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Un dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré à
Coeur de dragon - Dragonheart
de Rob Cohen
USA, 1996, 1h39

Le dossier pédagogique consacré au film Coeur de dragon de Rob Cohen est aujourd'hui épuisé. Mais nous l'avons mis à la libre disposition des personnes intéressées, car il propose une méthodologie originale, adaptée aux élèves de la fin du primaire (à partir de neuf ans environ) et qui peut être transposée à d'autres films. Ce dossier est disponible au format pdf (facilement imprimable) ou bien peut être consulté ci-dessous.

Sommaire


Présentation

La vision d'un film ne s'achève sans doute pas vraiment lorsque le mot fin s'inscrit à l'écran, et nous tirons souvent une part de notre plaisir cinématographique des discussions que nous pouvons avoir avec nos amis ou nos proches à l'issue de la projection. Ces discussions, outre qu'elles sont l'occasion d'exprimer notre opinion sur le film, nous permettent également de découvrir d'autres points de vue, de confronter nos réactions à celles d'autres personnes, pas nécessairement éloignées mais toujours différentes de nous. Souvent aussi, elles nous font voir des détails que nous avions négligés ou soulèvent des questions auxquelles il n'est pas nécessairement facile de répondre ou qui donnent lieu à des prises de position contradictoires.

On voit par ailleurs facilement l'intérêt de ce genre de discussions pour des jeunes spectateurs qui y trouvent l'occasion de confronter leur point de vue à celui d'autres enfants ou d'adultes et d'ainsi améliorer souvent leur compréhension du film. C'est dans cette perspective que plusieurs chercheurs en pédagogie essaient de promouvoir actuellement des cercles de lecture destinés à favoriser les discussions entre jeunes élèves à propos des livres qu'ils viennent de lire : ces chercheurs essaient notamment de déterminer quelles sont les techniques de conduite de groupe qui produisent les discussions les plus riches et les plus stimulantes.

C'est en se basant sur les résultats de ces recherches (qui se développent pour l'instant essentiellement dans le domaine anglo-saxon[1]) que l'on proposera ici quelques techniques d'animation pour mettre sur pied ce type de cercles de discussion autour d'un film comme C¦ur de dragon.

Le principe de ces cercles de discussion a déjà été exposé dans le dossier pédagogique réalisé par les Grignoux et consacré au dessin animé Balto, chien-loup, dont nous reprenons ici l'introduction : comme on le verra plus loin, la réussite de ce genre d'animations dépend notamment de leur continuité tout au long de l'année scolaire, ce qui explique que nous consacrions plusieurs dossiers à ce thème.

Approche esthétique / approche cognitive

Il y a plusieurs approches possibles d'un film comme il y a plusieurs manières de lire un livre. La première pourrait être appelée informative ou cognitive et recherche essentiellement les informations contenues dans le texte (écrit ou filmique) : c'est cette approche qui est généralement privilégiée dans l'enseignement où l'on essaie par exemple de vérifier que les élèves ont bien compris l'histoire racontée ou le sens général que l'auteur a voulu donner à son texte.

Certains types de textes (appelés justement informatifs) favorisent par ailleurs ce genre d'approche puisqu'ils ont pour but essentiel de nous apporter des informations ou des connaissances sur un état de fait ou sur des événements dont ils veulent rendre compte. En revanche, les textes esthétiques comme les romans ou les films de fiction ont une finalité plus large qui est de plaire au public, de le séduire, de l'impliquer émotionnellement, d'induire chez lui une participation subjective beaucoup plus large et beaucoup plus forte. C'est cette dimension subjective que nous mettons d'ailleurs en jeu lorsque nous discutons d'un film ou d'un roman avec des proches : ce dont nous avons envie de parler, c'est des émotions que nous avons ressenties, des impressions éprouvées, du plaisir ou du déplaisir que nous voulons faire partager.

Ces deux approches ‹ esthétique ou cognitive ‹ ne sont évidemment pas exclusives et forment plutôt un continuum : en discutant de l'impression laissée par un film, je peux très bien m'apercevoir que j'ai mal compris le film, ce qui peut m'amener à réviser mon premier jugement (l'impression esthétique se modifiant sous l'effet d'un jugement de type cognitif). Il est cependant important de garder cette distinction à l'esprit lorsqu'on souhaite mener des groupes de discussion avec des élèves.

Le but de ces discussions n'est pas en effet d'abord de contrôler la compréhension correcte du film par les élèves, mais de leur permettre d'exprimer une opinion personnelle sur ce film : «qu'est-ce le film m'apporte ? qu'est-ce qui me plaît (ou me déplaît) ? qu'est-ce qui m'émeut dans ce film ?» Il y a dans cette approche esthétique une part subjective dont il est important de favoriser l'expression et qui sera pour les élèves la première motivation pour participer aux groupes de discussion.

On verra que les animations proposées ici à propos de C¦ur de dragon partent effectivement des impressions subjectives des jeunes spectateurs, puis fournissent une aide à l'expression des émotions, et enfin suggèrent aux enfants de s'intéresser au sens profond du film qu'ils n'auront peut-être pas spontanément perçu : on passera ainsi de l'affectif au «cognitif», en essayant cependant de toujours ménager une place aux interprétations plus personnelles. Les discussions sur le sens du film porteront notamment sur sa signification d'ensemble, plutôt que sur des détails isolés, à un niveau où des différences d'interprétaion sont effectivement possibles.

Règles de discussion

La mise sur pied de groupes de discussion peut être ponctuelle mais cette pratique sera évidemment beaucoup plus profitable si elle devient régulière en prenant pour objet des films vus récemment ou des livres lus par tous. On verra d'ailleurs que les suggestions faites ici à propos de C¦ur de dragon peuvent facilement s'appliquer à d'autres films ou à des romans.

Pour que ces discussions se révèlent fructueuses, il importe cependant de fixer dès le départ (et éventuellement de rappeler ultérieurement) des règles qui favorisent l'expression personnelle. Celle-ci sera sans aucun doute plus facile dans des petits groupes de quatre ou cinq élèves, petits groupes qui se reformeront lors de chaque séance de discussion, permettant ainsi une meilleure connaissance mutuelle des différents participants et de leurs réactions.

Quelques règles essentielles seront donc énoncées dès le départ :

  • Chacun parle quand il le désire (ce qui suppose aussi que chacun a le droit de se taire).
  • On n'interrompt pas celui qui parle.
  • On écoute et on encourage celui qui parle.
  • On respecte l'avis des autres.
  • On ne parle pas hors du sujet.

Cette dernière règle mérite cependant d'être précisée car la limite n'est pas évidente entre les propos pertinents et ceux qui ne le seraient pas. En même temps, en définissant ce dont on va parler, on peut attirer l'attention des élèves vers des thèmes qu'ils n'auraient peut-être pas eu l'idée d'aborder. Dans le cas d'un film de fiction comme C¦ur de dragon, on peut ainsi suggérer les sujets de discussion suivants :

  • le titre du film;
  • l'histoire racontée par le film;
  • le héros;
  • les autres personnages;
  • les moments qu'on a préférés dans le film;
  • les moments qu'on a moins aimés;
  • les images qui nous ont marqués, dont on se souvient le mieux;
  • les émotions, les sentiments qu'on a éprouvés à certains moments du film;
  • d'autres films ou d'autres histoires sur le même thème;
  • ...

Du côté de l'enseignant

Pour que les groupes de discussion fonctionnent bien, il est indispensable que règne un climat de confiance et que les enfants ne se sentent pas surveillés ni en position d'interrogation : l'enseignant adoptera donc une attitude aussi réceptive que possible (même s'il peut lui arriver de rappeler les règles de discussion énoncées précédemment) afin que chacun puisse s'exprimer sans crainte.

Dans cette perspective, on s'est aperçu que certaines techniques d'intervention fonctionnaient mieux que d'autres.

On évitera ainsi de poser de «fausses questions» qui sont en fait des interrogations déguisées, destinées seulement à vérifier la bonne compréhension du film par les élèves (par exemple : «Pourquoi Bowen renonce-t-il à tuer le dragon qu'il pourchassait ?»). Une fois la réponse donnée, la discussion s'arrête puisqu'elle visait uniquement à satisfaire une demande implicite de l'enseignant. En revanche, une question authentique de l'enseignant n'appelle pas une seule réponse et peut susciter des réactions contradictoires de la part des autres participants (par exemple : «Je me demande pourquoi le dragon accepte d'aider Bowen à rançonner les villageois ?»).

De manière générale, l'enseignant évitera de se situer systématiquement à l'initiative de l'échange et il préférera réagir à certaines interventions des participants : il pourra ainsi donner son avis à la suite d'une déclaration d'un élève, ou bien reformuler cette déclaration pour s'en faire confirmer le sens, ou encore encourager un élève à prolonger son intervention. Comme il est toujours difficile d'intervenir en public, il prodiguera un maximum de réactions positives après les prises de parole des enfants, notamment des plus timides.

Quelques pistes de discussionà propos de C¦ur de dragon

Pour commencer

Une discussion préparée sera évidemment plus fructueuse qu'un entretien où l'on ne sait même pas de quoi on va parler. On peut ainsi suggérer aux élèves de noter dans un carnet aussitôt après la vision du film quelles sont leurs réactions, ce qui leur a plu, ce qui leur a déplu, leurs moments préférés, ce dont ils ont envie de parler avec leurs camarades... (On peut d'ailleurs définir toute une grille de «lecture», reprenant par exemple les thèmes de discussion évoqués ci-dessus, pour leur permettre de diversifier leurs observations).

On supposera cependant ici que les enfants ne sont pas encore familiers de ce type de démarche et on proposera tout d'abord aux élèves de répondre à un petit questionnaire sur leurs premières réactions au film. (Le film, C¦ur de dragon, s'adressant de préférence à des enfants entre huit et douze ans, on a supposé que les enfants seraient capables de répondre à un questionnaire écrit : pour rendre cette tâche plus aisée, l'enseignant peut lire à haute voix les différentes questions avant que les élèves ne donnent leurs réponses. Avec des enfants plus petits, on formera immédiatement des groupes de discussion en leur demandant d'évoquer les scènes qu'ils préfèrent et d'expliquer pourquoi.)

Questionnaire

As-tu aimé le film C¦ur de dragon ? Donne ta réponse en entourant un des chiffres de 0 à 4 (0 signifie que tu n'as pas du tout aimé et 4 signifie que tu as adoré le film) :

J'ai aimé le film :

  • 0 Pas du tout
  • 1 Un peu
  • 2 Moyennement
  • 3 Beaucoup
  • 4 Énormément

Il y a certainement dans le film des scènes qui t'ont marqué(e), que tu as préférées à d'autres. Voici une liste de scènes : peux-tu noter tes trois scènes préférées (1 pour celle que tu as le mieux aimée, 2 et 3 pour les suivantes) ?

  • Bowen, accompagné de la reine et du jeune prince blessé, rencontre le dragon pour la première fois dans sa grotte.
  • Bowen poursuit le dragon, accroché au bout d'un lasso : il est emporté dans les airs à travers une forêt.
  • À la cascade, le jeune roi Einon se bat avec Bowen : le dragon s'interpose et fait fuir le roi.
  • Pour rançonner les paysans, le dragon fait semblant d'être touché par l'énorme carreau d'arbalète de Bowen. Mais il tombe dans une étendue d'eau sans profondeur. Bowen, frère Gilbert, Clara se sauvent sur le dos du dragon.
  • À Avalon où se trouve la sépulture du roi Arthur, Bowen se souvient de ses devoirs de chevalier.
  • Après une longue bagarre, les paysans entraînés par Bowen défont les chevaliers du roi dans la forêt.
  • Le dragon blessé à mort par Bowen se transforme en une constellation.
  • Un autre scène  :

Ce questionnaire n'est qu'un moyen pour lancer la discussion  : quand chacun y aura répondu (l'enseignant peut également remplir le questionnaire), on proposera aux enfants de former des groupes de discussion de quatre ou cinq personnes. On comparera alors les réponses obtenues, et chacun sera invité à expliquer ses choix mais aussi à réagir aux préférences exprimées par d'autres. Pour que ces discussions ne restent pas trop sommaires, l'enseignant devra sans doute inciter chaque intervenant à approfondir son intervention («Pourquoi as-tu aimé cette scène ?» «Qu'est-ce que tu as particulièrement aimé dans cette séquence ?» «Qu'as-tu éprouvé à ce moment-là ?») pour que les autres élèves en comprennent bien le sens, mais aussi solliciter leurs réactions à cette intervention : par exemple, «est-ce que d'autres ont ressenti ou pensé la même chose ?» ou bien «est-ce que tout le monde est d'accord ?» L'enseignant pourra aussi reformuler certaines interventions pour que les autres enfants les comprennent mieux et y réagissent.

Parler de ses émotions

Ce premier questionnaire a essentiellement pour but de détendre l'atmosphère et de susciter les premières réactions mêmes maladroites au film. Parmi celles-ci, on trouvera certainement l'expression d'émotions suscitées par certaines scènes : C¦ur de dragon passe en effet facilement d'un registre à l'autre, du rire aux larmes, de la peur à l'action, de la violence même à une mélancolie plus ou moins forte. Après avoir fait remarquer aux enfants cette caractéristique du film, on peut leur suggérer de passer en revue de façon plus systématique les émotions ressenties lors de la projection.

Deux instruments leur faciliteront la tâche  : il s'agit d'une part d'une liste de scènes du film qui leur permettra de se souvenir de séquences moins marquantes, d'autre part d'une série de termes désignant des émotions diverses, regroupées par «familles».

L'une des difficultés éprouvées par de nombreux enfants dans l'expression des émotions réside en effet dans le manque de vocabulaire précis dans le domaine affectif. On leur proposera donc de recourir à une liste construite de façon aussi ordonnée que possible : ce sera évidemment à l'enseignant d'expliquer éventuellement le sens de certains termes en fonction des demandes des enfants. On leur fera par ailleurs immédiatement remarquer qu'à chaque scène ne correspond pas nécessairement un terme unique : très souvent en effet, nous pouvons éprouver plusieurs émotions en même temps, parfois même contradictoires. Ce sera précisément aux cercles de discussion à affiner ces impressions.

Quelques scènes du film

Voici une série de scènes tirées de C¦ur de dragon. Peux-tu préciser les émotions ou les sentiments que tu as éprouvés à ces différents moments lors de la projection. Réfléchis-y d'abord silencieusement puis échange tes impressions avec tes camarades. Dans le second encadré ci-dessous, tu trouveras une liste de termes pour t'aider à préciser les types d'émotions que tu as éventuellement ressenties.

  • Au début du film, le roi veut mater les paysans en révolte, mais il est mis à terre et tué.
  • Le nouveau roi Einon oblige les paysans à travailler dans une immense carrière pour extraire les pierres de son nouveau château.
  • Sur son mulet, frère Gilbert admire les exploits de Bowen qui tue un dragon au milieu des champs.
  • Pour s'amuser, Einon, le jeune roi, accompagné de deux acolytes à cheval, tue d'une flèche le père de Clara, aveugle et condamné aux travaux forcés, sous les yeux de sa fille.
  • Après une longue poursuite dans la forêt, Bowen se retrouve coincé dans la gueule du dragon qui ne peut cependant refermer ses mâchoires sans se faire transpercer le crâne par son épée.
  • La nuit, lors d'une discussion autour du feu, le dragon, dont la fiancée a été tuée par Bowen, avoue qu'il est le dernier des dragons.
  • Après avoir essayé de le tuer avec un couteau, Clara est séquestrée par le roi Einon : celui-ci lui propose le trône, c'est-à-dire de l'épouser.
  • Après son évasion, Clara exhorte les paysans à la révolte, mais ceux-ci se moquent d'elle et la couvrent de détritus.
  • Faussement blessé par Bowen, le dragon tombe dans une faible étendue d'eau : le paysans affamés se précipitent vers lui en criant «la viande, la viande, la viande...».
  • Sur la tombe du roi Arthur, Draco, accompagné de Bowen, Clara et frère Gilbert, reconnaît que c'est bien lui qui a donné la moitié de son c¦ur au jeune prince Einon, mais que c'était une faute qu'il doit à présent expier.
  • Encore une fois, Clara essaie vainement de convaincre les paysans de se révolter. Surgit alors à l'horizon Bowen qui a décidé de prendre la tête de la révolte.
  • Alors que la forteresse est assiégée par les paysans en révolte, la mère du roi lui offre un étrange présent : des tueurs de dragon...
  • Lors de la prise de la forteresse, le dragon demande à Bowen de le tuer, car seule sa mort entraînera celle du roi Einon.

 

Le vocabulaire des émotions

  • les degrés et les nuances du plaisir
    • le contentement
    • la satisfaction
    • la joie
    • l'excitation
    • l'euphorie
    • l'enchantement
    • l'enthousiasme
  • les degrés et les nuances du comique
    • l'amusement
    • la gaieté
    • la drôlerie
    • le risible
    • le comique
    • l'hilarant
  • les degrés et les nuances de l'étonnement
    • frappant
    • étonnant
    • impressionnant
    • stupéfiant
  • les degrés et les nuances de l'apitoiement
    • l'attendrissement
    • la compassion
    • la pitié
    • la douleur
  • les degrés et les nuances de la tristesse
    • la mélancolie
    • la nostalgie
    • la peine
    • l'affliction
    • le chagrin
    • l'abattement
  • les degrés du dégoût
    • la répugnance
    • le dégoût
    • l'aversion
    • la répulsion
    • l'horreur
  • les degrés et les nuances de la colère
    • l'agacement
    • l'irritation, la rogne
    • l'énervement
    • l'exaspération
    • la colère
    • l'indignation
    • la révolte
    • la rage
    • la fureur
  • les degrés de la peur
    • l'appréhension
    • l'inquiétude
    • l'angoisse
    • la crainte
    • l'effroi
    • la terreur
    • l'épouvante
    • l'affolement

Les groupes de discussion ne devront pas nécessairement passer en revue toutes les scènes citées dans l'encadré qui précède (page 9) : on demandera plutôt aux participants d'évoquer celles qui les ont marqués le plus et dont ils se souviennent sans doute le mieux, chacun étant invité à comparer ses réactions à celles des autres. Il s'agira notamment de préciser quelles sont les émotions ressenties par chacun et quels sont les éléments dans ces scènes qui auront provoqué ces émotions. On pourra notamment demander aux participants d'indiquer dans les scènes évoquées le personnage dont ils se sentent le plus proches ou qui les a le plus touchés.

Ces discussions doivent ainsi permettre aux enfants de prendre conscience de certaines différences de sensibilité, les différents spectateurs préférant sans doute certaines scènes en fonction notamment des émotions particulières qui s'en dégagent : d'aucuns aimeront les séquences remplies d'action, tandis que d'autres apprécieront plutôt les moments d'humour ou encore les confidences du dragon souvent teintées de mélancolie. Le rôle de l'enseignant sera alors de faire respecter les opinions de chacun et de permettre l'expression des avis «minoritaires».

Comprendre le film

Les animations précédentes visaient surtout à permettre l'expression individuelle à propos des réactions suscitées par le film. Il se peut que ces discussions soient suffisamment riches pour ne pas devoir être prolongées inutilement, mais l'inverse est également possible, les discussions s'éteignant rapidement par manque d'habitude ou de matière. On proposera dès lors quelques pistes d'animation centrées sur des aspects du film qui peuvent poser des problèmes d'interprétation à de jeunes enfants et qui méritent un éclaircissement.

On passe ainsi progressivement d'une approche affective à une approche centrée sur la compréhension du film : c'est néanmoins par la confrontation des opinions qu'on espère faire progresser les enfants dans cette voie et non pas par une explication ex abrupto. On précisera immédiatement ce nouvel objectif aux enfants en leur expliquant qu'il s'agit à présent de voir si tout le monde a compris le film et ses différents épisodes de la même manière. Les trois animations suivantes porteront sur ces questions de compréhension.

Les propos des personnages

Au cinéma, nous nous souvenons souvent plus difficilement des propos des personnages que des images, même si ces propos jouent souvent un rôle déterminant dans la compréhension de l'histoire : sans les dialogues par exemple, il nous serait bien difficile de comprendre pourquoi Bowen et le roi se battent devant la cascade, et qui est, dans cette histoire, le bon et le méchant.

L'animation proposée repose sur une série d'extraits des dialogues qu'on soumettra aux groupes de discussion  : il s'agira de préciser qui sont les auteurs de ces propos et dans quelles circonstances ils ont été tenus. Chacun devra évidemment essayer d'étayer ses hypothèses en se basant sur ses souvenirs et en argumentant éventuellement en faveur de sa solution. Après une courte discussion, le groupe pourra vérifier les réponses sur le verso de la feuille. Les deux pages suivantes reproduisent d'un côté les extraits des dialogues et donnent de l'autre les auteurs des propos en cause ainsi que les circonstances où ils ont été tenus. L'enseignant pourra découper cette feuille en languettes qui seront passées successivement en revue par les groupes de discussion.

Extraits des dialogues

Voici une série de répliques tirées de C¦ur de dragon. Pouvez-vous préciser en groupe qui les a dites et en quelles circonstances ? Pour chaque phrase, essayez en outre d'expliquer le sens des mots mis en gras : si vous n'y arrivez pas, vous pouvez utiliser un dictionnaire ou demander l'aide de votre instituteur ou de votre institutrice.

1. On ne tire nulle noblesse à tuer des gens opprimés.

2. Je serai un plus grand roi.

3. Jure que tu vivras et régneras avec miséricorde.

4. Faisons de la mort une délivrance et non un châtiment

5. Le code s'applique à nous tous, plus encore au roi.

6. Ton honneur a donc un prix.

7. Est-ce s'amuser que tourmenter un homme malade ?

8. Je ne vise aucun profit.

9. Je ne cherche plus à changer le monde.

10. Je languis de mourir mais je le crains aussi.

11. Tu es le dernier vestige d'un monde à bout de souffle.

12. J'ai dépassé le maître.

13. Mon sacrifice est devenu mon péché.

14. Ces gens se sentent à nouveau libres et courageux.

15. J'aurais dû attendre que l'ancien code soit dans le c¦ur des hommes.

16. Sans vous les dragons, que deviendrons-nous ? vers qui nous tournerons-nous lorsque nous serons dans la peine ?

Solutions : extraits des dialogues

(Le nom du personnage qui parle est chaque fois mis en gras)

1. Au début du film, Bowen critique le roi qui réprime avec ses chevaliers une révolte de paysans.

2. Le jeune prince déclare cela à Bowen en considérant l'action de son père, le roi, en train d'attaquer le village en révolte.

3. Le dragon exige ce serment du jeune prince blessé à mort avant de lui donner la moitié de son c¦ur qui lui permettra de revivre.

4. Le jeune roi Einon veut punir un groupe de révoltés dont le père de Clara qu'il va faire aveugler au fer rouge.

5. Dans la carrière de pierre, Bowen s'oppose au jeune roi qui veut punir avec cruauté des paysans insoumis.

6. Frère Gilbert reproche à Bowen de tuer les dragons pour l'argent et non pas pour la gloire.

7. Clara reproche au roi sa cruauté à l'encontre de son père vieux et aveugle : à l'instant suivant, le roi tuera d'une flèche le vieil homme.

8. Pénétrant dans la grotte sous la cascade, Bowen affirme, au dragon qu'il veut tuer, qu'il n'agit pas pour l'argent.

9. Après avoir extorqué de l'argent avec l'aide du dragon, Bowen explique à son complice qu'il ne croit plus possible de changer le monde : il laisse régner le mal et l'injustice.

10. Le dragon, désormais seul au monde, espère bientôt mourir mais en a peur aussi.

11. Au pied de la cascade, le jeune roi se bat avec Bowen qui est le seul à respecter l'ancien code de la chevalerie.

12. Au pied de la cascade, Einon parvient à toucher Bowen qui n'est sauvé que par l'intervention du dragon.

13. Le dragon explique à Bowen qu'en donnant la moitié de son c¦ur au jeune prince, il a fait vivre un homme mauvais.

14. Les paysans entraînés par Bowen n'ont plus peur d'un roi injuste et cruel.

15. Le dragon explique à la reine qu'il aurait dû attendre que les hommes soient sincèrement bons et justes avant de donner la moitié de son c¦ur à l'un d'entre eux qui s'est révélé être mauvais.

16. À la mort du dragon, les paysans vainqueurs s'inquiètent de la disparition de la race des dragons qui se sont révélés de précieux alliés.

Pourquoi agissent-ils ainsi ?

Les propos des personnages sont relativement univoques et laissent peu de place à des interprétations divergentes. L'animation suivante souhaite en revanche amener les élèves vers des problèmes d'interprétation moins évidents : c'est le cas notamment des motivations des deux personnages principaux, Bowen et le dragon, qui évoluent grandement au cours du film et dont on peut se demander quelles sont leurs raisons d'agir dans un sens plutôt que dans l'autre.

On commencera donc par faire remarquer aux participants que Bowen semble à première vue souvent changer d'avis  : d'abord il veut tuer tous les dragons puis devient l'ami de l'un d'entre eux; il escroque les paysans puis devient leur chef; il apprend au jeune prince à se battre puis veut le tuer... De la même manière, on peut se demander pourquoi le dragon agit comme il le fait, d'abord en mangeant les chevaliers, puis en s'alliant à Bowen, puis en voulant mourir...

Il se peut que les élèves soient capables dans les différents groupes de discussion de répondre spontanément à ces questions. Sinon, on leur proposera d'utiliser le questionnaire suivant qui passe en revue les grands moments du film en suggérant plusieurs explications au comportement de Bowen ou à celui du dragon : ces choix éventuels pourront alors servir de matière à discussion aux différents groupes.

Le chevalier Bowen : ses raisons d'agir

Dans C¦ur de dragon, le chevalier Bowen change à plusieurs reprises d'attitude : il commence par entraîner le jeune prince au maniement de l'épée, puis devient chasseur de dragon avant finalement de mener la révolte contre le roi. Il n'explique d'ailleurs pas beaucoup ces changements d'attitudes. Et toi, comment comprends-tu son comportement à différents moments du film ?

Voici une liste d'actions de Bowen auxquelles tu peux d'abord réfléchir silencieusement avant d'en discuter avec tes camarades : parmi les réponses proposées, plusieurs sont peut-être justes. Ce qui compte, c'est de pouvoir justifier ta réponse (en la faisant suivre par une phrase qui commence par un «en effet » ou un «parce que»).

  • Au début du film, Bowen entraîne le jeune prince au maniement de l'épée. À ton avis, il veut que :
    • le jeune prince devienne aussi fort que son père, le roi
    • qu'il se batte aussi bien que son maître d'armes (c'est-à-dire Bowen lui-même)
    • qu'il apprenne qu'il n'est pas nécessairement le plus fort même s'il sera un jour le roi
  • Quand le jeune prince est devenu roi, Bowen le quitte. À ton avis  :
    • Bowen est en fait chassé par le roi
    • Bowen ne veut plus servir un roi cruel
    • Bowen n'a plus rien à apprendre au prince devenu roi
    • Bowen veut aider les paysans à se révolter
  • À ton avis, Bowen poursuit et tue les dragons :
    • pour gagner de l'argent
    • parce qu'il croit qu'en tuant le dragon, il tuera le jeune roi
    • parce qu'il croit que le dragon a rendu le jeune roi mauvais
    • pour la gloire et pour que le frère Gilbert compose des poèmes sur ses exploits
  • Pourquoi, à ton avis, Bowen s'associe-t-il avec le dragon :
    • pour extorquer (c'est-à-dire prendre en racontant des mensonges) de l'argent aux paysans
    • parce qu'il est un chevalier et qu'il respecte l'ancien code
    • pour punir les paysans qui ne l'ont pas payé quand il a tué les autres dragons
  • Pourquoi, à la fin du film, Bowen se joint-il à la révolte des paysans contre le roi :
    • parce qu'il est amoureux de Clara
    • parce qu'il s'est souvenu de l'ancien code des chevaliers
    • parce qu'il veut se venger du roi qui a failli le tuer lors de leur dernier combat
  • Pourquoi, à ton avis, Bowen tue-t-il le dragon :
      parce que le dragon est un être mauvais pour sauver Clara parce que c'est le seul moyen de tuer le roi pour que le dragon puisse aller au paradis des dragons

Le dragon : ses raisons d'agir

Dans C¦ur de dragon, le dragon apparaît comme un être mystérieux : est-il bon, est-il méchant ? Est-il responsable du comportement du jeune roi ? Bowen a-t-il raison de vouloir le tuer ? Et pourquoi demande-t-il à Bowen de finalement le tuer ? Tu as sans doute un avis sur toutes ces questions.

Voici une liste d'événements où apparaît le dragon  : commence par y réfléchir silencieusement avant d'en discuter avec tes camarades. Parmi les réponses proposées, plusieurs sont peut-être justes. Ce qui compte, c'est de pouvoir justifier ta réponse (en la faisant suivre par une phrase qui commence par un «en effet » ou un «parce que»).

  • Au début du film, le dragon au fond de sa grotte donne la moitié de son c¦ur au jeune prince blessé à mort. À ton avis :
    • il espère que le prince sera un roi juste et loyal
    • c'est un dragon mauvais qui veut transformer le prince en être cruel
    • il veut faire plaisir aux hommes et devenir leur ami
  • À ton avis, le dragon caché dans la grotte et qui donne la moitié de son c¦ur au jeune roi est-il le même que celui qui deviendra l'ami de Bowen ?
    • Oui, parce que...
    • Non, parce que...
  • Après s'être battu avec Bowen dans la forêt, pourquoi le dragon s'associe-t-il avec lui. D'après toi  :
    • il espère ainsi voler beaucoup d'argent aux paysans
    • seul sur terre et sans amis, il espère devenir l'ami de Bowen
    • il veut en fait amener Bowen à redevenir un véritable chevalier respectant l'ancien code
  • Fuyant la colère des paysans, le dragon enlève sur son dos Bowen, Clara et frère Gilbert. À ton avis, pourquoi les emmène-t-il alors sur la sépulture du roi Arthur ?
    • Pour échapper à la colère des paysans qu'ils ont essayé de berner
    • Pour qu'en ce lieu solennel, Bowen se souvienne de l'ancien code
    • Pour avouer à Bowen que c'est lui le dragon qui a donné la moitié de son c¦ur au jeune prince
  • Comment expliquer que le dragon aide finalement les paysans dans leur révolte ?
    • Il agit ainsi parce qu'il est l'ami de Bowen et de Clara
    • Il veut réparer son erreur et monter au paradis des dragons
    • Il est le seul à pouvoir vaincre le roi et ses chevaliers
  • Pourquoi le dragon se transforme-t-il en constellation d'étoiles ?
    • Pour que les hommes se souviennent des dragons
    • Parce qu'il est monté au paradis des dragons
    • Pour montrer qu'il est toujours vivant

Même si les comportements évoqués peuvent donner lieu à des interprétations relativement divergentes, il est clair que certaines d'entre elles sont meilleures que d'autres, notamment parce qu'elles rendent compte de manière cohérente de l'ensemble du film. Si les groupes de discussion progressent rapidement dans cette voie, l'instituteur ou l'institutrice pourra utilement terminer cette animation en faisant remarquer à la classe l'évolution du personnage de Bowen ainsi que les moments clés de cette évolution.

Bowen, maître d'armes espère d'abord conduire son jeune élève sur la voie du bien (incarnée par ce qu'il appelle l'ancien code); mais, lorsque celui-ci devenu roi se comporte comme un tyran cruel, il part à la recherche du dragon qu'il rend responsable de la perversion du jeune homme (ce en quoi d'ailleurs il se trompe). Sa chasse au dragon devient cependant ambiguë puisqu'il se fait payer pour ses exploits malgré ses dénégations («Je ne vise aucun profit» prétend-il à un moment), et le sommet de l'ambiguïté est atteint lorsqu'il s'associe avec le dragon pour rançonner les villageois : il ne croit plus possible de changer le monde contrairement à Clara en qui il se revoit lui-même jeune. Après l'échec de sa dernière escroquerie, le voyage sur la sépulture du roi Arthur l'oblige alors à se souvenir de l'ancien code (qui lui est peut-être soufflé par le dragon  : « Un chevalier obéit à des valeurs. Son c¦ur ne connaît que la vérité. Son épée défend les démunis. Son bras protège les faibles. Sa bouche méprise le mensonge»). Ce n'est qu'alors qu'il décide de rejoindre la révolte qui incarne ainsi les valeurs qu'il veut défendre.

L'histoire du film se double ainsi très clairement d'une évolution psychologique et morale dont on vient de retracer les principales étapes.

En revanche, si les groupes de discussion rencontrent d'importants problèmes d'interprétation, l'on renoncera à cette dernière phase de l'animation, qui risque de nécessiter de trop longues explications pour que les enfants en perçoivent la pertinence.

Le point de vue de l'auteur

Dans cette troisième animation portant sur la compréhension du film, l'on voudrait faire prendre conscience aux enfants du point de vue de l'auteur du film, entendu au sens le plus large et le plus fort du terme : l'auteur peut être le réalisateur du film ou le scénariste ou même d'autres personnes ayant participé à la production ou à la réalisation du film (qui sont, comme on le sait, presque toujours des processus collectifs); c'est en tout cas la personne qui est responsable du propos du film, de son sens et de sa portée.

Il ne se confond pas avec les personnages, ni même avec le héros (ou l'héroïne), il est celui qui montre les images, qui raconte l'histoire, qui écrit le mot fin à l'issue du film, bien qu'il n'apparaisse jamais en tant que tel à l'écran. Pour dire les choses de manière plus juste mais sans doute plus compliquée, l'auteur du film est en fait une instance (devant être) reconstruite par le spectateur comme étant à l'origine du discours filmique (ce qu'en linguistique on appelle l'énonciateur)[2].

Un exemple sera évidemment beaucoup plus parlant pour des jeunes enfants qu'une longue explication théorique. Ainsi, dans C¦ur de dragon, une des premières séquences nous montre le roi qui, avec l'aide de ses chevaliers, veut mettre à sac un village révolté. Il est clair que cette répression brutale est montrée par le réalisateur (l'«auteur») du film comme un acte injuste et violent, bien que les personnages eux-mêmes se considèrent sans aucun doute comme étant dans leur bon droit. Même si l'auteur du film ne donne pas explicitement son avis, nous comprenons facilement qu'il ne partage pas le point de vue de ces personnages dont il dénonce au contraire l'injustice. Comment devinons-nous alors quelles sont les intentions de l'auteur ?

Nous reconstituons en fait son point de vue en nous basant sur une série d'indices du film : les chevaliers sont montrés comme arrogants, comme les initiateurs de la violence face à des paysans d'abord perçus comme sans défense et sans agressivité. (Et quand ils font finalement tomber le roi et ses chevaliers dans un piège, leur violence est ressentie comme une réponse légitime à l'attaque injuste dont ils sont l'objet).

Le spectateur devine donc l'intention de l'auteur du film en répondant à des questions comme  :

  • quels sont les personnages qui détiennent la vérité ? et qui est dans l'erreur ? et quelle est cette vérité ? (l'auteur du film étant celui qui définit la vérité du film);
  • quels sont les personnages qui agissent conformément au bien ? et ceux qui agissent mal ? et comment doit-on définir le bien ? (l'auteur du film étant également celui qui définit ce qui est bien dans le film);
  • quelle est la leçon que l'on peut tirer du film ? (l'auteur étant celui qui indique la leçon à tirer);
  • si l'histoire avait été différente (par exemple si le dragon n'était pas mort à la fin de C¦ur de dragon), son sens aurait-il été différent ? (ce qui permet de définir, au moins de façon négative, le sens que l'auteur attribue à son film).

Comprendre le point de vue de l'auteur nécessite une véritable réflexion, et il n'est pas sûr que de jeunes enfants réussissent à répondre aux questions précédentes sans l'aide de l'enseignant. Il est néanmoins important de leur faire prendre conscience de ce point de vue de l'auteur pour qu'ils parviennent progressivement à une compréhension complète (et parfois critique) des films qu'ils voient et des textes (comme les romans) qu'ils lisent. Pour faciliter ce travail de réflexion, l'on proposera donc ici un questionnaire à choix multiples devant leur permettre de mieux comprendre le sens global du film C¦ur de dragon.

Comme précédemment, cette réflexion sera menée par les groupes de discussion après une explication sommaire par l'instituteur ou l'institutrice de ce qu'est le point de vue de l'auteur à partir de l'exemple suggéré ci-dessus (l'attaque du village par le roi et ses chevaliers). La problématique du point de vue de l'auteur étant la plus difficile, on ne l'abordera que si les discussions précédentes se sont révélées fructueuses.

Que pense l'auteur du film ?

Le réalisateur de C¦ur de dragon est un cinéaste d'aujourd'hui. L'histoire qu'il raconte a été inventée  : elle aurait pu se dérouler autrement, le jeune roi être un bon roi, Bowen rester un chasseur de dragon, ou le dragon ne pas mourir à la fin. Pourquoi le réalisateur a-t-il choisi de raconter son histoire de cette manière-là ?

Voici un questionnaire qui te permettra d'aborder ce problème. Lis-le d'abord silencieusement, réfléchis-y puis discutes-en avec tes camarades. À chaque question, plusieurs réponses sont peut-être justes, et tu peux aussi apporter tes propres réponses.

  • Après que le jeune prince soit devenu roi, Bowen le quitte et se met à pourchasser les dragons. À ton avis, est-ce que le réalisateur du film pense que  :
    • Bowen a raison de pourchasser les méchants dragons
    • Bowen se trompe en croyant que c'est le dragon qui a rendu le jeune roi mauvais
    • Bowen est un fou ou un sot qui ne sait pas que les dragons sont gentils
  • Par la suite, Bowen devient l'ami du dragon et, avec son aide, rançonne les paysans sous le prétexte de les débarrasser de la présence menaçante de ce monstre. Pourquoi, à ton avis, le réalisateur montre-t-il Bowen agissant ainsi  ? Il veut montrer que  :
    • les paysans sont des imbéciles qui se font berner par n'importe qui
    • c'est le roi le vrai voleur tandis que Bowen ne fait rien de grave
    • à ce moment, Bowen a oublié ses devoirs de chevalier
  • À la fin du film, le dragon meurt tué par son ami Bowen. Pourquoi, à ton avis, l'histoire se termine-t-elle si tristement ? Le réalisateur veut nous faire comprendre que :
    • les hommes doivent apprendre à vivre sans l'aide d'êtres merveilleux comme les dragons qui sont seulement des êtres imaginaires
    • le dragon doit mourir pour expier sa faute et monter au paradis des dragons
    • les dragons ne peuvent pas vivre sur terre parce qu'ils sont trop différents de nous
  • Pour terminer, à ton avis, est-ce que le réalisateur croit que :
    • les dragons ont existé mais sont morts comme c'est montré dans le film
    • les dragons n'ont jamais existé  : il fait semblant d'expliquer comment ils ont disparu
    • les dragons existent encore  : il suffit d'y croire suffisamment pour qu'ils apparaissent

Apprécier le film

Les thèmes de discussion précédents portant sur des problèmes de compréhension laissent, on l'a dit, peu de place aux interprétations personnelles. Pour terminer de façon plus légère et pour redonner une place aux appréciations subjectives, nous suggérons comme dernier thème le travail proprement cinématographique du réalisateur. Il ne s'agit pas d'analyser ce travail de manière approfondie (ce qui supposerait que l'on fournisse aux enfants des outils d'analyse spécifiques) mais simplement de permettre à chacun d'expliquer quels sont les éléments du film auxquels il a été le plus (ou bien le moins) sensible.

Pour lancer ces discussions, nous suggérons les thèmes de réflexion suivants :
  • Tu as certainement déjà entendu des histoires ou vu des films, des dessins animés avec des dragons : as-tu eu l'impression que l'histoire de C¦ur de dragon était différente de ce que tu avais vu ou lu jusqu'à présent ? Essaie de préciser ce qu'il y avait de différent.
  • À ton avis, ton impression aurait-elle été différente si C¦ur de dragon avait été un dessin animé ? ou bien un roman ? Certaines choses auraient-elles été impossibles à montrer ou à rendre dans un roman ou un dessin animé ?
  • Que penses-tu du dragon dans le film ? T'attendais-tu à ce qu'il soit comme cela ? As-tu été étonné, impressionné ou au contraire déçu ? Aimais-tu le dragon tel qu'il était représenté ? Te rappelles-tu des moments où il t'a paru le plus extraordinaire ?
  • À ton avis, comment le réalisateur du film a-t-il pu «fabriquer» le dragon ?
  • As-tu déjà vu des châteaux comme dans C¦ur de dragon ? Aimes-tu les châteaux ou bien te laissent-ils indifférents ?
  • Que penses-tu de la sépulture du roi Arthur à Avalon, telle qu'elle est montrée dans le film ? As-tu déjà vu un tel endroit ? T'a-t-il paru étonnant ou bien banal ?
  • Trouves-tu qu'il y avait beaucoup de bagarres dans le film ? As-tu trouvé que c'était un film violent ? Te souviens-tu d'une scène particulièrement violente ? Te rappelles-tu ton impression à ce moment-là ?
  • Trouves-tu que c'était une bonne idée de ne pas montrer le dragon dans la grotte lorsque le jeune prince est blessé ? Est-ce que cela t'a étonné ou au contraire déçu ?

Une évaluation

Il est rare qu'on demande à des enfants de juger leur propre performance, ce rôle étant traditionnellement réservé à l'enseignant. C'est pourtant une manière intéressante de faire prendre conscience aux enfants de certains défauts dans leur démarche et de pouvoir ainsi l'améliorer ultérieurement.

Comme on a fixé certaines règles avant de débuter les discussions, il est sans doute utile d'organiser à la fin de la séance une courte réflexion (un «debriefing» comme disent les Anglo-saxons) sur la manière dont s'est déroulée la discussion. On se demandera bien sûr si les règles édictées ont été effectivement suivies mais aussi si chacun est satisfait ou non du contenu de la discussion : était-ce intéressant ? a-t-on eu des avis ou des réflexions qui éclairaient le film ? chacun a-t-il eu l'occasion de s'exprimer quand il le désirait ? cette discussion donne-t-elle envie de parler du film avec d'autres personnes ?

Les remarques et critiques éventuelles serviront alors utilement pour améliorer le déroulement des cercles de discussion ultérieurs.


1. Une grande partie des idées de ce texte est inspirée d'un ouvrage qui s'appuie sur ces travaux anglo-saxons: Annette Lafontaine, Serge Terwagne, Sabine Vanhulle, Les cercles de lecture. Interagir pour développer ensemble des compétences de lecteur. Bruxelles, De Boeck, 2006.

2. La définition est compliquée surtout parce que le processus de réalisation au cinéma est collectif et qu'on ne peut donc pas identifier simplement l'auteur du film avec le réalisateur (certains films par exemple ont été modifiés sous les contraintes de la production et ne sont donc pas conformes aux intentions du réalisateur). L'auteur du film, c'est donc généralement le réalisateur, tel du moins qu'on peut deviner ses intentions à travers le film lui-même.



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