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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Les Bureaux de Dieu
de Claire Simon
France, 2008, 2 h 02
Avec Nathalie Baye, Béatrice Dalle, Rachida Brakni, Michel Boujenah...

Le dossier pédagogique dont on trouvera un extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du secondaire qui verront le film Les Bureaux de Dieu avec leurs élèves (à partir de quatorze ans environ), mais également aux animateurs et aux spectateurs intéréssés par la problématique du film. Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en œuvre en classe après la vision du film.

Dégager les messages du film

Les Bureaux de Dieu retrace essentiellement une série de consultations: des entretiens entre une ou deux femmes ou jeunes filles et une conseillère du planning.

Demandons aux participants de citer toutes les personnes qui viennent consulter. Dressons-en la liste au tableau au fur et à mesure.

Voici comment l'on pourrait «nommer» toutes ces personnes:

  • La jeune fille d'origine algérienne qui veut prendre la pilule,
  • Zoé, la jeune fille en conflit avec sa mère,
  • La jeune fille qui cache ses pilules au-dessus des boîtes aux lettres,
  • La jeune femme trop féconde,
  • La jeune femme au collier de perles, qui ne se croyait pas capable d'être enceinte,
  • Le jeune couple triste dont la jeune femme n'est pas enceinte,
  • La jeune femme qui sort de l'hôpital psychiatrique,
  • Les parents (et particulièrement la mère) de la jeune fille qui va avoir une IVG en Espagne,
  • La dame qui veut avorter parce qu'elle vient d'obtenir un nouveau poste,
  • La jeune femme qui ira à Barcelone en car,
  • La dame qui ne sait pas si elle est enceinte de son mari ou de son amant,
  • La prostituée amoureuse.

À ces personnes dont on assiste à l'entretien, on pourrait encore ajouter:

  • Le jeune homme qui veut savoir si sa copine est vierge,
  • Le groupe de jeunes qui découvrent le planning,
  • La réunion des conseillères au sujet de deux jeunes filles en fuite,

qui sont des «cas» sur lesquels il y aurait beaucoup de choses à dire, mais qui ne donnent pas lieu à un entretien proprement dit.

Invitons maintenant les participants à s'organiser en petits groupes, qui choisiront chacun une de ces séquences à analyser, en répondant à des questions comme:

Qu'y a-t-il de marquant dans cette rencontre?
  • Que nous dit l'échange entre la personne qui vient au planning et la conseillère ou le travailleur social qu'elle rencontre?
  • Qu'est-ce que cet échange met en évidence?

Invitons ensuite les groupes à mettre en commun le résultat de leurs analyses.

Commentaires

On l'aura remarqué, les entretiens mis en scène dans le film font intervenir des personnes de plus en plus âgées. Ainsi, la première à consulter est une jeune fille qui souhaite prendre la pilule; la dernière est une prostituée qui sollicite un avortement. Entre ces deux situations, nous assistons à des entretiens de femmes de moins en moins jeunes, et qui sont confrontées à des problèmes différents, mais qui concernent chaque fois le contrôle de leur fertilité.

D'une manière générale, l'on constate aussi que chaque entretien comporte deux phases: l'une «psychologique», l'autre «pratique». En effet, la partie la plus importante de la consultation porte sur le vécu, les sentiments, les peurs de la personne. La partie pratique de l'entretien est plus courte; il s'agit d'expliquer comment les choses vont se passer ensuite: l'utilisation de pilules contraceptives, les phases d'un avortement…

Les entretiens auxquels le spectateur a assisté permettent également de dégager certains faits importants qu'on va à présent passer en revue.

Un manque d'information

Plusieurs séquences illustrent le manque d'informations des femmes sur la sexualité. Des interrogations des jeunes filles (quand risque-t-on d'être enceinte?) à des croyances (le stérilet fait gonfler le ventre, «je ne me croyais pas capable d'être enceinte»…), en passant par les explications que reçoit le groupe des jeunes visiteuses sur l'examen gynécologique ou sur l'utilisation du préservatif, et par la demande de recherche en paternité. L'information apparaît ainsi comme une des missions du centre de planning.

Une séquence évoque aussi la désinformation de groupes anti-avortement, qui diffusent des idées, des images dissuasives: une jeune femme s'angoisse à l'idée d'avorter et parle de carnage, de passage au Karcher… Ainsi, l'information objective, scientifique s'oppose parfois à des représentations personnelles, qui tiennent quelquefois du fantasme.

Un lieu où l'on se confie

Plusieurs jeunes filles du film évoquent la difficulté, voire l'impossibilité de parler de sexualité et de contraception avec leur mère ou leurs parents. («Si elle sait [que je prend la pilule], elle me tue!»). Ainsi, le centre de planning, qui garantit la confidentialité, est un endroit où l'on parle, où l'on se confie.

La difficulté de parler de sexualité entre mère et fille peut tenir au malaise ou à la peur du parent, ou encore à la tradition qui rend la sexualité taboue. «On ne parle pas de ça» et quelquefois, «ça» est même interdit en dehors du mariage. Mais il semble aussi que l'intimité se partage mal au sein de la famille comme en témoigne la mère d'une jeune fille qui désire avorter et qui se demande comment elle a pu en arriver là: «Comment va-t-elle vivre avec ça? Je lui ai demandé si elle avait fait des bêtises. Pourtant, on se parle à la maison…» Ainsi, sous l'apparence de l'ouverture au dialogue se cachent la culpabilisation, peut-être involontaire, de la mère qui parle de «bêtises» et aussi la représentation de l'avortement comme une expérience extrêmement traumatisante[1].

Il n'est pas toujours plus facile pour les femmes de parler de la contraception ou de la grossesse avec leur conjoint. Ainsi, si certaines femmes ont pris d'emblée la décision de ne pas garder l'enfant, d'autres manifestent une hésitation et semblent manquer du soutien de leur conjoint: comme si les contraintes de la vie sexuelle du couple incombaient seulement à la femme.

Des inégalités homme-femme

Si les femmes d'aujourd'hui ont gagné leur indépendance en matière de sexualité, des inégalités parfois choquantes sont encore d'actualité comme en témoigne le jeune homme qui veut savoir si sa copine est vierge. Il exige que sa compagne soit vierge, mais l'inverse est sans doute inconcevable pour lui. Cette situation est d'autant plus injuste que la virginité peut être constatée[2] chez les filles, mais pas chez les garçons. De la même manière, le cas des deux jeunes filles en fuite pour éviter un mariage forcé illustre que l'égalité hommes-femmes n'est pas acquise pour tout le monde et que le combat pour l'indépendance et la liberté des femmes est à renouveler sans cesse.

Parallèlement, le film donne à voir des femmes sures d'elles, responsables (autant parmi les conseillères que parmi les consultantes) mais il ne faut pas en conclure pour autant que «tout est gagné».

Une palette de sentiments

Qu'elles connaissent de petits problèmes ou de gros problèmes, les femmes et les filles qui viennent à la consultation présentent une grande diversité d'attitude: certitude (la femme qui vient d'obtenir un nouveau poste), résignation (la jeune femme trop féconde), hésitation (la jeune femme qui sort de l'hôpital psychiatrique), panique (la femme qui ne sait pas de qui elle est enceinte), peur (la jeune femme qui imagine l'avortement comme un passage au Karcher), détresse (la maman d'une jeune fille qui va avoir une IVG), sérénité (la prostituée amoureuse)…

Autant de réactions que de personnalités, des réactions où jouent lamaturité, la confiance en soi, l'indépendance, mais aussi toutes les représentations liées à la sexualité, à la contraception, au rôle de la femme, à l'avortement… Dans tous les cas, il faut faire face à la responsabilité de donner naissance ou non à un enfant.


1. Toute IVG est sans doute une épreuve qui «laisse des traces». Mais, réalisée dans de bonnes conditions médicales, elle ne présente aucun risque sur le plan physique. Quant aux «dommages psychologiques» (regrets, remords, culpabilité…), ils sont imprévisibles, mais pas systématiques: nombre de femmes qui avortent vivent ce moment comme un soulagement, une libération.

2. L'affirmation n'est pas tout à fait exacte puisque l'hymen peut se déchirer sans qu'il y ait relation sexuelle (par exemple en pratiquant une activité sportive) et peut même être, dans certains cas, naturellement absent.