Après La Civil, plongée sans concession dans le milieu des cartels mexicains, et Traffic, polar social et absurde, la réalisatrice belgo-roumaine Teodora Ana Mihai revient sur le drame du Heysel, événement qui marqua à jamais l’histoire du football européen et provoqua une onde de choc internationale
Le film s’ouvre sur la conférence de presse qui précéda la finale de la Coupe d’Europe de football de 1985, opposant la Juventus de Turin à Liverpool au stade du Heysel, à Bruxelles. Alors que le bourgmestre se félicite d’accueillir ce match incontournable, qui doit attirer des dizaines de milliers de supporters dans la capitale belge, la question d’un journaliste vient quelque peu perturber l’ambiance festive : le stade n’est-il pas trop vétuste pour accueillir autant de monde ? Rapidement balayée, cette interrogation viendra hanter toute la suite du film.
S’intéressant davantage aux coulisses du drame et à la série de dysfonctionnements qui menèrent à la catastrophe, Teodora Ana Mihai a créé le personnage de Marie Dumont (Violet Braeckman), fille du bourgmestre et attachée de presse de celui-ci. C’est à travers son regard et depuis la position stratégique qu’elle occupe – entre le stade, les hommes politiques, les représentants institutionnels et les sponsors – que nous pénétrons dans ce qui va rapidement ressembler à une zone de guerre.
Alors que les hommes de pouvoir sirotent allègrement leur coupe de champagne dans les loges privées, les premières échauffourées ont lieu dans les tribunes, enclenchant un mouvement qui conduira à la catastrophe et à la mort de 39 personnes. Davantage que la violence des supporters, c’est la succession des défaillances qui intéresse Teodora Ana Mihai : un stade vétuste, une sécurité insuffisante, une mauvaise répartition des supporters, des alertes négligées, mais aussi une chaîne de responsabilités si éclatée que plus personne ne semble véritablement en mesure d’agir. À mesure que la situation dégénère, Heysel 85 fait ainsi apparaître la catastrophe non comme un événement soudain et imprévisible, mais comme l’aboutissement tragique d’une série de mauvaises décisions.
Entrecoupé d’images d’archives, Heysel 85 parvient à restituer avec force l’atmosphère de l’époque. Volontairement déplacée hors du stade, la mise en scène maintient la catastrophe hors-champ. Le film n’en demeure pas moins profondément angoissant, à mesure que le chaos des tribunes vient contaminer les coulisses. Avec une grande maîtrise du rythme et une photographie remarquable, Teodora Ana Mihai signe un film tendu et haletant, qui évite les ressorts spectaculaires du film catastrophe pour mieux interroger les responsabilités humaines et politiques derrière le drame.
Alicia Del Puppo, les Grignoux
En présence de Teodora Ana Mihai, réalisatrice
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