Catalogue

Rechercher dans le catalogue :



Trouver

Nouveautés

Partager


 

 

Grignews

Le journal

Une étude proposée par les Grignoux
et consacrée au film
Demain
de Cyril Dion et Mélanie Laurent
France, 2015, 2h00


Cette étude consacrée au film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, s'adresse d'abord aux animateurs en éducation permanente. Elle rappelle d'abord les grands chapitres abordés par ce film consacré à l'avenir de notre planète et de nos sociétés. Elle s'attache ensuite aux différents points de discussion qu'il peut susciter, et essaie de dégager des pistes de réflexion autour des points ainsi dégagés.

En quelques mots

Demain réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent est un documentaire qui part d'un constat alarmant publié dans la célèbre revue Nature par un groupe de vingt-et-un scientifiques[1] sur la fin possible de notre humanité, à cause du réchauffement climatique, de la destruction des ressources et de la surpopulation. Face à cette annonce inquiétante, les auteurs n'ont pas voulu cependant se résigner et sont partis à la recherche à travers le monde de solutions innovantes pour répondre au défi du réchauffement climatique et de ses conséquences destructrices. En même temps, ils ont rapidement compris que les problèmes sociaux, économiques et écologiques étaient liés entre eux, et qu'il n'était pas possible d'apporter des réponses aux uns sans prendre en considération les autres. Le film, fruit de toutes leurs recherches et réflexions, comprend ainsi cinq grands chapitres consacrés à l'agriculture, à l'énergie, à l'économie, à la démocratie et enfin à l'éducation. Et pour chacun d'entre eux, Cyril Dion et Mélanie Laurent sont allés à la rencontre de personnes aux quatre coins du monde proposant des réponses originales aux problèmes soulevés dans ces différents domaines… Certaines de ces réponses ont une portée locale, d'autres une portée nationale ou internationale. Certaines visent à modifier des pratiques limitées ou des techniques particulières, d'autres supposent une transformation beaucoup plus profonde de nos comportements sinon de notre mode de vie. Mais toutes ces propositions se veulent porteuses d'espoir et de solutions praticables.

Comment cependant utiliser ce film en situation de débat, notamment avec un large public ? L'éducateur ne peut en effet se contenter de répéter le propos du film, qui est évidemment engagé (même si cet engagement peut sembler légitime et sympathique), ni prendre position sur des questions qu'il ne maîtrise que partiellement. Comment notamment tenir compte des opinions diverses sinon contradictoires que devrait susciter le film ? Comment également tenir compte des multiples thématiques qui sont abordées et qui méritent sans doute d'être considérées de manière différente en fonction de leur intérêt, de leur pertinence ou de leur validité ? Comment enfin éviter que le débat ne conduise à un simple échange d'opinions sans réelle réflexion ni action concrète ?

Les différents chapitres du film

Pour faciliter le rappel du film, l'on propose ci-dessous un tableau synthétique qui reprend les grands chapitres du film et qui précise le nom et la localisation des intervenants. Leurs propos sont brièvement résumés dans la dernière colonne.

ChapitreOù ?Qui ?Quoi ?
0. Le point de départ Stanford, États-Unis Liz Hadly, biologiste et
Tony Barnosky, paléontologue
Rencontre avec les coordinateurs de l'étude publiée en 2012 dans la revue Nature et qui a été le déclencheur du film pour les réalisateurs.
Totnes, Grande-Bretagne Rob Hopkins, fondateur du « Mouvement des villes en transition » (Transition network) « Nous sommes très bons pour imaginer des films qui mettent en scène notre propre disparition […] mais où sont les films qui montrent comment faire autrement et résoudre le problème ? »
1. L'agriculture Detroit, États-Unis Ashley Atkinson, co-directrice de Keep Growing Detroit Keep Growing Detroit* : 20 000 volontaires qui travaillent dans 1400 fermes et jardins bio à Detroit. Ces initiatives ont vu le jour au moment de la grande récession économique qui a touché cette ville abandonnée par l'industrie automobile qui la faisait vivre autrefois. Petit à petit, Detroit a vu sa population baisser de 2 millions d'habitants à seulement 700 000…

* « Keep Growing Detroit », le nom de l'association, a pour sens global « Continuer à faire croître, grandir Detroit » (comme on peut faire croître un végétal dont on prend soin par exemple).

Tepfirah, Lafayette Green Garden
Shane, Earthworks Urban Faro
Trish, The Greening of Detroit
Malik Yakini, co-gérant de D-Town Farm Bientôt la terre comptera 9 milliards d'individus dont 70% vivront dans les villes : nécessaire de rapprocher la nourriture des villes pour leur éviter de leur faire faire des milliers de kilomètres comme c'est encore le cas aujourd'hui.
Totmorden, Grande-Bretagne Mary Clear et Pam Warhust, co-fondatrices du mouvement The Incredible Edible (« Les Incroyables comestibles ») « Les Incroyables Comestibles : nourriture à partager » : les habitants de la ville plantent de la nourriture dans divers endroits de la voie publique : coins de rues, places, trottoir du commissariat… Tout le monde a le droit de se servir gratuitement dans ces plantations.
Robin Tuddenham, directeur des collectivités, district de Calderdale En 2013, les habitants de Calderdale ont reçu l'autorisation de cultiver de la nourriture sur tous les terrains vacants du district.
Nick Green, ingénieur, fermier The Incredible farm : « l'incroyable ferme » en agroécologie de Nick Green récolte tonne de production par an sur 300 mètres carrés de bacs potagers : « Sur un hectare, ça donnerait 14 tonnes, c'est beaucoup de nourriture. »
Belgique Olivier de Schütter, rapporteur sur le droit à l'alimentation aux Nations Unies Affirme entre autres dans ce rapport que les petites structures en agroécologie produisent davantage de produits consommés par les individus que les structures en agriculture intensive qui elles, produisent plutôt de la nourriture pour le bétail et des agro-carburants / Les gouvernements cherchent avant tout à maintenir la paix sociale en ne faisant pas augmenter la part dévolue à l'alimentation dans le budget des ménages, même si le système actuel constitue un problème de santé publique et environnementale.
Inde Vandana Shiva, physicienne et philosophe, spécialiste mondiale de la question des semences (première intervention) « Les grandes multinationales qui contrôlent l'agriculture ou l'alimentation ne produisent rien : Coca Cola est une rente de situation; Monsanto vit des droits de la propriété intellectuelle; Cargill achète et revend les légumes mais n'en produit aucun. »
Normandie, France Perrine et Charles Hervé-Gruyer, maraîchers bio Exploitation agricole en permaculture, une manière de cultiver la terre qui se veut respectueuse de l'environnement en n'utilisant pas de pétrole (tout le travail se fait manuellement) reproduisant notamment les associations de végétaux qui peuvent se former spontanément dans la nature. Optimisation de la surface de rendement grâce aux caractéristiques intrinsèques des plantes elles-mêmes, sans recours aux pesticides / 1,5 milliard d'agriculteurs dans le monde cultiveraient la terre sans tracteur et sans pétrole.
2. L'énergie États-Unis Jeremy Rifkin, économiste et président de la fondation pour les tendances économiques « Nous sommes entrés dans la sixième extinction de masse depuis 450 milliards d'années, c'est la nouvelle la plus importante depuis l'apparition de l'homme sur terre. (…) Depuis les révolutions industrielles du XIXe et du XXe siècles, notre civilisation entière repose sur les énergies fossiles et nous avons saturé l'air en CO2. (…) Or, lorsque la chimie de la terre bascule, c'est l'extinction de masse. »
Copenhague, Danemark Morten Kabell, maire en charge de la planification et de l'environnement L'objectif des administrateurs de Copenhague est d'en faire la première capitale à l'empreinte carbone neutre en 11 ans.
Hans Soerensen, administrateur de la ferme éolienne de Middelgrunden Ferme à éoliennes dans laquelle la ville et des habitants de Copenhague ont investi : « Ça rapporte beaucoup plus d'argent que d'investir en banque » affirme l'administrateur de la ferme.
Else, employée à la mairie de Copenhague et Mikkel, son compagnon Le système de transport de la ville : Pour le moment à Copenhague, selon la mairie, 67% des citoyens n'utilisent pas la voiture. Leur objectif est de faire grimper ce chiffre à 75% pour 2025. Quelques chiffres encore : 4 personnes sur 5 à Copenhague possèdent un vélo; 20% sont piétons; 26% roulent en vélo et 21% circulent en transports en commun.
Jan Gehl, architecte urbaniste La politique urbanistique d'une ville peut instaurer ou restaurer une « vie publique » plus dynamique et sécurisante, en créant des lieux agréables à fréquenter pour les piétons, plus de sites propres pour les cyclistes,... : « On a constaté ces dernières années que plus on construisait de routes dans une ville, plus le nombre de voitures augmentait. L'urbanisme a créé des conditions malsaines. À l'inverse, il faut maintenant construire plus de pistes cyclables et de meilleures infrastructures pour les piétons. »
Île de la Réunion, France, DOM-TOM**, 850 000 habitants

** DOM-TOM : Départements et territoires français d'outre-mer

Eric Scotto, Président d'Akuo Energy, entreprise indépendante qui développe les énergies renouvelables Panneaux solaires et éoliennes sur l'île de la Réunion, autonome en énergie à 35% : le but de cette entreprise est de rendre l'île totalement indépendante en matière énergétique d'ici 2030 / L'on apprend aux détenus d'une prison les principes de l'agroécologie mais aussi la fabrication de panneaux solaires et autres matériaux énergétiquement « propres » dans un objectif de réinsertion sociale après leur détention dans un secteur qui est en développement.
Reykjavik, Islande Gudni Johannesson, Directeur Général de la Compagnie nationale d'énergie en Islande 300 mégawatts d'électricité et d'eau chaude alimentent toute la ville = source d'énergie biothermique qui provient des montagnes / Diversification des sources d'énergie en Islande depuis la crise pétrolière des années 1970 dans le but de se passer des énergies fossiles / 40 ans plus tard, l'île est autonome grâce à l'hydroélectricité et à la géothermie qui récupère la chaleur de la terre.
Paris, France Thierry Salomon, ingénieur énergéticien, président de l'association Néga-Watt 60 à 65% de la consommation d'énergie (mondiale) d'aujourd'hui pourrait être évitée simplement en consommant moins d'énergie inutile. Exemple : les écrans dans le métro à Paris qui consommeraient à l'unité « plus que deux familles! »
San Francisco, États-Unis Julie Bryant, coordinatrice du Zero Waste pour la ville Le programme Zero Waste (Zéro Déchets) gère le recyclage des déchets de la ville de San Francisco. « Rien ne doit plus être incinéré. » Ce système aurait fait économiser 3 millions de dollars à l'État de Californie. À San Francisco, actuellement 80% des déchets sont recyclés (système de tri et de récupération des déchets à domicile semblable à celui qu'on l'on connaît dans beaucoup de villes européennes comme Liège ou Bruxelles).
Robert Reed, coopérative Recology Centrale de transformation des déchets : récupération et transformation du compost en matière fertile pour les sols; matière revendue ensuite aux fermes environnantes. L'épandage de cette matière permet en outre d'absorber le CO2 présent dans l'atmosphère.
Ardèche, France Pierre Rhabi, agroécologiste et écrivain Les grands prédateurs, comme le lion, pratiquent une prédation naturelle, pour se nourrir, tandis que les Hommes pratiquent une prédation accumulative qui leur permet d'emmagasiner et de revendre des biens pour gagner de l'argent. L'humanité d'aujourd'hui est « insatiable », nécessité de revenir à une consommation plus raisonnée.
3. L'économie Lille, France Emmanuel Druon, PDG de Pocheco, 114 salariés Entreprise de fabrique d'enveloppes où chaque matériau est recyclé et où les énergies qui permettent à l'usine de fonctionner et les matériaux qui la composent sont « verts » : panneaux solaires, toits végétaux, bois, récupération de la chaleur émise par la salle des machines pour chauffer les locaux,... Une entreprise peut être productive sans pratiquer d'écarts de salaires importants entre les responsables et les employés (de 1 à 4 chez Pocheco, contre 1 à 100 en moyenne pour la France), tout en cultivant une ambiance conviviale et en ne reversant pas de dividendes à des actionnaires mais en réinjectant les bénéfices dans le capital de l'entreprise.
Totnes, Grande-Bretagne Rob Hopkins (seconde intervention), fondateur du « Mouvement des villes en transition » (Transition Network) Lancement d'une monnaie locale à Totnes : émission d'un billet de 21 livres : « Puisqu'on peut le faire, pourquoi s'en priver ?! »/ Billet à l'effigie de David Bowie à Brixton/ But des monnaies locales : rendre l'économie résiliente, faire en sorte qu'elle bénéficie davantage au marché local plutôt qu'international, favoriser localement la création d'emplois /Monnaie qui n'a aucune valeur en dehors de la ville où elle est acceptée comme convention.
Ben Brangwyn, co-fondateur « Mouvement des villes en transition », répare les vélos, membre de l'équipe de l'économie locale
Bristol, Grande-Bretagne Marck Burton, chercheur à l'université de Bristol Qu'est-ce que la monnaie et qui a le droit de la créer ? La plus grande partie de la monnaie est créée par les banques sous la forme d'un crédit octroyé en réponse à une demande de prêt, elle n'existe pas en soi avant que la demande de prêt n'ait été formulée et acceptée. Cet « argent » n'existe donc que sous la forme d'une dette. Sans emprunt, pas de monnaie. Et lorsque cette dette est remboursée, la monnaie disparaît, elle sort du système. Donc pour que l'économie fonctionne, les banques doivent prêter sans cesse sinon la monnaie disparaît et c'est la récession. Au Royaume-Uni, 97% de l'argent est créé par les banques privées via le crédit. Dans la zone euro, c'est environ 85%. Le reste, les pièces et les billets, est créé par les banques centrales.
Belgique Bernard Lietaer, économiste, membre de l'équipe de lancement de l'Écu (prototype de l'Euro) Nécessité d'un écosystème monétaire : trois monnaies devraient cohabiter à l'échelle mondiale selon lui : une monnaie locale, une monnaie nationale et une monnaie mondiale. On reproduirait ainsi la saine diversité des écosystèmes naturels qui voient cohabiter sur un même territoire des milliers d'espèces, végétales et animales, interdépendantes les unes des autres. La « monoculture monétaire » que nous connaissons actuellement est malsaine et instable : imaginez une « cigarette qui tombe dans une sapinière »...
Bâle, Suisse Hervé Dubois, directeur de la communication de la Banque Wir Le franc Wir a été créé pour les entrepreneurs des PME suisses. Cette monnaie locale leur permet d'échanger entre eux et donc de faire vivre et prospérer l'économie locale / Seconde monnaie officielle de la Suisse (avec le franc suisse) / Pas d'intérêts sur le franc Wir.
Bristol, Grande-Bretagne Ciaran Mundy, Directeur du Bristol Pound La monnaie locale crée une réserve d'argent pour la communauté, limite l'évasion fiscale et favorise le développement des entreprises, réduit les circuits de transport et donc les émissions de CO2.
Oakland, États-Unis Nikki Silvestri, directrice de Green for all in Oakland Les individus ont besoin d'être plus autonomes, de ne pas laisser d'autres personnes décider de leur avenir.
Michelle Long, directrice de Balle Balle : Business Alliance for Local Living Economics = Association commerçante pour la vie (l'économie) locale. C'est en renforçant la densité et la diversité des entreprises locales que l'on pourra créer plus d'emplois et plus de richesses pour les individus.
Michael Shuman, économiste, co-fondateur de Balle L'économie actuelle est contre productive : des emplois sont à créer dans les petites structures locales et non dans les multinationales.
Judy Wicks, chef d'entreprise, co-fondatrice de Balle En tant que citoyens, c'est en boycottant les produits des multinationales qui contrôlent les gouvernements et en lançant des entreprises locales que l'on rendra du pouvoir économique aux communautés locales et que l'on renforcera la démocratie.
4. La démocratie Belgique David Van Reybrouck, historien, archéologue et écrivain Il est nécessaire de changer de système de représentation : le tirage au sort (comme pour constituer un jury d'assises) plutôt que les élections, procédure aristocratique.
Inde Vandana Shiva, physicienne et philosophe, spécialiste mondiale de la question des semences (seconde intervention) Il faut obéir aux lois supérieures; celles de la Terre et celles qui découlent des droits humains et refuser de coopérer aux lois, aux règles qui interfèrent avec ces lois supérieures.
Reykjavik, Islande Katrin Oddsdottir, avocate, membre du Groupe des 25 Mouvement citoyen suite à la crise financière de 2008/ Élaboration en 2009 d'une nouvelle Constitution par 25 citoyens islandais travaillant les questions suivantes : comment rendre les élus responsables de leurs actes ? Comment introduire de la transparence afin de voir ce que font les élus ? Comment répartir les pouvoirs pour éviter que les élus soient autant corrompus ? Mais blocage final par les institutions en place.
Chennai, village de Kuthambakkam, Inde Elango Rangaswamy, Intouchable, chimiste, maire de Kuthambakkam, fondateur d'une Académie des maires A mis en place une gestion participative de son village qui implique activement les habitants qui sont inclus dans les prises de décisions, interviennent dans l'élaboration du programme de gestion, font valoir les priorités à respecter /Après deux mandats, forme 900 maires aux principes de la gouvernance des citoyens par eux-mêmes (démarche s'inspirant de la République des Villages souhaitée par Gandhi) / Expérience inédite de village où cohabitent Intouchables et autres castes comme les Brahmanes /Subvention par l'État de 300 villages similaires.
Geetha Viswanathan, Brahmane, habitante du quartier Nord du village  
5. L'éducation Espo, Finlande Kari Louhivuori, proviseur de l'école Kirkojarvi La Finlande est en tête du classement Pisa***depuis 10 ans. L'école Kirkojarvi est située dans un quartier pauvre / La richesse de la Finlande, c'est la qualité de l'éducation (pas de pétrole, etc...) / Peu de bureaucratie / Pas d'inspecteurs /Pas de classement national où l'on compare les écoles / Les enseignants font un cursus de 5 ans à l'université / 2 enseignants pour 15 élèves / Nombreux modèles de pédagogie/ Professeurs assistants pour les élèves en difficulté / Les petits Finlandais ont 1h30 de cours de moins par semaine que les Français / On leur apprend à apprendre/ Le maître mot est la confiance / Les profs, proviseur et élèves mangent ensemble à la cantine / Rassurer, raisonner pour régler les problèmes de discipline, plus simples à régler lorsque l'on a construit une relation basée sur la bienveillance / Scolarité gratuite entre 7 et 16 ans (livres, soins, cantine) / Les élèves se familiarisent avec des domaines d'activité variés / Le système éducatif finlandais ne dépend pas des élections / Tolérance, refus des idées raciales, acceptation de la différence, éveil à l'empathie.

***Pisa : Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves, programme établi par l'OCDE, l'Organisation de Coopération et de Développement Economique

Maija Rintola, enseignante à Kirkojarvi Les matières sont importantes mais également les domaines d'habileté sociale / Il n'y a pas une seule bonne méthode pour apprendre à lire et les élèves finissent toujours par apprendre.

Discuter du film

Le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent propose une série d'idées et de pratiques en vue de répondre en particulier à la crise écologique majeure que risque de provoquer à moyen terme le réchauffement climatique consécutif à l'utilisation massive pendant plus d'un siècle des énergies fossiles (comme le pétrole, le gaz ou le charbon) qui elles-mêmes constituent des ressources limitées de plus en plus rares. Ces idées nourries de générosité et d'optimisme ne seront cependant pas nécessairement partagées par toutes et tous. Certaines pourront susciter l'adhésion, d'autres rencontreront peut-être des freins ou des résistances. Comment dès lors mener en groupe une discussion du film qui ne soit pas un simple échange d'opinions contradictoires ? Comment parvenir à une réflexion collective qui permette de dépasser les premiers avis certainement sommaires et faiblement étayés ?

L'on propose ici de revenir sur les différents chapitres du film en répartissant les spectateurs en petits groupes de réflexion : chaque groupe s'attacherait à un chapitre qui serait abordé à l'aide de quelques grandes questions (ou consignes) :

Débattre de Demain

  • De quoi traite le chapitre du film envisagé ? Quelles sont les expériences rapportées ?
  • Quels sont les aspects positifs cités par le film des expériences rapportées dans ce chapitre ?
  • En quoi les idées proposées sont-elles discutables ? Plusieurs éléments peuvent en effet être problématiques, par exemple :
    • on recourt à l'argument d'autorité : d'autres « autorités » peuvent avoir été négligées;
    • les faits sont présentés de manière partielle; il n'y a pas de prise en compte de contre-exemples possibles;
    • il y a un écart entre l'expérience concrète qui est montrée et la conclusion générale qu'on en tire (« l'image » montre quelque chose de plus limité que ce que ne « dit » le commentaire);
    • les images enjolivent les choses, n'en montrent que les aspects « souriants »;
    • le raisonnement recourt de manière trop large à l'analogie (analogie entre des choses sans réel rapport);
    • l'argument repose sur des croyances qui ne sont pas fondées en raison;
    • certains concepts sont vagues et douteux;
    • l'argumentation n'est pas explicite ou difficilement compréhensible;
    • etc.

On soulignera le fait que le caractère éventuellement discutable d'un argument ne l'invalide pas nécessairement : il s'agit ici de relever les points de discussion et non pas d'affirmer que les idées émises sont fausses ou mauvaises.

  • Quelles sont les résistances que les initiatives proposées peuvent rencontrer ? Même si les idées sont séduisantes, ne faut-il pas tenir compte de certaines réalités qui peuvent empêcher ou limiter la mise en pratique de ces idées et qui ne sont pas évoquées dans le film ? Il ne s'agit donc pas ici d'argumentation mais de réalités, notamment sociales, qui peuvent freiner les initiatives proposées.
  • Par ailleurs, de manière positive, les participants peuvent-ils citer des initiatives locales (ou plus éloignées) qui leur paraissent œuvrer dans une des voies ouvertes par le film ? Et se sentent-ils eux-mêmes capables d'agir dans le même sens ? et de quelle façon ?
  • Enfin, certains points soulevés par le film méritent-ils une recherche complémentaire, d'autres informations pour bien comprendre la solution proposée par les intervenants du film ?

Quelques pistes de discussion et de réflexion

On propose dans les commentaires qui suivent différentes analyses et réflexions qui pourront nourrir les discussions et débats autour du film Demain.

1. L'agriculture

Les faits

Le film évoque les fermes urbaines à Detroit et les « incroyables comestibles » à Todmorden en Grande-Bretagne.

Ce sont les petits agriculteurs qui produisent entre 70 et 75% de la nourriture que nous consommons.

En Normandie, une micro-ferme pratique la permaculture dont les rendements sont deux à trois fois supérieurs à ceux de l'agriculture industrielle.

Les aspects positifs

Ceux-ci sont largement évoqués dans le film : il s'agit notamment des rendements supérieurs de ce type de culture qui devrait être capable de nourrir 9 milliards d'individus, sans recourir aux engrais ni aux pesticides. Les fermes urbaines et les « incroyables comestibles » permettent en outre de créer du lien social.

Des arguments à discuter

L'expérience de Detroit est très particulière puisqu'elle s'est développée dans une région qui a subi une crise industrielle et démographique sans précédent et où les personnes se sont retrouvées sans emploi et sans ressources, les contraignant à mettre en œuvre leurs propres moyens de subsistance. En Europe, les systèmes de protection sociale évitent aux individus de se retrouver dans de telles situations désespérées. On remarque d'ailleurs que la production à Todmorden d'« incroyables comestibles » est beaucoup plus limitée et que la population locale a manifestement d'autres sources d'approvisionnement. On comprend dès lors que sous le nom de petits agriculteurs, le rapporteur Olivier de Schütter rassemble des situations extrêmement diverses de par le monde. Tous ces petits agriculteurs, qui travaillent dans des conditions très différentes (pensons par exemple aux paysans du Sahel ou aux rizicultures traditionnelles en Asie), peuvent-ils pratiquer la permaculture vue en Normandie ? Ne faudra-t-il pas de nombreuses recherches et expérimentations avant de pouvoir généraliser ces expérimentations à l'ensemble du monde ?

Il faut par ailleurs remarquer que l'affirmation selon laquelle entre 70 et 75% des produits consommés viennent des petits agriculteurs néglige le fait (à peine signalé) que l'agriculture industrielle sert en grande partie à nourrir du bétail et de la volaille mangés ensuite par les humains. Bien que ce ne soit pas explicitement dit, le modèle proposé implique que notre alimentation devienne beaucoup plus ou totalement végétarienne.

Le film propose une vision assez manichéenne de l'histoire agricole en ne soulignant que les aspects négatifs de l'agriculture industrielle : sans nier que ceux-ci existent et sont de plus en plus problématiques (notamment l'usage d'engrais et de pesticides), la « révolution verte » a incontestablement augmenté la productivité agricole et permis indirectement une augmentation spectaculaire de la population mondiale au cours du XXe siècle. Parler de plantes malades, de sols malades et finalement de gens malades est également exagérément négatif alors que l'espérance de vie n'a jamais été aussi grande de par le monde.

L'histoire est souvent plus complexe que le schéma manichéen qui oppose des petits fermiers respectant des principes « naturels » à une agriculture « industrielle » : l'agriculteur en Normandie dit par exemple que la consommation de céréales (blé, riz, maïs) est récente, et que, dans la nature, l'homme préhistorique mangeait essentiellement des baies, des fruits, des racines, ce qui serait meilleur pour la santé. Mais l'introduction des céréales est bien antérieure à l'agriculture industrielle et s'explique par un avantage évident : contrairement aux légumes et aux fruits qui ne sont disponibles qu'à certaines saisons et qui se dégradent plus ou moins rapidement, les céréales se conservent longtemps (sans frigo ni conserves…) et permettent de nourrir les populations pendant la « mauvaise » saison.

On voit d'ailleurs que cette ferme en Normandie est expérimentale et travaille avec des organismes de recherche comme l'INRA : il ne s'agit pas de revenir à une agriculture ancienne (qui était peu productive) mais de trouver de nouvelles manières de cultiver, comme il est dit, en soignant « amoureusement » le sol, en densifiant et en associant les cultures. Les résultats sont spectaculaires, mais le problème de leur généralisation à d'autres régions, à d'autres climats et à d'autres écosystèmes reste posé.

Les résistances possibles

Plusieurs résistances à une évolution vers l'agroécologie et la permaculture sont évoquées dans le film. La première est celle des grands groupes industriels (fournisseurs de céréales, d'engrais, de pesticides) qui risqueraient de voir diminuer leur chiffre d'affaires et qui font pression sur les gouvernements (notamment des pays moins développés) pour vanter leur seul modèle productiviste. La seconde est celle des consommateurs, essentiellement citadins, qui souhaitent avoir des aliments à bas prix et qui sont réticents à payer plus pour des produits écologiquement responsables. Il est également difficile de changer les habitudes alimentaires et de diminuer en particulier la consommation de viande dont la production est très polluante. Une troisième résistance possible est évoquée incidemment dans le film où un des intervenants à Detroit signale que ce n'est pas une tâche facile : le travail de la terre est effectivement ardu, notamment lorsqu'on souhaite renoncer à l'utilisation de machines comme c'est le cas dans la ferme en Normandie. L'exode rural qui, au cours des XIXe et XXe siècles, a vidé les campagnes d'une grande part de leur population en Europe et maintenant dans d'autres régions du monde, s'explique au moins pour une part par la pénibilité du métier. La dernière résistance est plutôt culturelle, car le changement agricole proposé dans Demain suppose un changement de mentalités : face aux rendements avancés par la permaculture en Normandie, certains — notamment parmi les décideurs politiques — risquent de manifester un certain scepticisme. Il est donc essentiel que de telles expériences soient répétées et bénéficient de l'aide d'organismes de recherche agricole réputés qui puissent montrer de façon explicite et détaillée, dans un grand nombre de situations diversifiées, les avantages de ces nouvelles formes de culture.

D'autres initiatives

Il existe déjà en Europe de nombreuses initiatives visant à privilégier des produits agricoles écologiquement responsables et privilégiant des circuits courts de distribution. Ces initiatives sont de valeur différente — la grande distribution fait également la promotion de produits réputés « bio »— et il faut donc s'informer pour privilégier ceux qui respectent le mieux les principes de l'écologie. Beaucoup de personnes disposent également de jardins où ils peuvent pratiquer, s'ils le souhaitent et à leur échelle, ce type d'agriculture. Et diminuer sa consommation de viande est évidemment à la portée de tous. On peut donc dire qu'en ce domaine les alternatives existent et que chacun d'entre nous peut contribuer à améliorer les choses.

Des informations complémentaires

Le film parle sommairement d'agroécologie et de permaculture sans préciser la différence entre les deux. On trouvera facilement sur Internet de multiples informations à ce propos.

Par ailleurs, le rapport d'Oliver de Schütter sur l'alimentation mondiale permet de mieux comprendre les multiples questions qui se posent aujourd'hui à l'agriculture (et notamment la pauvreté des petits agriculteurs dans beaucoup de régions du monde). On a rassemblé des liens Internet vers ce texte et d'autres références utiles ci-dessous.

2. L'énergie

Les faits

Ce chapitre consacré à l'énergie commence par un constat négatif : les ressources en pétrole et en carburants fossiles, qui sont au cœur de toutes nos activités industrielles, sont limitées et sont en outre responsables de l'effet de serre qui va entraîner en particulier des problèmes d'approvisionnement en eau potable. Des solutions existent pourtant : ce sont les énergies renouvelables.

Les éoliennes, la bio-masse, l'énergie solaire, celle des mers, la géothermie sont déjà largement utilisées dans des pays ou des régions comme le Danemark, l'Islande , la Suède, l'île de la Réunion.

Ces nouvelles énergies doivent s'accompagner de nouvelles manières de consommer notamment dans les transports : à Copenhague, on privilégie de manière systématique les déplacements à vélo et en transports en commun. L'exemple de publicités lumineuses extrêmement gourmandes en électricité est le contre-exemple à ne pas suivre.

Par ailleurs, l'expérience de recyclage des déchets à San Francisco, où les habitants sont invités à trier tout ce qu'ils jettent dans trois poubelles différentes, montre comment la production de biens divers (notamment de nourriture) doit prendre place dans un circuit de récupération qui permet ici de produire un compost extrêmement utile aux cultures : « ça rend des nutriments aux fermes ».

Les aspects positifs

Les aspects positifs sont évidents. Les énergies renouvelables permettent de diminuer largement l'émission de gaz à effets de serre et constituent une ressource indéfinie. Elles sont synonymes de développement durable. Les effets bénéfiques du recyclage des déchets sont tout aussi évidents lorsqu'on observe les décharges et les pollutions que génèrent les déchets non traités qui se retrouvent notamment dans la nature et dans les océans.

Des arguments à discuter

Les images prises à Copenhague sont particulièrement enjolivées : il ne pleut pas (ce qui est tout de même un frein à l'utilisation du vélo…), les transports en commun sont particulièrement propres et efficaces, l'ensemble de la ville est agréable et conviviale, ce à quoi contribuerait notamment l'usage des transports en commun. On voit pourtant que, dans de nombreux autres pays européens, les villes et les transports en commun souffrent de beaucoup de maux (dégradations diverses, surpeuplement aux heures de pointe, incivilités diverses…) qui ne sont pas dûs uniquement à la concurrence des automobiles. Dans ce chapitre, à Copenhague et ailleurs, tout semble fonctionner harmonieusement sans aucun problème ni technique ni humain : il est par exemple difficile de comprendre qu'en Suède, les éoliennes aient un rendement financier de 6 à 7%, sans que les financiers ne soient alors tentés d'y investir massivement (on remarquera d'ailleurs que cette idée d'un rendement financier important est contradictoire avec l'idée d'une décroissance économique développée au chapitre suivant).

De façon plus fondamentale, la question des énergies peut donner l'impression d'être traitée de façon sommaire. Ainsi, l'éolien et le solaire sont dépendants du vent et du soleil qui, on le sait bien, ne sont pas constants : en Allemagne par exemple, les variations de l'éolien qui y est largement implanté sont compensées par des centrales thermiques au charbon, très polluantes. Cela ne signifie pas que les énergies renouvelables ne sont pas une bonne solution, au contraire, mais qu'elles posent des problèmes techniques qui devront être progressivement résolus. Mais de telles solutions — par exemple une meilleure interconnexion des réseaux électriques qui permet de compenser l'absence de vent à un endroit par l'énergie éolienne produite à un autre endroit — ont des coûts relativement importants.

La question des coûts semble effectivement traitée sommairement : tous les exemples cités — sauf celui de la Réunion — sont choisis dans des régions ou des pays très développés où le recours aux énergies renouvelables apparaît comme un « luxe » possible. Dans les pays en développement, en particulier en Chine, le recours aux énergies fossiles comme le charbon est massif à cause de leur faible prix. Et, même dans les pays européens, les travaux d'isolation — absolument nécessaires si l'on veut faire des économies d'énergie — nécessitent des investissements qu'il n'est pas facile de rentabiliser, du moins à court terme.

La question des transports ne se résume pas non plus à la seule utilisation des transports en commun : même si le rail doit être privilégié, il est difficile aujourd'hui de faire disparaître l'ensemble des camions, camionnettes et autres véhicules utilitaires qui circulent sur nos routes et dans nos villes, alors que les batteries des camions électriques ne leur donnent qu'une faible autonomie. En outre, leur coût dépasse actuellement celui des camions propulsés au diesel.

Les résistances possibles

La question des coûts est, on le voit, un frein au développement des énergies renouvelables, et le principal obstacle réside sans doute dans l'écart entre l'intérêt collectif à long terme et l'intérêt individuel à court terme. On le voit encore aujourd'hui (en 2015) avec la chute des prix des produits pétroliers (provoquée notamment par le recours à la fracturation hydraulique aux États-Unis, extrêmement polluante) qui est vue par les consommateurs européens et américains comme une aubaine qui les pousse vers l'utilisation des énergies fossiles (gaz, essence, diesel) pour le transport (individuel) et le chauffage. Et la vente d'autos de plus en plus nombreuses, de plus en plus grosses et de plus en plus lourdes, ne diminue pas en Europe ni ailleurs dans le monde.

Les changements de comportements que nécessite la transition énergétique vers le renouvelable se heurtent ainsi à l'individualisme dominant : tout le monde n'est pas prêt à faire l'effort de se déplacer à vélo (surtout si l'on habite dans une région vallonnée!) ou en transports en commun, ni à renoncer à sa voiture. Même l'implantation d'éoliennes suscite souvent des résistances chez certains riverains sous prétexte de préservation des paysages ou de nuisances sonores (même si les mêmes riverains ne se préoccupent guère des déchets de l'industrie nucléaire qui resteront dangereusement actifs pendant des milliers sinon des dizaines de milliers d'années)… Ce ne sont donc pas uniquement les grandes firmes capitalistes, comme il est dit dans le film, qui favorisent les énergies fossiles et les biens de consommation périssables, mais également les consommateurs qui privilégient ce type de produits, préférant par exemple se déplacer en auto qu'en train ou en bus ou bien acheter l'électricité d'un fournisseur nucléaire que celle (pas nécessairement plus chère…) d'un producteur d'énergie « verte ».

Cité dans le film, l'exemple des smartphones, dont la production et la consommation sont énergivores, est de ce point de vue révélateur : seule une minorité de personnes est sans doute prête aujourd'hui à renoncer à ces engins alors que, par ailleurs, beaucoup défendent déjà l'idée que les ordinateurs et les connexions Internet à haut débit constituent des biens de première nécessité auxquels tout le monde a droit!

Par ailleurs, faire des investissements à long terme — par exemple pour l'isolation d'une maison — suppose soit que l'on dispose de fonds suffisants, soit que l'on soit assuré à l'avenir de revenus suffisants : on comprend facilement que ce sont les plus fortunés qui se montrent les plus sensibles aux thèmes écologiques et qui sont prêts à faire des dépenses supplémentaires en ce sens.

Le changement de comportements implique, on le comprend, des changements de mentalités qui sont sans doute lents à se manifester à cause en particulier des intérêts individuels et à court terme. Bien entendu, différentes politiques — comme les primes à l'isolation, la priorité donnée aux transports en commun ou aux vélos, l'obligation de trier les déchets… — sont des facteurs importants pour inciter les individus à modifier leurs attitudes et comportements. Mais, comme il est dit dans le film, ces politiques dépendent elles-mêmes de décideurs qui ne sont sans doute pas assez attentifs à l'intérêt collectif des générations futures : tout est effectivement lié.

D'autres initiatives

Il n'y a pas qu'à San Francisco qu'on trie ses déchets dans trois (ou quatre!) poubelles différentes! Cela se pratique dans de nombreuses villes européennes avec des succès différents. On constate par ailleurs que nombre de maisons individuelles se couvrent de panneaux solaires et que les normes d'isolation des nouvelles constructions dans les pays européens deviennent de plus en plus sévères.

Les initiatives pour réduire notre consommation énergétique et pour favoriser les énergies renouvelables existent bien mais restent sans aucun doute insuffisantes face au défi du changement climatique. Mais chacun a sans doute un rôle à jouer en ce domaine en privilégiant de façon systématique des consommations écologiquement responsables notamment d'un point de vue énergétique.

Des informations complémentaires

Tout le monde ne sait pas nécessairement ce qu'est la biomasse, la géothermie ou même l'énergie marine, ni ne connaît la manière précise dont ces énergies sont produites.

Certaines affirmations entendues dans le film méritent également explication : ainsi, le responsable du recyclage à San Francisco explique que le compost fertilise le sol tout en absorbant le CO2 présent dans l'atmosphère, ce qui peut étonner dans la mesure où le compost est « produit » par des bactéries qui, comme tous les êtres vivants, émettent du gaz carbonique. L'explication, qu'on trouve facilement sur Internet, est que l'utilisation de ce compost favorise l'humidité du sol et une augmentation de la biomasse, ce qui entraîne un développement plus rapide des plantes et dès lors une augmentation du processus bien connu de la photosynthèse et de « l'absorption » du CO2 par les végétaux. Des études sur le bilan carbone du compostage — dégagement de gaz à effets de serre et absorption du CO2 par les cultures — semblent favorables à cette technique contrairement aux amendements par engrais issus du pétrole. Il faut cependant que ce compostage soit fait dans de bonnes conditions (avec notamment une aération suffisante), ce qui n'est pas nécessairement le cas des composts artisanaux.

Cette question circonscrite permet de poser plus largement celle des bilans énergétiques globaux : une éolienne produit de l'électricité grâce au vent qui bien sûr ne s'arrête jamais (du moins sur de longues périodes), mais il faut de l'énergie pour construire ces machines, pour les entretenir, pour éventuellement compenser leurs faiblesses (par exemple quand le vent faiblit et que la demande électrique est forte). Il faut donc s'informer autant que possible sur les différentes solutions qui sont proposées et dont le bilan énergétique est très variable : ainsi, à partir des années 2000, certains ont proposé d'utiliser des biocarburants, issus donc de l'agriculture et de ce fait « renouvelables », mais il est apparu rapidement que le bilan écologique est négatif puisque, comme c'est d'ailleurs signalé dans le film, cela implique de consacrer de grandes surfaces de culture à des plantes comme la betterave, la canne à sucre, le blé, le soja ou le colza, ce qui a pour effet dans de nombreux pays de pousser à la déforestation. Dans d'autres régions, la production de bio-carburants entre en concurrence avec les cultures destinées à l'alimentation humaine, entraînant un renchérissement des denrées alimentaires!

On peut poser le même type de question à l'endroit des voitures électriques que certains voudraient voir se répandre largement dans nos villes — car elles évitent la pollution aux gaz de combustion de moteurs à essence ou diesel — mais qui impliquent l'utilisation de batteries qui contiennent des métaux lourds qui sont des sources importantes de pollution. Toutes les solutions « vertes » (surtout quand elles sont proposées par des firmes commerciales) n'ont pas la même empreinte écologique, et il est important de rechercher un maximum d'informations à ce propos, même si les réponses sont souvent complexes, incertaines, sinon contradictoires.

3. Une autre économie

Les faits

Le système économique actuel repose sur l'idée d'une croissance indéfinie, ce qui est écologiquement intenable. D'autres modèles sont proposés comme celui d'une entreprise de papier dans le nord de la France qui rompt avec la logique de la production extraction-transformation-déchets au profit d'une économie circulaire basée sur notamment la recherche de solutions innovantes de recyclage. Une autre solution proposée est celle des monnaies locales utilisées dans des « villes en transition » comme Totnes en Angleterre et qui favorisent les « circuits courts » et l'économie locale. Le franc Wir utilisé par des PME en Suisse depuis la grande crise des années 1930 en est un autre exemple. Les banques créent de la monnaie sous forme de prêts, mais rien n'interdit à des particuliers de créer une monnaie locale (et des billets de 21£!). D'autres initiatives comme le mouvement Balle aux États-Unis visent également à favoriser les économies locales.

Les aspects positifs

Les aspects positifs sont clairement évoqués dans le film, même s'ils relèvent de deux ordres différents.

L'entreprise Pocheco à Lille envisage différemment le processus de production (matérielle) en privilégiant le recyclage, la minimisation des déchets et les économies d'énergie. Les autres solutions évoquées concernant les monnaies locales visent essentiellement à favoriser le développement des économies locales : l'impact est écologique (car l'on privilégie les circuits courts), mais surtout social puisqu'il s'agit de favoriser les petites entreprises de la région. C'est également l'objectif poursuivi par le mouvement Balle aux États-Unis qui estime que ce sont les petites entreprises, et non les grandes multinationales, qui créent le plus d'emplois.

Des arguments à discuter

Il s'agit certainement du chapitre le plus complexe du film, notamment lorsqu'il évoque la création de monnaie. C'est également dans ce chapitre qu'on trouve beaucoup d'arguments par analogie qui sont peu convaincants.

Ainsi, Pierre Rabhi (qui intervient en fait à la fin du chapitre précédent mais dont l'intervention porte sur l'économie) s'insurge contre l'idéologie de la croissance indéfinie en recourant à une comparaison : le lion ne mange plus d'antilope une fois qu'il est rassasié, et il n'a pas d'entrepôts… La comparaison est évidemment discutable dans la mesure où toute l'humanité s'est développée en détournant une partie des ressources consommables pour éviter précisément les aléas de l'existence : sans entrepôts, par exemple de céréales, les hommes n'auraient jamais pu s'installer dans des régions aux hivers rigoureux comme l'Europe. Tout notre habitat, toute notre civilisation, toute notre culture matérielle nous éloignent depuis plusieurs millénaires de cette vision idyllique où l'on se contenterait de manger les fruits de la nature au jour le jour : aujourd'hui une telle attitude est tout simplement impossible avec l'accroissement de la population mondiale qui implique une augmentation des ressources disponibles. Bien entendu, il faut s'interroger sur cette croissance à la fois démographique et économique, mais le mode de vie du lion n'est certainement pas un modèle imitable[2].

De la même façon, la comparaison entre la monnaie unique et les monocultures qui seraient contraires à la nature qui repose sur la diversité végétale (avec de superbes images de la forêt vierge à la Réunion…) revient littéralement à comparer des pommes et des boules de billard… Bernard Lietaer affirme qu'une monnaie unique comme l'euro est très fragile, mais la crise de 2008 n'est pas une crise de la monnaie mais une crise bancaire (liée à des prêts risqués appelés subprimes). Si l'on compare d'ailleurs l'euro au dollar américain, on peut se demander si l'existence d'une monnaie unique et d'un marché largement unifié comme celui des États-Unis n'est pas un des facteurs essentiels du dynamisme de l'économie américaine depuis la fin du XIXe siècle, alors que l'Europe était et est toujours confrontée à un marché « intérieur » très fragmenté. Les règles prudentielles des autorités monétaires européennes ont d'ailleurs évité des inflations spectaculaires comme celles qu'ont connues l'Allemagne en 1923 ou l'Argentine en 2001. Cela ne signifie pas évidemment que les monnaies locales ne soient pas intéressantes, mais elles apparaissent bien comme une monnaie de complément, sans doute plus utiles dans certaines circonstances ou dans certains pays (comme la Grèce) que dans d'autres.

On remarquera également le manque d'explication sur la création de monnaie : si les banques peuvent effectivement créer de la monnaie par l'octroi de prêts, ce « mécanisme » semble tout à fait magique et ne résulter que d'un simple jeu d'écritures comptables alors qu'il est soumis en fait à des réglementations importantes : les banques doivent notamment détenir suffisamment de fonds propres pour faire face aux défauts de remboursement de certains emprunteurs, et la banque centrale (chargée par un État ou par une union d'États comme l'Union Européenne) empêche les banques de prêter trop largement pour éviter une dévalorisation de la monnaie et l'inflation.

Semblablement, les explications concernant le mouvement Balle semblent très sommaires : comment définit-on les entreprises locales alors que chaque entreprise fait appel à des fournisseurs plus ou moins lointains qui eux-mêmes font appel à d'autres fournisseurs encore plus lointains dans une chaîne internationalisée ? Et comment renoncer aux produits des multinationales qui fournissent une grande partie de nos biens de consommation ? Beaucoup de questions restent ici en suspens…

Les résistances possibles

L'entreprise Pocheco est sans doute l'exemple le plus clair et le plus fascinant de ce chapitre : il est possible de produire de façon durable en économisant l'énergie et en favorisant le recyclage. On voit cependant que cela a nécessité une recherche et une inventivité importantes (ainsi qu'une diminution de l'échelle salariale pour favoriser les investissements productifs et écologiques). Le défi consiste évidemment à transposer une telle démarche dans toutes les entreprises, ce qui implique un changement important des mentalités et une créativité constante. Il faut certainement aussi une implication de l'ensemble des travailleurs à qui il est demandé de maîtriser des processus relativement complexes, d'imaginer des solutions innovantes et de s'adapter à de nouvelles techniques de production, car les problèmes d'économie d'énergie, de recyclage et de consommation durable seront certainement différents selon les entreprises et les types de production concernés.

Les monnaies locales rencontreront quant à elles des résistances d'une autre nature qui dépendront essentiellement de la confiance (ou de l'absence de confiance) des consommateurs : celui qui sera payé en monnaie locale (en tout ou en partie) devra être sûr qu'il pourra dépenser cet argent dans des magasins ou auprès d'entreprises suffisamment nombreuses. Celles-ci risquent d'ailleurs de refuser cette monnaie si la majorité de leurs fournisseurs sont extérieurs à la localité et refusent de ce fait la monnaie; la seule solution alors pour l'entreprise est de payer ses travailleurs (en tout ou en partie) avec la monnaie locale, ce que ceux-ci peuvent également refuser par manque de confiance. La confiance s'installe cependant vite, et il suffit qu'une certaine « masse critique » soit atteinte (c'est-à-dire que la monnaie soit acceptée par suffisamment de personnes) pour que se produise un effet de boule de neige.

Enfin, la priorité donnée à l'économie locale et aux petites entreprises par le mouvement Balle risque de se heurter aux habitudes mais aussi aux goûts des consommateurs, attirés par des produits des grandes multinationales, qui peuvent être moins chers, particulièrement innovants, « à la mode » (même si celle-ci est souvent un effet de la publicité) ou ne pas connaître de réelle concurrence à l'échelon local : les grandes firmes opèrent en effet des concentrations qui permettent de réduire les coûts mais également de mettre en place des processus de production, de recherche et d'innovation particulièrement complexes (que l'on pense par exemple à la fabrication d'une automobile ou d'un ordinateur). Cela ne signifie pas que de telles firmes soient nécessairement dominantes et qu'elles interdisent le développement d'entreprises de plus petite taille, mais ces dernières occupent alors des « créneaux » restreints à l'abri de la concurrence (ou servent de fournisseurs aux grandes entreprises pour des produits spécifiques). Il semble difficile pour les consommateurs de privilégier systématiquement les petites entreprises locales, soit parce que les biens demandés ne sont pas disponibles localement, soit parce qu'il n'est pas facile de distinguer ce qui est produit localement par de petites entreprises de ce qui ne l'est pas.

D'autres initiatives

Au niveau économique, il est sans doute intéressant de prendre en considération les différentes formes d'entreprises, car toutes n'ont pas les mêmes objectifs financiers : il existe tout un secteur qu'on appelle l'économie sociale qui ne vise pas à enrichir des actionnaires, ni des patrons (même « petits »), ni des dirigeants nommés par un Conseil d'Administration. Il s'agit notamment de coopératives ou de sociétés sans but lucratif (asbl en Belgique, Associations loi de 1901 en France) qui ont différents objectifs comme la promotion du commerce équitable, l'insertion des demandeurs d'emploi par l'activité économique, la défense de productions alternatives, la mise sur pied de politiques culturelles originales, etc. Ce type de sociétés se caractérise en particulier par le fait que les bénéfices éventuellement dégagés sont réinvestis dans l'entreprise pour son développement (par exemple écologique), l'amélioration des conditions de travail ou encore des activités déficitaires mais socialement ou culturellement importantes pour l'entreprise.

Il faut également citer toutes les activités qui relèvent du commerce équitable et qui visent en particulier à payer un juste prix aux petits producteurs agricoles (confrontés à de grandes firmes de distribution qui achètent leur production au plus bas prix), notamment dans les pays du Tiers-Monde. Même si toutes ces initiatives ne sont pas d'égale valeur — il y a des querelles sur la « labellisation »de ces produits : quels sont les critères pour déterminer que le prix d'achat est équitable ? —, il est important pour les consommateurs européens de prendre en considération dans leurs achats le déséquilibre des échanges Nord-Sud.

Enfin, il est certainement important de s'informer sur l'impact environnemental des produits que nous achetons, que ce soit pour leur fabrication ou pour leur usage. Il y a régulièrement des campagnes menées par différentes ONG pour mettre en cause de grandes multinationales peu respectueuses de l'environnement (ou des conditions de travail de leurs employés). Ces campagnes, surtout si elles sont bien menées, ont un impact et constituent un outil de pression indispensable auquel tout le monde peut facilement contribuer.

Des informations complémentaires

Les différents sujets abordés dans le film méritent sans doute des recherches complémentaires en fonction des intérêts manifestés par les uns et les autres. Si l'économie et la finance sont de très vastes sujets d'étude (souvent complexes et ardus), il est sans doute nécessaire de s'informer plus avant pour comprendre des phénomènes comme la crise des banques en Islande ou la crise de la dette en Grèce.

D'autres sujets abordés dans le film comme le réseau Balle aux États-Unis (Business Alliance for Local Living Economies) peuvent également faire l'objet d'une recherche sur Internet. Enfin, on trouvera des références complémentaires sur des exemples de monnaie locale ou sur le mouvement des villes en transition ci-dessous.

4. La démocratie

Les faits

Une démocratie plus participative et délibérative est nécessaire : l'écrivain David Van Reybrouck propose qu'aux élections classiques s'ajoute le tirage au sort de citoyens. Des citoyens islandais ont ainsi mené un projet de nouvelle Constitution, malheureusement bloqué en dernier recours par les institutions en place. En Inde, un maire appliquant les principes de la gouvernance des citoyens par eux-mêmes est parvenu à faire cohabiter Brahmanes et Intouchables dans un même village.

Les aspects positifs

La proposition de tirage au sort faite par Didier Van Reybrouck (auteur de Contre les élections, Arles, Actes Sud, 2014) présente des aspects positifs indéniables dont le principal est sans doute d'élargir la participation démocratique à des citoyens qui ne sont pas des professionnels de la politique. Par ailleurs, le tirage au sort exclut toute possibilité de réélection et ne soumet donc pas ces citoyens à la pression de l'opinion publique en vue de conserver un éventuel pouvoir. On remarquera que la proposition vise le pouvoir législatif (« faire des lois ») et non pas exécutif qui implique des compétences spécifiques (si l'on pense par exemple au ministère de la Santé ou de la Recherche scientifique).

En Islande, des centaines de citoyens se sont mobilisés pendant plusieurs mois pour manifester leur mécontentement à l'égard des élites mais aussi pour doter l'Islande, à travers le travail du groupe des 25, d'une nouvelle Constitution qui prévoirait un meilleur contrôle des élites. Bien que ces démarches n'aient pas encore abouti, la reprise en main du politique par les citoyens a bel et bien eu lieu.

Les villageois de Kuthambakkam en Inde, étant invités à participer activement au programme de gestion de leur village, émettent des propositions, fixent eux-mêmes leurs priorités et s'impliquent concrètement. Pour que les principes d'auto-gouvernance soient appliqués dans d'autres villages, Elango Rangaswamy, le maire de Kuthambakkam, crée une Académie où il forme des centaines de maires aux principes de la gouvernance des citoyens par eux-mêmes.

Des arguments à discuter

Au constat que fait l'écrivain du sentiment de vol, de perte de leur mainmise sur le fonctionnement de la société qu'éprouveraient les citoyens, on peut se demander, d'une part, si ce sentiment est partagé de la même manière par tous les citoyens dans tous les pays européens, et, d'autre part, s'il en a jamais été autrement, c'est-à-dire si les citoyens ont eu une réelle mainmise sur le fonctionnement des sociétés modernes, même dites démocratiques. De la même manière, l'on peut estimer que les États-Unis ont toujours présenté certains caractères d'une oligarchie (avec un pouvoir exercé par les élites de la côte Est), et ce depuis leur création.

Par ailleurs, l'exemple donné du Texas, puissance pétrolière par excellence qui a vu s'installer le plus grand parc éolien de tous les États-Unis grâce à la constitution d'un groupe de citoyens tirés au sort qui ont pu concevoir les avantages que ce type d'énergie représentait pour leur région et en décider la mise en œuvre, est particulièrement favorable à la proposition de Van Reybrouck et aux thèses écologiques du film. Mais qu'en serait-il par exemple si des citoyens tirés au sort dans le même pays devaient statuer sur la peine de mort ou sur le libre commerce des armes ? Ces jurys prendraient-ils toujours la « bonne » décision, au regard des droits humains fondamentaux (comme le droit à la vie ou la sécurité publique) ? L'auteur répond à cette question par l'affirmative, car c'est selon lui par la discussion et le débat que des décisions éclairées peuvent se prendre, et non dans les situations d'élection dominées par les passions irréfléchies.

D'autre part, l'argument principal de David Van Reybrouck repris dans le film est que les citoyens tirés au sort ne seraient pas « pieds et poings liés avec les grosse entreprises ». Cet argument pose néanmoins question : pourquoi ces citoyens subiraient-ils moins la pression des grands lobbys, et pourquoi seraient-ils moins enclins à céder à leur influence et plus autonomes dans leur prise de décision que des politiciens élus ? On peut en revanche penser comme David Van Reybrouck que ces citoyens tirés au sort, étant amenés au prochain tour à céder leur place à d'autres et non à mener une campagne en vue d'être réélus, seraient moins sensibles à la corruption…

Par ailleurs, si les démocraties actuelles présentent sans aucun doute de nombreux défauts, il ne faut pas oublier que beaucoup de populations soumises à des régimes autoritaires ou dictatoriaux nous envient fortement ces régimes démocratiques, aussi imparfaits soient-ils. Mais ce serait certainement une erreur de ne pas explorer les pistes d'un approfondissement démocratique comme le propose le film : les élections en tant que procédé démocratique pourraient ainsi être avantageusement complétées par d'autres moyens qui ne demandent, pour être pensés et mis en place, que de la créativité.

Le montage du film reprend également dans ce chapitre une intervention de la physicienne Vandana Shiva s'exprimant sur l'existence de lois « supérieures » qu'il faudrait respecter avant toutes les autres : les lois de « Gaïa », la Terre, et les lois découlant des droits humains, comme la liberté à laquelle tout être humain peut prétendre et que tout système démocratique se doit de garantir. En invoquant le nom de Gaïa[3], figure mythologique personnifiant la Terre-mère, la physicienne semble donner une connotation religieuse au respect de l'environnement qui nous serait dicté par une entité supérieure. Or l'on peut considérer que la défense de l'écologie trouve sa justification en elle-même, sans devoir invoquer une quelconque autorité de nature religieuse. En revanche, le fait de considérer, comme le fait Vandana Shiva, les lois découlant des droits humains comme des lois supérieures semble en accord avec la « hiérarchie des normes » (notion formulée en 1934 par Hans Kelsen, théoricien du droit) qui prévaut dans la constitution du droit des États démocratiques. En effet, dans une telle hiérarchie (fondée en raison), la norme fondamentale à laquelle doivent se conformer les autres est la Constitution, texte fondateur qui énonce entre autres les droits humains dont chaque citoyen peut se prévaloir.

L'expérience islandaise est quant à elle peu expliquée : le spectateur ne voit en effet pas ce que la nouvelle Constitution élaborée par le groupe des 25 devait concrètement modifier. Par ailleurs, l'Islande a une population limitée (300000 habitants) : cette situation pourrait-elle expliquer en partie le succès de la mobilisation citoyenne qu'a connue le pays à partir de 2008 ? Dans d'autres pays, le tirage au sort supprimerait-il les conflits d'opinion, surtout dans des populations plus vastes et plus diversifiées qu'en Islande ? Et comment se régleraient alors les conflits sur des sujets « sensibles » ? Enfin n'y a-t-il pas une contradiction entre deux principes démocratiques, l'élection et le tirage au sort, qui expliquerait le blocage du projet de constitution ? Les élus ont-ils nécessairement « tort » face à des citoyens tirés au sort ?

Enfin, l'expérience de démocratie délibérative vécue par les habitants de Kuthambakkam peut sans doute être considérée comme exceptionnelle à l'échelle de l'Inde qui, bien qu'elle constitue la plus grande démocratie du monde (1 milliard d'habitants), est toujours travaillée par de profondes inégalités dues au système des castes (fondé sur l'opposition religieuse du pur et de l'impur qui sépare les Brahmanes des Intouchables).

Les résistances possibles

Comme on le voit en Islande, ce sont les institutions existantes qui constituent le principal obstacle à la mise en œuvre de cette Constitution prévoyant plus de transparence et de contrôle du travail des élus par les citoyens. De manière assez naturelle, ceux qui ont le pouvoir, qui ont été élus ou nommés pour l'exercer, tendent à vouloir le conserver, et ils opposent leur propre légitimité (celles des élections) à celle de leurs concurrents tirés au sort.

Ainsi encore, en Belgique où l'écrivain David Van Reybrouck aimerait voir cohabiter des élus « classiques » à la Chambre et des citoyens tirés au sort au Sénat, une telle réforme impliquerait une révision de la Constitution supposant une majorité des deux tiers dans les deux chambres : la procédure est particulièrement lourde et constitue un frein particulièrement lourd au changement mais qui a été voulu comme tel par les rédacteurs de cette Constitution pour la mettre précisément à l'abri de majorités politiques fluctuantes.

L'implication dans les activités politiques que nécessite la démocratie participative pourrait constituer un autre obstacle à sa mise en place : les assemblées participatives exigent en effet souvent un investissement en temps (pour s'informer, pour dialoguer, pour débattre, pour décider) qui peut entraîner différentes formes de lassitude (surtout si l'on a l'impression que son opinion est minoritaire).

Enfin, différents niveaux de pouvoir cohabitent dans un régime démocratique : local, régional, national, supra-national, et l'articulation entre ces différents niveaux peut être problématique. La démocratie participative semble toujours plus facile à mettre en œuvre au niveau « local » dans des groupes restreints, mais on a par ailleurs souvent l'impression aux niveaux inférieurs que les « véritables » décisions se prennent aux niveaux supérieurs. Comment dès lors « injecter » plus de démocratie aux niveaux supérieurs ? Comme rendre par exemple plus démocratiques des institutions « lointaines » comme l'Union Européenne ou l'ONU ?

D'autres initiatives

Parmi les autres initiatives cherchant à insuffler une dynamique plus participative dans la prise de décision concernant des enjeux de société, citons dans leur ensemble les mouvements citoyens : le mouvement des Indignés par exemple, qui a abouti en Espagne à la naissance du parti Podemos (en français « nous pouvons »); le réseau Attac (Association pour une Taxation sur les Transactions financières et l'Action Citoyenne), le mouvement Tout autre chose (Hart Boven Hard en Flandre); les mouvements ou associations appliquant les principes de l'autogestion (prises de décision collectives)…

Par ailleurs, il existe dans la plupart des pays d'Europe des instances locales démocratiques dans lesquelles les citoyens peuvent s'exprimer et prendre part aux décisions (en dehors des périodes électorales) : au niveau communal ou municipal, on peut considérer que les comités de quartier peuvent remplir cette fonction, ainsi que les associations qui mettent en œuvre des projets à dimension collective et d'intérêt général.

Des informations complémentaires

Il est toujours important de s'informer sur les institutions politiques de la région, du pays ou de l'ensemble de pays dans lesquels on vit. Les différents niveaux de pouvoir, leurs compétences respectives et leurs actions effectives sont souvent mal connus, parfois sous-estimés, souvent surestimés.

Pour se renseigner sur le fonctionnement d'un État démocratique comme la Belgique, sur les textes fondateurs, les élections… l'on pourra facilement consulter les sites Internet des différentes institutions étatiques.

On se reportera également à l'ouvrage de David Van Reybrouck, Contre les élections, Editions Actes Sud, 2014, pour un développement plus long de ses thèses.

5. L'éducation

Les faits

Le dernier chapitre du film Demain porte essentiellement sur le système éducatif en Finlande. Une école est prise plus particulièrement comme exemple.

Les aspects positifs

Le choix de la Finlande comme objet du documentaire s'explique par le classement favorable de ce pays aux enquêtes internationales Pisa. Les écoliers finlandais se distinguent par leurs bonnes performances aux épreuves en langue maternelle, mathématique et éveil scientifique. Le film montre par ailleurs l'importance donnée dans cette école à l'éducation à la démocratie, à la tolérance et aux différences entre individus. C'est un aspect essentiel dans la perspective générale du film.

Des arguments à discuter

Le film montre une seule école mais surtout elle ne montre que des activités de loisir (les repas pris en commun), pas d'apprentissage ni d'enseignement. Il est donc difficile de comprendre comment les jeunes Finlandais deviennent si performants aux tests Pisa, même si les intervenants avancent plusieurs explications : une formation de cinq ans pour les maîtres, le refus de tout dogmatisme pédagogique, la possibilité laissée aux élèves d'apprendre à leur rythme, l'investissement des pouvoirs publics dans le système éducatif qui permet d'avoir de petites classes et deux maîtres pour la même classe (dont l'un qui assiste plus particulièrement les élèves en difficulté)…

En matière d'éducation à la démocratie, le film est tout aussi sommaire : en dehors des bonnes paroles, on ne voit pas à quoi correspond exactement l'ouverture aux autres et à la différence, même si l'on voit maîtres et élèves manger à la même table… On remarquera immédiatement que dans les écoles de beaucoup d'autres pays européens, l'on prétend aussi éduquer aux mêmes valeurs… avec des résultats variables.

Les résistances possibles

Les bons résultats de la Finlande aux tests Pisa intéressent tous les pays qui ont des résultats moins bons sinon médiocres. Dans ces pays (comme la Belgique ou la France notamment), les débats sont cependant virulents sur les mesures à appliquer pour améliorer ces résultats. Les différents acteurs — enseignants des différents niveaux, syndicats, directions, inspecteurs, responsables politiques, chercheurs en pédagogie… — pointent des responsabilités différentes (souvent celles des autres…), et on constate qu'il est très difficile de réformer un système scolaire où les pesanteurs institutionnelles sont très importantes : personne ne veut de réformes, parce que cela impliquerait de modifier des habitudes et des comportements, ou que cela coûterait de l'argent, ou que ça pourrait « nuire » à certaines écoles ou à certains acteurs qui se sentent menacés dans leur statut et leurs « avantages », ou tout simplement parce que d'aucuns « n'y croient pas ou plus »… Les conflits entre conceptions pédagogiques divergentes, comme c'est le cas en particulier en France, rendent apparemment impossible toute réforme d'ensemble du système scolaire.

Par ailleurs, il serait certainement faux de prétendre que les écoles en Europe occidentale ne promeuvent pas les valeurs démocratiques. L'on peut cependant penser que ces valeurs s'expriment d'abord sous forme de discours (moraux, philosophiques ou politiques au sens large) mais se traduisent beaucoup moins sous forme de pratiques concrètes. Enseignants, éducateurs et directeurs restent profondément attachés à leur rôle d'autorité, et il y a dans les faits très peu d'espaces de dialogue et surtout de construction démocratique. De la même manière que les hommes politiques tendent à garder le monopole du pouvoir même s'ils évoquent constamment la démocratie, les différentes autorités scolaires parlent beaucoup plus de ces valeurs (notamment quand elles sont en jeu en dehors de la classe) qu'elles ne les pratiquent réellement dans la vie quotidienne des écoles.

D'autres initiatives

Les pesanteurs institutionnelles n'empêchent pas toute innovation ou expérience en matière d'enseignement dans les différents pays européens. Mais ces expériences (par exemple en France et en Belgique) sont souvent soumises à des conceptions idéologiques rigides qui contrastent avec l'éclectisme dont font preuve les enseignants finlandais. Par ailleurs, comme elles restent limitées à quelques établissements et s'adressent souvent à des publics spécifiques (par exemple des jeunes en décrochage scolaire), elles ne font pas l'objet d'une évaluation scientifique comme les tests Pisa pour l'ensemble des systèmes scolaires des pays de l'Ocde. Dans ce contexte, les oppositions entre partisans et opposants de ces méthodes sont particulièrement vives, tout en se situant surtout au niveau des idées.

En ce qui concerne l'éducation à la démocratie et surtout sa mise en œuvre à l'école, il faut citer le nom de John Dewey (1859-1952) qui, un des premiers, a insisté sur la nécessaire participation des élèves aux décisions concernant la vie scolaire. En faisant une recherche sur ce thème, on constatera cependant que, s'il y a des initiatives en ce domaine, elles restent apparemment peu nombreuses et fort limitées. La meilleure initiative serait peut-être de demander aux élèves eux-mêmes comment ils pensent pouvoir participer de manière plus active à la vie démocratique au sein de l'école. N'est-ce pas d'abord au sein même de la classe que l'on doit débattre de cette question ? Que peut être la démocratie en classe ? Quelles formes peut-elle prendre ? Quelle importance doit-elle avoir dans la vie scolaire ? Comment amener tous les élèves à participer aux décisions qui en définitive les concernent au premier chef ?

Des informations complémentaires

La barrière de la langue fait qu'il est difficile d'obtenir des informations concrètes sur le système scolaire finlandais. Il est en revanche relativement facile de trouver des informations complémentaires sur les différentes méthodes pédagogiques évoquées dans le film.

Les enquêtes Pisa sont relativement techniques et font souvent l'objet de comptes-rendus polémiques dans la presse et sur Internet. Les informations apportées par ces enquêtes sont cependant essentielles, notamment lorsqu'elles montrent la plus ou moins grande inégalité des systèmes scolaires en fonction des publics socialement différenciés auxquels ils s'adressent (pour rappel, les élèves ne sont pas tous égaux devant l'école, une part d'entre eux étant issus de milieux économiquement, socialement ou culturellement moins favorisés, ces inégalités étant compensées ou au contraire renforcées par les différents systèmes scolaires).

Bibliographie et liens utiles

La nourriture

Le rapport d'Oliver de Schütter sur l'alimentation mondiale permet de mieux comprendre les multiples questions qui se posent aujourd'hui à l'agriculture (et notamment la pauvreté des petits agriculteurs dans beaucoup de régions du monde).

L'économie

Différentes initiatives en Belgique et à Liège en particulier :

Sur les monnaies locales:

La démocratie

Le site de mouvements citoyens

À propos de la démocratie participative et délibérative

Pour se renseigner sur le fonctionnement d'un État démocratique comme la Belgique, sur les textes fondateurs, les élections… l'on pourra facilement consulter les sites Internet des différentes institutions :

Des informations sur les droits humains fondamentaux et la Déclaration universelle des droits de l'homme sont disponibles notamment sur le site des Nations Unies.

Affiche du film


1. Anthony D. Barnosky, Elizabeth A. Hadly et alii, « Approaching a state shift in Earth's biosphere » dans Nature, 486, 52–58, 7 juin 2012. (Cet article, malheureusement payant et en anglais, est signé par 22 scientifiques et non par 21 comme indiqué dans le film. Il a fait l'objet de plusieurs comptes rendus dans la presse.)

2. Les populations de prédateurs comme les lions sont soumises à des équilibres naturels qui impliquent que, si la population des lions croît plus vite que celle des antilopes, les lions (du moins les plus faibles) meurent de faim, ce qui diminue leur nombre et rétablit l'équilibre par sélection naturelle. Ce n'est évidemment pas un tel sort que l'on souhaite aux êtres humains.

3. « Gaïa » signifie « Terre » en grec. Cette figure est présente dans de nombreuses mythologies, notamment grecque et indienne. On remarquera que, de manière générale, le mouvement écologiste est divisé entre deux ailes, l'une plus « rationaliste », l'autre volontiers teintée de religiosité et de mysticisme (un courant qui se rapproche souvent des théories « New Age »).

Cliquez ici pour retourner à l'index des analyses.