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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Le Cercle - Dayereh
de Jafar Panahi
Iran, 2000, 1h19

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront le film Le Cercle avec leurs élèves (entre quinze et dix-huit ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en oeuvre en classe après la vision du film.

Le « message » du film

Le sens du film Le Cercle n'est pas facile à dégager d'emblée. Le film peut laisser un sentiment d'incompréhension (pourquoi ces femmes ont-elles été en prison?). En effet, peu d'explications sont données, il faut faire des inférences, des liens entre les personnages. (Le seul fait que ces femmes se croisent n'est évidemment pas pertinent: quelque chose d'autre les relie en fait. Il faut donc découvrir ce «quelque chose».) On peut s'interroger de la même manière sur l'intention du réalisateur.

Objectif

  • Déterminer le sens du film

Méthode

  • Faire un schéma du film
  • La classe étant organisée en groupes, répondre à ces questions:
    • Quel lien unit les femmes du film?
    • Pourquoi l'auteur du film a-t-il réalisé ce film-là?
    • Que signifie le titre Le Cercle?
  • S'exprimer par rapport aux discriminations vécues par les femmes

Déroulement

Commençons par demander aux élèves de réaliser collectivement un schéma du film; l'un(e) d'entre eux transcrit au tableau les indications données par les autres. Il s'agit de mettre sous forme graphique l'enchaînement des séquences portant sur les femmes du film. On gardera de ce schéma un exemplaire sur papier.

Organisons ensuite la classe en trois groupes. À chacun soumettons une question :

  • Quel lien invisible relie les femmes du film? Qu'est-ce que ces femmes ont en commun?
  • Pourquoi Jafar Panahi, l'auteur du film, a-t-il réalisé ce film-là? Qu'a-t-il voulu dire?
  • Que signifie le titre du film: Le Cercle?

Invitons les élèves à répondre à ces questions de la manière la plus complète possible, en précisant qu'il n'existe pas une seule bonne réponse à chacune de ces questions. Chacun interprète à sa manière: c'est précisément en confrontant les interprétations de chacun que l'on peut dégager un sens pluriel.

Invitons ensuite les élèves à mettre leur travail en commun. Chaque groupe expose au reste de la classe la question qui lui était soumise et les réponses que le groupe y a données.

Pour terminer cet échange, soumettons à l'ensemble de la classe le questionnaire présenté dans l'encadré ci-dessous.

Discriminations

Le film montre les discriminations dont les femmes sont les victimes en Iran. Lesquelles vous ont le plus choqué(e) ?

  • La naissance d'une petite fille n'est pas un événement heureux
  • En public, les femmes doivent toujours avoir les cheveux couverts d'un foulard
  • Une femme ne peut pas fumer dans la rue
  • Une femme ne peut pas voyager (prendre le bus) seule
  • Les femmes doivent accepter de ne pas être la seule épouse d'un homme
  • Il faut porter un tchador pour entrer dans un hôpital
  • Il faut l'autorisation du mari ou du père de la femme pour que celle-ci puisse avorter
  • Une femme seule n'a pas les moyens d'élever son enfant dans la dignité
  • Une femme qui monte dans la voiture d'un inconnu est considérée comme une prostituée

Avez-vous relevé dans le film d'autres cas de discrimination des femmes ? lesquels ?

Commentaire

Le schéma du film devrait montrer que celui-ci forme une boucle: en effet, à la fin du film, la femme que l'on appelle au téléphone alors que les autres sont au cachot, Solmaz Gholami, est aussi celle qui avait accouché au tout début du film. L'on comprend donc que la jeune accouchée a, elle aussi, eu affaire à la prison (soit qu'elle y était jusqu'à son accouchement, soit qu'elle y est entrée après). Le film est donc construit comme une ronde, ce qui accentue le sentiment d'enfermement: on revient au point de départ, il n'y a pas d'issue.

Les réponses aux trois questions devraient permettre de dégager un faisceau de significations:

  • Beaucoup de femmes en Iran connaissent, ont connu ou connaîtront la prison
  • Les femmes sont victimes de très nombreuses discriminations
  • Les femmes sont considérées comme des mineures, elles sont toujours soumises à l'autorité d'un homme (père, mari, frère,...)
  • Il semble impossible de sortir de cette condition inférieure
  • Les femmes iraniennes sont solidaires dans leur enfermement
  • Il faut dénoncer la condition des femmes en Iran
  • etc.

Enfin, demander aux élèves de réagir par rapport aux discriminations infligées aux femmes devrait permettre de les sensibiliser à l'injustice dont elles sont les victimes.

Prolongement

Dans Le Cercle, le propos du film est en parfaite adéquation avec sa forme. L'on voudrait ici attirer l'attention des jeunes spectateurs sur cette caractéristique étonnante.

Si le titre du film évoque sa construction [1] (on part de Solmaz Gholami et l'on revient à elle; les femmes qui étaient sorties de prison s'y retrouvent à nouveau...) mais aussi le sentiment qui s'en dégage: un sentiment d'enfermement, d'inéluctabilité, de «sans issue», un cercle vicieux (une chaîne fermée de circonstances), en somme. Ce sentiment est encore plus fort si l'on perçoit que les moments saisis dans les vies de ces femmes pourraient aussi être vus comme les étapes d'un «parcours» de misère, «classique» pour les femmes: quand on naît femme (le bébé du début du film), on est démunie (la jeune Nargess qui voudrait prendre le bus), on est acculée à la prostitution (Arezou se prostitue sans doute pour obtenir la somme d'argent qu'elle donne à Nargess), exposée à des grossesses (Pari), acculée à l'abandon d'enfant (la mère célibataire) et l'on n'a plus d'autres choix pour survivre que la prostitution (la prostituée), qui vous mène en prison.

Ce parcours, décliné sur plusieurs personnages dans le film, pourrait fort bien être celui d'une seule et même femme.

Chaque femme entre dans la ronde puis en ressort (comme mue par la force centrifuge): quels effets produit ce procédé?

Invitons les élèves à imaginer en quoi le film aurait été différent si l'on avait suivi la même femme à différentes étapes de sa vie (naissance, jeunesse démunie, grossesse, abandon d'enfant, prostitution, prison). L'effet produit aurait-il été le même?

On pourrait sans doute dire que le procédé choisi par Jafar Panahi est à la fois plus subtil et plus fort. Toutes ces épreuves vécues par une seule femme auraient donné au film le poids d'un épouvantable mélo. Dans Le Cercle, le procédé donne au contraire un sentiment de généralité (beaucoup de femmes iraniennes sont concernées par ces problèmes), un sentiment d'incompréhension et d'enfermement qui correspond sans doute assez bien à celui que peuvent ressentir les personnages du film eux-mêmes. Ce sentiment d'incompréhension tient notamment au fait que nous, spectateurs, ne savons pas pourquoi elles ont connu la prison, ni d'où elles viennent, ni où elles vont...


[1] La figure du cercle apparaît à d'autres moments de manière plus anecdotique et plus fugace dans le film: la circularité de l'immeuble dans lequel Arezou cherche de l'argent, circularité accentuée par l'escalier tournant; la courbe du couloir qu'emprunte la jeune Nargess pour quitter la gare des bus ou encore le mouvement de caméra dans le cachot à la toute fin du film: la caméra tourne sur un axe, en décrivant un cercle parfait, ce mouvement nous faisant découvrir le tour de la cellule et toutes ses occupantes (alors qu'on aurait pu croire la cellule vide).


 

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