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Le journal

Une analyse proposée par les Grignoux
et consacrée au film
Mèche blanche
de Philippe Calderon
France-Canada, 2008, 1h17


L'analyse proposée ici s'adresse notamment à des animateurs qui verront le film Mèche blanche avec un large public et qui souhaitent initier les spectateurs à l'interprétation d'images selon leur contexte d'appartenance fictionnel ou documentaire. Les objectifs de cette animation se placent donc dans une perspective d'éducation à l'image.

Le film

Au bord d'une rivière sauvage du Nord canadien vivent une mère castor et ses deux enfants, Mèche Blanche et Petite Sœur. Un jour, la démarche pesante d'une ourse fait céder le barrage qui protège la hutte familiale et le courant emporte Mèche Blanche loin de chez lui... Pour cet enfant perdu, c'est là le début d'une aventure incroyable qui va lui faire découvrir le monde et surtout qui va le faire grandir.

Sans le commentaire d'André Dussollier, Mèche Blanche pourrait être pris pour un documentaire animalier consacré à la vie des castors, à leur environnement, leurs mœurs, leurs activités, leurs rapports avec les autres animaux... Or la fiction remarquablement construite autour de ce microcosme mi-terrestre, mi-aquatique donne au film de Philippe Calderon le relief des meilleurs contes pour enfants. C'est cet aspect que nous souhaitons aborder ici avec les spectateurs en les invitant à remarquer le décalage important entre ce que nous disent les images du film avant la vision et ce qu'elles nous disent lorsque l'on y revient après la projection.

Avant la vision

Donner à voir quelques images d'un film avant sa projection permet généralement de faire des hypothèses sur le contenu de ce film. Si nous sommes pour la plupart incapables de distinguer par l'apparence un castor mâle d'une femelle, un castor âgé de cinq ans (adulte) d'un autre âgé de quinze ans (arrivé au terme de sa vie), nous faisons par contre immédiatement la différence entre les femmes et les hommes, les jeunes et les vieux... De même, les costumes des personnages, leurs accessoires, leur maquillage peuvent apporter des informations très riches sur leur caractère, leur personnalité ou leur origine socioculturelle tandis que leurs gestes et leurs mimiques indiquent souvent leurs humeurs ou l'état d'une relation... Toutes ces choses plus ou moins prévisibles se confirment au moins en partie au cours de la vision, les spectateurs tirant précisément une part de leur plaisir à vérifier les hypothèses qu'ils ont formulées antérieurement.

Dans le cas de Mèche Blanche au contraire, de telles prédictions sont impossibles. Ainsi par exemple, lorsque nous voyons Mèche Blanche au-dessus d'un rocher et Vieux Castor en-dessous, il nous est impossible de déduire que l'un tente d'aider l'autre et que le tronc placé en travers de ce rocher est l'instrument de cette coopération. Cette situation est par conséquent très différente d'une situation similaire, où deux hommes se seraient trouvés à la place des castors avec, entre eux, une échelle, par exemple. Dans ce cas de figure en effet, l'observateur aurait pu déduire sans difficulté la nature de l'événement (un homme est coincé au fond d'un trou) ainsi que celle de la relation existant entre les deux protagonistes (l'un porte secours à l'autre).

L'objectif de cette activité est donc d'initier les spectateurs à l'interprétation des images, interprétation toujours susceptible de varier en fonction de ce que nous savons du contexte où elles s'intègrent. Cette activité devrait plus spécialement leur permettre de constater qu'à ce stade, les images recèlent essentiellement des informations de type documentaire, limitées aux connaissances que nous avons des castors et du milieu où ils vivent (aux abords des rivières, essentiellement dans les régions sauvages d'Amérique du Nord).

En effet sans commentaire, les images montrent des animaux forcément privés de la parole, des castors sans grande marque distinctive apparente - sans information, comment distinguer en effet Mère Castor de Vieux Castor ou Mèche Blanche de Petite Sœur ? De manière plus flagrante encore, comment imaginer, en l'absence de toute marque extérieure, de tout geste ou mimique éloquents, leur histoire, leurs humeurs ou la nature de leurs relations ? - et des situations impossibles à comprendre spontanément (par exemple, comment déduire, en voyant le tronc coupé par Mèche Blanche en travers du rocher, que celui-ci entend aider Vieux Castor à en remonter la pente glissante ?), rendant très difficile voire impossible toute projection sur le contenu de la fiction imaginée par Philippe Calderon.

Concrètement, invitons les spectateurs à observer et à décrire les douze images reproduites ci-dessous.

  • Que voit-on : quels animaux ? que font-ils ?
  • Où se situe l'action du film : quels sont les éléments du paysage ?
  • Peut-on imaginer ce que va raconter l'histoire : quels sont les indices importants ? peut-on en identifier le héros ?

Effectuons ensuite une synthèse des observations en imaginant pour chaque image une courte légende décrivant ce qu'elle nous montre, et invitons les spectateurs à en prendre note de façon à pouvoir y revenir après la vision du film.

Après la projection

Un second examen devrait conduire les participants à prendre conscience de toutes les informations supplémentaires que la vision du film permet de dégager des images : des détails inaperçus ou considérés dans un premier temps comme anodins, les relations entre les animaux observés, des explications concernant leur comportement ou les situations dans lesquelles ils se trouvent... en somme, tout ce que notre mémoire de l'histoire vue et racontée nous autorise à (ré)interpréter.

Nous suggérons maintenant que les spectateurs effectuent un travail de remémoration à partir de ce même jeu d'images, dans la perspective de rédiger pour chacune d'entre elles une nouvelle légende qui tiendra compte cette fois de l'histoire racontée. Toutes les images contiennent un indice visuel qui permet d'identifier avec certitude douze moments importants du film; chacune fera par conséquent l'objet d'une observation attentive de ces détails, de façon à en donner une interprétation fidèle au contexte général de l'histoire : les participants reconnaissent-ils un moment du film ? quels sont les détails qui permettent d'identifier ce moment ? que se passe-t-il exactement au cours de la scène évoquée ?

Terminons le travail de description en imaginant de nouvelles légendes, et invitons les participants à les inscrire en regard des premières, conçues à un moment où notre connaissance du contexte n'était pas du tout la même. Cette activité devrait ainsi les amener à remarquer sans difficulté que c'est grâce aux commentaires de la bande-son que nous reconnaissons les différents animaux, que nous comprenons leurs comportements et que nous leur prêtons des intentions qui sont par ailleurs invisibles. Autrement dit, c'est le récit englobant du narrateur André Dussolier qui donne leur « véritable » sens à des images peu significatives en soi et qui nous permet d'attribuer des sentiments, des émotions, des intentions et même des pensées aux animaux représentés.

Mèche blanche en 12 images

Voici un exemple de ce que pourraient être les bases de ce travail de comparaison, qui fera l'objet d'une discussion en grand groupe.

Image n° 1

1. (Première légende, avant la projection) : un gros castor et deux plus petits se trouvent sur le bord d'une rivière

2. (Deuxième légende, après la vision) : Depuis que son compagnon est mort dévoré par les loups, Mère Castor élève seule ses deux enfants : Mèche Blanche et Petite Sœur

Image n° 2

1. Un jeune lynx en équilibre sur une branche observe quelque chose dans l'eau

2. Petit Lynx observe Mèche Blanche en train de nager dans la rivière; ce sont de bons amis qui s'amusent avec insouciance pendant que les adultes travaillent

Image n° 3

1. Un barrage construit avec des morceaux de bois est en partie détruit

2. Le barrage de Mère Castor a cédé sous le poids de Mère Ours, qui cherchait son fils Petit Ours en train de s'amuser avec Petite Sœur de l'autre côté de la rivière

Image n° 4

1. A l'endroit de la brèche, il y a beaucoup de courant; un castor se trouve dans l'eau, à proximité de la brèche

2. Désobéissant à sa mère, Mèche Blanche s'approche de la brèche et est emporté loin de chez lui par le courant

Image n° 5

1. Sur un îlot, on voit un tas de bois et un castor

2. Complètement perdu, Mèche Blanche rencontre Vieux Castor et trouve refuge dans sa hutte, située à sec, sur un îlot

Image n° 6

1. Un animal qui ressemble à un chien ou un loup observe l'intérieur d'une hutte de castors

2. Pendant l'absence de Vieux Castor, le loup noir essaye d'extirper Mèche Blanche de la hutte où il se tient à l'abri

Image n° 7

1. Un animal qui ressemble à un chien ou un loup nage dans une rivière

2. Pour sauver Mèche Blanche, Vieux Castor piège le loup en l'entraînant vers les rapides

Image n° 8

1. Un castor se tient en haut d'un rocher tandis qu'un autre se trouve en bas, dans le fond d'un ravin. Un tronc d'arbre fraîchement coupé est couché en travers du rocher

2. En signe de gratitude, Mèche Blanche vient en aide à Vieux Castor, coincé au pied d'un rocher glissant; il coupe pour cela son premier arbre et s'arrange pour le faire basculer dans le ravin afin que le tronc puisse servir d'appui à son nouvel ami

Image n° 9

1. Sur la berge de la rivière, les loups sont occupés à dépecer le cadavre d'un orignal

2. Alors que Mèche Blanche et Vieux Castor remontent la rivière pour trouver endroit plus tranquille où s'établir, ils aperçoivent les loups occupés à dépecer le cadavre d'un orignal

Image n° 10

1. Une loutre se tient debout sur un barrage fait de morceaux de bois

2. La loutre tente de détourner l'attention de Mère Castor en abîmant son barrage; son but est de l'éloigner de la hutte pour capturer Petite Sœur et la dévorer à son aise

Image n° 11

1. Pendant un incendie de forêt, deux castors sont blottis l'un contre l'autre

2. De retour sur son territoire, Mèche Blanche vole au secours de sa mère, alors prisonnière des flammes qui ravagent la forêt

Image n° 12

1. Dans l'eau, deux castors se tiennent face à face, têtes l'une contre l'autre

2. Mère Castor et Vieux Castor forment désormais un couple heureux

L'importance de la bande-son

Spontanément, lorsque nous voyons un film, nous avons tendance à croire que l'image est pleinement signifiante et qu'elle délivre l'essentiel de l'information (au sens large) qui nous est transmise au cinéma. Or, le « langage » de l'image n'est pas aussi univoque ni aussi « riche » que nous le pensons généralement, et nous négligeons tout de qui « accompagne » l'image, qu'il s'agisse de la bande-son ou même des mentions écrites qui apparaissent à l'image (et qui étaient d'ailleurs beaucoup plus fréquentes à l'époque du cinéma « muet », obligé de transmettre sous forme de cartons, des informations non visibles). Dans le cas d'un film comme Mèche blanche, on comprend facilement, par ce petit exercice, l'importance de la bande-son dans une histoire qui est largement anthropomorphisée (on prête aux animaux des sentiments humains). On remarquera à ce propos que, s'il existe un « langage corporel » qui nous permet de reconnaître assez facilement les expressions faciales des différentes émotions chez nos congénères (du moins les plus évidentes, comme la joie, la colère, la tristesse, la surprise…), cette capacité ne s'applique pas aux animaux dont les « visages » sont pour nous très peu expressifs : il suffit de regarder les différentes images du film pour constater qu'il nous est impossible de deviner la moindre émotion sur la tête des castors ou même dans leur attitude générale.

Dans une perspective d'éducation au cinéma, il est donc important de prendre conscience de la bande-son qui ici joue un rôle essentiel en particulier grâce à la voix off d'André Dussolier. On ne négligera cependant pas le fait que la bande-son dans ce film comme dans d'autres comporte d'autres éléments, qui ne doivent pas non plus être négligés comme les bruits pouvant annoncer ou amplifier quelque chose qui n'apparaît pas à l'image, ou encore la musique qui très souvent traduit ou soutient une émotion peu visible ou peu perceptible à travers les seuls personnages ou la situation où ils sont plongés.

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Un dossier pédagogique complémentaire à cette analyse est présenté à la page suivante.