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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Le Dictateur
de Charles Chaplin
USA, 1940, 2h05

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants de la fin du primaire ou du début du secondaire qui verront le film Le Dictateur avec leurs élèves (entre dix et quatorze ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en oeuvre en classe après la vision du film.

Cinéma et fiction

Le Dictateur de Chaplin est pour une part un film de fiction - avec des personnages évidemment inventés comme le barbier juif interprété par Chaplin lui-même ou sa fiancée Hannah - mais cette fiction se réfère également de façon très claire à des faits réels, à l'actualité la plus récente des années 30 et 40, moment où le film est conçu et réalisé: Hynkel est bien sûr une caricature de Hitler, et la Tomania évoque de façon à peine voilée l'Allemagne nazie.

Certaines allusions sont cependant moins évidentes surtout pour les jeunes spectateurs d'aujourd'hui qui n'ont sans doute que des connaissances historiques limitées de cette période. L'animation proposée ici visera donc à amener les élèves à mieux faire le partage entre la vérité et la fiction dans Le Dictateur, d'abord en repérant un maximum d'allusions historiques, ensuite en réfléchissant de manière un peu plus approfondie sur le rôle même de la fiction dans ce film: pourquoi Chaplin a-t-il choisi de réaliser un film de fiction, et non un documentaire, et qu'est-ce que cette part fictive ajoute - ou retranche - à la réalité historique ?

Les allusions historiques

Dans le texte de présentation du film, l'on a déjà relevé plusieurs faits historiques importants qui ont motivé la décision de Chaplin de réaliser Le Dictateur. Ainsi, les lois raciales de Nuremberg et les pogromes comme ceux de «la nuit de Cristal» sont clairement évoqués dans le film; les incertitudes des Juifs allemands hésitant entre l'exil et le risque de voir leur situation empirer encore sous le régime nazi (ce qui allait malheureusement être le cas) sont également bien décrites à travers notamment le personnage d'Hannah qui croit à un moment à une accalmie dans les persécutions raciales avant finalement de se résoudre à fuir en Osterlich que Hynkel va cependant bientôt envahir. Cette Osterlich de fiction est bien sûr le masque de l'Autriche réelle (Österreich en allemand) qui fut annexée par l'Allemagne nazie en mars 1938.

Mais les allusions à l'actualité politique sont beaucoup plus nombreuses et méritent d'être relevées de façon aussi complète que possible. Pour cela, les jeunes spectateurs pourront s'appuyer sur leurs propres connaissances mais aussi sur de la documentation historique, qu'il s'agisse de livres, de revues, de photos, de films... qu'ils rechercheront eux-mêmes ou que l'enseignant pourra leur fournir.

On trouvera dans l'encadré qui suit une série de réflexions à ce sujet: elles pourront être soumises aux élèves pour compléter leurs propres recherches.

Hynkel/Hitler

Hynkel est évidemment une caricature de Hitler: on reconnaît notamment sa moustache, ses uniformes ou encore sa manière de parler lors de meetings ou à la radio. Chaplin montre bien d'ailleurs tous les instruments dont Hitler s'est servi pour constituer son personnage et imposer sa propagande aux Allemands: avec ses uniformes, Hitler aimait ainsi se montrer en militaire, en chef de guerre prêt au combat, par opposition aux autres hommes politiques en civil désignés alors comme des lâches; par ailleurs, en public, il ne discutait pas, il ne parlait pas mais il criait, il hurlait sa haine des démocraties et des Juifs, notamment lors des meetings du parti nazi. Mais à l'égard des «bons» Allemands, il montrait aussi un visage plus aimable comme lorsqu'il posait pour les photographes avec de jeunes enfants sur les bras ou qu'il arborait un costume traditionnel comme celui que porte Hynkel lors de la chasse aux canards sur le lac.
Dans cette propagande, les meetings comme celui mis en scène à la fin du film jouaient un rôle essentiel: ils devaient montrer la force et la puissance des troupes nazies rassemblées autour de leur chef. Un de ces meetings fut d'ailleurs filmé par une cinéaste pro-nazie, Leni Riefenstahl: Le Triomphe de la volonté, film réalisé en 1935, fut largement montré en Allemagne et en Europe pour servir la cause hitlérienne. La scène finale du Dictateur est ainsi une réponse et un démenti apporté à toute cette propagande.
Outre le cinéma, un instrument fut particulièrement important pour diffuser la propagande nazie: la radio. À cette époque en effet, la télévision était inconnue, et les discours de Hitler retransmis essentiellement par la radio ont été largement écoutés par les Allemands de plus en plus favorables à ses propos guerriers et racistes.

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Mais la réalité qui se cachait derrière la propagande est largement dévoilée dans Le Dictateur. Les Juifs sont cantonnés dans des ghettos où ils subissent les violences des bandes armées: SA et SS ont d'ailleurs exercé des violences bien pires que celles montrées dans le film. Des détails comme le mot «Jew» («Juif») inscrit sur la vitrine d'un magasin sont authentiques, les nazis voulant ainsi dissuader les «Aryens» d'acheter dans les magasins juifs (marqués d'un «Jude» en allemand).
Finalement, le barbier va connaître un sort plus dramatique encore puisqu'il sera envoyé dans un camp de concentration : ici aussi, le fait est véridique puisque les nazis ont ouvert les premiers camps de concentration dès leur arrivée au pouvoir (Dachau en 1933, Buchenwald en 1937). Ils y enfermèrent des Allemands opposés au nazisme et des Juifs arrêtés arbitrairement lors de pogromes [c'est-à-dire des manifestations violentes dirigées contre les Juifs] comme «la nuit de Cristal». Très vite, les violences exercées dans ces camps furent connues à l'étranger même s'il ne s'agissait pas encore de véritables camps d'extermination (comme Auschwitz qui sera équipé fin 1941 de chambres à gaz).

On rappellera également que Hynkel suspend les persécutions contre les Juifs quand il essaie d'obtenir de l'argent du banquier juif Epstein (quand celui-ci refusera, il relancera les persécutions): ici aussi, Chaplin fait référence à des faits réels, à savoir que les nazis ont pris toute une série de mesures pour déposséder les Juifs de leurs biens et notamment les plus fortunés d'entre eux comme la famille des banquiers Rothschild (dont une branche était installée depuis des siècles en Allemagne). Jusqu'à l'entrée en guerre, les nazis forcèrent par toutes sortes de moyens les Juifs à quitter le pays mais ils les empêchèrent également de transférer leur argent à l'étranger: les Juifs pouvaient donc quitter le pays mais ils étaient ruinés.

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Outre la répression politique et le racisme des nazis, Chaplin dénonce la volonté guerrière de Hitler: contrairement à beaucoup de ses contemporains, le cinéaste était bien conscient que la volonté de domination militaire de Hitler ne se limiterait pas à quelques régions frontalières l'Autriche, la Tchécoslovaquie mais menaçait la paix mondiale. La scène où l'on voit Hynkel jouer avec une mappemonde montre bien la mégalomanie du personnage, c'est-à-dire sa folie consistant à croire qu'il peut devenir le maître du monde.
Un dernier détail trahit également la mégalomanie de Hynkel/Hitler, sa volonté de toute-puissance : la démesure de son palais où il est obligé d'appeler sa secrétaire avec une trompette! La folie des grandeurs de Hitler s'est en effet traduite par des constructions monumentales comme la «Chancellerie du Reich» construite en 1938 où la salle des ministres faisait, paraît-il, plus de 600m2.

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Autour de Hynkel, on trouve des personnages secondaires qui sont également inspirés de personnalités authentiques du régime nazi. Ainsi, le conseiller Garbitsch, qui accompagne notamment Hynkel pendant les «négociations» avec Napaloni, est certainement inspiré de Joseph Goebbels qui était le ministre de l'Information et de la propagande dans le régime hitlérien: c'est lui en particulier qui diffusa de façon la plus active la haine des Juifs dans l'Allemagne nazie. Le conseiller militaire Herring est quant à lui la caricature évidente de Hermann Göring, le commandant de l'armée de l'air allemande: comme Herring, Göring se caractérisait par sa large taille, son goût pour les décorations et les uniformes voyants, son arrogance mais également sa soumission à Hitler.
(En revanche, le personnage de Schultz auquel le barbier sauve la vie pendant la première guerre mondiale ne parait pas inspiré d'une personnalité nazie précise: il s'agit essentiellement d'un personnage de fiction.)

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Plus important sans doute est Napaloni, le dictateur de «Bacteria», rival de Hynkel, et qui est directement inspiré de Benito Mussolini, le dictateur fasciste italien. Il faut savoir que Mussolini prit le pouvoir en Italie dès 1922 et qu'il apparaissait ainsi un peu comme le «modèle» ou «l'aîné» de Hitler. Il y eut pendant toute l'avant-guerre une petite concurrence entre Hitler et Mussolini qui étaient en fait alliés contre les démocraties mais qui prétendaient chacun être «le plus grand dictateur»: c'est pour cela que Garbitsch a l'idée par exemple de «rabaisser» Napaloni en le faisant s'asseoir sur un fauteuil à ras de terre, ou que Napaloni se félicite d'être plus acclamé que Hynkel lui-même. (La seconde Guerre mondiale modifiera cependant les rapports entre Hitler et Mussolini, l'armée allemande se révélant très supérieure dans ses conquêtes à l'armée italienne, au moins jusqu'en 1942).

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Il y a bien d'autres détails historiques très reconnaissables dans le film: ainsi, la «grosse Bertha» était bien un énorme canon utilisé par les Allemands pendant la première Guerre mondiale pour bombarder Paris; les uniformes des troupes de choc de Hynkel ressemblent aux uniformes nazis (notamment ceux des SA qui étaient surnommés «les chemises brunes») tandis que la forme de leurs casques rappelle celle des casques allemands à pointe de la première Guerre mondiale; et bien sûr l'insigne du parti de Hynkel, une double croix affichée partout, est un décalque ironique de la croix gammée...

Le Dictateur dans l'histoire

Pour comprendre correctement le Dictateur de Chaplin, il faut absolument tenir compte du moment de sa réalisation entre 1938 et 1940. Le schéma ci-dessous (cliquez sur l'image pour obtenir une version agrandie) permet de situer le film dans son contexte historique précis. On trouvera d'autres commentaires de ce schéma dans le dosssier imprimé.