Oscarisée pour Nomadland, la réalisatrice sino-américaine Chloé Zhao — à qui l’on doit également The Rider — adapte le roman de Maggie O’Farrell et dresse le portrait naturaliste et sensible de l’épouse de William Shakespeare, sublimement interprétée par Jessie Buckley. Déjà grand favori des Golden Globes !
Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef-d’œuvre universel.
Dès l’ouverture, Chloé Zhao nous plonge dans une forêt verdoyante aux côtés d’une jeune femme à la longue chevelure brune occupée à apprivoiser un faucon. En quelques plans se dessine avec une grande justesse l’énergie de ce personnage à la fois sauvage et impénétrable, considéré comme une sorcière par les habitants du village. La caméra s’attarde sur la nature comme un peintre le ferait sur une toile, donnant de l’ampleur aux détails, aux textures, à la magnificence d’un monde que l’on perd bien trop souvent de vue. Agnes connaît les plantes dont elle tire des onguents thérapeutiques et c’est au creux d’un arbre, presque enlacée à ses racines, qu’elle choisit de donner naissance à leur premier enfant. Elle reconnaît aussi dans son mari Will cette souffrance singulière qui l’empêche de se satisfaire de leur vie modeste et l’encourage à partir pour la capitale. Après son départ, naîtront les jumeaux : Judith et Hamnet. Et on devine le lien intime qu’entretient ce dernier avec l’une des pièces majeures du répertoire shakespearien : Hamlet.
Aussi doux et mélancolique qu’âpre et baroque, Hamnet nous berce ainsi dans un univers impressionniste, dont la densité s’accroît à mesure que la douleur s’invite dans la vie des protagonistes. Aux côtés de Paul Mescal, toujours remarquable, Jessie Buckley coupe littéralement le souffle du spectateur, touchant les sens autant que pourrait le faire une performance live. Porté aussi par la musique de Max Richter, qui magnifie l’amplitude émotionnelle de ce récit qui n’en manque pas, Hamnet nous mène ainsi vers un final éblouissant et cathartique, auquel seul le grand écran peut véritablement prétendre.
Alicia Del Puppo, les Grignoux