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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Les Choristes
de Christophe Barratier
France, 2004, 1 h 35

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront le film Les Choristes avec leurs élèves (entre onze et quinze ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en œuvre en classe après la vision du film.

Un film nostalgique?

Les Choristes a suscité dans une partie de la critique des réactions parfois très négatives, dues en particulier à l'aspect supposément «passéiste» du film [1]. L'on a d'ailleurs rapproché ce film d'une émission dite de «télé-réalité» (diffusée par la chaîne M6), le Pensionnat de Chavagnes, qui place des jeunes d'aujourd'hui dans un pensionnat recourant aux méthodes autoritaires d'antan, mais également des réformes de l'enseignement promues par le gouvernement français (et son ministre de l'enseignement François Fillon) à l'automne 2004 et destinées à restaurer le prestige de maîtres, tout en recentrant les missions de l'école autour des savoirs «fondamentaux». Tous ces phénomènes participeraient d'un esprit conservateur sinon réactionnaire, incapable de faire face aux transformations de la société actuelle, caractérisée par sa diversité ethnique, sociale et culturelle: on rêverait ainsi d'une France ancienne, où l'autorité était «naturellement» respectée et où les classes étaient peuplées de jeunes issus du «terroir» et croyant fermement aux vertus scolaires...

Une telle interprétation, sans être nécessairement fausse, est néanmoins unilatérale: l'internat du «Fond de l'Étang» n'est certainement pas décrit comme un modèle éducatif à suivre ou à imiter, et le caractère inutilement répressif, arbitraire et injuste du système promu par le directeur M. Rachin est clairement souligné et même caricaturé (avec sa ritournelle absurde «action-réaction!»). Dans ce contexte, monsieur Clément Mathieu apparaît plus comme une exception ou un contre-exemple que comme le représentant idéal d'une époque enchantée: il devra lutter contre les injonctions de monsieur Rachin et il sera finalement rejeté par l'institution dont il ne respecte évidemment pas l'esprit. Son action, tout à fait isolée, restera au final extrêmement limitée dans cette société dont le film montre par ailleurs l'étroitesse d'esprit et le conformisme moral. On se souviendra en particulier de l'opprobre qui pèse sur la mère de Pierre Morhange parce qu'elle est célibataire et qu'elle doit travailler pour élever seule son enfant (ce qui suffit à la faire considérer comme une «putain»). Clément Mathieu et Violette Morhange, deux personnages montrés avec une évidente sympathie par le film, sont donc plutôt des «marginaux» dans une époque particulièrement sombre.

D'autres interprétations sont ainsi possibles, et certains ont même pu parler d'un «film d'avenir» porteur d'un «idéal utopique»: «Il refuse de souscrire au découragement général devant les difficultés actuelles de l'éducation, et prouve que les sauvageons sont éducables. C'est cet optimisme contre vents et marées qui est plébiscité. Par les enfants et adolescents soulagés de ne plus être regardés comme des mutants incompréhensibles et immaîtrisables. Par les adultes également, à qui il est montré que le lien avec la génération nouvelle n'est pas forcément d'ordre pathologique, que leurs enfants sont moins à soigner qu'à éveiller.» [2]

Ces interprétations ne sont pas nécessairement compréhensibles pour les jeunes spectateurs, ni même pertinentes (les critiques les plus acerbes visent surtout des spectateurs supposés âgés et nostalgiques), mais elles attirent notre attention sur une dimension importante du film, à savoir la distance historique qui nous sépare de l'univers mis en scène.

La question qui traversera cette animation est donc simplement: en quoi le monde des Choristes est-il encore le nôtre? Et à l'inverse, qu'est-ce qui a changé et qui appartient désormais à un monde révolu?

Pour orienter la réflexion des jeunes participants à ce propos, ils seront invités à compléter le questionnaire suivant qui passe en revue une série d'éléments du film dont on peut se demander s'ils sont encore d'actualité.


Une image du passé?

D'hier ou d'aujourd'hui?

Voici une série d'éléments qui apparaissent dans le film les Choristes. À votre avis, est-ce que ces différents éléments appartiennent au passé, ou sont-ils encore d'actualité? Sont-ils révolus ou bien toujours présents? Sont-ils d'hier ou d'aujourd'hui? Vous pouvez nuancer vos réponses sur chaque échelle (à droite)
Un internat de rééducation pour des enfants en difficulté comme «le Fond de l'Étang»
Les vêtements des enfants (notamment les culottes courtes)
Les coupes de cheveux
Le caractère unisexe de l'institution
L'absence d'enfants étrangers ou d'origine étrangère
La mauvaise réputation d'une femme comme Violette Morhange, mère célibataire
Les moqueries à l'égard de certains condisciples comme celles que subit Pierre à cause de sa mère
Des mauvaises blagues comme celle faite au père Maxence
Les insultes à l'égard des professeurs ou surveillants («crâne d'obus»)
Les moqueries à l'égard des adultes (la caricature de Clément Mathieu au tableau)
Un directeur autoritaire comme Monsieur Rachin
Des punitions sous forme de travaux d'intérêt général
Des enfants enfermés au cachot
Les punitions collectives ou choisies au hasard
Une punition injuste (le directeur frappe un des élèves à qui il ordonne d'avancer «en silence» alors qu'il n'a rien dit)
Un bâtiment austère sans décoration comme «le Fond de l'Étang»
Les choix musicaux de Clément Mathieu
Des orphelins comme Pépinot
Des enfants «difficiles» comme Mondain
Un enseignant ou un éducateur comme Clément Mathieu
Un professeur de mathématiques comme celui des Choristes
Autre chose?  

 

Prolongement

Le questionnaire précédent pourra servir de base à la discussion: on pourra le compléter avec l'encadré des pages suivantes, qui sera lu par les élèves à partir de douze ans environ ou dont l'enseignant utilisera les éléments qui lui paraissent les plus pertinents, pour orienter la réflexion des participants.

Le film les Choristes permet aux jeunes spectateurs de prendre facilement conscience des transformations — notamment matérielles — qui ont affecté les sociétés occidentales depuis plus d'un demi-siècle. L'évolution des mœurs est également palpable, mais, comme on essaie de le montrer dans le texte en encadré, ces transformations n'impliquent pas nécessairement une rupture totale avec ce passé. On remarquera notamment que les valeurs défendues par les uns et les autres, ainsi que les conflits qui accompagnent l'affirmation de ces valeurs, sont généralement très stables au cours du temps (au moins des cinquante dernières années): ainsi, l'opposition sur le plan pédagogique entre les partisans de l'autorité des maîtres et les défenseurs d'une démarche plus participative des enfants est toujours d'actualité. Sur ce point, il convient de ne pas travestir le propos du film qui prend nettement position en faveur du personnage de Clément Mathieu et de sa volonté de partager sa passion musicale avec les enfants, ce qui ne signifie pas qu'il renonce à toute autorité puisqu'il intervient fermement pour protéger Pépinot des agissements de Mondain. Même s'il ne l'explicite pas en tant que tel, Mathieu cherche d'abord à susciter l'intérêt et le désir des enfants, indispensables à ses yeux pour leur implication et leur éventuel apprentissage. On remarquera à ce propos que la musique est une «matière» aujourd'hui comme hier peu valorisée à l'école (par rapport notamment aux mathématiques et à la langue maternelle, que l'on qualifie facilement de «fondamentaux»): mais le film prend nettement parti pour ce genre d'«éducation artistique» qui peut favoriser l'épanouissement personnel et donc le bien-être des enfants. Ainsi, les Choristes, bien qu'il se situe dans les années d'après-guerre, défend des valeurs qui sont encore actuellement au cœur du débat pédagogique.

Sans doute, le film est visiblement optimiste, et le surveillant ne rencontre pas de véritables difficultés pour mettre sur pied sa chorale et faire participer ses élèves à cette entreprise: le seul obstacle est en fait représenté par le directeur, monsieur Rachin, qui mettra brutalement fin à cette expérience. Mais aucun des enfants ne refusera de «jouer le jeu», si ce n'est Mondain qui quittera rapidement l'établissement. En ce sens, l'on peut parler d'un film «utopiste» [3] puisqu'il ignore les difficultés qu'une démarche comme celle de Clément Mathieu rencontrerait sur le terrain.

Enfin, on remarquera que le film prend de manière générale parti pour les faibles (les enfants), les exclus (Pépinot), les solitaires (Pierre Morhange), les gens de «mauvaise réputation» (Violette Morhange), contre l'institution, le pouvoir arbitraire et injuste, ainsi que tous ceux qui abusent de leur force ou de leur pouvoir. Sans être héroïque, le personnage de Clément Mathieu montre qu'il est possible de résister à «l'ordre des choses» ou de le transformer de façon positive.

Présent/passé: quelques pistes de réflexion

Lis le texte ci-dessous en commençant par souligner les mots ou les phrases que tu ne comprends pas. N'hésite pas à demander des explications à ton professeur. Ensuite, relis le texte rapidement en soulignant cette fois dans une autre couleur les phrases avec lesquelles tu es particulièrement d'accord ou qui te paraissent tout à fait justes.

Le monde des Choristes est-il un monde révolu? La réponse n'est peut-être pas aussi évidente qu'il n'y paraît de prime abord. Bien sûr, on constate facilement l'absence en 1949 d'un grand nombre d'inventions récentes: il n'y a pas de télévision (devenu un objet courant dans les années 60), pas d'ordinateur ni de console de jeux vidéos (apparus dans les années 80), pas de téléphone portable (fin des années 90), pas de supermarchés non plus, ni de buildings qui se répandront en Europe à partir des années 60... La richesse matérielle était alors beaucoup moindre, surtout dans une institution comme «le Fond de l'Étang». Mais, en dehors de ce développement économique évident, y a-t-il de profondes ruptures entre cette époque et la nôtre?

École et éducation

Si l'on considère le thème principal du film — l'éducation —, il est clair que les méthodes autoritaires de monsieur Rachin ont été mises à mal, notamment au tournant de Mai 68 quand des exigences nouvelles de tolérance, de respect d'autrui, de démocratie, de participation, en faveur également du droit des minorités et de l'épanouissement personnel se sont clairement affirmées et largement répandues dans les sociétés occidentales: on parle ainsi aujourd'hui couramment des «Droits de l'enfant» qui ont fait notamment l'objet d'une Convention adoptée par l'ONU en 1989. Enfermer des enfants dans un cachot, les priver de chauffage sous prétexte que l'argent pour le combustible a été volé, ne prévoir aucun temps de loisir dans une institution comme «le Fond de l'Étang» seraient sans aucun doute des attitudes jugées inacceptables aujourd'hui.

Mais peut-on prétendre, comme certains le font à présent, que toute autorité, notamment scolaire, a disparu et que les enfants sont désormais traités comme des «rois»? Chacun pourra bien sûr donner son avis à ce propos, mais on remarquera que les établissements d'enseignement sont très divers avec des règlements parfois très stricts et parfois plus libéraux, avec, dans certains cas, des conseils de participation actifs, dans d'autres non, avec des enseignants très sévères et d'autres moins stricts. Il y a encore des professeurs de mathématiques (ou d'une autre discipline) comme celui du «Fond de l'Étang», il y en a d'autres qui ressemblent plus ou moins à Clément Mathieu et qui recherchent la participation de leurs élèves.

Par ailleurs, des institutions comme «le Fond de l'Étang» destinées aux enfants en difficulté existent encore aujourd'hui, même si elles se sont transformées et respectent sans doute plus les enfants en veillant à leur épanouissement personnel. Néanmoins, il ne faut pas idéaliser les choses, et ces institutions sont très diverses: il existe aujourd'hui des «centres fermés» où peuvent être détenus, un temps limité, certains adolescents délinquants (et où quelqu'un comme Mondain pourrait sans doute se retrouver).

L'évolution historique va sans doute dans le sens d'une diversification des institutions éducatives qui cherchent ainsi à répondre plus ou moins efficacement à la diversité des jeunes auxquels elles ont affaire. Mais il n'y a aucune école qui fonctionne sans règles ni autorité: d'ailleurs l'enseignement est bien obligatoire — pour les enfants et les adolescents —, et cette obligation a même été prolongée dans la plupart des pays occidentaux (généralement jusqu'à seize ans).

Modes et tribus

Beaucoup d'autres éléments présents dans les Choristes, loin d'avoir disparu, existent encore aujourd'hui, même si le paysage d'ensemble paraît plus varié: ainsi, dans le film, tous les hommes adultes (sauf le concierge) portent un costume et une cravate (ou un nœud papillon comme monsieur Rachin), ce qui n'est sans doute plus le cas aujourd'hui, bien que certains (aussi bien des jeunes que des plus âgés) s'habillent encore de cette façon. L'uniformité semble moins grande à présent, alors que les enfants du «Fond de l'Étang» ont tous des culottes courtes, des vêtements sombres et des cheveux courts. En revanche aujourd'hui, les couleurs vives sont à la mode, les coiffures ont toutes les longueurs et toutes les formes possibles, et les shorts, qui ont remplacé les culottes courtes, se portent à la guise de chacun et en fonction du temps qu'il fait... mais, à part les bretelles définitivement disparues, les vêtements des Choristes sont cependant encore portés aujourd'hui.

On remarquera en outre que, si la mode offre une plus grande variété de vêtements aujourd'hui, les groupes d'enfants, d'adolescents ou d'adultes ont tendance à s'habiller de la même façon: dans de nombreuses entreprises commerciales, le «costume-cravate» est de mise, alors que, dans le domaine social ou culturel, l'on préfère des tenues plus décontractées; les jeunes quant à eux obéissent à de multiples modes qui se succèdent ou s'additionnent, faisant apparaître de multiples «tribus» plus ou moins facilement reconnaissables («grunge», «gothique», «trash», «punk», «hip hop»...). Dans ces différents groupes, tous tendent donc à se ressembler comme se ressemblent les enfants du «Fond de l'Étang», même si chacun est en outre attentif à certains détails originaux et personnels.

Ce phénomène de rassemblement de gens qui se ressemblent concerne également la mixité, un des grands phénomènes qui ont affecté le monde éducatif. Dans le monde occidental, la séparation des sexes a été extrêmement rigide pour les enfants et les adolescents jusqu'à la fin des années 1960: filles et garçons étaient scolarisés dans des établissements différents, recevaient souvent une éducation spécifique (par exemple, travaux ménagers pour les filles, bricolage pour les garçons) et devaient obéir à des modèles et des valeurs propres (par exemple, pudeur pour les filles, virilité pour les garçons). Ensuite, la mixité s'est largement imposée notamment en milieu scolaire, et il ne subsiste plus aujourd'hui que quelques établissements (dans l'enseignement privé) non-mixtes.

Cependant, l'on observe facilement que les groupes d'enfants et surtout d'adolescents ont tendance à éviter la mixité: filles et garçons, même s'ils sont dans la même classe, se regroupent généralement entre eux ou entre elles, et des groupes homogènes de garçons (ou de filles) comme celui que forment les Choristes n'apparaissent pas comme quelque chose d'anormal (c'est encore plus flagrant dans le domaine sportif où la séparation des sexes est la règle). Bien sûr, tout le monde ne réagit pas de cette façon, et il existe des groupes mixtes ou des moments de mixité dans la vie scolaire, mais la séparation entre les sexes s'organise plus ou moins spontanément dans la plupart des établissements d'enseignement.

Par ailleurs, on remarque que le monde des Choristes est très homogène du point de vue ethnique: il n'y a pas semble-t-il dans cet établissement d'enfant (ni d'adulte d'ailleurs) étranger ou d'origine étrangère. En ce domaine, les choses ont apparemment beaucoup changé. Mais l'on peut penser que, sur ce point, le film de Christophe Barratier offre une image sans doute simplificatrice sinon déformée de la réalité à cette époque: la France a connu depuis le 19e siècle de nombreuses vagues d'immigration venues de Belgique, d'Italie, de Pologne, puis d'Afrique du Nord, mais également de façon moins importante de Russie, d'Arménie, d'Espagne, du Portugal, etc. À chaque fois, ces nouveaux immigrants ont suscité, dans une partie de l'opinion publique française, des réactions de rejet, de xénophobie et parfois de racisme. Ces flux migratoires ont été plus ou moins importants, et il est difficile d'estimer s'il y a «plus» d'immigrés aujourd'hui que dans les années 1950 (notamment parce qu'il n'est pas possible de définir quand une personne immigrée ne doit plus être considérée comme telle: après cinq, dix ou quinze ans? quand elle a acquis la nationalité française? si elle est enfant d'immigrés mais née en France?). Mais il est certain que la société française de l'après-guerre était déjà une société plus «mélangée» que dans le pensionnat des Choristes.

Les comportements

Enfants et adolescents d'aujourd'hui se reconnaîtront-ils (en tout ou en partie) dans les comportements des pensionnaires du «Fond de l'Étang»? Les jeunes spectateurs auront sans doute leur mot à dire à ce propos, mais l'on peut penser que, sur ce point, les changements sont sans doute peu importants: les jeunes d'hier et d'aujourd'hui chahutent, se moquent de certains de leurs enseignants, disent facilement des gros mots, sont parfois très cruels avec certains de leurs camarades, font des blagues qui parfois tournent mal... Face à l'autorité, tous réagissent à certains moments de façon indisciplinée, que ce soit par simple jeu (raconter des blagues...), par paresse (manquer un cours) ou par esprit de rébellion (chahuter).

Y a-t-il en ce domaine une évolution et constate-t-on par exemple une augmentation générale de l'indiscipline ou des «incivilités» (gros mots, agressions physiques ou verbales...)? Certains le pensent et l'affirment, mais le film montre bien qu'il y a toujours eu des élèves «difficiles», comme Mondain, qui, à un certain moment, refusent l'autorité, se rebellent et peuvent même commettre des délits (comme mettre le feu à un établissement scolaire).

Il faut cependant relever une évolution importante en ce domaine: l'allongement de la scolarité a en effet entraîné une augmentation importante de la population scolaire. À cause de cette obligation (jusqu'à 16 ans au moins), mais également poussés par leurs parents, de plus en plus de jeunes vont à l'école, et de plus en plus longtemps. Même les élèves en difficulté poursuivent leur scolarité, souvent en changeant de filière ou d'établissement, alors qu'auparavant ces jeunes se seraient rapidement retrouvés sur le marché du travail: ainsi, beaucoup d'enseignants sont aujourd'hui confrontés à des élèves «difficiles», qu'il s'agisse de difficultés d'apprentissage ou de comportements indisciplinés (ou bien des deux).

On peut donc dire que les problèmes d'éducation comme ceux que connaît Clément Mathieu sont de plus en plus fréquents et concernent de plus en plus d'établissements scolaires: à chacun alors d'apprécier les solutions trouvées par le surveillant. Sont-elles pertinentes? Est-il possible de retrouver la confiance des jeunes élèves en difficulté? Est-ce qu'une chorale serait encore capable de susciter l'intérêt et la passion de ces élèves? Qu'est-ce que les élèves d'aujourd'hui attendent de leurs enseignants?

Et les parents...

Pépinot est orphelin et Pierre Morhange a honte de sa mère célibataire... Au sortir de la guerre, les orphelins étaient sans doute plus nombreux qu'aujourd'hui; et à présent, les mères mais aussi les pères célibataires ou élevant seul(e)s leur enfant sont relativement nombreux. Le film les Choristes est-il de ce point de vue complètement dépassé? Et sommes-nous alors incapables de partager les sentiments de Pierre ou de Pépinot?

Ici aussi, l'on peut certainement trouver des situations analogues à celles mises en scène dans les Choristes. Ainsi, l'on remarquera immédiatement que le sentiment de honte éprouvé par Pierre est largement provoqué par ses camarades qui ont trouvé là un point faible sur lequel ils prennent plaisir à appuyer: même si les mœurs de l'époque (en matière de sexualité) étaient effectivement beaucoup plus sévères qu'aujourd'hui, les adultes dans le film semblent à cet égard très réservés, et Clément Mathieu en particulier traite Violette Morhange avec beaucoup de respect. Les enfants trouvent donc facilement des sujets de ridicule, de honte ou de moquerie (parfois très cruelle) que les adultes considèrent souvent avec plus d'indifférence: une coupe de cheveux ratée, un vêtement mal choisi, un gadget à la mode refusé par les parents pourront ainsi devenir de véritables objets de honte pour certains enfants. Et combien d'enfants ou d'adolescents refusent non seulement d'être accompagnés par leurs parents à l'école mais même être vus en leur compagnie dans d'autres circonstances anodines (à la piscine, au cinéma, au magasin)? Enfin, certaines caractéristiques sont vécues par les enfants ou adolescents comme une particularité honteuse, une véritable «tare», un «stigmate», une marque «d'opprobre»: il peut s'agir d'une caractéristique physique (l'obésité, les cheveux roux, la petite taille, la grande taille, tout ce qui sort de la «norme»...) mais également sociale (la supposée «pauvreté» ou «inculture» des parents, leur manière de vivre, le lieu de résidence, l'origine ethnique, etc.).

Ainsi, la situation de Pierre Morhange, loin d'être exceptionnelle ou dépassée, a certainement de nombreux équivalents à notre époque.

À l'inverse, Pépinot est lui en recherche d'affection parentale et il attend tous les samedis que son papa vienne le chercher... Sans doute, être orphelin est particulièrement dramatique, mais de nombreux enfants ou adolescents pourront retrouver chez Pépinot certains de leurs propres sentiments. En effet, les familles recomposées après un divorce ou une séparation sont aujourd'hui très nombreuses, et, si ces situations sont sans doute vécues moins douloureusement qu'un décès parental, elles peuvent néanmoins laisser des traces plus ou moins profondes chez les enfants: dans de telles situations, le sentiment d'abandon ou seulement la crainte de l'abandon sont des sentiments facilement éprouvés. En outre, face à un père ou une mère plus ou moins autoritaire, l'enfant se retrouve facilement dans la situation d'attendre l'aide, le soutien ou la consolation du parent absent (jusqu'à la fin de la semaine ou du mois ou des vacances...).

Mais une telle situation peut même être vécue par les enfants élevés par leurs deux parents: si ceux-ci semblent pour une raison ou une autre injustes, l'on rêve alors facilement d'avoir d'autres parents plus compréhensifs, plus aimants, plus tolérants, plus attentionnés... Comme Pépinot, ne serions-nous pas tous prêts à embarquer dans l'autocar avec un père comme Clément Mathieu?


[1] Il y a eu peu de critiques franchement négatives à la sortie des Choristes: c'est le succès du film en France qui a profondément modifié son image et qui en a fait l'emblème d'une supposée vague de nostalgie. C'est dans des articles traitant de cette «France passéiste» que l'on trouve alors de brefs jugements, particulièrement négatifs sur les Choristes («une sombre merde» selon Antoine de Baecque dans Libération). L'animation suggérée ici souhaite précisément distinguer l'image du film de son véritable propos, sans doute plus complexe.

[2] Mariette Darrigrand, «Les Choristes, film d'avenir», Libération, jeudi 25 novembre 2004 (page «Rebonds»).

[3] Mariette Darrigrand, loc. cit.