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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par Les Grignoux et consacré au film
Chocolat
Roschdy Zem
France, 2015, 2 h 00

On trouvera ici un extrait du dossier pédagogique consacré à Chocolat. Ce dossier propose plusieurs pistes d'animation pour exploiter facilement la vision du film en classe avec des élèves de l'enseignement primaire et seccondaire dès l'âge de douze ans.

Stéréotypes, préjugés, racisme, discrimination

Les stéréotypes et les préjugés font partie intégrante de notre héritage culturel. Dès l'enfance, chacun fait l'apprentissage des normes et valeurs qui caractérisent le groupe auquel il appartient et à leur tour, ces normes et valeurs influencent nos attitudes et nos comportements. Les stéréotypes contribuent ainsi à forger notre identité. Enfin, leur présence multiple dans notre environnement façonne la représentation que nous nous faisons d'autrui et influencent, de manière plus ou moins consciente, nos jugements et nos relations interpersonnelles.

En mettant en scène une histoire qui se déroule il y a un siècle, le film de Roschdy Zem permet d'observer que ces représentations figées sont toutefois susceptibles d'évoluer au fil du temps. Un tel écart historique entre les deux époques permet en effet de mieux cerner la part d'arbitraire et de fantasme qui fonde des stéréotypes raciaux aujourd'hui perçus comme profondément choquants. Aussi proposons-nous maintenant de nous attacher, à travers le destin du clown Chocolat, aux rapports qui existaient au début du 20e siècle entre la société européenne et les personnes originaires des colonies d'Afrique subsaharienne [1].

L'animation suivante prendra quant à elle appui sur les résultats de cette analyse pour amener les participants à évaluer la manière dont ces rapports ont évolué et les formes que prennent aujourd'hui les stéréotypes, préjugés, conduites racistes et discriminations à l'égard des populations d'origine étrangère.

Concrètement

Dans un premier temps, distribuons aux participants un exemplaire des situations reprises dans l'encadré n°1 et invitons-les à s'exprimer librement autour de ces situations :

  • Qu'y a-t-il de choquant dans ces situations et dans les propos tenus ?
  • Que sous-entendent-elles(-ils) ?
  • Des situations analogues peuvent-elles encore se rencontrer aujourd'hui ? Etc.)

Expliquons-leur ensuite qu'il va s'agir d'analyser ces situations en petits groupes en recourant à quelques concepts souvent confondus mais qui, en réalité, s'enchaînent dans un ordre précis : les stéréotypes (idées reçues) donnent ainsi lieu à des préjugés (jugements de valeur) susceptibles de déboucher sur des comportements racistes (propos, attitudes, actes), pouvant se trouver eux-mêmes à l'origine de discriminations (traitement inégalitaire en fonction d'une hiérarchie établie arbitrairement entre deux groupes d'individus).

Distribuons aux participants réunis en petits groupes un exemplaire des définitions proposées dans l'encadré n°2. Lisons ces définitions une première fois avec eux puis invitons-les à se servir de cet outil tout au long de l'animation, qui va consister à reprendre une par une les situations décrites dans l'encadré n°1 et à les identifier comme porteuses soit d'un stéréotype, soit d'un préjugé, d'une conduite raciste ou d'une discrimination raciale.

Clôturons enfin l'activité par une discussion en grand groupe autour du fruit des réflexions menées en petits groupes.

Encadré n°1. Quelques situations choquantes à commenter

  1. Sous les traits de Monsieur Loyal, le directeur du cirque Delvaux annonce l'entrée en piste d'un artiste stupéfiant « représentant notre espèce, rapporté d'un voyage ô combien périlleux au pays des mille collines et des grands singes, véritable chaînon manquant entre cet animal et nous ! », invitant les spectateurs à prendre bien soin des enfants.
  2. Alors que Chocolat signe des autographes dans la rue, il est arrêté par deux policiers et jeté en prison parce qu'il n'a pas de papiers d'identité.
  3. En prison, Chocolat est déshabillé et frotté à la brosse : « Blanchissez-moi ça ! », dit un supérieur. « Tu vois… on a tout essayé… Un nègre, ça reste toujours un nègre ! Alors, arrête de te prendre pour ce que tu n'es pas ! »
  4. La firme « Félix Potin » a obtenu l'autorisation d'utiliser l'image du duo pour illustrer une publicité pour le chocolat. Les représentants sont venus présenter une épreuve de l'affiche au directeur, à Foottit et à Chocolat mais ce dernier n'apprécie pas : « Vous faites de moi une attraction, un animal de foire ! Pourquoi vous me dessinez comme ça ? C'est ressemblant ? C'est moi ? C'est mon visage ?! Lui, il est ressemblant, on le reconnaît… pas moi ! — Mais nous nous sommes inspirés des toiles de Toulouse-Lautrec dans lesquelles vous apparaissez… Ce sont les stéréotypes actuels, l'image que les gens se font des gens comme vous… des gens de couleur… », dit Félix Potin.
  5. Chocolat emmène Marie et ses deux enfants à l'exposition coloniale. Des indigènes sont parqués dans des enclos reproduisant leur cadre de vie et font l'objet de commentaires : « Vous êtes ici devant les sauvages les plus primitifs découverts à ce jour. Vous pouvez les observer sans crainte mais il est conseillé de ne pas les approcher… Il a fallu des mois à nos valeureuses troupes coloniales pour les approcher et les apprivoiser ». Sur une pancarte, on peut lire : « Défense de donner à manger aux indigènes. Ils sont nourris ».
  6. Au Nouveau Cirque, le ton monte entre Chocolat et Foottit, qui lui reproche d'arriver en retard. Chocolat lui fait alors remarquer qu'il ne gagne que la moitié de son salaire.
  7. Après une bagarre avec Ortis, Chocolat est convoqué dans le bureau du directeur. Il lui confie son désir de faire du théâtre, mais le directeur l'en dissuade aussitôt : le public l'apprécie comme clown, mais il n'est pas prêt à l'accepter comme comédien.
  8. Pendant la préparation d'Othello, la presse titre : « Un nègre au théâtre ! », « Le clown Chocolat a une mémoire limitée »…
  9. Marie va trouver Foottit car Chocolat a disparu et la première est dans dix jours. Elle lui confie que la situation est difficile pour elle parce que ses proches n'acceptent pas son union avec Chocolat : « Aimer un Noir, c'est pire qu'un meurtre à leurs yeux ! », dit-elle.
  10. À la fin de la Première d'Othello, Chocolat subit les huées de la foule.

Encadré n°2. Stéréotype, préjugé, racisme,
discrimination : quelques précisions

  • De manière générale, un STÉRÉOTYPE peut être défini comme un ensemble de croyances partagées à propos d'un groupe social. Les stéréotypes sont véhiculés et entretenus au sein d'un environnement donné, qui peut être relativement restreint mais est le plus souvent étendu à l'ensemble de la société au sein de laquelle ils circulent.
    Exemple : les Roms sont des nomades. OR les chiffres indiquent que dans la réalité, ceux-ci sont sédentaires dans leurs principaux pays d'origine, en Bulgarie et en Roumanie. Chez nous, si certains n'ont pas de domicile fixe, c'est le plus souvent en raison de la pauvreté et de l'absence de revenus fixes, qui les contraignent la plupart du temps à s'installer dans des bidonvilles ou des campements illégaux.
  • Contrairement aux stéréotypes, qui correspondent donc à de simples représentations, les PRÉJUGÉS se définissent comme des jugements de valeur. Imprégnés d'une profonde dimension affective, ils prennent appui sur les stéréotypes et sous-entendent une prédisposition à réagir négativement à l'encontre d'une personne en raison de son appartenance à un groupe précis.
    Exemple : Les Roms sont de dangereux rôdeurs. Il faudrait que je construise une enceinte autour de ma propriété car il y en a qui se sont installés près de chez moi.
  • À l'origine, le RACISME est une idéologie selon laquelle il existerait des races humaines différentes, dont certaines seraient inférieures à d'autres. Plus largement, il désigne le comportement hostile et intolérant qui s'exerce à l'encontre d'une personne en raison de sa couleur de peau mais aussi de sa religion ou de coutumes différentes des nôtres. Le racisme implique donc l'établissement d'une hiérarchie entre différents groupes d'individus ; il se traduit par des propos et/ou comportements physiquement, psychologiquement ou moralement violents à l'égard des groupes arbitrairement placés en bas de l'échelle.
    Exemple : J'insulte et je chasse le petit Rom venu rechercher son ballon dans mon jardin.
  • La DISCRIMINATION raciale, elle, élève la hiérarchie établie entre des groupes au niveau de l'organisation sociale. En d'autres termes, c'est la société elle-même, parfois même par le biais de ses institutions, qui opère une différence de traitement entre ses individus selon qu'ils appartiennent au groupe considéré comme inférieur ou supérieur. Dans notre société occidentale par exemple, il est avéré qu'une personne immigrée aura plus de difficultés à obtenir un emploi, à trouver un logement ou à rentrer en discothèque simplement en raison de ses origines. Il s'agit ni plus ni moins ici d'une remise en cause du principe d'égalité qui fonde notre société démocratique.
    Exemple : Avec mes voisins, j'ai signé une pétition suite à laquelle le bourgmestre du village a expulsé la famille Rom.

Dans bon nombre d'États européens, le racisme et la discrimination ont donné lieu à des lois et les infractions à ces lois font aujourd'hui l'objet de sanctions pénales.

Commentaires

Les commentaires développés ci-dessous sont présentés à titre d'illustration. S'il le souhaite, l'enseignant ou l'animateur pourra s'y référer pour nourrir les échanges qui auront lieu après la réflexion menée en petits groupes.

1. Un homme qui n'en est pas tout à fait un

Censé effrayer les spectateurs, Chocolat est présenté comme un sauvage dangereux dont il faut protéger les enfants. Ce stéréotype du cannibale primitif circule à une époque où la colonisation du continent africain par les Européens est en cours et la théorie de l'évolution des espèces élaborée quelque temps plus tôt par Charles Darwin est en vogue. Selon ce biologiste britannique, les organismes vivants sont en évolution continuelle grâce, notamment, au phénomène de sélection naturelle qui fait qu'au sein d'une même espèce, les individus les mieux adaptés à leur milieu survivent et se reproduisent davantage que les autres. Par ailleurs, il émet aussi l'idée que l'homme et le singe pourraient avoir des ancêtres communs, une hypothèse vérifiée aujourd'hui mais qui a longtemps fait l'objet d'une interprétation erronée sous la formule « l'homme descend du singe ». Au 19e siècle, l'assimilation de l'homme à un animal — susceptible, donc, de s'attaquer aux « vrais » êtres humains comme le font d'autres bêtes féroces — était donc considérée comme une vérité scientifique et l'homme noir était perçu comme le « chaînon manquant », autrement dit une sorte d'intermédiaire entre l'homme blanc et le singe.

2. L'arrestation de Chocolat

Chocolat est clairement arrêté et jeté en prison en raison de sa couleur de peau. L'arrestation de Chocolat constitue donc un acte de pure discrimination raciale. Les policiers prétextent qu'il n'a pas de papiers et restent obstinément sourds aux protestations de Foottit, qui affirme pourtant que son collègue possède une attestation délivrée par le directeur du Nouveau Cirque. Dans la réalité, une telle arrestation n'a jamais eu lieu et l'on peut imaginer que le réalisateur a ajouté cet événement en clin d'œil à l'actualité, marquée par la question des « sans papiers », régulièrement victimes de harcèlement policier et souvent placés en détention dans les centres fermés.

Les autres commentaires sont disponibles dans le dossier imprimé


1. En réalité, le clown Chocolat est issu d'une famille africaine réduite en esclavage et déportée à Cuba, qui était alors une colonie espagnole depuis le 16e siècle (1511).