Prix de la mise en scène au dernier Festival de San Sebastián, le nouveau long métrage de l’Espagnol Alberto Rodríguez (La Isla mínima) prend la forme d’un thriller en apnée dans le milieu très singulier de la plongée sous-marine
La sortie de ce film a été reportée par le distributeur au 6 mai 2026. Merci pour votre compréhension.
Avec Rodrigo Sorogoyen (les films Madre et As bestas, la série Los años nuevos), Alberto Rodríguez fait partie de cette génération de réalisateurs ibériques dont le naturalisme sans fard biberonne à l’efficacité peu résistible du cinéma de genre. Révélé en 2014 par La Isla mínima, fascinant polar atmosphérique situé dans l’Andalousie post-franquiste des années 1980, il signe aujourd’hui un drame intime et social qui bascule insensiblement en thriller anxiogène.
L’action prend place dans le cadre industriel et portuaire de Huelva, sur la côte atlantique sud de l’Espagne. Antonio et Estrella, frère et sœur unis par le souvenir blessé d’un père les ayant très tôt initiés aux charmes amniotiques de l’océan, y travaillent sur des navires marchands de passage. Quand le premier plonge, la seconde l’assiste à la surface. En découvrant un jour une cache de cocaïne logée sous la coque d’un cargo, Antonio pense avoir enfin trouvé la solution pour résoudre ses soucis financiers : voler une partie de la marchandise et la revendre. Mais, comme ces vieux boxeurs abîmés dont le prochain combat pourrait être le dernier, ce sombre héros de la mer vacille peu à peu, montrant des signes toujours plus inquiétants de défaillance…
Traversé de très belles séquences sous-marines, imprégnées de mystère, Los Tigres oscille entre la poésie funèbre des profondeurs et la trivialité faussement routinière de la vie à la surface du monde. Hanté par la perte, et le désir buté de s’extraire du tumulte de l’existence, le film distille son lancinant vague à l’âme au cœur d’un suspense tendu nourri d’un classicisme aux échos universels. Une réussite qui résonne bien au-delà de ses seules prouesses de mise en scène.
Nicolas Clément, les Grignoux