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Extrait du dossier pédagogique
L'animal et le règne humain
réalisé par les Grignoux
et consacré à la place de l'animal dans nos sociétés

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du primaire à qui il propose plusieurs animations à mettre en oeuvre avec les élèves sur le thème de la place occupée par l'animal dans nos sociétés.

Exploitations pédagogiques et documents :
Dépouiller son regard

1. De la légende à la réalité : l'exemple du loup

Le regard que l'homme et a fortiori l'enfant portent sur l'animal est empreint de subjectivité. Rares sont ceux qui peuvent se targuer d'avoir aperçu un loup en liberté et pourtant chacun peut décrire avec force détails son aspect terrifiant et son comportement sanguinaire.

La figure du loup aidera ici à mieux mesurer l'écart qui sépare souvent le monde animal tel que nous nous le représentons du monde animal tel qu'il existe réellement.

La peur du loup que vivent les enfants correspond à une dérive irrationnelle de la crainte bien réelle qu'éprouvaient jadis les bergers de voir leurs troupeaux décimés par ce «redoutable» prédateur. Pourchassé et exterminé, le loup s'est largement raréfié en Europe, cédant la place à une bête mythique, assoiffée de sang et dangereuse pour l'homme lui-même.

Nombreuses sont les histoires qui ont repris et adapté ce mythe. Nombreuses sont celles aussi qui, pour conjurer cette forme de hantise permanente, ont fait du loup un animal fourbe, naïf et poltron.


Le Dernier Loup
de Jean-Jacques Annaud (2015)

Demandons ici aux élèves d'évoquer le contenu d'un maximum de récits mettant le loup en scène : Les Trois petits cochons, Le petit Chaperon rouge, La chèvre de Monsieur Seguin, et bien d'autres histoires où le loup cherche bien évidemment à avaler ses proies, souvent en recourant à la ruse, parfois aussi en faisant preuve de mauvaise foi comme dans Le Loup et l'Agneau, fable de Jean de La Fontaine où, en dépit des arguments logiques et irréfutables de l'agneau, le loup accuse à tort celui-ci de troubler son breuvage.

Sur base de ces récits évoqués oralement ou lus en classe, demandons aux élèves de dresser un portrait détaillé du loup : à quoi ressemble-t-il ? où vit-il ? comment peut-on définir son caractère ? comment se comporte-t-il ? comment l'homme ou les autres animaux se comportent-ils avec lui ? quels défauts, quelles valeurs incarne-t-il ? possède-t-il des qualités ? etc.

Dans un second temps, invitons les élèves à compléter ce portrait peu flatteur en s'interrogeant sur le sens des expressions et proverbes suivants et ce que l'on peut en déduire à propos du caractère que l'on attribue au loup. La liste établie reste bien sûr ouverte à toutes les suggestions des élèves :

  • La faim chasse le loup du bois.
  • Les loups ne se mangent pas entre eux.
  • Se jeter dans la gueule du loup.
  • L'homme est un loup pour l'homme.
  • Une faim de loup.
  • Un loup de mer.
  • A pas de loup.
  • Quand on parle du loup on voit sa queue.
  • Donner la brebis à garder au loup.

Une fois cette étape clôturée, les élèves seront amenés à collecter un maximum d'informations scientifiques sur la vie et les moeurs du loup en consultant des revues ou encyclopédies adaptées à leur niveau.

Peut-être seront-ils en mesure d'apporter également certains témoignages écrits ou vivants qui vont à l'encontre de l'image déformée que l'on a du loup.

Peut-être soulèveront-ils aussi la question des enfants sauvages en évoquant l'histoire de Mowgli, recueilli et élevé par des loups.

Il apparaîtra entre autre que la nourriture des loups est très variée, que leurs proies favorites sont les grands animaux herbivores comme les cerfs, mais qu'ils mangent aussi des bêtes plus petites comme les moutons, les lièvres, les souris, certains oiseaux ou reptiles, que, s'ils ne trouvent pas de viande, ils se contentent de fruits et de baies.

Il sera constaté aussi que, si les loups vivent parfois en solitaires, ils vivent plus généralement en meute de 10 à 15 bêtes et qu'ils observent par conséquent certaines règles de vie sociale qui les empêchent de se battre, etc.

La même démarche peut être appliquée à d'autres animaux dont la réputation légendaire ne correspond pas vraiment à la réalité : le renard par exemple.

2. Quand l'animal incarne nos qualités
ou nos travers...

De nombreuses expressions utilisent des figures animalières pour mettre en relief des qualités ou des défauts propres à l'homme. Ainsi l'aigle est-il symbole de puissance et de noblesse alors qu'il n'est ni plus noble ni plus fort qu'un faucon ou un épervier. Le lion est l'image du courage alors que bien d'autres carnivores sont plus téméraires que lui.

Voici quelques-unes de ces expressions courantes. Aux élèves d'en trouver d'autres et d'en déterminer le sens :

  • Malin comme un singe.
  • Fort comme un boeuf.
  • Rusé comme un renard.
  • Bête comme un âne.
  • Fier comme un paon.
  • Myope comme une taupe.
  • Sale comme un cochon.
  • Muet comme une carpe.
  • Sage comme un mouton.

Dans quelles circonstances dit-on encore d'un homme qu'il se comporte comme une poule mouillée, un ours, un rapace, une vipère ?

Certaines de ces expressions trouvent leur origine dans l'une ou l'autre caractéristique anatomique ou morphologique d'un animal. Par exemple, il est vrai que la taupe ne jouit pas d'une bonne vue ou que la carpe ne parle pas, ce en quoi néanmoins elle ne se distingue pas de l'ensemble de la classe des poissons.

Certaines images, par contre, se fondent sur les jugements de valeur ou, le plus souvent, sur une interprétation abusive de traits comportementaux qui n'ont rien à voir avec la personnalité humaine : ainsi, est-ce vraiment par fierté que le paon fait la roue ? Peut-on affirmer que l'âne soit particulièrement idiot ou le renard particulièrement rusé ?

Amenons donc les élèves à une réflexion sur l'origine de chaque formule et à en vérifier le fondement.

3. Quand nous interprétons le comportement animal
en fonction de nos propres sentiments...

Dans le même ordre d'idée, nous interprétons certains faits ou certaines réactions animales en fonction de notre propre comportement, de nos propres états d'âme. Par exemple, on a parlé longtemps du «suicide» des baleines ou de la «tristesse» de l'éléphant. En ce qui concerne l'échouage massif de baleines sur certaines côtes, les scientifiques parlent aujourd'hui d'une perturbation de leur sens d'orientation due selon les thèses à la pollution, à la présence de bactéries dans l'eau ou encore à des modifications géomagnétiques.

Quant à l'éléphant qui pleure sa compagne défunte, l'on sait aujourd'hui qu'il n'en est rien, que ses larmes sont dues à une plissure particulière de l'oeil et qu'elles n'ont rien à voir avec un éventuel sentiment de tristesse analogue au nôtre.

4. Quand nous prêtons aux animaux
nos propres besoins et nos propres désirs ...

Pour cette approche, demandons aux élèves de rassembler quelques encarts publicitaires relatifs au commerce d'aliments ou d'articles divers conçus à l'intention des chiens ou des chats. Faisons aussi appel à leur sens de l'observation. Par exemple, certains chiens se promènent vêtus et équipés en fonction du temps : vêtements de pluie, vêtements chauds, bonnets, bottes, etc. Ils peuvent être transportés à l'hôpital en ambulance, entretenus dans des salons de toilettage; ils ont leurs jouets, leurs commerces, leurs «clubs de rencontres», parfois même leurs restaurants, etc.


Loulou et autres loups
de Grégoire Solotareff et Serge Elissalde (2003)

Dans le domaine de l'alimentation, on a fixé pour eux des critères nouveaux de qualité, de fraîcheur, de variété, d'équilibre nutritionnel.

Une enquête parallèle auprès des grands-parents ou personnes plus âgées concernant la vie des animaux familiers il y a seulement quelques décennies révélera l'aspect récent de cette tendance à identifier les besoins et le bien-être de l'animal aux exigences de l'homme.

Toujours dans le domaine de la publicité, l'homme n'utilise pas l'animal uniquement pour promotionner des produits qui lui sont destinés. Il lui arrive aussi de s'en servir pour faire vendre ses propres biens de consommation (documents 2, 3, 4 : ces documents sont reproduits dans le dossier imprimé mai sne sont pas disponibles sur cette page WEB). L'on voit ainsi régulièrement des chats apprécier la mollesse d'un divan, la douceur du linge traité avec tel ou tel adoucissant, etc. Beaucoup d'enfants ont certainement gardé en mémoire la campagne publicitaire relative à l'eau de source Valvert panneaux publicitaires, encarts dans les revues, télévision et les images d'ours ou de loup buvant l'eau à même la bouteille. Au-delà de la signification du message (Valvert, une eau pure, aussi pure que la nature vierge et la vie sauvage), cet exemple présente l'avantage de mettre clairement en évidence une attitude anthropomorphique.

En effet si l'on peut concevoir qu'un chat apprécie plus ou moins naturellement le confort et la douceur, chaque élève se trouve par contre en mesure d'affirmer qu'un loup ou un ours sauvage ne boit pas à la bouteille et qu'il s'agit bien d'une attitude culturelle propre à l'homme.

5. Les conséquences d'une vision anthropomorphique

Nous avons eu l'occasion de constater qu'une vision anthropomorphique conduit l'homme à être davantage attiré par des animaux qui éveillent sa sympathie. Ainsi :

  • le regard «humain» du bébé phoque nous émeut;
  • les dauphins, pourtant éloignés de l'homme sur le plan de la constitution morphologique, sont également des mammifères et communiquent avec lui.
  • les baleines, autres mammifères marins, chantent des mélodies que nous enregistrons.
  • les singes sont intelligents et, s'ils subissent un apprentissage, ils peuvent révéler des comportement socio-culturels proches des nôtres.
  • les éléphants ont une excellente mémoire, ce qui laisse supposer une capacité de réagir en fonction d'événements ou de faits survenus dans le passé (sentiment de vengeance, de reconnaissance).
  • le perroquet répète nos mots, voire nos phrases, on dit qu'il «parle», qu'il «nous» parle.

A l'inverse, nous serons beaucoup moins sensibles aux espèces qui n'induisent aucune empathie : quelles aptitudes, quels traits spécifiquement humains pourrait-on bien en effet déceler chez le ver de terre, le sanglier, le crabe, la méduse, l'iguane, le vautour ou le thon ? Plus indifférents serons-nous encore à ce que vivent les espèces qui nous sont nuisibles (le rat) ou qui provoquent notre répulsion. C'est le cas, par exemple, des araignées ou des serpents, deux catégories d'animaux fortement éloignés de l'homme sur le plan morphologique et qui provoquent généralement chez nous un sentiment de répulsion, voire une véritable phobie.

Si l'élève n'est pas apte à distinguer et formuler directement ces nuances, il peut s'en rendre rapidement compte en faisant référence à ses propres sentiments de préférence.

A cette fin demandons-lui d'énumérer spontanément une liste d'animaux qu'il aime et une liste d'animaux qu'il n'aime pas. On peut également proposer une liste préétablie aux enfants et leur demander de voter pour les animaux qu'ils préfèrent et contre ceux qu'ils détestent : cette manière de procéder évitera les opinions «aberrantes» comme celles de l'amateur de scorpions ou d'araignées.

Demandons-lui pour quelles raisons il éprouve ces sentiments. Il est probable qu'en dehors du danger réel que représentent certains d'entre eux (le venin de certains serpents ou de certaines araignées), du bénéfice que nous retirons d'autres (la viande et les produits animaliers), les animaux seront sensiblement classés en fonction des critères que nous venons de définir.

Enfin l'élève sera-t-il amené à conclure qu'en dehors des liens effectifs existant entre l'homme et les animaux, nous portons à ces derniers un intérêt plus ou moins marqué en fonction de leurs capacités à nous ressembler et donc à communiquer ou à donner l'impression de communiquer avec nous.


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