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affiche du film A lua platz

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A lua platz

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  • Réalisé par
    Jeremy Gravayat
  • Distributeur
    Celluloid dreams
  • Langue
    roumain
  • Pays d'origine
    France
  • Année
    2018
  • Durée
    1:34
  • Version
    Version originale sous-titrée en français

La Courneuve, 1966, 1972, 2013, 2018, demain… Entre deux autoroutes qui ne cessent de bourdonner, des exilés tentent de se poser. Chassés de leurs bidonvilles, de leurs tentes igloo, des chantiers sur lesquels ils essayent de récupérer un peu de fer pour le revendre à 8 centimes le kilo, ils errent. A lua platz (« Prendre place ») rend visible cette errance pour écrire une histoire en train de se faire, malgré tout

Dès le premier plan de A lua platz, le décor est planté : deux hommes, dans l’espace exigu d’une voiture, tentent d’appeler quelqu’un qui pourra leur trouver un toit pour la nuit. À partir de cette scène inaugurale, le film de Jeremy Gravayat, qui se nourrit souvent de l’observation participante, nous raconte la difficulté pour quelques familles roumaines de s’arrêter, d’être (de) nulle part, de se voir exclues de tous les plans d’urbanisme « sociaux ». Mais A lua platz n’est pas seulement un documentaire réalisé au plus près d’une réalité souvent cachée par quelques bâches ou tôles ondulées.

C’est aussi un retour tout en poésie sur cette question lancinante : que peut encore le cinéma documentaire aujourd’hui ? Jeremy Gravayat y répond par des images et des sons. Grâce au montage d’abord, une moitié de siècle défile sous nos yeux. Un entrelacs d’images d’archives et de plans récents démontre, sans aucun commentaire en voix off, que depuis les années 1960 on démolit des logements de fortune pour construire d’autres logements, qu’on rasera bientôt, avant d’en bâtir de nouveaux. Hier comme aujourd’hui, les travailleurs de cette histoire circulaire sont des exilés qui désamiantent, démembrent pour reconstruire ailleurs, avec cette seule certitude au bout du chantier : les nouveaux logements ne seront pas pour eux. Les séquences de témoignages ensuite nous disent également ce que peut encore le cinéma. « Quand la caméra s’arrête, ma tête se remplit de souvenirs ; mais dès qu’elle s’allume, on dirait qu’ils s’envolent » nous dit un des protagonistes.

Alors A lua platz prend le temps, le temps d’une parole difficile. Et lorsque les mots manquent, des plans fixes prennent le relais pour dire toute l’absurdité d’un système qui protège des maisons vides, comme celui d’un squat dont on murera bientôt les portes et les fenêtres et que jouxte un panneau annonçant un « emplacement publicitaire disponible ». Et pourtant, au bout du documentaire de Jeremy Gravayat qui rappelle que la ségrégation sociale tourne à plein régime, il y a cet espoir, concrétisé par le film lui-même : que le documentaire peut encore offrir un lieu où se poser pour qu’y existent des paroles, des visages, des histoires.
JEREMY HAMERS, ULIÈGE

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