Portrait intimiste d’une adolescente en quête de réconciliation avec son passé familial, ce film espagnol présenté en compétition à Cannes l’an dernier séduit par son approche formelle qui, en mêlant les temporalités et les tonalités, fait naître une délicate mosaïque sentimentale
Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connaît pas. L’arrivée de Marina fait ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…
S’il peut faire penser au genre documentaire par son approche spontanée, dédramatisée et contemplative du réel, Romería est capable, à tout moment, de nous surprendre et de partir dans une autre direction, dans une tonalité plus expérimentale et fantastique. Par exemple, lorsque la cinéaste réunit dans une même scène Marina et ses parents comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Aussi quand, la nuit, un chat guide Marina jusqu’au port pour qu’elle embarque sur un bateau vers l’île où demeurent, qui sait, les fantômes de ses parents ? Le genre de séquences cinématographiquement audacieuses, très poétiques et touchantes. À travers elles, sans discours, l’on ressent à quel point le rêve vient en aide au jeune personnage pour modifier sa réalité et le guérir de ses souffrances intérieures.
Régulièrement, la voix off de Marina accompagne les images du film en se nourrissant d’extraits du journal de sa mère, un objet dont la jeune fille ne peut se séparer, jusqu’à le lire la nuit, aidée d’une lampe de poche. Le passé de ses parents, Marina s’y connecte aussi à travers des photos familiales qu’elle filme avec une petite caméra dont le mouvement discret donne l’impression que les personnes figées dans le cadre sont en train de bouger et donc de revivre.
Un petit moment en suspension qui dit beaucoup de la délicatesse de ce film qui en accumule d’autres ici et là, sans prétention ni redondance. Le résultat est incroyablement culotté dans les ruptures de ton et la liberté d’écriture.
Romería est une chronique poétique du quotidien qui rentre totalement en symbiose avec la pensée vagabonde et impressionniste d’un personnage en route vers un voyage initiatique au parfum d’aventure, dans l’espoir d’un passé retrouvé et d’un futur attirant.
Nicolas Bruyelle, les Grignoux