoux ou quand il prend la lunette de son pistolet; quand il saute en l'air en tirant des deux mains, l'ensemble du mouvement est orchestré comme un ballet.
  • musique et changements de musique
    Au début quelques brefs moments de musique de western spaghetti (notamment lorsqu'on voit les bottes de Tybalt): il s'agit des premières notes du morceau Whatever des Butthole Servers. Puis la musique disparaît, mais lorsque la bagarre se déclenche on entend une musique ample qui rappelle celle d'Ennio Morricone (dans les westerns de Sergio Leone). Quand tout explose, la musique devient beaucoup plus sombre avec une importante présence d'orgues.
  • les modifications dans le texte de Shakespeare
    La scène chez Shakespeare commence avec deux hommes du clan des Capulet qui disent leur haine des Montague: toutes ces répliques sont supprimées. Le film inverse également certains rôles: c'est un Montague qui provoque les Capulet en se mordant le pouce alors que dans la pièce c'est l'inverse.
  • émotions, idées suggérées par la mise en scène
    Dans la pièce, Montague et Capulet paraissent à égalité; dans le film en revanche, les Montague paraissent terrifiés lorsqu'ils constatent que les Capulet sont à côté d'eux. Le film accentue également la brutalité de Tybalt avec ses talons de bottes en acier, qui tire sur les Montague en fuite avant que la police n'intervienne.
    Par ailleurs, toute la scène est traitée sur un mode humoristique, la frayeur des Montague étant exagérée: il y a notamment un jeu de scène avec une automobiliste prise dans la rixe qui frappe sur la tête d'un Montague avec son sac à main.
    (On peut aussi remarquer le contraste des costumes entre les Montague et les Capulet, contraste qui souligne leur opposition).
  • Autre
    Ambiance parodique de western: les bottes de Tybalt, les pistolet chromés avec sur la crosse des représentations de la Vierge ou bien les armoiries d'une des deux maisons ennemies, les très gros plans sur les yeux de Tybalt et de Benvolio comme dans les duels des westerns de Sergio Leone.
  • En résumé:
    L'ensemble de la scène est traitée de manière fort peu réaliste par le cinéaste: les personnages sont costumés de façon caricaturale, les gestes sont excessifs, les mouvements réglés comme un ballet, les visages souvent grimaçants. Il s'en dégage une impression parodique, accentuée par une musique qui rappelle celle des westerns spaghetti et par nombre de détails (comme les affiches ou le panneau publicitaire de la pompe à essence) destinés à nous faire sourire.

Acte I, scène 3: analyse

  • lieux et changements de lieux, décors
    Juliette plongée dans l'eau d'un piscine ou d'une baignoire; sa mère et la nurse courent dans le grand escalier de la maison; la scène se termine dans la chambre de la mère: Juliette est assise, sa mère debout finit de s'habiller avec l'aide de deux servantes.
  • costumes, maquillages
    Le contraste est frappant entre l'absence de maquillage de Juliette qui sort de l'eau, fraîche et naturelle, et sa mère qui apparaît à moitié dénudée avec son corset, le visage outrageusement maquillé (les yeux en particulier sont particulièrement agrandis) et les cheveux collés sur le crâne sous un bonnet, mais qui l'instant d'après se transforme en superbe reine égyptienne (on pense irrésistiblement à Cléopâtre).
  • gestes, mouvements, déplacements des personnages
    Ici aussi le contraste est saisissant entre d'une part l'agitation, les cris, l'hystérie de la mère et de la nurse, et d'autre part le calme, la sérénité de Juliette.
  • musique et changements de musique
    Lorsque sa mère et sa nurse appellent Juliette dans l'escalier, on entend un extrait de la symphonie 25 de Mozart (Allegro con brio) qui s'arrête cependant lorsque la mère sort: on entend à ce moment le chant des oiseaux. La musique reprend lorsque la nurse évoque les jours heureux dont doit profiter Juliette.
  • les modifications dans le texte de Shakespeare
    Toutes les tirades de la nurse (en fait la nourrice) sur Juliette bébé ont été supprimées: les nourrices (au sens propre, celles qui allaitent l'enfant d'une autre femme) sont un phénomène pratiquement inconnu, et le réalisateur a donc sans doute préféré supprimer cet élément anachronique.
  • émotions, idées suggérées par la mise en scène
    On sent tout au long de la scène une rivalité entre la mère et la fille, entre la beauté artificielle (oserait-on dire restaurée?) de la mère et celle naturelle de la fille, entre le mari que la mère semble déjà vouloir imposer à sa fille et l'indépendance que Juliette essaie de sauvegarder poliment. Lors du bal costumé, on verra d'ailleurs la mère de Juliette danser lascivement avec Tybalt (ce qui permet au cinéaste de sous-entendre que l'affection qu'elle lui porte est d'origine amoureuse), ce qui expliquera qu'après sa mort, elle exige que le prince fasse exécuter Roméo, portant ainsi au plus haut point (même si c'est en partie inconscient) le conflit avec sa fille.
  • Autre
    Pour souligner l'agitation de la mère de Juliette, certains plans passent en accéléré.
  • En résumé:
    Dans cette scène, le réalisateur australien ajoute manifestement une interprétation personnelle au texte Shakespearien en accentuant le contraste entre Juliette et sa mère, entre une jeune fille dont la pureté est mise en avant et une femme vieillissante qui se veut encore belle, qui est agitée par des passions amoureuses cachées (même si cela apparaît dans une scène ultérieure) et qui de ce fait perçoit sa fille comme une rivale qu'elle essaie de dominer sinon de mater.

Acte I, scène 4: analyse

  • lieux et changements de lieux, décors
    La scène se passe sur la scène de théâtre vide près de la plage. L'excitation de la fête qui se prépare est accentuée par les explosions d'un feu d'artifice.
  • costumes, maquillages
    Tout le monde est costumé pour le bal: Roméo en particulier est habillé d'une armure et d'une cotte de mailles, ce qui peut être compris comme un clin d'il à la pièce de Shakespeare qui se passe à la Renaissance, époque où ces attirails étaient encore utilisés (bien que largement sur le déclin).
    Mais ce qui frappe surtout, c'est le déguisement de Mercutio, l'ami de Roméo déguisé en femme avec minijupe, perruque blanches et paillettes.
  • gestes, mouvements, déplacements des personnages
    Toute la scène est dominée par la gestuelle provocatrice de Mercutio qui nous montre notamment ses fesses puis sort de dessous sa jupette le carton d'invitation qu'il remettra à Roméo.
  • musique et changements de musique
    La scène débute avec le feu d'artifice et la musique disco de Gavin Friday Angel.
    Cette musique va pourtant céder la place à une ambiance musicale beaucoup plus sombre qui va accompagner toute la tirade de Mercutio sur la reine Mab, la fée de songes. Cette musique inquiétante s'accentuera encore avec les mauvais présages de Roméo que souligne un court extrait de l'opéra de Wagner, Tristan et Yseult.
    Mais cette sombre impression sera rapidement effacée par le morceau disco de Kym Mazelle Young Hearts Run Free qui accompagne l'arrivée de la bande à la réception des Capulet.
  • les modifications dans le texte de Shakespeare
    L'essentiel du texte shakespearien semble conservé, notamment le monologue de Mercutio sur la reine Mab, fée des songes, même si certaines coupes ont été pratiquées çà et là.
  • émotions, idées suggérées par la mise en scène
    Mercutio, travesti provocateur, est-il un homosexuel amoureux de Roméo? Cette interprétation de Baz Luhrmann jette en tout cas un éclairage original sur la scène: elle rend aussi beaucoup plus tragique la fin de Mercutio qui meurt blessé presque par accident mais portant au cur un amour impossible pour Roméo.
    Derrière l'aspect provocateur du personnage transparaît ainsi une dimension beaucoup plus tragique qui se révèle notamment à la fin de sa tirade sur la reine Mab: alors qu'il a commencé sa tirade sur le mode comique, il bascule très rapidement dans une excitation dramatique qui s'accentue lorsqu'il parle des rêves d'amour que sont censées éprouver les jeunes filles (Roméo l'interrompt d'ailleurs avec douceur à ce moment comme s'il sentait que son ami était prêt à glisser dans une folie dangereuse). C'est lui aussi qui éprouve sans doute ces rêves d'amour impossible.
  • Autre
    Mercutio offre à Roméo une pilule sans doute d'extasy, confirmant ainsi son image d'homme des plaisirs «pervers» ou «défendus» (bien entendu, à notre époque, l'opprobre qui frappait l'homosexualité ou la consommation de drogues est beaucoup moins fort et contribue en fait surtout à la fascination que peut provoquer le personnage). Mais cette pilule joue surtout un rôle important dans la scène qui suit où Roméo découvrira Juliette au moment où il sortira précisément du cauchemar provoqué par l'extasy.
  • En résumé:
    Mercutio travesti et pourvoyeur de drogue, la provocation semble à son maximum par rapport à l'image classique de Shakespeare. Elle ne doit cependant pas masquer l'analyse plus fine du caractère de Mercutio proposée le film: sous des dehors caricaturaux, l'on devine un personnage tragique, victime d'un amour impossible, dont la mort préfigure celles de Roméo et de Juliette.

Acte I, scène 5: analyse

    image du film

    l'utilisation d'un décor original : Roméo et Juliette dans l'ascenseur

  • lieux et changements de lieux, décors
    Plusieurs éléments de décors originaux sont utilisés par le réalisateur, notamment l'aquarium à travers lequel Roméo aperçoit pour la première fois Juliette, ensuite la colonne derrière laquelle il se cache pour saisir la main de Juliette, enfin l'ascenseur où tous deux se réfugient pour échapper aux poursuites de la mère de Juliette.

  • image du film

    les costumes (notamment de cosmonaute !) révèlent l'âme des personnages

  • costumes, maquillages
    Roméo en preux chevalier, Juliette en ange, Mercutio en meneuse de revue musicale, Capulet en empereur romain de la décadence, les costumes censés masquer les personnages dévoilent en réalité leur âme. Paris en cosmonaute dégage quant à lui une forte impression de ridicule.

  • image du film

    les regards silencieux entre Roméo et Juliette

  • gestes, mouvements, déplacements des personnages
    À travers l'aquarium, Roméo et Juliette se découvrent simultanément (alors que dans la pièce, Juliette ne semble regarder Roméo que lorsqu'il lui saisit la main): s'institue ainsi entre eux un très long jeu de regards qui leur permet littéralement de faire connaissance. Lorsqu'elle dansera avec Paris, Juliette ne cessera ainsi d'observer Roméo, lui signifiant par de fines mimiques qu'elle se moque de son cavalier.
    Roméo profitera des applaudissements qui saluent la fin de la prestation musicale de la chanteuse noire pour saisir la main de Juliette, caché derrière un pilier.
    S'ensuivra tout un jeu de scène qui permettra à Roméo et Juliette de s'éclipser dans l'ascenseur, montant et descendant pour échapper à la mère de Juliette accompagnée de Paris.
  • musique et changements de musique
    Tout le début de la scène est marquée par la musique disco de Kym Mazelle alors que Roméo est sous l'emprise de la drogue et qu'il voit notamment Mercutio en meneuse de revue. Mais le silence se fait lorsqu'il se plonge le visage dans l'eau; puis, lorsqu'il échange ses premiers regards avec Juliette, une chanteuse noire (présente à l'écran) chante un morceau de blues accompagnée au piano (il s'agit du thème du film, Kissing You par Des'ree). La fin de la scène (lorsque les amants découvrent qu'ils appartiennent à des familles ennemies) est cependant marquée par une musique de violons beaucoup plus sombre: un court instant, le rock de One Inch Punch, Pretty Piece of Flesh, semble renaître (quand Mercutio embarque Roméo dans l'auto), mais le même thème sombre submerge Juliette sur son balcon («Inconnu vu trop tôt et reconnu trop tard») et Roméo qui s'éloigne d'elle.
  • les modifications dans le texte de Shakespeare
    L'essentiel des répliques semble conservé même s'il y a sans doute plusieurs petites coupures pour raccourcir le texte.
  • émotions, idées suggérés par la mise en scène
    La mise en scène de Baz Luhrmann met l'accent sur l'échange de regards entre Roméo et Juliette: ils se découvrent à travers l'aquarium, puis Juliette fait des petits signes à Roméo pendant qu'elle danse avec Paris, et ce n'est qu'ensuite que se produit le premier échange verbal entre eux. Ces longs échanges de regards permettent ainsi à l'amour de s'installer entre eux alors que dans la pièce il semblerait que Juliette réponde immédiatement aux premières paroles de Roméo comme si quelques mots suffisaient à la séduire. Toute la scène dans le film est par ailleurs traitée de façon très légère à cause notamment du personnage ridicule de Paris dont se moque Juliette, ainsi que de sa mère qui la poursuit maladroitement.
    C'est aussi par le regard que Roméo comprendra que Juliette appartient à la famille des Capulet lorsqu'il la verra appelée par sa mère. Mais à ce moment, la scène prendra une tournure beaucoup plus dramatique.
  • Autre
    Pour traduire le malaise de Roméo sous l'influence de la drogue, un trucage nous montre le jeune homme comme emporté sur un manège tournoyant, tout le décor et les autres personnages défilant autour de lui.

    image du film

    au bas de l'escalier Roméo découvre que Juliette appartient à la maison des Capulet

  • En résumé:
    La mise en scène de Baz Luhrmann ne change pas le sens fondamental de la scène, telle qu'elle se trouve chez Shakespeare. Elle met cependant en évidence les échanges de regards entre Roméo et Juliette (à travers l'aquarium, lorsque Juliette danse avec Paris) tout en multipliant les déplacements des personnages (le jeu avec l'ascenseur est évidemment absent chez Shakespeare) et en utilisant au maximum les ressources de l'espace (Roméo caché derrière un pilier, Roméo au bas de l'escalier où Juliette rejoint sa famille). Le réalisateur étire ainsi longuement la scène de la séduction (qui fait à peine dix-huit vers chez Shakespeare), ce qui rend sans doute plus vraisemblable cet amour qui s'installe entre Roméo et Juliette. En même temps, cette priorité à l'image permet de suppléer aux difficultés du texte de Shakespeare où Roméo compare ses lèvres à des pèlerins, comparaison poursuivie par Juliette qui parle du geste de la main de Roméo comme d'un geste de dévotion... Le texte, il faut l'avouer, est pratiquement incompréhensible à la simple audition, et il était sans doute judicieux pour le cinéaste de s'en remettre, pour une bonne part, aux suggestions de l'image.

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