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Extrait du dossier pédagogique
réalisé par les Grignoux et consacré au film
Charlie et la chocolaterie (Charlie and the Chocolate Factory)
de Tim Burton
États-Unis, 2005, 1 h 56

Le dossier pédagogique dont on trouvera un court extrait ci-dessous s'adresse aux enseignants du primaire qui verront le film Charlie et la chocolaterie avec leurs élèves (entre huit et douze ans environ). Il contient plusieurs animations qui pourront être rapidement mises en œuvre en classe après la vision du film.

Une esthétique stylisée

Objectif

Charlie et la chocolaterie est, on le sait sans doute, adapté d'un roman de Roald Dahl (disponible dans la collection Folio Junior chez Gallimard, 1987; le roman original date de 1964). L'adaptation cinématographique de Tim Burton se signale cependant par une série de choix esthétiques originaux qui méritent que l'on s'y attarde un peu plus longuement avec les jeunes spectateurs. Si le cinéaste a conservé l'esprit de fantaisie du roman ainsi que l'essentiel du scénario, il y a ajouté toute une série d'éléments nés de son imagination: il suffit de comparer par exemple les illustrations de Quentin Blake pour le roman de Roald Dahl avec les souvenirs qu'on aura gardés du film pour constater toute la part d'invention de Tim Burton.

L'objectif de cette animation sera donc de faire prendre conscience aux jeunes spectateurs de la dimension proprement esthétique du film Charlie et la chocolaterie.

Déroulement et commentaires

Partons d'une question relativement simple: «Est-ce qu'une chocolaterie comme celle montrée dans le film pourrait réellement exister?»

Les réponses des participants seront sans doute diverses: certains éléments pourraient peut-être exister — pourquoi pas une rivière de chocolat? — mais d'autres semblent complètement imaginaires — les Oompa-Loompas, un ascenseur de verre qui circule dans toutes les directions, une télévision qui peut téléporter des objets et même des enfants... —.

L'univers de Charlie et la chocolaterie est donc différent de l'univers réel dans lequel nous vivons quotidiennement. Il s'agit donc d'un univers en partie imaginaire qu'il convient à présent de caractériser de façon plus précise: en effet, notre imagination peut prendre des directions très différentes, vers le fantastique, l'horreur, la science-fiction, la fantaisie, le merveilleux, la féerie, etc.

Dans le cas de Charlie et la chocolaterie, le terme le plus approprié semble être celui d'univers stylisé, mais il n'est pas sûr que tous les enfants connaissent cette expression. On leur expliquera donc que la stylisation consiste à représenter des objets en accentuant leurs couleurs, leurs lignes ou leurs formes en général: notre attention (comme spectateurs) est alors attirée vers la forme des choses qui prennent une apparence inhabituelle, plus belle, plus attrayante, plus parfaite que dans la réalité quotidienne. Ainsi, la chocolaterie de Willy Wonka est particulièrement propre et l'on n'y voit ni saleté, ni poussière, ni toile d'araignée... Styliser les formes dans le domaine artistique vise le plus souvent à en accentuer la beauté, mais ce n'est pas toujours le cas: ainsi, la maison de la famille de Charlie fait l'objet d'une stylisation pour en souligner au contraire la misère et le délabrement.

Une fois cette notion expliquée, l'on pourra demander aux participants d'essayer de décrire plus précisément une série d'éléments du film (repris dans l'encadré de la page suivante) qui ont fait l'objet d'une telle stylisation. Toutes les remarques seront les bienvenues, car le travail de création de Tim Burton couvre de multiples domaines: on a seulement retenu ici les éléments les plus visibles et les plus remarquables, en particulier le style différent des quatre grands épisodes du film (qui font l'objet dans l'encadré précédent d'une première réflexion séparée).

Selon la dynamique de la classe, la discussion pourra avoir lieu avec l'ensemble de la classe ou bien se fera d'abord en groupes restreints qui recevront des consignes différentes et qui feront ensuite part à la classe du résultat de leurs réflexions. On peut également répondre avec l'ensemble de la classe à la première partie du questionnaire puis répartir les autres questions entre les différents participants ou groupes restreints de participants.

Pour faciliter le travail de remémoration, on pourra éventuellement recourir à des photos du film (disponibles notamment sur Internet), mais il est sans doute préférable dans un premier temps de se fier aux souvenirs des jeunes spectateurs: si la mémoire des jeunes participants (comme celle des adultes d'ailleurs) n'est pas toujours fiable, elle constitue également un filtre qui met en évidence les éléments les plus marquants esthétiquement.

Enfin, pour lancer ou affiner la discussion, on trouvera dans l'encadré qui suit des éléments d'analyse complémentaire sur les différents points du questionnaire. Ces analyses pourront être exposées par l'enseignant ou l'animateur ou bien être lues directement par les participants.

Un univers stylisé

Vous vous rappelez certainement que le film comprend quatre grands épisodes à la fin duquel un des enfants est éliminé et «disparaît» de façon plus ou moins ridicule. Ces quatre épisodes sont caractérisés par une ou deux couleurs dominantes. En plus, à la fin de l'épisode, les Oompa-Loompas qui chantent une chanson portent des costumes de couleur à chaque fois différente. Pouvez-vous vous en souvenir?

  La couleur du décor
La couleur des Oompa-Loompas
Augustus    
Violette    
Véruca    
Mike    

Voici d'autres détails du film Charlie et la chocolaterie de Tim Burton. Il s'agit notamment de décors, de personnages, d'objets qu'on remarque immédiatement à cause de leur couleur, de leur aspect, de leur dessin, de leur forme générale... Essayez donc de vous en souvenir et d'expliquer ce qu'ils ont de remarquable, de bizarre, d'attirant, d'étonnant, d'incroyable, de fantaisiste...

  • Les machines qui emballent les tablettes de chocolat avec les fameux tickets d'or
  • La maison de Charlie et de ses parents; la situation de ses grands-parents
  • La chocolaterie de Willy Wonka vue de l'extérieur
  • Le palais en chocolat du prince Pondichéry
  • Les camionnettes et les vélomoteurs de Willy Wonka
  • Le visage, les cheveux, les vêtements de Willy Wonka
  • Les poupées mécaniques qui chantent à l'arrivée des cinq gagnants aux portes de la chocolaterie
  • Le couloir d'entrée avec la porte au bout...
  • La galère, le drôle de bateau, qui circule sur la rivière de chocolat
  • L'Oompaland, le pays où vivaient les Oompa-Loompas
  • La couleur de l'usine où travaillait le papa de Charlie; la couleur du robot qui va prendre sa place...
  • Le visage, la mine des Oompa-Loompas
  • L'appareil dentaire que le jeune Willy est obligé de porter
  • La maison du dentiste Wonka que l'on voit à plusieurs reprises
  • D'autres détails: les pays où les clients s'arrachent les tablettes de chocolat pour trouver un ticket d'or, le mont caramel, les moutons que tondent les Oompa-Loompas, l'ascenseur, la scène où Willy Wonka retourne chez son père et s'assied dans le fauteuil de dentiste, la maison de Charlie telle qu'on la voit à la fin du film?

Quelques éléments de réponse

Les quatre épisodes principaux

La salle où disparaîtra Augustus est tapissée d'une herbe verte et traversée par une rivière de chocolat d'un brun éclatant. Les «arbres» de ce décor sont de multiples couleurs, mais l'on se souvient notamment d'un rouge appétissant qui barbouillera notamment la bouche de la mère de Violette. Les Oompa-Loompas qui plongeront l'un après l'autre, comme dans un ballet aquatique, dans la rivière de chocolat ont quant à eux des combinaisons rouge vif.

La couleur du laboratoire où Violette se transformera en énorme myrtille n'est pas très marquante: le fond général est noir avec des appareils de verre ou de métal luisant avec quelques taches de couleur de-ci de-là. Les Oompa-Loompas qui pousseront dehors l'énorme myrtille qu'est devenue Violette porteront des combinaisons noires.

L'atelier des écureuils, on s'en souvient facilement, est comme un ciel d'été, bleu clair avec de grandes lignes blanches qui forment une spirale vers le centre de la salle où se trouve le conduit à ordures. Les Oompa-Loompas qui chanteront leur petite chanson en l'honneur de Véruca et de son père sont d'un jaune éclatant comme le soleil.

Enfin, comment oublier la salle de télévision, tellement blanche que les personnages doivent mettre de grosses lunettes fumées pour ne pas être éblouis! Cette fois, les Oompa-Loompas se fondent dans le décor puisque leurs combinaisons sont également d'un blanc immaculé (avec quelques touches noires).

Chaque épisode a ainsi une couleur dominante tout-à-fait identifiable — vert, noir, bleu, blanc —, comme les Oompa-Loompas qui changent chaque fois de costume — rouge, noir, jaune, blanc —. Ces couleurs sont également très franches, très pures, très homogènes. Même le chocolat est d'un beau brun luisant qui a de véritables reflets comme un miroir.

Ces quatre épisodes se distinguent ainsi nettement du reste du film, notamment de ceux qui se passent chez Charlie où les couleurs sont au contraire très ternes, entre le gris et le brun avec des couleurs délavées.

Les robots d'emballage

Au début du film, pendant le générique, on voit une chaîne de fabrication des tablettes de chocolat. Tout le dispositif semble fonctionner tout seul sans aucune intervention humaine comme un gigantesque ballet parfaitement orchestré. On se souvient par exemple que les tablettes sont portées par des espèces de ballons parachutes qui descendent en une spirale parfaitement régulière: dans la réalité, un mouvement aussi parfait semble impossible.

On se rappelle aussi les bras mécaniques qui emballent les tablettes: ce sont de très grandes pinces, très minces qui ressemblent un peu à de gigantesques pattes d'araignée. Ici aussi, les mouvements sont à la fois parfaits, rapides et parfaitement synchronisés.

La seule intervention humaine est alors celle de Willy Wonka qui glisse les tickets d'or à l'intérieur des cinq tablettes.

La maison de Charlie

La maison de Charlie est évidemment complètement démolie. Mais elle est surtout de travers, avec des murs qui penchent, et une porte de guingois en forme de parallélogramme, ce qui est évidemment absurde! Si la maison s'était affaissée avec le temps, la porte, rectangulaire à l'origine, se serait simplement cassée sous le poids des murs.

On se souvient également qu'il y a de grands trous entre les étages — ce qui fait que Charlie peut saluer ses grands-parents restés au rez-de-chaussée — mais également dans le toit: personne ne pourrait vivre dans une telle maison qui serait immédiatement inondée à la moindre pluie. Heureusement il neige, ce qui est sans doute plus froid mais également plus joli!

Quant aux grands-parents de Charlie on se souvient qu'ils restent couchés tous les quatre dans un grand lit, deux d'un côté et deux de l'autre! C'est sans doute plus chaud mais pas très confortable. Ainsi, la maison de Charlie est sans doute très misérable, mais on y sent une telle sympathie, une telle chaleur humaine qu'on a (presque) envie d'y vivre.