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À travers l’histoire d’une ferme déclinée sur quatre époques, ce film allemand à l’ambiance éthérée, récompensé du Prix du Jury à Cannes, se révèle d’une ambition formelle et narrative sidérante. Un voyage sensoriel et hypnotique au cœur de la mémoire des lieux et des traumas du passé à la présence encombrante
Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l’Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre…
De prime abord, ce film allemand peut paraître trop radical et hermétique. Sa volonté de mélanger les temporalités pour n’écrire qu’un seul et grand récit durant plus de deux heures, à la manière d’une symphonie qui condenserait ses multiples tonalités en une seule mélodie, peut déconcerter nos esprits parfois trop cartésiens. Sound of Falling monte, pourtant, très vite en puissance et démontre merveilleusement qu’un film est aussi (et peut-être avant tout) affaire de ressenti, au sens le plus basique du terme. En se laissant aller au rythme d’un montage musical et d’une esthétique qui convoque souvent les fantômes du cinéma muet, l’on prend plaisir à passer d’une époque à l’autre, à mesure que la caméra, gracieuse et fluide dans ses longs travellings aériens, traverse les pièces sur la pointe des pieds.
Si le film mélange les époques, il nous laisse le temps de vivre des moments forts avec les personnages de chaque temporalité pour que s’imprime en nous suffisamment d’émotion. Nous acceptons de quitter une séquence pour une autre, sans la frustration ni la confusion de ne pas avoir tout saisi dans ce que nous venons de voir. Ce film hors norme capte des moments intenses (un dîner de famille tendu, la découverte par inadvertance d’une violente dispute, la veillée funèbre d’une vieille dame, le malaise d’une adolescente qui croise le regard insistant d’un adulte…) et accumule de l’émotion pure et directe.
Sans certitude, nous comprenons que des choses graves ont été vécues par les personnages. Quatre jeunes filles qui connaissent les mêmes émois sentimentaux, les mêmes angoisses et traumatismes, au cœur de familles dans lesquelles la violence sourde impose sa loi, où les non-dits frustrent et meurtrissent le corps et la tête pour la vie.
Croisant le cinéma fantastique avec le drame familial et le récit initiatique dans un style très organique, Sound of Falling impose un regard particulier et original sur le rôle joué par une maison à travers les époques. Un lieu imposant qui conserve en lui les traces de ce qui aura constitué l’insouciance, les joies, la vie, mais essentiellement les peurs et les drames de celles et ceux qui l’auront habité.
Le plus saisissant est que Sound of Falling réussit la gageure, au milieu d’une grande prouesse d’écriture et de forme, de faire exister des personnages authentiques. Leur destinée fait écho à ce qui nous constitue toutes et tous, le poids du passé, la conjugaison des lieux et des rapports familiaux sur notre tempérament d’être humain qui se questionne constamment sur le chemin de la vie.
Nicolas Bruyelle, les Grignoux