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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux consacré à
Boyz'n The Hood
de John Singleton
USA, 1990, 1h52

Le dossier consacré à Boyz'n The Hood s'adresse aux enseignants et aux animateurs qui verront ce film avec un jeune (à partir de quinze ans environ). L'extrait qui suit est tiré d'une analyse originale du film, qui s'attache notamment aux moyens utilisés par les scénaristes pour favoriser l'identification du spectateur aux différents personnages. Contrairement à d'autres dossiers plus récents réalisés par Les Grignoux, celui-ci ne propose pas d'animations qui peuvent être mises en oeuvre imméidatement après la projection. Il s'agit d'un travail original de vulgarisation qui peut être consulté par toutes les personnes intéressées par ce film et par les thèmes qu'il aborde.

Conflit de personnalités

Le réalisme du film (qui s'oppose ici à son caractère «idéologique») tient surtout à la personnalité des différents personnages mis en scène: ceux-ci ne sont pas en effet des marionnettes destinées à illustrer des idées simples (le bien, le mal, le vrai ou l'erreur) mais des individus complexes et contradictoires, de chair et de sang.

Ainsi, Furious, qui incarne peu ou prou la vérité, ne nous est pas immédiatement sympathique: lorsqu'il oblige, le premier jour de son séjour, son fils à ramasser pendant une longue après-midi les feuilles répandues sur sa pelouse, le spectateur ne peut sans doute s'empêcher de trouver qu'il exerce avec beaucoup d'arbitraire son autorité paternelle. Impression renforcée lorsqu'il exige de son fils qu'il fasse la plus grande partie des tâches ménagères. Ce n'est dès lors qu'au fil du récit que le spectateur sera amené à comprendre la justesse des positions de Furious. Néanmoins, le réalisateur ne lui donnera jamais l'occasion de tirer explicitement la leçon des événements qui lui donnent en définitive raison: Singleton a bien sûr voulu ainsi éviter de donner à son film un ton trop moralisateur.

Le personnage de Tre est lui aussi construit de façon nuancée de manière à donner au spectateur l'impression d'un individu réel et non pas d'une marionnette destinée à servir un propos. Tre réalise manifestement l'idéal éducatif de son père: il travaille, étudie, ne traîne pas dans la rue, ne se drogue pas, ne «deale» pas, ne prend pas de risques quand il fait l'amour Si Tre incarne ainsi les valeurs de Furious, le spectateur doit cependant constater qu'il a bien changé depuis que son père a pris en charge son éducation: le petit garçon qui se battait en classe avec ses condisciples et qui était partant pour tous les mauvais coups (comme aller voir un cadavre) avec ses copains, est devenu un adolescent élégant, presque trop sage mais qui visiblement n'en impose pas à ses amis. Paradoxalement, il a l'air moins mûr qu'eux qui sont déjà en charge de famille comme Ricky ou ont déjà connu la prison comme Doughboy: surtout, il est toujours puceau, ce qui ne manque pas de provoquer l'hilarité de Ricky et le mépris de Doughboy (qui insulte d'ailleurs tout le monde). Autrement dit, le spectateur peut avoir légitimement l'impression que l'éducation de Furious l'a finalement rendu timide, peu entreprenant et manquant de cette virilité qui caractérise tous les jeunes hommes du ghetto (on se souvient qu'il pleure devant Brandi). Finalement, il faudra une réflexion nuancée au spectateur pour comprendre que c'est Tre qui prendra, au moment le plus tragique, la décision la plus sage et peut-être la plus courageuse, celle de renoncer à la vengeance.

Reste le personnage de Doughboy, sans doute le plus complexe et le plus ambivalent du film. D'un point de vue idéologique, il incarne toutes les failles et les erreurs d'éducation commises dans la communauté noire, qui conduisent les adolescents sur la voie du crime, du trafic de drogue et de la violence. Le personnage restera cependant toujours sympathique, et ni Tre ni Furious ne le condamneront jamais. Sa personnalité ne manquera pas d'ailleurs de fasciner une grande partie des spectateurs: lui qui, enfant, était un petit gros, toujours plus ou moins ridicule, est devenu, comme le dit Tre, une «baraque» pendant son séjour en prison. Physiquement, il en impose. Mais en outre, moralement, c'est un personnage dominant, c'est un meneur qui donne des ordres à ses copains, qui mène l'action, qui dirige la conversation, cloue le bec à ses interlocuteurs et a pratiquement toujours le dernier mot par son humour teinté de grossièreté. Et, dans tout ce qu'il raconte, on doit bien reconnaître quelques bribes de vérité comme lors du pique-nique où il fait la leçon à son copain sur les risques du sida.

Il faut par ailleurs savoir que le personnage de Doughboy adulte est incarné par Ice Cube, un «rappeur» très populaire de Los Angeles, auquel la majorité des jeunes spectateurs noirs s'identifient spontanément. Le personnage incarne peut-être l'erreur, mais c'est lui la personnalité dominante du groupe, le sombre héros qui nous fascine et qui va jusqu'au bout de ses passions, de nos passions, les plus fortes et les plus destructrices: la violence, la vengeance et la mort. Et ce n'est que par un effort de la raison que le spectateur ou une partie des spectateurs peut se déprendre de cette fascination et reconnaître que c'est Tre qui incarne la position juste dans cette tragédie.

Doughboy est ce qu'on peut appeler un personnage romantique: c'est un mal-aimé, rejeté par sa mère, dans lequel nous retrouvons cette part de nous-mêmes qui, un jour ou l'autre, a souffert du même manque d'amour; et c'est une espèce de fou qui sacrifie toute considération raisonnable à une passion absolue (et subjectivement légitime), la vengeance. Il ose ainsi aller jusqu'au bout de ses passions au mépris de tout danger, de toute réalité, jusqu'à en mourir. Cette attitude absolue, sans concessions, qui ne recule devant rien pour obtenir satisfaction et qui l'obtient finalement (il tue les assassins de son frère), ne peut que fasciner la majorité des spectateurs qui eux font toujours peu ou prou la part des choses: il suffit d'imaginer qu'il ait été arrêté ou même tué avant d'avoir accompli sa vengeance pour voir que le caractère fascinant du personnage tient en grande partie au fait que le scénario lui permet (ainsi qu'au spectateur) de satisfaire sa pulsion destructrice.

Ainsi c'est au spectateur qu'il appartient finalement de faire le partage entre le coeur et la raison, entre la folie imaginaire et les nécessités d'un monde contraignant, entre Doughboy qui va au bout de sa passion destructrice et Tre qui refuse de sacrifier un avenir à l'absolu du temps présent. A ce niveau, l'on voit ce que le film a d'ambigu et comment son didactisme est souterrainement combattu par la fascination pour un personnage qui ressemble beaucoup à un ange déchu.