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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par Les Grignoux et consacré au film
En quête de sens
de Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière
France, 2015, 1h27

On trouvera ici un extrait du dossier pédagogique consacré au film au film En quête de sens. Ce dossier, destiné aux enseignants qui verront le film avec leurs élèves adolescents et aux animateurs en éducation permanente, propose de retracer le cheminement des réalisateurs, de développer certaines pistes ouvertes par le film, et s’intéresser à sa construction et sa mise en scène.

Et après, moi, qu’est-ce que je fais ?

Si le film a suscité de l’enthousiasme, si les participants ont le désir de faire quelque chose pour participer à ce changement que les intervenants du film appellent de leurs vœux, il reste à avoir une réflexion individuelle et/ou collective sur les actions possibles.

Objectifs

  • S’approprier le propos du film
  • Prolonger le questionnement ouvert par le film

Déroulement

Pour définir ce que l’on peut faire, chacun, pour participer au changement, on peut se baser d’abord sur les conseils prodigués dans le film.

Les participants peuvent-ils les énoncer ? Peuvent-ils les développer dans le sens d’une réalisation concrète ?

Photo du filmPar exemple, Vandana Shiva introduit l’idée de connexion avec la nature et déclare qu’il existe un moyen simple de se reconnecter avec la nature : la nourriture. Cultiver soi-même, ou simplement s’intéresser à l’origine de notre nourriture et veiller à ce que les moyens utilisés pour la produire soient respectueux de la nature et ne financent pas les multinationales.

Vandana Shiva encore, déclare qu’il faut retrouver son identité de producteur et de créateur, par opposition à notre identité de consommateur.

Pierre Rabhi déclare que la modernité est une imposture, elle ne rend les hommes ni plus libres, ni plus heureux; aussi, il a décidé de ne pas souscrire au modèle dominant. Pour lui, renoncer à l’idéologie dominante, celle du profit, revient à faire le choix de la sobriété, de la modération. Satish Kumar dit grosso modo la même chose quand il déclare : « Il a du soleil, un jardin, de la nourriture en suffisance et des amis pour la partager; c’est ça, le bonheur. Le bonheur, c’est savoir quand on a assez ».

Certains intervenants du film insistent sur la recherche spirituelle, par la pratique, par exemple, du yoga ou de la méditation.

Marianne Sébastien dit qu’il faut agir  : on n’est pas obligé d’avoir lu tous les livres avant de s’engager dans l’action.

À la fin du film, Satish Kumar conseille aux jeunes de ne pas chercher un emploi après leurs études, mais de créer leur propre emploi, pour ne pas devenir un outil du système dominant. La clé, c’est la confiance, dit-il.

Il se peut que se dressent rapidement des obstacles; il est en effet assez naturel de baisser les bras face à la première contrainte ou hésiter devant l’idée de changer de comportement.

Par exemple :
  • Cultiver soi-même ? mais je n’ai pas de terre
  • Manger bio ? mais n’est-ce pas beaucoup plus cher ? et puis ce n’est pas moi qui décide… et si j’achète au supermarché, je finance une multinationale mais où puis-je acheter si ce n’est pas au supermarché ?
  • Créer mon emploi ? mais je ne sais même pas ce que je veux faire dans la vie…
  • Faire le choix de la sobriété ? mais est-ce que je pourrais être heureux si je me prive de ce qui me fait envie ?
  • Devenir producteur ou créateur ? mais de quoi ? et est-ce que j’en suis capable ?
  • Faire du yoga ou de la méditation ? mais, en admettant que je trouve un cours qui me convienne, est-ce que ça va me plaire ?

Il y a en effet un grand écart entre les idéaux et la réalité, un grand écart qu’il faudrait combler, mais comment ?

Voici la réflexion que nous voudrions maintenant soumettre aux participants.

Dans « et moi, maintenant, qu’est-ce que je fais ? », arrêtons-nous sur le premier terme : moi.

Il est évident que chacun, en fonction de sa personnalité, va faire un premier pas différent dans la perspective du changement. Aussi, pour définir ce premier pas, on peut d’abord s’interroger sur son identité.

A. Quelle identité ?

Le thème de l’identité apparaît sous différentes formes dans le film.

Vandana Shiva déclare que « se considérer comme un consommateur fait partie du problème; retrouver son identité de producteur et créateur fait partie de la solution ». Par ailleurs, les « intuitifs » invitent les spectateurs à découvrir leur « identité profonde ».

Cette question de l’identité, on se la pose bien évidemment à l’adolescence, et même à l’âge adulte, mais en quels termes ?

Invitons les participants à tenter de définir leur identité. Sur une feuille de papier, demandons-leur d’écrire les éléments nécessaires. Cette feuille ne devra pas être communiquée à d’autres, elle servira de document de travail personnel à chacun.

Invitons-les également à poser cette question à un membre de leur entourage : parent, ami, frère ou sœur, voisin, grand-parent,… dans l’idée de rassembler des identités diverses (et pas seulement des adolescents d’une même classe, par exemple…)

Ainsi, chaque participant détiendra deux feuilles : l’une avec sa propre réponse, l’autre avec la réponse d’une personne de son entourage.

En groupe, examinons maintenant les critères qui définissent l’identité.

On pourra par exemple faire le compte des occurrences des critères suivants :

  • nom et prénom
  • âge
  • sexe
  • pays, région, localité d’origine ou de domicile
  • langue maternelle
  • situation familiale
  • situation professionnelle ou parcours scolaire/ professionnel
  • religion ou conviction philosophique
  • goûts, habitudes, préférences
  • qualités, défauts
  • idéaux, convictions
  • événement marquant du passé

Est-ce que d’autres critères interviennent dans la définition de l’identité ? Lesquels ?

Quels sont les critères les plus pertinents ?

Lesquels sont le résultat d’un choix de la personne ? Lesquels sont susceptibles de changer avec le temps ?

Rappelons maintenant deux passages du film.

• Vandana Shiva déclare : « Se considérer comme consommateur fait partie du problème, et retrouver son identité de producteur et de créateur fait partie de la solution ».
• Chaty Secaira utilise une métaphore, celle du lac. Quand le lac est calme, on peut en voir le fond, mais quand il y a du vent ou de l’activité, on ne peut pas voir le fond. Pour les personnes, c’est pareil : pour découvrir notre identité profonde, il faut atteindre un état de silence intérieur.

Invitons les participants à choisir l’un de ces deux regards sur l’identité, celui qui leur parle le plus.

En adoptant cette définition de l’identité, comment vont-ils modifier leur fiche d’identité réalisée au début ? Vont-ils effacer certains éléments ? Vont-ils en ajouter d’autres ? Lesquels ?

B. Reprendre les rênes de son destin

Il s’agit maintenant d’identifier ce qui, dans nos vies, nous est dicté par le système.

Photo du filmEn effet, nous pensons avoir le choix, nous pensons être libres de faire ce que nous voulons, d’acheter ce que nous voulons. Mais cette liberté-là n’est-elle pas une illusion ? (Souvenons-nous de ce que dit Pierre Rabhi et de sa métaphore des boîtes).

La vraie liberté ne serait-elle pas de résister à tous les appels à la consommation et aux plaisirs polluants ?

Il faut en effet lever nos contradictions

.

D’une part, nous sommes certainement tous d’accord sur des valeurs comme la justice, l’égalité, la liberté et la défense de la nature.

Mais, dans le même temps, nous achetons des biens de consommation qui sont produits dans des conditions mauvaises pour les hommes et pour la nature. Et nous finançons par là les multinationales et donc participons à l’enrichissement des plus riches et à l’appauvrissement des plus pauvres.

Un exemple ?

Dimanche, je vais au supermarché acheter des tomates cultivées hors sol en Espagne, des tomates qui ont été transportées par camion et qui, au bout du compte, n’ont pas tellement de goût.

Les supermarchés ouverts le dimanche me donnent l’illusion que je suis plus libre; même le dimanche je peux faire mes courses. Mais cela implique aussi que des personnes qui ont des emplois qui ne sont pas spécialement valorisés (caissier, personne qui réassortit les rayons…) doivent travailler le dimanche… Est-ce que le patron et les cadres du groupe auquel appartient le supermarché travaillent le dimanche, eux ?

Je dépense mon argent au supermarché, donc, je participe sans doute au financement d’un grand groupe international, qui impose sa loi aux petits producteurs locaux.

Les tomates que j’achète n’ont pas connu la terre : elles sont cultivées dans l’eau, une eau analysée en permanence par des machines qui introduisent dans le système les nutriments nécessaires au développement des tomates. Pas étonnant que finalement, elles n’aient pas beaucoup de goût… Les personnes qui travaillent dans ces « usines » de production de tomates sont mal payées, mal protégées…

Le transport par camion implique pollution, encombrement des routes, etc.

Et finalement, qu’est-ce que tout cela m’apporte ? Des tomates qui n’ont pas beaucoup de goût…

La contradiction est flagrante entre nos valeurs et nos conduites, mais nous sommes humains et faillibles. Alors, entre les deux termes de la contradiction (moi et mes valeurs, d’une part; le système et les conduites qu’il me dicte, d’autre part), c’est le système qu’il faut mettre en cause.

Dans le film, Vandana Shiva cite Margaret Thatcher : « il n’y a pas de société; il n’y a que des individus ».

Margaret Thatcher a introduit le néolibéralisme en Grande-Bretagne : il s’agit d’une doctrine qui veut donner tout le pouvoir aux entreprises, dont l’objectif est de faire du profit et donc enrichir les plus riches (nous parlons ici des très grandes entreprises, des multinationales cotées en bourse, dont les bénéfices reviennent aux actionnaires, et pas des petites entreprises locales qui participent à l’économie réelle). La justification « sociale » de cette doctrine est qu’il faut favoriser les entreprises parce que ce sont elles qui créent de l’emploi. C’est faux. Des entreprises florissantes licencient pour augmenter le profit des actionnaires. Les emplois réellement créés sont marginaux par rapport aux avantages exorbitants (notamment fiscaux) qui sont cédés aux entreprises.

L’intérêt de l’entreprise est de nous maintenir isolé, dans l’état de consommateur, de réduire le lien entre les personnes. Parce que l’isolement s’accompagne de frustrations, de solitude et d’un sentiment d’impuissance, autant d’insatisfactions que nous pouvons compenser par la consommation. D’autant plus que ce système entretient l’illusion que ce que nous achetons nous définit.

C. Expérimenter, chercher, se regrouper

Inspirons-nous de la légende du colibri :

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Il ne s’agit pas de changer le monde à soi tout seul, mais bien de faire sa part. Faire un premier pas, même tout petit, est essentiel, et mènera sans doute à un deuxième peut-être un peu plus grand.

Si l’on reprend l’exemple des tomates, l’on pourrait dire :

  • Je ne fais plus mes courses le dimanche, parce que moi-même je ne voudrais pas travailler le dimanche…Je les fais en semaine ou le samedi.
    Ou bien
  • Je n’achète pas de tomates qui viennent de loin en camion… Je privilégie les tomates cultivées ici. Et si ce n’est plus la saison, j’achète autre chose.
    Ou bien
  • J’achète les tomates sur le marché, directement au producteur.
    Ou bien

Photo du filmPour faire ce premier pas, il est essentiel d’expérimenter. Comment savoir si la méditation ou le yoga vont me plaire si je n’essaie pas ?

Changer, même un tout petit peu, ses habitudes, revient à découvrir autre chose, une autre manière de faire, et cette découverte réserve peut-être de très bonnes surprises.

Outre le fait de faire quelque chose en cohérence avec mes idéaux, je risque bien d’y trouver d’autres avantages que je n’imaginais pas. Rencontrer des personnes intéressantes, qui ont des choses à m’apprendre, avec qui j’ai envie de partager, avec qui j’ai envie de discuter… découvrir une qualité que je ne connaissais pas… gagner du temps pour faire quelque chose qui me plaît vraiment…

L’essentiel dans cette démarche est de trouver un profit personnel, pas un profit d’argent, un profit humain.

Le témoignage d’Anne

J’achète bio en supérette depuis longtemps, parce que je préfère consommer des produits sans pesticides et plus respectueux de la terre et de ceux qui la travaillent. Les paysans nous nourrissent, ce n’est pas rien, il faut prendre soin d’eux !

Un jour, une amie m’a proposé de rejoindre son Amap, une association pour le maintien d’une agriculture paysanne. Le but, c’est de soutenir un paysan en s’engageant à lui acheter sa production. Je sais que la vie n’est pas facile pour les paysans : parfois, il y a des avaries et une partie de la récolte est foutue; s’ils veulent vendre leur production à des magasins, ceux-ci sont assez forts pour imposer leurs prix; le prix des matières premières est dicté par la bourse et les paysans n’ont pas voix au chapitre, ce qui les met parfois en grande difficulté financière.

Donc, l’Amap correspond bien à mon idéal : me fournir en légumes directement chez le producteur, m’engager auprès de lui, pour qu’il puisse travailler sans l’angoisse de ne pas savoir s’il va vendre ou pas sa production.

Mais j’avais un peu peur de la contrainte : il faut aller chercher ses légumes le samedi entre 11h et midi, et pas à un autre moment. Et si j’ai envie de faire autre chose à ce moment-là ? Et puis, le samedi matin, j’aime bien traîner un peu à la maison…

Comme je pouvais faire un essai de 3 mois, j’ai accepté.

J’ai versé sur le compte de l’Amap le montant correspondant à 3 mois de légumes frais, bio, locaux et de saison, bien entendu. Et l’argent de tous les membres est ensuite versé au maraîcher, pour les légumes à venir.

Le premier samedi, je suis allée chercher mon panier; c’était assez beau de voir tous ces paniers de légumes aux couleurs variées, ça m’a rappelé les Saint Nicolas de mon enfance ! Et puis, j’ai eu la surprise de voir arriver des personnes que je connaissais mais que j’avais un peu perdu de vue, et qui étaient membres de l’Amap aussi. Ça nous a permis de renouer et de se découvrir un point commun qu’on ignorait : l’agriculture bio, l’intérêt de soutenir les paysans, etc.

Après quelques semaines, j’étais convaincue : les légumes sont très bons, variés. Mais en plus, je découvre que ça me fait gagner du temps : comme j’ai les légumes de la semaine, je me pose moins souvent la question « qu’est-ce qu’on va manger ce soir ? » et je passe moins de temps au magasin. Cette formule se révèle aussi moins chère que se fournir au magasin.

Bien sûr, je ne choisis pas mes légumes, et parfois, il faut que je trouve une recette quand je ne sais pas comment préparer tel ou tel légume. Là, les discussions avec les membres de l’Amap sont toujours fort instructives; c’est un bon endroit pour échanger des recettes ! Et puis, je mange plus varié aussi : quand j’allais au magasin, j’avais tendance à acheter tout le temps la même chose.

Finalement, c’est toujours un grand plaisir pour moi d’aller chercher mes légumes le samedi matin, je rencontre les autres et on papote. Si je n’ai pas le temps, je prends mon panier et je file. Et si je ne suis pas disponible, je demande à un autre membre de prendre mon panier et je vais le chercher chez lui quand ça nous arrange. En réalité, ce n’est pas du tout une contrainte, plutôt un plaisir.

Environ une fois par trimestre, c’est à mon tour d’aller chercher les légumes à la ferme. Je vais chercher les caisses de légumes en vrac, je rencontre le maraîcher qui me donne des nouvelles et qui me demande si l’Amap est satisfaite des légumes, en qualité et en quantité. Ça me donne l’occasion de voir dans quelles conditions il travaille : parfois au soleil, parfois sous la pluie… Je peux aller faire un tour dans les champs et voir que bientôt, les choux seront prêts ou que la récolte de tomates sera bonne.

Il est déjà arrivé que le maraîcher nous envoie un message pour dire qu’il a beaucoup de travail et qu’un coup de main serait le bienvenu : donc, j’y suis allée un jour, pour aider à trier les carottes : les plus belles pour les membres de l’Amap et autres Gac (Groupes d’Achat Commun), les moches pour le bétail, et les moyennes pour lui ! Ça aussi, ça m’a apporté une satisfaction et j’ai appris des choses, notamment que ce n’est pas facile de produire de beaux légumes, en quantité, toute l’année… Alors, quand le maraîcher nous dit que cette année, il n’y aura pas de chou-fleur parce qu’ils ont tous été attaqués par une chenille, je l’accepte et je le comprends. Ce n’est pas grave, on mangera autre chose.

Affiche du film