Inscrivant son récit intimiste et bouleversant au cœur d’espaces naturels majestueux, cette adaptation du roman éponyme de David Vann retrace la tentative de reconstruction entre un père et son fils, alors que plus rien ne les relie au monde moderne
Tom emmène son fils de 13 ans vivre une année sur une île isolée dans le Grand Nord. Ce retour à la vie sauvage au cœur d’une nature majestueuse leur permet de se retrouver. Mais les conditions extrêmes et l’isolement mettent leur relation à l’épreuve…
Dans son précédent film, Mobile Homes, présenté à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes en 2017 et resté inédit chez nous, le réalisateur français Vladimir de Fontenay avait déjà exploré les notions de déracinement et de quête d’identité dans une démarche qui, comme ici, resserrait le plus possible les liens entre la fiction et le documentaire. Avec Sukkwan Island, il adapte un roman très intérieur et se lance dans un vrai challenge de cinéma qui nécessite de mettre en images ce qui demeure invisible, la pensée profonde des êtres, dans un lieu circonscrit à une petite cabane en pleine nature.
À rebours d’un survival hollywoodien, Sukkwan Island ne compense pas le minimalisme de son dispositif par une quelconque surenchère psychologique et scénaristique, encore moins par une esthétique de clip racoleuse. Il faut pour cela des comédiens exceptionnels, capables de maintenir une tension, de faire naître de l’émotion quand on pense justement que rien ne peut advenir. Swann Arlaud et le jeune Woody Norman sont en cela exceptionnels de subtilité et de complicité, eux qui doivent respectivement incarner un père et un fils dont la relation cherche à se reconstruire, au cœur d’un territoire qu’ils ne connaissent pas.
Dans sa réflexion sur le retour à la vie sauvage et sur la fragilité mentale, le film exprime aussi quelque chose de notre époque et du besoin de se reconnecter à ce qui est essentiel, la nature et les proches, mais sans angélisme. L’acte radical posé par ce père et ce fils n’est pas sans conséquence sur leur équilibre intérieur. Les risques d’un échec sont palpables et ils nourriront le suspense d’un film sous tension, angoissant, dont on sent le récit prêt à basculer d’un côté comme de l’autre, de la lumière à la noirceur, en un simple mouvement.
Le réalisateur va jusqu’au bout de ses intentions, sans aucun compromis. Travaillé par une réflexion poétique permanente, qui se retrouve dans le soin accordé au traitement de la lumière et de la nature filmée sans être enjolivée, Vladimir de Fontenay réussit à transcender son histoire, à lui conférer une dimension plus spirituelle, pour ne jamais la réduire aux conventions du drame psychologique. Par exemple, lorsqu’il connecte les saisons à l’humeur des personnages et que, durant l’hiver, le père se referme sur lui-même sous le regard du fils qui attendra fébrilement l’arrivée du printemps.
Nicolas Bruyelle, les Grignoux