Sensation de la Quinzaine des Cinéastes à Cannes, cet excellent premier film belge en forme de récit initiatique explore, avec intensité et personnalité, l’adolescence en crise et, plus largement, l’amitié en question
Dans un internat sportif, Camille, un jeune boxeur virtuose, est sauvé in extremis d’un accident mortel par son meilleur ami Matteo. Alors que les médecins le pensent guéri, une douleur inexpliquée l’envahit peu à peu, jusqu’à remettre en question ses rêves de grandeur…
Valéry Carnoy revitalise les codes du film sur l’adolescence avec un sens du rythme et de l’authenticité qui impressionnent pour un premier film, à mi-chemin entre le cinéma d’auteur intimiste et le teenage movie à l’américaine. L’ampleur de La Danse des renards, son absence de didactisme, donnent le champ libre à d’autres questionnements, plus universels encore, sur la virilité, l’altérité, l’amitié et la fragilité tant physique que mentale.
Dans ce monde estudiantin et sportif cloisonné par une nature qui renforce l’enfermement autant qu’elle ouvre la porte vers l’inconnu (la liberté ?), tout se joue en permanence sur le fil, entre le malaise et le plaisir de vivre intensément les choses. Ces jeunes étudiants, futurs boxeurs professionnels, forment un groupe qui exprime la fureur de vivre d’une jeunesse en recherche d’elle-même, parfois trop sûre de sa puissance indestructible.
Nous ressentons l’insouciance matinée de désirs refoulés et de petits jeux où l’on teste les limites de l’amitié. Une amitié qui se construit à travers les épreuves et qui n’est pas donnée d’avance. Pour rendre ces rapports humains crédibles, Valéry Carnoy peut compter sur des comédiens exceptionnels qui ne sont jamais dans le surjeu ni dans la carricature, alors qu’ils incarnent des personnages particulièrement fébriles qui pourraient être si typés.
Ce groupe, composé d’origines sociales et culturelles multiples, a l’allure d’une meute soudée dans laquelle les jeunes sont filmés dans leur dimension animale, belle et sulfureuse. L’excitation, exacerbée par l’ego et la quête de la réussite, où tout n’est que pulsion, fait des corps une matière incontrôlable, plus forte que l’esprit. Mais la force et la subtilité du film est de ne pas enfoncer tout le temps le même clou. Ces étudiants ne sont pas que des êtres surexcités. Ils peuvent aussi cacher leur souffrance et, parce que rejetés par certains, se rapprocher d’autres dans un mouvement permanent de nouvelles relations et de nouveaux émois.
Que veut dire être affaibli quand on fait partie d’une équipe de boxeurs conquérante ? À la fin d’une journée d’entraînement, dans les vestiaires, Camille tape une canette sur son front, pas qu’une seule fois comme ses équipiers qui l’entourent, non. Plutôt deux, trois, quatre, cinq… Jusqu’à atteindre la douleur et faire couler le sang. Avoir mal, est-ce pour autant reconnaître que l’on est faible ?
La Danse des renards est de son temps car il met le doigt sur la violence d’une société qui glorifie encore trop souvent la virilité et l’arrogance comme preuves de réussite, de compétence et de crédibilité. La matière réaliste du film se nourrit d’inspiration plus poétique et se loge aussi souvent à la source d’un cinéma de genre fantastique. La longue cicatrice sur le bras de Camille, à bien y regarder, pourrait symboliser un virus sur le point de rentrer dans son corps. Elle l’obsède, lui apporte de la souffrance et lui fait découvrir son impossibilité à redevenir invincible. Quand Camille surprend une de ses condisciples en train de jouer de la trompette au cœur de la forêt, son regard exprime la fébrilité de vivre un instant en suspension au cœur d’un film hyper masculin, aux portes du romantisme.
Réussir, c’est fondamentalement trouver son équilibre intérieur une fois pour toutes, si loin par exemple des médailles et des prix gagnés sur un ring de boxe et qui pèsent bien peu de choses à côté. En film initiatique qu’il est, La Danse des renards dit la beauté des gestes simples, ce que l’on peut accomplir quand on est apaisé, quand on n’a plus peur ni mal et qu’on est prêt à affronter la vie, intègre et rassuré. C’est déchirant.
Nicolas Bruyelle, les Grignoux
En présence de Valéry Carnoy (réalisateur)
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