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Grignews

Le journal

Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Balzac et la petite tailleuse chinoise
de Dai Sijie
France, 2002, 1h56

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront le film Balzac et la petite tailleuse chinoise avec leurs élèves (entre quatorze et dix-huit ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en oeuvre en classe après la vision du film.

Animation: L'ellipse temporelle

Objectif

  • Combler le vide narratif produit par l'ellipse temporelle qui sépare la jeunesse des deux adolescents et l'épilogue du film (en gros, une période qui s'étend sur un bon quart de siècle)

Méthode

  • Reconstruire les grandes étapes du parcours de Ma et de Luo ainsi que l'évolution de la société chinoise:
    • Que sont devenus Ma et Luo? (Où vivent-ils? Quelle est leur situation professionnelle et familiale? leur statut dans la société?)
    • Que peut-on induire sur le plan de l'évolution historique?
    • Qu'est-ce qui a beaucoup changé en Chine?
    • Qu'est-ce qui a peu changé?
  • Imaginer la scène qui aurait pu se produire juste après le départ de la Petite Tailleuse (les réactions de Ma et de Luo, le dialogue qu'ils auraient pu avoir)
Activité à mener en petits groupes d'élèves

Déroulement et commentaire

Dans le cadre de cette animation, dont le but est d'amener les jeunes spectateurs à combler, sur base de l'épilogue du film, le vide créé par la longue ellipse temporelle qui sépare l'histoire de son dénouement, on demandera aux élèves, répartis en petits groupes de travail, de retracer sommairement le fil des grands événements qui ont bien pu se produire entre ces deux périodes éloignées dans le temps. Manifestement la Révolution culturelle, qui devait avoir pour effet la rééducation par les paysans de millions de jeunes issus des milieux intellectuels et bourgeois (avec «trois chances pour mille» seulement pour eux de regagner un jour la ville) a pris rapidement fin. On peut supposer que le régime s'est alors libéralisé, permettant à Luo de faire des études universitaires qui devaient le conduire à devenir «un des pontes de la médecine dentaire» à Shanghai, l'une des plus grandes villes chinoises, à poursuivre en quelque sorte la carrière interrompue de son propre père. Ma, quant à lui, a choisi de s'exiler et de s'installer en France pour se consacrer entièrement à sa passion: la musique. Il semble vivre seul, tandis que Luo est marié et père de famille. Tous deux vivent manifestement dans un certain confort moderne, bien loin des conditions de vie misérables qui étaient les leurs à l'époque de la Révolution culturelle. La façon dont se passent les retrouvailles entre les deux amis montre qu'ils se sont perdus de vue depuis longtemps.

Dans la Montagne du Phénix du Ciel, par contre, le mode de vie semble avoir peu évolué: les endroits fréquentés par les adolescents n'ont pratiquement pas changé, présentant un aspect immuable d'autant plus touchant qu'ils vont définitivement disparaître. Les souvenirs des deux hommes sont très forts et très vivaces. Par contre, les vieux villageois, interrogés par Ma dans le reportage vidéo qu'il tourne sur place, se souviennent vaguement des rééduqués, doivent fouiller leur mémoire pour retrouver leurs noms. Ils ont surtout retenu qu'ils racontaient bien les histoires. Apparemment pour eux, la vie a continué sans grosse rupture, sans que la fin de la Révolution culturelle ne constitue un événement fort marquant. Quant à la Petite Tailleuse, elle a disparu des mémoires au village, et Luo n'a jamais réussi à la retrouver malgré ses recherches dans plusieurs villes importantes du pays.

Les élèves écriront en quelques mots leur propre version des événements. À la fin de l'exercice, une discussion en grand groupe sera ouverte, de manière à dresser quelques grands constats sur ce morceau d'histoire absent du film.

On prolongera ensuite la réflexion par un exercice plus créatif, relatif à une scène précise, non évoquée mais néanmoins importante. Avant l'épilogue, qui nous révèle le départ de la Petite Tailleuse, le film se clôture sur la fête organisée par les trois adolescents pour l'anniversaire du grand-père. Ma et Luo discutent en aparté. Ils sont très fiers d'avoir fait sortir leur copine de son ignorance. Grâce à eux, désormais, elle s'exprime bien. Ils se félicitent de ne pas lui avoir lu des romans pour rien. On passe ensuite brutalement à l'épilogue du film, sans se rendre compte à ce moment-là de l'impact incroyable qu'auront eu effectivement leurs lectures sur la destinée de la jeune fille. L'étape suivante consistera à inventer une scène qui aurait pu se dérouler juste après le départ inattendu de la Petite Tailleuse. Imaginons que Ma et Luo se retrouvent seuls, désemparés par le vide créé par son absence, mais aussi partagés par des sentiments ambivalents: en faisant de la Petite Tailleuse une jeune fille cultivée, libre et capable de développer des idées, ils se sont mis en situation de la perdre définitivement. Que vont-ils bien pouvoir faire? Que vont-ils bien pouvoir se dire? Pour écrire cette courte scène, les élèves seront toujours répartis en petits groupes. Une alternative pourrait être de former des équipes de deux condisciples, qui improviseraient tour à tour un dialogue autour de cet événement douloureux pour les amis de la Petite Tailleuse, qui se retrouvent d'une certaine manière pris au piège de leurs propres ambitions.

Après cet exercice d'imagination, l'enseignant pourra expliquer aux élèves que le film de Dai Sijie est adapté d'un livre dont il est aussi l'auteur, que ces deux récits sont inspirés de son histoire personnelle mais aussi largement romancés. Les deux récits ne sont donc pas tout à fait identiques, le livre comportant des épisodes qui n'apparaissent pas dans le film, et vice et versa. En guise de prolongement, on suggérera aux élèves qui ont montré de l'intérêt pour l'activité de lire un extrait du livre, qui décrit précisément leurs réactions et leur état d'âme. Une discussion en grand groupe sera ensuite ouverte autour des diverses versions (la version littéraire de Dai Sijie ainsi que les versions imaginées par les élèves).

Ce qui se passe après le départ de la Petite Tailleuse
dans le roman de Dai Sijie

À l'instant où un violon se mit à jouer un air funèbre, une bouffée de vent surprit les livres en flammes; les cendres fraîches d'Emma s'envolèrent, s'entremêlèrent à celles de ses compatriotes carbonisés, et s'élevèrent dans l'air flottant.

Cendreux, les crins de l'archet glissaient sur les cordes métalliques luisantes où se reflétait le feu. Le son de ce violon, c'était le mien. Le violoniste, c'était moi.

Luo, l'incendiaire, ce fils de grand dentiste, cet amant romantique qui avait rampé à quatre pattes sur le passage dangereux, ce grand admirateur de Balzac, était à présent ivre, accroupi, les yeux fixés sur le feu, fasciné, voire hypnotisé par les flammes dans lesquelles des mots ou des êtres jadis chers à nos coeurs dansaient avant d'être réduits en cendres. Tantôt il pleurait, tantôt il éclatait de rire.

Aucun témoin n'assista à notre sacrifice. Les villageois, habitués au violon, préférèrent certainement rester dans leurs lits chauds. Nous avions voulu inviter notre vieil ami, le meunier, à se joindre à nous avec son instrument à trois cordes, pour chanter ses «vieux refrains» lubriques en faisant onduler les innombrables et fines rides de son ventre. Mais il était malade. Deux jours auparavant, il avait déjà la grippe.

L'autodafé continua. Le fameux comte de Monte-Cristo, qui avait jadis réussi à s'évader du cachot d'un château situé au milieu de la mer, se résigna à la folie de Luo. Les autres hommes ou femmes qui avaient habité dans la valise du Binoclard ne purent y échapper non plus.

Même si le chef du village avait surgi devant nous à ce moment-là, nous n'aurions pas eu peur de lui. Dans notre ivresse, on l'aurait peut-être brûlé vivant, comme s'il avait été lui aussi un personnage littéraire.

De toute façon, il n'y avait personne d'autre que nous deux. La Petite Tailleuse était partie, et ne reviendrait plus jamais nous voir.