Fabrice Luchini incarne un comédien passionné de Victor Hugo dont le retour soudain de la fille va interroger l’existence. Pascal Bonitzer (Le Tableau volé) réussit une touchante et riche comédie sentimentale, ainsi qu’un vibrant hommage au monde du théâtre et aux grands textes intemporels
La sortie de ce film a été reportée par le distributeur au 18 mars 2026. Merci pour votre compréhension.
Habité par Victor Hugo, le comédien Robert Zucchini traîne une douce mélancolie lorsqu'il n'est pas sur scène. Chaque soir, il remplit les salles en transmettant son amour des mots. Jusqu’au jour où réapparaît sa fille, qu’il n’a pas vue grandir… Et si aimer, pour une fois, valait mieux qu’admirer ?
Dans Le Tableau volé, son précédent film, Pascal Bonitzer nous faisait découvrir un univers peu fréquenté par le cinéma, celui des collectionneurs d’art, et opérait un double et astucieux basculement, de narration et de ton. Le film passait de la légèreté d’une comédie policière, digne d’une BD ligne claire, à la profondeur d’une enquête aux questionnements moraux sur la réappropriation de biens artistiques spoliés par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
Dans Victor comme tout le monde, scénarisé par la regrettée Sophie Fillières, Bonitzer entreprend la même démarche. Nous pénétrons dans le monde d’un théâtre et de ses coulisses avec, d’un côté, une star accomplie et d’un certain âge, Robert Zucchini, qui joue à guichets fermés dans de grandes salles, et, de l’autre, de jeunes comédiennes travaillant dans un théâtre de taille nettement plus modeste. Deux générations et deux mondes culturels différents dont le premier point commun est la passion pour les textes de Victor Hugo. L’angle d’attaque et l’interprétation ne sont pas les mêmes, en fonction d’où l’on se situe d’un point de vue générationnel et de genre. Le second point commun emmènera l’humeur badine du film vers une réflexion plus intimiste et sensible sur les liens familiaux distendus. Il sera question, essentiellement, de rapports père-fille fissurés par une absence de longue durée et que des retrouvailles, inattendues, ne vont pas réparer si facilement.
Mis en scène avec discrétion, le film est un portrait qui célèbre amoureusement le talent, le verbe, le jeu, le parler d’un acteur hors norme, Fabrice Luchini. Il ne fait pas le show, ne cabotine pas, n’est pas seul au monde. Ce qui séduit d’emblée, c’est la façon, pleine d’empathie, avec laquelle Pascal Bonitzer filme ses comédiennes et comédiens. Des premiers aux seconds rôles, tout le monde occupe une place essentielle et laisse une vraie trace dans cette histoire subtilement concise dans son montage. Le réalisateur n’oppose pas les générations et les styles, bien au contraire, il les rassemble dans un film généreux et plein de vigueur. Tout cela avec esprit et modestie et en à peine 1h30.
Robert est un personnage passionné, généreux dans son rapport à la pratique du théâtre et aux mots de Victor Hugo qu’il sculpte de son esprit brillant et de son phrasé doucement ironique. Il en démontre toute la force, la grandeur et la pertinence plus de 150 ans après avoir été écrits. Les jeunes comédiennes, elles, se passionnent aussi pour l’écrivain qu’elles travaillent différemment, sur une petite scène, de façon plus expérimentale, originale et engagée.
Tout prend vie dans une douce atmosphère presque aérienne, voire parfois burlesque (on pense alors beaucoup au cinéma de Sophie Fillières), notamment dans l’écriture fine et spirituelle des dialogues. La belle lumière réconfortante que le film nous adresse provient aussi de l’absence de conflits entre des personnages qui ont la délicatesse, malgré les complications, de chercher une solution pour se rapprocher.
Nicolas Bruyelle, les Grignoux